Opinionhttp://cndd-burundi.com Thu, 29 Jun 2017 05:37:11 +0000fr-frCrise au Burundi : Est-possible d'éviter la guerre?http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/634-crise-burundi http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/634-crise-burundiCrise au Burundi : Est-possible d'éviter la guerre?

La crise provoquée par la gestion du régime du CNDD-FDD et qui a culminé avec les clameurs autour du 3ème mandat arraché par Pierre Nkurunziza, menace de dégénérer en guerre civile, avec ses incertitudes et ses cruautés. Parfois, les chefs politiques décident d'aller en guerre par orgueil, désir de vengeance, entêtement, peur de l'avenir etc., sans mesurer les rapports de forces, le contexte socio-historique, ou les conséquences probables de leur décision sur la population et sur le pays.

Cette réflexion se propose de rappeler les effets d'une guerre, de situer les responsabilités du régime burundais et de ses opposants, et enfin de montrer la nécessité de tout faire pour privilégier le dialogue et la négociation, pour éviter la guerre.

La guerre : quand on a tout essayé.

Plusieurs penseurs ont apprécié la guerre de différents points de vue. Le général prussien Karl Von Clausewitz y voyait « la poursuite de la politique par d'autres moyens » (in De la guerre). Pour dire qu'elle est un instrument politique. Mais est-ce un instrument civilisé, raisonnable, contrôlable, juste, inévitable ?

Le psychanalyste Freud, dans sa réponse à Einstein qui lui demandait « Pourquoi la guerre ? », faisait remarquer le caractère dévastateur de la guerre. Elle aboutit à des malheurs : destruction des vies pleines de promesse, des biens, des œuvres d'art ; pillages, avilissement moral de gens qui s'entretuent alors qu'ils ne sont pas individuellement ennemis, etc. Nous savons en effet que la guerre est une régression dans la barbarie, à travers laquelle les pires instincts reviennent à la surface, faisant de l'homme une véritable brute, surtout en Afrique où le droit de la guerre tarde à être assimilé. Elle fait des charniers, des veuves, des orphelins, des infirmes, des détraqués, des disparus, des morts sans sépulture, des ennemis difficiles à réconcilier. Elle ravage les infrastructures, fait fuir les investisseurs, perturbe le système de production et de distribution, bloque le système éducatif, détruit l'économie des pays, etc., etc. C'est une horreur totale, où l'être humain devient une chose, où son visage, son regard ont perdu tout sens... Les Burundais ne le savent que trop !

Même le grand général chinois, Sun TSE, auteur de L'art de la guerre, tout en donnant des recettes pour combattre et gagner, a insisté sur la nécessité de gagner sans sa battre, sans entrer en guerre. Il écrit : «...sans donner de bataille, tâchez d'être victorieux .» Sun TSE martèle que la guerre est un mal à éviter : on ne doit la livrer qu'à défaut d'autre chose permettant d'avoir ce qu'on veut : « En règle générale, faire la guerre n'est pas bon. Seule la nécessité doit la faire entreprendre. Quelle que soit leur issue, les combats sont funestes aux vainqueurs eux-mêmes. Il ne faut les livrer que si la guerre ne peut être autrement menée . » Et il ajoute : « N'oubliez jamais que votre dessein, en faisant la guerre, doit être de procurer la paix à l'Etat et non d'y apporter la désolation. Vous avez à défendre les intérêts généraux du Pays et non vos intérêts personnels .» Mais, hélas, combien provoquent la guerre pour des frustrations ou des intérêts personnels ?

Rappelons enfin ces propos solennels de Barack H.Obama, lors du discours de réception du prix Nobel de la paix, le 10 décembre 2009, à l'hôtel de ville d'Oslo : «...aussi justifiée soit-elle, la guerre promet une tragédie humaine... la guerre elle-même n'est jamais glorieuse et nous ne devons jamais la présenter comme telle. C'est ainsi qu'une part de notre défi consiste à concilier ces deux vérités apparemment inconciliables - que la guerre est parfois nécessaire et qu'elle est, à un certain niveau, une expression de la folie humaine . » C'est dire que la guerre, surtout la guerre civile, est et doit être la dernière chose à souhaiter et à entreprendre. Pourtant, cette chose terrible avance lentement et sûrement sa patte pour s'abattre sur le Burundi, et chaque jour, chaque matin, tel un fleuve en furie, rejette au bord des routes, dans les caniveaux...son lot de cadavres. Où va le Burundi ? A quand la fin de cette saignée de tout un peuple ?

