lundi, 30 novembre 2015 20:21 Écrit par 

Tanzanie: John Magufuli incarne-t-il le renouveau de " La Déclaration d'Arusha"?

    Devant un parterre de très nombreuses personnalités dont sept chefs d'Etat africains, John MAGUFULI a été investi président de la Tanzanie le 5 Novembre dernier. Le candidat du parti Chama Cha Mapinduzi(CCM), venait de sortir victorieux d'une élection présidentielle jugée par de nombreux observateurs comme régulière et libre, avec un peu plus de 58% des voix contre son principal challenger Edward LOWASSA. Mais des fraudes et des irrégularités ont été dénoncées par le perdant qui n'a pas encore reconnu la victoire de Magufuli. En effet, les centres de centralisation du principal parti d'opposition Chadema et de la société civile ont été vandalisés par la police et le matériel saisi. La victoire du candidat du CCM semble entachée des irrégularités notables. Cependant, ses premières décisions semblent redonner espoir à la majorité de la population tanzanienne, victime d'une libéralisation économique au début des années 90. Serait-il un prélude au renouveau de "La Déclaration d'Arusha"?


    Un candidat à l'élection présidentielle inattendu.
    Ils étaient 38 candidats aux primaires du parti CCM pour la désignation du représentant du parti à l'élection présidentielle. Parmi eux des noms prestigieux tels que les anciens premiers ministres Edward Lowassa, Frederick Sumaye et Mizengo Pinda, l'ancien vice-président de la République Mohamed Bilal, l'ancien ministre de la justice Mme Asha-Rose Migiro, le fils du premier président, Charles Makongoro Nyerere, ainsi que le fils du premier président de l'archipel semi-autonome de Zanzibar, Ali KARUME .
    John Magufuli fut choisi par les congressistes du Chama Cha Mapinduzi déjouant tous les pronostics. L'ancien premier ministre Edward Lowassa en fut frustré et rejoignit l'opposition. Sa tentative de revanche comme candidat d'une coalition de l'opposition à la présidentielle d'octobre sera vaine, car Magufuli sera encore l'heureux élu cette fois-ci de l'ensemble du peuple tanzanien.


    La mise en sommeil de "La Déclaration d'Arusha".
    La Déclaration d'Arusha fut adoptée par l'Union Nationale Africaine du Tanganika en 1967(TANU), parti unique de l'époque de la Tanzanie continentale, puis adoptée plus tard par le Chama Cha Mapinduzi, parti résultant de la fusion de TANU et de Afro-Shirazi Party(ASP) de Zanzibar après l'unification des deux entités territoriales en un Etat uni.
    Elle constituait le guide de l'action du parti et du gouvernement tanzanien. Ses principes comportaient entre autres:

    • Tout individu a droit à une juste rétribution de son travail ;
    • Tous les citoyens possèdent en commun l'ensemble de ressources naturelles du pays; en dépôt pour leurs descendants.
    • En vue d'assurer la justice économique, l'Etat doit avoir un contrôle effectif sur les principaux moyens de production,
    • Il incombe à l'Etat d'intervenir activement dans la vie économique de la Nation; de manière à assurer le bien-être de tous les citoyens, à empêcher l'exploitation d'une personne par une autre ou d'un groupe par un autre, et à empêcher l'accumulation des richesses à un degré incompatible avec une société sans classe.

    Après la guerre contre l'Ouganda du dictateur Idi Amin Dada (1979-1981), l'économie tanzanienne est exsangue; les institutions de Bretton Woods trouvent une occasion rêvée pour imposer au pays leur classique traitement de choc : privatisation des entreprises de l'Etat, licenciements massifs, réduction des fonds alloués à l'éducation, à la santé et au développement rural, etc. Le Président NYERERE se retrouve avec le couteau au cou, il est dans l'obligation d'accepter ces conditionnalités aux antipodes de ses principes afin de sauver l'économie de son pays d'une banqueroute. Il abandonnera le pouvoir quelque temps après, en 1985.
    Depuis cette période, la Tanzanie est sur le plan économique et social à l'image de la majorité des pays africains : c'est la course à l'enrichissement rapide notamment des cadres de l'Etat. Aussi, corruption, concussion, détournement des deniers publics, bradage des ressources naturelles aux multinationales sont les pratiques les plus courantes. Ses corollaires sont d'une part la constitution d'une petite bourgeoisie compradore et d'autre part la paupérisation de la majorité de la population, la destruction des services publics notamment la santé et l'enseignement public.


