vendredi, 17 mars 2017 18:56 Écrit par  Jeanne NDAYIKUNDA

LA SUPPRESSION DE LA BOURSE D'ETUDE: UNE VIOLATION DE LA CONVENTION RELATIVE AUX DROITS DE L'ENFANT.

    Etudiant logé dans un quartier populaire à Bujumbura (photo BBC) Etudiant logé dans un quartier populaire à Bujumbura (photo BBC)

    Avant d'entrer dans le vif du sujet, permettez-moi de vous signaler les points sur lesquels notre article va s’articuler. Le texte va porter sur trois points essentiels qui sont:
    - la bourse d'étude et sa raison d'être
    - prêt-bourse et sa raison d'instauration
    - la violation par l’Etat de la convention internationale des droits de l'enfant

    a) Qu'est-ce qu’une bourse d'étude et quelle est sa raison d'être?

    La bourse d'étude est une assistance financière octroyée mensuellement par le Gouvernement aux lauréat(e)s à l'examen d'Etat des écoles secondaires admis aux établissements universitaires publics tout au long de l'année académique.
    Le décret présidentiel n°100/18 du 1er février 2017 décrit la bourse comme étant, une assistance financière accordée par le Gouvernement pour la formation des cadres selon ses besoins, dans les limites de ses moyens. Elle peut être un prêt ou octroyée gratuitement selon les critères déterminés par ledit gouvernement (article 6).

    Comme la plupart des familles burundaises se trouvent dans l'incapacité de financer elles-mêmes les études universitaires de leurs enfants, le Gouvernement a l'obligation de les financer afin de se conformer à la convention internationale des droits de l'enfant qu’il a lui-même signé en date du 08 mai 1990 et ratifiée le 19 Octobre 1990 (https://treaties.un.org)
    Il est important de rappeler que la bourse actuelle est mensuellement de 30 000 francs burundais (soit 17,6US$) pour les externes, et 9000 francs burundais (5,2US$) pour les internes selon le taux officiel du dollar US à ce jour. (Elle est respectivement de 11 et 5,2 US$ selon le taux du marché qui est le taux réel). La bourse d’études au Burundi est en réalité très insuffisante mais se révèle très importante dans ce pays désormais le plus pauvre du monde.
    La bourse d'Etude n'est pas octroyée uniquement au Burundi, mais elle est aussi octroyée dans d'autres pays.
    Au Cuba par exemple, l'enseignement est gratuit de la maternelle à l'université.
    À Cuba, l’éducation constitue, on le sait, un axe essentiel du projet de développement et un moyen d’atteindre l’objectif d’égalité. L’une des finalités du système éducatif y est de remettre en cause la division capitaliste du travail et la division sociale qui en découle. Les principes fondamentaux qui orientent les politiques éducatives cubaines sont l’universalisme, la gratuité et le caractère public de l’éducation. Leur application a permis d’édifier l’un des meilleurs systèmes éducatifs au monde, en termes d’accès comme de qualité.
    En France, l'enseignement public est gratuit. Le principe de gratuité de l'enseignement public, posé a été érigé en principe constitutionnel. Il s'agit d'un principe absolu, qui concerne, pendant toute la durée de la scolarité, l'ensemble de la prestation d'enseignement, c'est-à-dire, l'enseignement proprement dit, les activités obligatoires liées à cet enseignement et la fourniture du matériel collectif nécessaire à cet enseignement.
    Par contre, la bulle de la dette étudiante prend des proportions de plus en plus inquiétantes aux États-Unis. Le total des prêts s’élevait au 31 décembre 2014 à 1 160 milliards de dollars, soit plus que la dette totale des cartes de crédit américaines.
    Les étudiants surendettés sont à la fin de leurs études sans la moindre capacité à souscrire d’autres prêts, à commencer par des crédits immobiliers. Avant la crise financière déclenchée en 2008, la perspective de revenus confortables incitait les jeunes diplômés à s’endetter pour acheter un logement. Mais aujourd’hui, « les problèmes de remboursement et de défaillance sur les prêts étudiants réduisent la capacité des emprunteurs à posséder leur propre foyer. Le candidat malheureux Bernie Senders aux dernières élections primaires démocrates des Etats Unis, avait promis la gratuité de l'enseignement supérieur, une fois arrivé à la Maison Blanche ; cela lui a valu une forte popularité au-dessus de 80% au sein de la jeunesse.

    b) Qu'est-ce que le prêt-bourse et quelle est sa raison d'instauration?