Le régime Nkurunziza : Une violence structurelle qui pousse à résister.

Parlant de la violence, Georges Gusdorf écrit dans son livre intitulé La vertu de force: « La violence est cette impatience dans le rapport avec autrui, qui désespère d'avoir raison par raison et choisit le moyen le plus court pour forcer l'adhésion. Si l'ordre humain est l'ordre de la parole échangée, de l'entente par la communication, il est clair que le violent désespère de l'humain, et rompt le pacte de cette entente entre les personnes où le respect de chacun pour chacun se fonde sur la reconnaissance d'un même arbitrage en esprit et en valeur ». Telle est la violence de Pierre Nkurunziza. Elle est cousue de cette certitude qui rend fou : celle d'avoir raison sans débat ; la certitude de gagner, celle d'être dans le camp de Dieu et d'être fait pour l'éternité. Elle installe dans la guerre. Une guerre de terreur, enragée, qui tue cinq, dix, quinze Burundais par jour. Jusqu'à ce que tous les opposants disparaissent comme une poignée de farine jetée dans le vent : « Nk'ifu y'imijira » ! Mais Nkurunziza et les siens consultent-ils les pages de l'histoire récente et immédiate ? Le Major Buyoya jurait de ne jamais négocier avec des tribalo-génocidaires. Et voilà que Nkurunziza jure de ne jamais négocier avec les putschistes ! Pense-t-il bâtir avec le mortier fait de sang? L'histoire est-elle condamnée à se répéter ?

La guerre est détestable, nous l'avons dit, mais elle peut être nécessaire si c'est la seule voie pour accéder à sa dignité. Même Gandhi, le chantre de la non-violence qui estimait celle-ci supérieure à la violence écrivait, dans Tous les hommes sont frères : « Je n'hésite pas à dire que là où le choix existe seulement entre la lâcheté et la violence, il faut se décider pour la solution violente». Le régime de Nkurunziza ne peut tromper personne sur son caractère exclusif, intolérant, violent, kleptomane .Il est dominé par « la région cruciale de l'âme où le mal s'oppose à la fraternité ».

Le dialogue, seule chance du Burundi.

La candidature et l'élection de Nkurunziza pour un troisième mandat étaient irrégulières et non démocratiques. Et leur contestation par l'opposition était et reste légitime. Toujours est-il qu'une autre guerre au Burundi le ramènerait des siècles en arrière. Et les secousses prémonitoires, les condamnations que subit ce pouvoir devraient produire des effets et le pousser à négocier avec ses opposants. Les amis du Burundi sont et seront donc bien inspirés d'encourager le dialogue, de le faciliter, de le financer et le garantir. D'ores et déjà, le CNARED a annoncé, dans sa Déclaration du 12 septembre 2015 , ce qui suit : « Aujourd'hui, le leadership politique, moral, social et civil burundais doit écrire une nouvelle page de l'histoire du Burundi. C'est en négociant que cela pourra être fait pour résoudre des problèmes dont aucune des parties en présence n'est jusqu'aujourd'hui parvenue à trouver des solutions qui mettent fin à la grave crise créée par la recherche effrénée d'un troisième mandat à la Présidence de la République par Pierre NKURUNZIZA». Et plus loin : « Il faut que la junte au pouvoir à Bujumbura soit informée que le CNARED, toujours ouvert à une négociation sans à priori, se rendra en organisation unie et forte à toute négociation et que ses représentants refuseront la division de leur représentation». Le CNARED, en tendant la main du dialogue, fait preuve de patriotisme et de responsabilité. La balle est dans le camp de Nkurunziza et des siens.