    John Magufuli ou l'espoir du renouveau de "La Déclaration d'Arusha".
    Pendant la campagne électorale, le candidat Magufuli avait dénoncé avec force la corruption des hauts cadres de l'Etat et du parti Chama Cha Mapinduzi (CCM). Et le jour de son investiture, il a refusé les cadeaux des uns et des autres qui, sous prétexte de félicitations, voulaient déjà s'assurer de ses faveurs. Il a ainsi préféré recevoir les félicitations par téléphone ou par les moyens des TIC.
    Quelques jours après sa prise de fonction, il s'est rendu par surprise au principal centre hospitalier de la capitale économique, Dar Es Salam. Il a trouvé une structure avec des malades dormant à même le sol, quasi abandonnés à eux-mêmes, et des équipements en panne suite au sabotage par des médecins qui détournaient les malades vers leurs cliniques privées. Les sanctions n'ont pas tardé contre les responsables de l'hôpital. Et les fonds prévus pour l'investiture du nouveau parlement ont été réduits de 120 000 à 11 000 dollars. La différence a aidé à acheter des lits, des matelas et autres équipements pour ledit hôpital. La fête du 54ème anniversaire de l'indépendance prévu le 09 Décembre n'aura pas lieu. Ce sera une journée d'hygiène publique. Pour John Magufuli, il est indécent de dépenser des millions de dollars pour fêter alors que l'épidémie de choléra menace le pays à cause entre autres des problèmes d'insalubrité et de la pénurie de l'eau potable.
    Il a réduit la délégation tanzanienne qui devait participer à la réunion des pays du Commonwealth de 50 à 4 personnes et lui-même a décidé de ne pas s'y rendre. Désormais tous les voyages pour des missions à l'étranger seront réduits et devront être centralisés à la présidence. Les quatre mesures citées ci-haut ont déjà permis des économies d'un montant de plus de trente millions de dollars.
    Le président MAGUFULI ne semble pas prêt de s'arrêter en si bon chemin. Il vient de licencier le directeur général des recettes, toute la direction du port de Dar es Salam et le directeur des douanes pour fraudes sur 349 contenairs qui sont rentrés sur le marché sans payer les droits de douane, en plus de 31 autres contenairs de bois précieux qui allaient être frauduleusement exportés. D'autres mesures contre la corruption au niveau de la police, de l'enseignement sont déjà en cours.
    Le nouveau président exige que l'enseignement soit réellement gratuit de la 1ère année primaire à la 4ème année secondaire (10ème année).
    Il exige désormais que soit mis fin au gaspillage et à la gabegie dans le but de mobiliser les fonds pour le secteur social.
    Sur le plan économique, il a demandé aux acquéreurs des entreprises de l'Etat de les mettre en exploitation ou de les restituer.


    Les garde-chiourmes du capitalisme veillent au grain.
    Dans cet océan de l'ultralibéralisme qu'est devenu l'Afrique, l'arrivée d'un dirigeant qui croit encore en l'idéal d'une société solidaire et juste ne peut être que saluée. Mais l'expérience de la Grèce où le parti Syriza a été obligé de renoncer à son programme socio-économique sous la pression de la finance internationale, ne peut que nous rendre dubitatif. John MAGUFULI risque d'être confronté à une opposition de la nouvelle nomenklatura tanzanienne déjà habituée à accumuler des millions et des biens sur le dos du peuple. Et ceci est d'autant plus vrai qu'il arrive au moment où son pays vient d'entrer dans l'économie du gaz et du pétrole, des secteurs qui peuvent renforcer son action mais pour le moment en mains des prédateurs. Aussi reste à voir la stratégie qu'il pourra utiliser pour satisfaire les ténors du CCM qui l'ont porté au pouvoir, les besoins immenses de sa population et les multinationales à l'œuvre. Déjà il y a un problème à l'île semi –autonome de Zanzibar où les élections ont été maladroitement annulées par la commission électorale qui voyait venir la victoire de l'opposition.
    Le travail de sape sera d'autant plus facile qu'il bénéficiera d'un généreux coup de pouce de la toute puissante finance internationale. Pour mieux résister, il aura besoin du soutien non seulement du peuple tanzanien, mais aussi de tous ceux qui, de par le monde, croient encore à une économie qui place l'être humain au centre de tout processus de développement.

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