lundi, 18 mai 2015 10:27 Écrit par  Buntu Frantz

Le culte de la force ou maladie congénitale et mortelle du CNDD-FDD

    Je voudrais illustrer mon titre par quelques anecdotes :

    1. En 2003, un cadre de ce parti, pourtant médecin me déclarait : « Nous au CNDD-FDD, les intellectuels en s'en fout, si nous avons notre police, personne n'osera toucher à notre pouvoir. »
    2. Un ami me racontait qu'un jour, peu avant les élections 2010, il a parlé de la nécessité des élections démocratiques et libres avec des amis du CNDD-FDD. Parmi ces derniers, il y avait un haut gradé de l'armée. Il se leva aussitôt, le ton amical changea d'un coup et déclara : « Tu me donnes envie de t'envoyer une rafale de balles, qui t'a dit qu'on cède un pouvoir comme ça ? A cause d'un simple bulletin de vote ? ».
    3. Qui n'a pas entendu les militaires et les officiers déclarer aux cadres : « vous pensez être intelligents, pourtant il suffit d'une balle et toute l'intelligence est à terre ! »

     La naissance d'un parti militariste.

    Après le putsch sanglant de 1993 contre le premier Président démocratiquement élu, feu Melchior Ndadaye, seulement après trois mois de pouvoir, Léonard Nyangoma ainsi que ses camarades créèrent le CNDD (Conseil National pour la Défense de la Démocratie). Il s'agissait d'une organisation politique rassemblant des démocrates et des patriotes décidés à combattre les putschistes sanguinaires.

    C'est cette organisation politique qui mit en place une branche armée dénommée FDD, Forces de Défense de la Démocratie. C'est l'organisation politique qui donnait toutes les orientations à la branche militaire.

    En 1998, à la suite des contradictions internes et des facteurs géopolitiques, un coup d'Etat fut opéré contre le leader de l'organisation politique, Léonard Nyangoma. La majorité des intellectuels restèrent derrière ce dernier, tandis que la majorité des combattants suivirent les putschistes. C'est ainsi que naquit le CNDD-FDD, une organisation franchement militariste. Désormais, ce sont les militaires qui définissaient la politique du mouvement. Les intellectuels furent relégués au second plan. Ils étaient bons pour des missions de négociations avec les bailleurs de fonds ou les diplomates. Le CNDD-FDD devenait en réalité le FDD-CNDD, et ressemblait à un homme qui marche sur la tête et réfléchit avec les pieds. La prise en main de l'organisation finalement par Pierre Nkurunziza, professeur de sport est peut-être tout un symbole. Comme l'est aussi du reste le drapeau du parti, au milieu duquel trône un aigle tenant dans ses serres une longue épée.

    La confiscation de la victoire de tout un peuple.

    Dès leur sortie du maquis, et surtout dès leur prise du pouvoir, tous les postes politiques, administratifs, et même des postes techniques devaient revenir aux militants du CNDD-FDD. Même un simple chef d'un dispensaire rural devait avoir une carte de ce parti. Les postes les plus importants, surtout les postes dits « juteux » revenaient exclusivement aux anciens combattants.

    Dans leur politique d'exclusion, ils considéraient qu'il s'agissait de récompenser « les libérateurs ». Pour eux, le retour de la démocratie et de la paix, les Burundais le devaient exclusivement à la lutte des seuls combattants du CNDD-FDD.

    Pourtant, c'est tout un peuple qui a payé un très lourd tribut pour mettre fin au pouvoir issu du coup d'Etat contre le président Ndadaye et rétablir la démocratie.

    Premièrement, il existait d'autres mouvements politico-militaires qui ont contribué à faire plier le pouvoir de Buyoya.

    Deuxièmement, dans un contexte de post-génocide rwandais, l'opinion publique internationale était loin de sympathiser avec une cause des organisations estampillées hutu qui se battait contre une armée dite tutsi. La crainte d'un génocide contre les tutsi du Burundi était prédominante. Il a fallu une mobilisation des intellectuels progressistes disséminés de par le monde pour montrer que le problème du Burundi était différent de celui du Rwanda, que la lutte ne se faisait pas contre une ethnie mais contre une oligarchie et un pouvoir putschiste. De Bruxelles à Paris, de Washington à Ottawa, de Dakar à Libreville, de Naïrobi à Dar es Salam...., les intellectuels veillaient pour rédiger des lettres aux dirigeants du Monde, des articles pour les journaux, organiser des collectes d'argent. Des intellectuels arpentaient les desks des journaux pour sensibiliser les journalistes sur la question burundaise, rencontraient les intellectuels, les organisations de défense des droits de l'homme pour convaincre de la justesse de la cause défendue par la CNDD. Les radios privées persécutées actuellement par le pouvoir permettaient aux porte-paroles du CNDD-FDD de faire passer les points de vue du mouvement.

    Troisièmement, la population a indéniablement joué le rôle le plus déterminant dans une guerre asymétrique. Ce sont les paysans qui cachaient, nourrissaient, parfois guidaient les combattants au risque de leur vie. Des milliers de personnes furent massacrées en représailles, et d'autres dizaines de milliers furent parquées dans de véritables camps de concentration, dans des conditions de vie exécrables pour les soustraire au contact avec les combattants. Nombreux furent décimés par les épidémies tels le typhus, la dysenterie et la malnutrition.