Mais, pour que le dialogue et les négociations aient une portée réelle et prophylactique, il faudrait que le pouvoir les accepte sans exclusive et sans arrière-pensées ; que l'opposition sache négocier l'essentiel, en ayant à cœur la cause profonde du peuple burundais. Le camp présidentiel doit sortir rapidement de son hésitation et se prononcer clairement pour des négociations, notamment avec les leaders de la coalition CNARED. Car il est paradoxal qu'un parti et un Président qui se disent populaires soient allergiques à la compétition honnête et s'acharnent à fermer l'espace politique et à persécuter l'opposition. Et aussi longtemps qu'il y aura des centaines de milliers de réfugiés, des exilés, des prisonniers politiques et d'opinion, des assassinats quotidiens, aussi longtemps que les droits civils et politiques seront escamotés et bafoués, les gens vont manifester, protester et même risquer leur vie...
Certes, à première vue, les positions semblent irréconciliables : l'opposition exigele départ sans condition de Nkurunziza et la mise en place d'institutions de transition ; tandis que le pouvoir exhibe sa légalité et se dira prêt à intégrer des opposants, tout en excluant, et même en voulant juger, ceux qu'il appelle les «putschistes». Mais, tout cela est-il essentiel et réaliste? Une fois Nkurunziza parti, est-ce la fin du système de prédation et d'exclusion? Si Nkurunziza refuse toute discussion avec ses plus farouches adversaires, cela les empêchera-t-il de continuer de se renforcer?  Avec des forces de défense et de sécurité de plus en plus divisées, avec des généraux et des militaires en rupture de ban, avec la peur qui gagne chaque jour le camp présidentiel depuis la mort d'Adolphe Nshimirimana et l'attaque contre le chef d'Etat-Major Niyongabo, faut-il attendre que l'irréparable arrive pour négocier? Est-il préférable de s'entretuer d'abord pour ensuite, après avoir saccagé le pays et ses maigres ressources, se rendre compte qu'il aurait fallu commencer par négocier? Il doit y avoir un terrain d'entente et c'est le devoir des gens de bonne volonté d'en explorer les périmètres. Je préfère ne pas penser qu'il existe, au Burundi,une fatalité nommée« idiotisme du métier de politicien »... Et je préfère ne pas penser qu'autour de Nkurunziza il n'y ait pas de gens qui puissent lui conseiller de cesser de tuer ses compatriotes, d'écouter les voix qui crient de partout et de saisir la main tendue par le CNARED dans l'intérêt du Burundi. Au cas où il n'y en aurait pas, dans le cas où il n'y aurait que des Nyamitwe à têtes vides, les opposants n'auraient plus de choix et la guerre ne serait plus un choix mais une obligation.

Les Burundais sont devenus un peuple indomptable, allergique à l'oppression. Et celui qui l'ignore finit par l'apprendre à ses dépens !

1SUN TSE, L'art de la guerre, Pocket, coll. « Agora », 1993, p.24.
2Ibidem, p.73.
3Ibidem, p.74.

4Cité par Bob Woodward, dans Les guerres d'Obama, trad. de l'Américain par Odile Demange, Camille Fort-Cantoni, Grégory Martin et Antoine Muchnik, Denoël Impacts, 2011, p.494.
5Voirhttp://mporeburundi.org/declaration-du-directoire-du-cnared-apres-sa-deuxieme-reunion-tenue-a-bruxelles/.§§ 13 et 16.

 

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OpinionFri, 18 Sep 2015 08:48:36 +0000
Pierre Nkurunziza veut aller plus loin que Mobutuhttp://cndd-burundi.com/actualites/communiques/526-pierre-nkurunziza-mobutu http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/526-pierre-nkurunziza-mobutuPierre Nkurunziza veut aller plus loin que Mobutu

Silence on tue

Tueries sélectives

Ce samedi passé, des tireurs embusqués ont tué Zedi Feruzi, président du parti UPD-Zigamibanga et opposant au troisième mandat de Pierre Nkurunziza . Au cours de l'opération de cet acte ignoble, les assaillants ont assassiné également son garde de corps. Comme le ridicule ne tue pas, le pouvoir CNDD-FDD a répondu par le même refrain : « tout sera mis en place pour mener une enquête, afin de démasquer les auteurs de cet acte ignoble et de les traduire en justice ». Au début de cette semaine, les tueries sélectives des opposants continuaient dans la capitale Bujumbura, à Bururi, dans Bujumbura rural, à Muramvya etc...

