lundi, 13 février 2023 10:38 Écrit par  Pierre Boutry pour AFPA

Pour une paix de combat en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale

Les membres actifs de l’Alliance des Forces Progressistes pour l’Afrique réunis ce lundi 30 janvier 2023 ont acté la déclaration suivante :

1. Au Mali, les forces d’occupation française ont échoué dans leur objectif premier à savoir, la neutralisation des terroristes ; au contraire, ceux-ci ont gagné progressivement d’autres étendues du territoire malien. Nous rappelons que les gouvernements français sont responsables de la progression djihadiste dans cette région de l’Afrique de l’Ouest suite au rôle joué par la France dans la destruction de la Libye et l’assassinat du guide Libyen Kadhafi en 2011, ainsi que par son soutien plus ou moins affiché aux partisans d’un Azawad autonome. S’en est suivi une stratégie erronée visant à éliminer les chefs djihadistes, l’armée française semblant ignorer qu’une fois une tête de terroriste coupée il en repousse une autre. Il est clair désormais que la menace djihadiste sera éradiquée par les maliens eux-mêmes avec le soutien des autres États identifiés par le Mali.
Par contre il est tout aussi clair que la Transition ne peut bafouer la démocratie comme elle le fait actuellement par la durée de la transition et par la composition non inclusive de la Commission électorale. Le peuple a pris en horreur les quelques 250 partis politiques, ceux ayant pris part au pouvoir étant tous plus compromis les uns que les autres. La gauche désunie, qui a refusé plusieurs postes importants proposés par la junte, n’est toujours pas à même de proposer un programme relais qui puisse donner un débouché politique porteur. Ce rejet du politique mais aussi l’influence religieuse vacillante sont la résultante de compromissions avec l’ancienne puissance coloniale des partis politiques qui se sont succédé au pouvoir et du caractère affairiste de certains politico-religieux.

La nouvelle commission mise en place en ce début d’année pour proposer une nouvelle Constitution est peut-être la voie de l’espoir afin de ramener le Mali à la paix, si du moins sa centaine de membres, essentiellement des juristes, ne se perdent pas dans les méandres juridiques. Encore faudrait il d’ailleurs qu’il y ait un véritable projet politique ce qui ne semble pas être le cas, la junte navigant à vue d’œil et en réaction par à coups aux évènements. L’attitude maladroite et souvent hostile du gouvernement français étant en partie responsable de cette situation, les tergiversations quant aux discussions à avoir avec les rebelles et l’attitude ambiguë de l’Algérie en fonction de l’état de ses relations avec la France, sont les autres facteurs explicatifs.

L’AFPA encourage les forces politiques de gauche actuellement dispersées à se regrouper dans une alliance de gauche sans compromis avec des politiciens de droite, afin de redéfinir un projet progressiste pour la souveraineté pleine et entière du Mali.

2. La généralisation de deux modes d’accession à la présidence : le putsch ou la succession dynastique, est la conséquence de ce qu’on a appelé l’alternance démocratique par la voie des élections. Depuis 1990, dans presque tous les pays africains il y a eu des élections, mais à y regarder de près, ces élections n’ont rien changé dans les conditions de vie de nos citoyens. Au contraire la situation socio-économique n’a cessé d’empirer pour plusieurs raisons. Les élus ont tourné le dos à leurs électeurs et se sont alliés aux grandes multinationales pour faciliter le pillage des richesses africaines. Les ingérences externes financières et/ ou médiatiques dans les processus électoraux pour corrompre et soumettre les candidats ont éloigné toute crédibilité de la démocratie électoraliste qui est d’ailleurs un leurre sans la démocratie économique. Or toute démocratie économique est d’avance condamnée en l’absence des souverainetés économique et monétaire. L’alternance par putsch peut être salutaire si elle constitue une révolution populaire, ce qui reste à démontrer dans les cas malien, guinéen et burkinabé. Par contre les monarchies républicaines qui sévissent au Congo B, au Gabon au Togo, au Cameroun et en Guinée Équatoriale sont à combattre dans le présent et à décourager dans l’avenir pour ceux qui seraient tentés (Côte d’Ivoire, Sénégal).

3. La coopération militaire engagée avec la Russie en Guinée, Mali et Burkina, relève du libre choix de pays qui cherchent à gagner ainsi leur souveraineté sécuritaire. C’est aussi une tradition ancienne datant de la période post indépendance, lorsque l’URSS a su répondre aux souhaits des pays africains se réclamant du socialisme et voulant se soustraire à l’impérialisme français néocolonial. Rappelons que les gouvernements français n’ont jamais fait le nécessaire à hauteur des besoins, pour fournir du matériel militaire efficient ou financer la réhabilitation du matériel ancien, laissant ainsi les militaires de ces pays dépourvus.
Quant à ceux qui poussent des cris d’orfraie lorsqu’il est question de la milice Wagner, rappelons leurs deux points :

• les sociétés paramilitaires (sans oublier leurs ancêtres barbouzes et chiens de guerre français et belges) constituent un appendice important des armées occidentales et en premier lieu de celle des USA dans les guerres du Moyen-Orient

• s’agissant de l’arrivée de Wagner en RCA, n’est ce pas le ministre des affaires étrangères omnipotent français Le Drian qui a incité le président centrafricain Touadera à se tourner vers la Russie en 2017 pour contourner l’embargo sur les armes et bousculer la limitation ridicule du nombre de militaires centrafricains en formation, alors que son pays était sous la menace permanent de hordes d’envahisseurs venus du sud et de l’Est ?