    Par ailleurs, les combattants qui sont morts sur le champ de bataille ne sont évoqués que pour magnifier les mérites des tenants du pouvoir actuel. Leurs familles n'ont jamais bénéficié d'une quelconque assistance de la part du régime de leurs anciens camarades de maquis ! Et les ex combattants démobilisés ne sont guère mieux traités : ils constituent tout au plus un réservoir où l'on recrute les hommes de main du régime, chargés d'exécuter les sales besognes : liquider des opposants, des militants de la société civile ou des anciens camarades tombés en disgrâce.

    Pour justifier l'exclusion des autres acteurs politiques ou de la société civile de la gestion du pays, les dirigeants actuels du CNDD-FDD, avec à leur tête Pierre Nkurunziza, se sont accaparés de tous les mérites de la lutte pour la restauration de la démocratie. Il faut préciser que nombreux parmi eux ne sont que des imposteurs qui n'ont rejoint le mouvement qu'à la fin de la guerre.

    Le triomphe de la férocité et de la ruse.

    Le dernier congrès a donné le coup de grâce à l'intelligence au sein du parti CNDD-FDD. Les derniers intellectuels au sein du « Conseil des Sages » ont été exclus de cet organe suprême de l'organisation de Nkurunziza. Parmi les quatre personnalités exclues, seul Jérémie Ngendakumana était un ex maquisard. Les trois autres faisaient partie de la crème intellectuelle du CNDD-FDD : Augustin Nsanze, professeur d'Université et auteur de plusieurs publications, Gervais Rufyikiri, titulaire d'un doctorat en sciences d'agronomie et de l'environnement et Pie Ntavyohanyuma , Docteur en Démographie. Ils ont été remplacés par des purs produits du maquis et fidèles compagnons de Nkurunziza : Daniel G. Ndabirabe, Zénon Ndaruvukanye et Révérien Ndikuriyo. Désormais, c'est le triomphe total de la férocité et de la ruse.

    Un succès relatif pour les oligarques et un désastre pour le pays

    Si l'objectif de Nkurunziza et son club d'oligarques est la confiscation du pouvoir et des prébendes à leur seul profit, cela semble leur réussir jusqu'à présent. La férocité et la ruse sont indéniablement des qualités pour un chef de guerre. L'échec de la dernière tentative du coup d'Etat du 13 et 14 mai en est une parfaite illustration.

    Mais les responsables du CNDD-FDD devraient enfin réaliser qu'ils ne sont plus au maquis mais à la tête d'un pays. Cela exige une vision, un sens de rassemblement, de dialogue et de compromis. Or, chaque jour qui passe le régime se raidit et s'isole. La sympathie dont ont bénéficié les auteurs de la tentative du coup d'Etat non seulement au Burundi mais à travers toute l'Afrique et le Monde est une alerte rouge. La misère, l'oppression du peuple burundais, la corruption, l'opulence et l'arrogance de ses dirigeants révoltent désormais l'opinion publique africaine et mondiale. Cela constitue un grand danger pour le pays, parce que n'importe quel aventurier, avec de funestes desseins peut être pris pour un libérateur. C'est ce qui est arrivé au peuple congolais ; las des excès de l'oligarchie de Mobutu, il fut prêt à accueillir le premier venu qui pouvait les débarrasser du vieux dictateur. La suite fut un véritable désastre qui a failli faire disparaître le Congo en tant que nation et des millions de vies humaines ont été anéanties.

    Un peuple de plus en plus uni et combatif.

    « Le riz sous le pilon combien doit-il souffrir !
    Mais bientôt il prendra la blancheur de coton
    Il en sera pour nous de même dans la vie
    L'homme dans le malheur se polit comme un jade ».
    Ho Chi Minh

     

    Personne ne pensait revoir les manifestants dès le lendemain de l'écrasement de la tentative du putsch. Mais cette courageuse jeunesse a bravé les policiers et les miliciens imbonerakure ragaillardis par le fait que toutes les radios et télévisions indépendantes qui dénonçaient régulièrement leurs forfaits avaient été incendiées ou saccagées. Ces femmes et hommes aux mains nues ont renouvelé le rejet d'un 3ème mandat aussi illégal qu'infâme. Ces jeunes hutu, tutsi et twa qui marchent, pleurent, tombent ensemble, réalisent de plus en plus qu'ils ont un destin commun. Les balles, les grenades et les gaz lacrymogènes des sbires de Nkurunziza ne distinguent pas les hutus des tutsis ou des twa. L'instrumentalisation ethnique tentée par le régime se heurte à un mur de refus d'un peuple qui comprend de plus en plus qu'il n'existe ni de régime hutu ni régime tutsi. Il existe soit un pouvoir oppressif et corrompu, soit un régime démocratique et soucieux du quotidien et de l'avenir de son peuple dans son ensemble. Ce peuple qui monte au front des barricades, qui chaque jour mûrit politiquement en se frottant aux réalités de la lutte, ce peuple aura sans aucun doute le dernier mot, c'est-à-dire terrasser le régime oligarchique de Nkurunziza. Si le régime refuse le dialogue, et s'enferme dans son culte de la violence, il en mourra certainement.

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