samedi, 04 avril 2015 13:15 Écrit par  Nayuburundi

Comment éviter le pire au Burundi ?

    Au commencement Nyangoma créa le CNDD avec sa branche armée FDD-Intagoheka dont l'objectif poursuivi était la restauration de la démocratie au Burundi. Il importe de souligner très fort et pour cause, que cette branche armée était formée pour servir d'outil au mouvement politique CNDD. Bref, la branche armée était normalement sous le commandement strict politique donc du CNDD.


    En effet, avec la triste expérience que le Burundi venait de vivre, où l'armée nationale venait d'assassiner son commandant suprême, de surcroit le premier président démocratiquement élu, les fondateurs du CNDD avaient à l'esprit de transformer en profondeur l'armée et d'en faire une force de défense nationale et républicaine.

    Avec le soutien massif de la population burundaises, le Mouvement CNDD, dit « Conseil Nationale pour la Défense de la Démocratie », avec sa branche armée FDD-Intagoheka « Forces pour Défense de la Démocratiei-Intagoheka » , ne tarda pas d'affaiblir les Forces Armées Burundaises- FAB. De ce fait, le régime de Bujumbura fut contraint d'entamer des négociations secrètes à Rome avec le CNDD, d'abord sous la médiation de Saint-Egidio. Sous pression de la région, ces négociations furent rapatriées à Arusha sous la médiation d'abord de feu président Mwalimu Nyerere, ensuite sous celle de feu président Nelson Mandela. Après deux ans de dialogue entre tous les différents protagonistes politiques burundais, des Accords dits Accords d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation furent signés au mois d'août de l'an 2000. Ces accords ont ainsi permis de rétablir l'ordre constitutionnel, la démocratie, la cohésion et l'harmonie entre les différentes composantes sociales au Burundi.

    Nous avons dit, « au commencement, Nyangoma créa le CNDD avec sa branche armée, les FDD- intagoheka », hélas.
    Juste tout au début des négociations d'Arusha, soit environ cinq ans après la dure et exaltante lutte du « Conseil », les démons de la division rodaient aux alentours. L'on apprit hélas que, dorénavant, et ce comme suite au virus à l'origine du dernier scénario qu'on venait de vivre, que les FDD ont pris le contrôle de la situation et qu'il fallait dorénavant, compter non avec le CNDD, mais plutôt, avec le CNDD-FDD ; une dissidence de consonance ouvertement militariste venait de voir le jour.

    C'est là le début du calvaire, dont le Burundi se sortira bien difficilement, si l'on y prend garde, hélas. En effet, depuis que les « forces de défense » se mêlent de la politique, et là ça pourrait peut-être plus ou moins marcher, par l'amour du ciel. Mais, qui peut donc contredire De Gaule quand il disait « la politique est une affaire tellement sérieuse qu'on ne puisse la confier au seuls militaires ».

    Par l'amour du ciel disions-nous, ça pourrait peut-être marcher, tant bien que mal. Mais, quand maintenant ce sont les forces de défense qui sont au-dessus de la politique, rien n'est moins sûr. Qui plus est, dès lors que ce n'est même plus le « CNDD-FDD » qui contrôle les affaires, dites plutôt, le « FDD-CNDD », qu'en advient-il ?

    Pour les plus optimistes, ils nous diront, « par l'amour du ciel », çà pourrait peut-être marcher. Après tout, nous avons connu les régimes putschistes avec les fameux « Conseils de salut national », et ce n'était pas aussi mauvais que cela. Mais quand même, là, lesdits Conseils s'affirmaient, s'engageaient même devant le peuple, et l'on savait au moins à qui l'on devrait avoir affaire...

    Vous avez dit « Par l'amour du ciel... » ? Et quand une milice, nous avons nommé la milice Imbonerakure, de surcroit entrainée et bien armée par ce même système « FDD-CNDD » dit, « régime ou système des Généraux », et je ne nomme cette fois personne, à quoi pourra-t-on s'attendre, si ce n'est qu'au pire ? L'expression n'est certainement pas forte, car hélas, une fois que des « sections » en termes militaires, sont déployées au su et au vu de tout le monde sur chaque colline de recensement, et de nous dire que demain, la campagne électorale va commencer..., c'est une véritable descente, tout droit aux enfers ou c'est de la cécité politique.
    Une seule image parmi tant d'autres, pour convaincre les incrédules hélas. Pas plus tard que ce lundi 30 mars 2015, un inconnu du public, mais se présentant comme un représentant des anciens combattants démobilisés, invite les journalistes pour une conférence de presse qui sort de l'ordinaire car, il s'agissait purement et simplement de se faire lire une declaration et sans aucun droit de poser une quelconque question, à la grande stupéfaction desdits invités. Tenez-vous bien, cet envoyé spécial n'avait qu'un message clair pour l'opinion nationale et internationale mais seulement en langue nationale: "Quiconque osera sortir dans la rue soit disant contre le deuxième mandat de Pierre Nkurunziza, et il a bien dit "le deuxième mandat", nous trouvera bien mobilisés comme un seul homme et nous ne lui donnerons aucun répit"... La seule personne bien connue du public qui encadrait et cooprésidait l'étrange conférence de presse, n'était autre que le fameux député du nord, Honorable Nzigamasabo Jean- Baptiste, alias Gihahe. C'est à cause de la terreur qu'il a installée au Nord spécialement dans les provinces de Kirundo et de Muyinga que des centaines de personnes sont en train de fuir le pays vers le Rwanda.