• La trahison de l’armée française devant Kidal empêchant les troupes maliennes d’entrer dans cette ville constitue un traumatisme générateur d’un ressentiment bien compréhensible. Soyons toutefois lucides sur deux points : d’une part Wagner, qui se paie directement en exploitant des mines d’or et qui a une réputation de sauvagerie, se débinera devant les djihadistes comme ils l’ont fait au Mozambique. D’autre part Wagner est l’ombre portée du pouvoir autocratique russe qui ne regarde l’Afrique que sous l’angle géopolitique d’une nouvelle guerre avec l’Occident.

L’AFPA considère qu’il est de la responsabilité souveraine de chaque pays africain de faire appel aux appuis militaires de son choix à la condition de les contrôler afin de contraindre les éventuelles tentatives de prédation et de prévenir les comportements à risque. L’AFPA considère que l’union fait la force en matière de lutte contre le terrorisme et que des solutions communes panafricaines à l’instar de l’initiative d’Accra doivent être favorisées.

4. Djibouti connaît à ce jour peu de manifestations anti françaises, mais le peuple n’est pas dupe, qui voit le gouvernement français derrière les manœuvres de Guelleh pour se maintenir au pouvoir. La méthode de Guelleh (mais c’est aussi la méthode camerounaise) consiste en interne à tout cloner : les partis et les syndicats. La méthode en externe consiste à se faire le défenseur favori de toutes les puissances impérialistes dans leurs manœuvres afin de déstabiliser les nations qui cherchent à s’émanciper du joug capitaliste. C’est le cas de l’Éthiopie qui a su déjouer les tentatives de Djibouti d’instrumentaliser les afars présents sur son territoire. C’est le cas de la Somalie où Guelleh a réussi à imposer un de ses copains à la tête du pays. L’indifférence de l’Occident à ce qui se passe dans cette région de la corne de l’Afrique permet à un dictateur comme Guelleh de se maintenir au pouvoir en passant sous les radars de l’opinion publique.

5. Le Tchad est le pays par excellence où se fait la démonstration de l’inanité d’une présence militaire française importante versus l’état de délabrement de l’économie et de la société complètement infiltrée par les différentes mouvances islamiques. L’armée française historiquement implantée dans le pays qu’elle considère comme son terrain d’entraînement favori, semble être l’interlocuteur principal du pouvoir héréditaire malien ce qui pose question et ne peut durer. Le pays est gangrené par les puissances islamiques du golfe qui, via diverses associations distribuant armes et argent, font la charité alors que les services publics de l’État sont à l’agonie ; ces puissances ont mis la main sur un pays autrefois multiconfessionnel. La complaisance du gouvernement français à l’égard de Mahamat Kaka finira par se retourner contre la France comme ailleurs en Afrique de l’Ouest.

6. La RDC comme presque tous les pays est victime de ses immenses ressources naturelles: minerais stratégiques, immenses étendues de sol cultivables, eau potable, forêts….et n’en finit pas de résoudre les problèmes hérités de la colonisation concessionnaire, à savoir essentiellement la faiblesse des institutions étatiques. Ceux qui ont voulu, à l’instar de Lumumba et de Kabila père, gagner une réelle indépendance ont vite été éliminés.
La RDC a connu 8 guerres depuis l’indépendance. Les plus connues et toutes commanditées de l’extérieur sont la guerre de 1960-1968 pour neutraliser les indépendantistes Lumumbistes et balkaniser la RDC (souvenons nous du Che) ; la guerre du Shaba 1977-1978, guerre des résistants écrasés par la France et la Belgique ; les guerres de Kabila père. Désormais les guerres de déstabilisation de ce pays très grand et très riche se font via des pays étrangers essentiellement Rwanda, Uganda, Burundi. Il en résulte une instabilité généralisée qui arrange certains. La RDC devient un sanctuaire des groupes armés, certains sont là pour se servir comme les autres, les autres pour assurer la sécurité des mines des multinationales, d’autres enfin font une guerre par procuration au profit du sous impérialisme rwandais. Le soutien affiché de Macron à Kagamé constitue une offense à l’indépendance de la RDC.
Pour l’AFPA, libérer la RDC revient à libérer toute l’Afrique. Un front des organisations progressistes et panafricaines congolaises doit être créé et soutenu à l’échelle continentale. Les rivalités politicardes actuelles doivent être dépassées.

7. Les gouvernements occidentaux aujourd’hui sont incapables de prendre des initiatives autonomes et se comportent comme des vassaux des USA. Le gouvernement français n’a plus de politique africaine et navigue à vue sur la base de vieux schémas au lieu de tirer les conséquences de la nouvelle situation créée par la prise de conscience des peuples africains et en particulier de la jeunesse, qui veulent sortir enfin de cette dépendance et rééquilibrer les relations en diversifiant les partenaires. La France ne regagnera aucune crédibilité internationale tant qu’elle continuera à se mettre sous la dépendance de ses bons clients moyen-orientaux grands acheteurs de matériel militaire, grands financeurs de projets capitalistiques ou de prestige, mais aussi grands dispensateurs d’un islam fondamentaliste destructeur des richesses culturelles et de la liberté de penser des pays africains dont ce n’est pas la tradition. La France joue un mauvais jeu en continuant de soutenir des autocrates ou leur descendance et perdra sauf renversement complet de sa politique ce qui est peu probable dans les conditions actuelles, toute influence en Afrique ce qui risque de nuire à son économie mais aussi à sa culture. Quant aux pays africains concernés, la rupture brutale ou le maintien de relations perverties sont dans les deux cas de mauvais augures. La France doit enfin intégrer ce changement profond et écouter avec humilité et disponibilité ce que disent les peuples africains, faire confiance en leurs initiatives, s’engager dans une aide massive multilatérale visant le temps long et cesser de se compromettre avec des régimes faillis.

Déclaration de l’AFPA 6 février 2023


Pierre Boutry pour l’AFPA

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