Rien ne semble arrêter la machine à tuer, conçue et planifiée par le Parti au pouvoir le CNDD-FDD depuis l'année 2005 et mise en action par les services de sécurité du pouvoir et par les miliciens du parti, les fameux Imbonerakure. Ces actes ignobles, visant à anéantir progressivement les opposants à Nkurunziza et à son système sont des crimes contre l'humanité. Quoique opérés malignement à compte-goutte, ils visent à massacrer un groupe bien déterminé, celui des opposants politiques.

Le langage des tyrans et l'impunité comme mode de gouvernement

La semaine passée, alors que des manifestations contre le troisième mandat se déroulaient dans plusieurs villes du pays, et que les miliciens Imbonerakure font régner la terreur en peu partout, Pierre Nkurunziza déclarait que la paix règne dans plus de 99,99 % du territoire. Il en a profité pour appeler les centaines de milliers de réfugiés qui ont fui les exactions de son pouvoir, à rentrer dans le pays. Rappelons que dans les années 90, sept ans avant la fin de son règne de 32 ans sans partage le maréchal Mobutu Sessé Seko déclarait que son peuple l'avait élu à 100% et que même le peuple voulait l'élire à 200%. Nkurunziza est allé plus loin que Mobutu, il déclarait avoir obtenu 700 % des congressistes de son parti qui l'ont désigné comme candidat au troisième mandat aux prochaines présidentielles.

Depuis l'année 2005, des milliers d'opposant ont été tués, certains ligotés et jetés dans les rivières et les lacs du pays, d'autres enterrés à la hâte pour fausser les enquêtes. Toutes les enquêtes menées par des organisations crédibles des droits de l'homme démontrent que presque tous les crimes humains et économiques commis depuis 2005 sont commandités par le régime en place. Depuis 2005, les citoyens sont écrasés comme des mouches, et le langage du pouvoir reste invariable le « Tuzobitohoza » (on fera les enquêtes) et pour ceux qui ont plus de chance, les enterrements suivent et après, c'est tout.

Le retour dans les années sombres, les années 1960

Depuis les années 1986, le peuple burundais a mené un combat historique sans relâche pour le retour du multipartisme et de la démocratie. Même si l'acte n'a pas accompagné les bonnes paroles du Président français François Mitterrand, nous pouvons admettre que son discours au sommet de la Baule des chefs d'État africains a renforcé la détermination des peuples africains pour recouvrer la démocratie menacée par des dictateurs longtemps soutenus par les grandes puissances coloniales. Pour l'ancien président français, « Le vent de liberté qui a soufflé à l'Est devra inévitablement souffler un jour en direction du Sud (...) Il n'y a pas de développement sans démocratie et il n'y a pas de démocratie sans développement.... ». Ainsi, les élections de 1993 au Burundi ont porté Ndadaye Melchior au pouvoir et redonné l'espoir au peuple, pour savourer les fruits de la démocratie. Son assassinat a plongé le pays dans une longue guerre civile de résistance populaire. Les accords d'Arusha ont permis la fin de la guerre et le retour de la démocratie pluraliste. Malheureusement, dès sa prise de pouvoir après les élections de 2005, le parti CNDD-FDD s'est comporté en parti violent, mafieux et gangrené par la corruption. Il s'est érigé progressivement en parti fasciste, par la mise en place d'une milice dénommée Imbonerakure. Cette milice est formée, entraînée et équipée en armes et logistique par les services de la police nationale ainsi que par la police présidentielle (les services de renseignement). Cette milice quadrille tout le pays, elle est chargée de tuer et d'intimider des militants de l'opposition et tout citoyen(ne) qui refuse d'adhérer au parti au pouvoir. Comme en 2010, les miliciens Imbonerakure forcent les citoyens à voter pour Pierre Nkurunziza et son parti, le CNDD-FDD. Une tâche facile, car en plus de ces miliciens Imbonerakure, la CENI et la cour constitutionnelle sont des organes inféodés au pouvoir, rodés, spécialisés en matière de fraudes électorales en amont et en aval. Le récent contre-coup d'Etat nous rappelle les années 1965, ou un coup d'Etat avait été suivi par un autre qui instaura le monopartisme dans le sang des citoyens. Ce mois de mai a vu le Président Nkurunziza opérer ouvertement un coup d'Etat constitutionnel, violant la loi fondamentale et les accords d'Arusha. Son prochain objectif sera, avec une majorité constitutionnelle certaine au prochain pseudo-parlement, de procéder à un tripatouillage de la constitution pour s'installer à vie au pouvoir, instaurant en définitive un monopartisme de fait. Les quelques valets, partis ou individus recrutés pour la cause ne changeront rien aux décisions de Pierre Nkurunziza, et du CNDD-FDD. Les observateurs avertis et qui connaissent le Burundi reconnaissent que la gestion du pays par le régime du Président born-again aura fait reculer le pays d'un demi-siècle sur tous les plans : politique, économique et social. Le Burundi n'est pas loin de 1955.