    C'était au lendemain de la fouille-perquisition par la police chez le Député issu du parti au pouvoir , Bucumi Moïse. Celui-ci est pourchassépour avoir commis un crime de lèse majesté en osant apposer sa signature sur la fameuse lettre à Nkurunziza, lui conseillant de ne pas briguer le troisème mandat...

    Le porte parole de la police, interrogé sur ce sujet, et surtout sur les raisons d'une fouille chez un député en exercice, a répondu sans embages "nous sommes dans les moment difficiles et il faut s'en habituer". Pourtant, jusqu'au jour où nous mettons sous presse cet article, nous n'avons jamais entendu le Président de la République "décréter un état d'urgence". Comme quoi, et selon la sagesse burundaise "Akuzuye ntikamurikwa", traduisez "La palice n'aurait pas dit mieux"...

    Le surlendemain, soit ce mardi 31 mars, le Ministre de la défense en personne et en tenue de combat, celui-là même qui a en charge "les anciens combattants" , Le général GACIYUBWENGE, ne dira mot sur les déclarations incendiaires du "fameux représentant des anciens combattants". Il précisera tout simplement que "l'armée est prepare pour prêter mains fortes à la police, si jamais cette dernière ne parvenait pas à maîtriser les manifestants contre le troisième mandat du président de la République"...
    Dans ce contexte, que reste-t-il des élections dites apaisées, transparentes ou plutôt comme aime le chanter, Pierre Nkurunziza, "ces elections seront les meilleures de toutes celles déjà organisées au Burundi", c'est à peine qu'il ne dit pas "au monde entier". "Ejo ni heza", traduisez, "demain sera radieux", aime-t-il encore convaincre les incrédules. "Heza" ou "radieux" pour qui, au moment où tous les clignotants sont au rouge? ...

    Inutile de réinventer la roue, faisons comme au Nigéria.
    Le Nigéria disions-nous, constatant que les menaces pour des élections apaisées étaient à leur niveau le plus haut, ne trouva rien d'autre que d'ajourner la date des élections pour s'assurer du climat apaisé pour ces dernières. En effet, d'aucuns disent que mieux vaudrait ne pas faire des élections du tout, plutôt que de se précipiter dans des élections de tous les dangers... Et les burundais ne manquent pas d'expérience en cette matière. L'on aurait écouté Ndadaye, au lieu de dire qu'il « craignait les élections », quand il demandait de préparer les esprits par une transition politique, le pire aurait certainement été évité.

    Ndadaye avait proposé à Buyayo une transition pour permettre le rapprochement des composantes sociales et politiques avant les élections, et ainsi éviter le choc de la victoire de l'une ou l'autre force politique dans le pays, malheureusement Buyoya imbu de lui-même rejeta cette proposition de sagesse, il pensait que l'opposition conduite par Ndadaye avait peur des élections. Il est donc temps que les politiciens burundais cessent de faire la politique de l'autruche et acceptent de s'asseoir ensemble pour d'abord faire le constat de la situation de crise profonde dans laquelle le pays est plongé afin de le remettre rapidement sur les rails de la démocratie, demain, il sera tard.

    Dans tous les pays où les élections se sont déroulées sur un fond de guerre ou dans une crise de méfiance entre protagonistes, le climat politique, au lieu de se calmer, s'est dangereusement détérioré par des guerres interminables, et la concorde nationale totalement entamée. Par contre, des pays comme la Tanzanie qui ont pris du temps pour préparer la population aux valeurs de la démocratie n'ont pas connu de problèmes après les élections.

    Nous le soulignons bien, les élections tant chantées en ces moments au Burundi, sont « des élections de tous les dangers » car hélas, l'on ne le dira jamais assez, « le pire est plus que prévisible au Burundi». Mais les solutions existent, et il faut bien saisir la balle au bond. En effet, il n'est plus seulement question de préparer les esprits comme à l'époque de Ndadaye, il s'agit plus que jamais, d'assainir une situation plus qu'explosive, avec ou sans le fameux troisième mandat...

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