    Le prêt-bourse est composé de deux termes, prêt et bourse. Le premier est dérivé du verbe « prêter » qui a pour signification économique « mettre provisoirement quelque chose à la disposition de quelqu'un ». Prêter, c'est mettre quelque chose de manière provisoire à la disposition de quelqu'un. Le prêt-bourse est donc une façon du Gouvernement du Burundi de mettre provisoirement la bourse d'étude à la disposition des lauréats à l'examen d'Etat des écoles secondaires admis à l'enseignement supérieur dans les établissements publics. Ce prêt est bien sûr remboursable.
    En instaurant le prêt-bourse, le Gouvernement du Burundi n'a pas tenu compte de la situation actuelle de sa population. La population burundaise est majoritairement dans l'extrême pauvreté raison pour laquelle nombreuses sont les familles qui mangent une fois par jour. Une personne qui ne parvient pas à se nourrir convenablement une fois par jour parviendra-t-elle à supporter les frais de scolarité de ses enfants? Rappelons que le Burundi était le pays le plus pauvre du monde en 2015 avec un PIB par habitant de 315, il a glissé en 2016 sur la dernière marche du podium, avec un produit intérieur brut par habitant de 287,3 dollars. Le Burundi est le pays le plus touché par la faim au monde selon l’indice global de la faim approchant 40% (le Burundi est le pays le plus affamé au Monde)

    Quatre éléments sont indispensables dans la vie d’un étudiant à l’Université et le Burundi vient de les supprimer tous en moins de deux ans. Il s’agit du petit déjeuner supprimé en 2015, l’électricité dans les chambres supprimé en 2016, les frais de tenue de compte supprimés en 2017 et enfin la bourse supprimée aussi cette année en 2017.

    Derrière cette suppression des avantages sociaux aux Etudiants, se cache un projet inavoué de l'Etat de privatiser l'Université du Burundi.

    c) Violation de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ratifiée par le Burundi le 19 octobre 1990.

    L’article 28 de la convention Internationale relative aux droits de l’enfant stipule que”

    (...) Les Etats parties assurent à tous (enfants) l'accès à l'enseignement supérieur, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés. En d’autres termes tous les enfants ont droit à l'éducation. Mais avec le décret du Gouvernement, les enfants issus des familles pauvres sont contraints d'arrêter leurs études à la fin de l'école secondaire.

    Avant de clôturer notre analyse, nous rappelleront à nos lecteurs que c’est depuis 2005, avec l'arrivée au pouvoir du CNDD FDD que le Gouvernement a entrepris son projet macabre de supprimer progressivement les droits sociaux des Etudiants en vue de faciliter la privatisation de l'Université du Burundi.

    L'Etat a démissionné de sa première mission sacrée, à savoir l'éducation de sa population, en particulier les plus jeunes. C’est la mort lente de l’enseignement supérieur public accessible à toutes les couches du peuple. Il s’agit en réalité d’une véritable discrimination sociale en faveur des enfants issus des couches sociales privilégiées de la société burundaise. Les enfants de la majorité de la population burundaise, suburbaine, rurale et très pauvre sont désormais condamnés à se contenter d’une simple alphabétisation, donc exclus systématiquement de la gestion des affaires économiques et politiques du pays. Cette discrimination n’est nullement moins potentiellement explosive que celle basée sur l’ethnie qui a causé tant de désastres au Burundi.
    Pour souligner la gravité de la situation de l’éducation, on note ceci selon un récent
    rapport de la Banque mondiale de 2012 : sur 200 000 personnes entrées dans la vie
    active, plus de 130 000 (67%) n’ont pas terminé l’école primaire, 28% ont terminé l’école primaire, 3% ont juste fini l’enseignement de base (1er cycle du secondaire), 1% ont terminé l’enseignement secondaire, moins de 1% ont un diplôme de l’enseignement supérieur. Tout cela est amplifié par la grande ruralité de la population
    burundaise.

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