Etre indifférent donne la force au dictateur

C'est ce que toute personne éprise de paix et de droits de l'homme devrait penser.
Penser à ces personnes égorgées, fusillées ou tuées d'une autre manière, où parfois les familles n'ont même pas droit d'enterrer les leurs ; à ces femmes et ces bambins jetés sur la route de l'exil, avec la malnutrition et les maladies telles la malaria et le choléra. Et c'est pour cela que les recommandations suivantes me semblent réalistes et humanistes.

Recommandations

Aux citoyens Burundais

De rester unis et ne pas se disperser devant une dictature sanguinaire qui a perdu la raison, car en effet, l'union fait la force, pour chasser du pouvoir Pierre Nkurunziza et son parti, le CNDD-FDD. En effet, comme le disent les adages en Kirundi, « ntawufasha uwutifashije »(aides-toi et le ciel d'aidera) et aussi, « akimuhana kaza imvura ihise (il faut compter d'abord sur ses propres forces, l'aide extérieure arrive après la pluie).

De rejeter en bloc les comportements des individus opportunistes qui n'attendent que la récupération de la révolution en cours. Il est ridicule par exemple de voir certains dignitaires accompagner, en se portant candidats, un processus électoral biaisé, qui se déroule dans le sang et en même temps que des centaines des milliers de citoyens prennent le chemin de l'exil.

Urgences

Dans l'urgence, je réitère les propositions et recommandations de la déclaration de Léonard Nyangoma président du parti CNDD le 29 avril 2015.

Il recommandait aux partenaires du Burundi, principalement les Nations Unies, l'Union Africaine, d'aller au-delà des condamnations verbales et de prendre des mesures concrètes afin de contraindre Nkurunziza à arrêter d'opprimer et de massacrer son peuple. Ces mesures seraient entre autres :

  • La pression sur le gouvernement Nkurunziza en vue des pourparlers entre le pouvoir et l'opposition pour mettre en place un gouvernement de transition, qui aurait des missions claires et convenues, et aboutirait à l'organisation d'élections libres, impartiales et transparentes.
  • L'embargo sur les armes
  • La suspension de la coopération militaire et en matière de sécurité avec le Burundi ;
  • Le gel des comptes bancaires des dignitaires du parti au pouvoir et de ses alliés ;
  •  La mise sur pied d'une commission judiciaire internationale afin d'enquêter sur les crimes humains et économiques commis par ce régime afin de mener une instruction et de traduire les auteurs devant des juridictions internationales.
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OpinionFri, 29 May 2015 20:25:50 +0000
Le culte de la force ou maladie congénitale et mortelle du CNDD-FDDhttp://cndd-burundi.com/actualites/communiques/509-culte-force-maladie-cndd-fdd http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/509-culte-force-maladie-cndd-fddLe culte de la force ou maladie congénitale et mortelle du CNDD-FDD

Je voudrais illustrer mon titre par quelques anecdotes :

  1. En 2003, un cadre de ce parti, pourtant médecin me déclarait : « Nous au CNDD-FDD, les intellectuels en s'en fout, si nous avons notre police, personne n'osera toucher à notre pouvoir. »
  2. Un ami me racontait qu'un jour, peu avant les élections 2010, il a parlé de la nécessité des élections démocratiques et libres avec des amis du CNDD-FDD. Parmi ces derniers, il y avait un haut gradé de l'armée. Il se leva aussitôt, le ton amical changea d'un coup et déclara : « Tu me donnes envie de t'envoyer une rafale de balles, qui t'a dit qu'on cède un pouvoir comme ça ? A cause d'un simple bulletin de vote ? ».
  3. Qui n'a pas entendu les militaires et les officiers déclarer aux cadres : « vous pensez être intelligents, pourtant il suffit d'une balle et toute l'intelligence est à terre ! »

 La naissance d'un parti militariste.

Après le putsch sanglant de 1993 contre le premier Président démocratiquement élu, feu Melchior Ndadaye, seulement après trois mois de pouvoir, Léonard Nyangoma ainsi que ses camarades créèrent le CNDD (Conseil National pour la Défense de la Démocratie). Il s'agissait d'une organisation politique rassemblant des démocrates et des patriotes décidés à combattre les putschistes sanguinaires.

C'est cette organisation politique qui mit en place une branche armée dénommée FDD, Forces de Défense de la Démocratie. C'est l'organisation politique qui donnait toutes les orientations à la branche militaire.

En 1998, à la suite des contradictions internes et des facteurs géopolitiques, un coup d'Etat fut opéré contre le leader de l'organisation politique, Léonard Nyangoma. La majorité des intellectuels restèrent derrière ce dernier, tandis que la majorité des combattants suivirent les putschistes. C'est ainsi que naquit le CNDD-FDD, une organisation franchement militariste. Désormais, ce sont les militaires qui définissaient la politique du mouvement. Les intellectuels furent relégués au second plan. Ils étaient bons pour des missions de négociations avec les bailleurs de fonds ou les diplomates. Le CNDD-FDD devenait en réalité le FDD-CNDD, et ressemblait à un homme qui marche sur la tête et réfléchit avec les pieds. La prise en main de l'organisation finalement par Pierre Nkurunziza, professeur de sport est peut-être tout un symbole. Comme l'est aussi du reste le drapeau du parti, au milieu duquel trône un aigle tenant dans ses serres une longue épée.

La confiscation de la victoire de tout un peuple.

Dès leur sortie du maquis, et surtout dès leur prise du pouvoir, tous les postes politiques, administratifs, et même des postes techniques devaient revenir aux militants du CNDD-FDD. Même un simple chef d'un dispensaire rural devait avoir une carte de ce parti. Les postes les plus importants, surtout les postes dits « juteux » revenaient exclusivement aux anciens combattants.

Dans leur politique d'exclusion, ils considéraient qu'il s'agissait de récompenser « les libérateurs ». Pour eux, le retour de la démocratie et de la paix, les Burundais le devaient exclusivement à la lutte des seuls combattants du CNDD-FDD.

Pourtant, c'est tout un peuple qui a payé un très lourd tribut pour mettre fin au pouvoir issu du coup d'Etat contre le président Ndadaye et rétablir la démocratie.

Premièrement, il existait d'autres mouvements politico-militaires qui ont contribué à faire plier le pouvoir de Buyoya.

Deuxièmement, dans un contexte de post-génocide rwandais, l'opinion publique internationale était loin de sympathiser avec une cause des organisations estampillées hutu qui se battait contre une armée dite tutsi. La crainte d'un génocide contre les tutsi du Burundi était prédominante. Il a fallu une mobilisation des intellectuels progressistes disséminés de par le monde pour montrer que le problème du Burundi était différent de celui du Rwanda, que la lutte ne se faisait pas contre une ethnie mais contre une oligarchie et un pouvoir putschiste. De Bruxelles à Paris, de Washington à Ottawa, de Dakar à Libreville, de Naïrobi à Dar es Salam...., les intellectuels veillaient pour rédiger des lettres aux dirigeants du Monde, des articles pour les journaux, organiser des collectes d'argent. Des intellectuels arpentaient les desks des journaux pour sensibiliser les journalistes sur la question burundaise, rencontraient les intellectuels, les organisations de défense des droits de l'homme pour convaincre de la justesse de la cause défendue par la CNDD. Les radios privées persécutées actuellement par le pouvoir permettaient aux porte-paroles du CNDD-FDD de faire passer les points de vue du mouvement.

Troisièmement, la population a indéniablement joué le rôle le plus déterminant dans une guerre asymétrique. Ce sont les paysans qui cachaient, nourrissaient, parfois guidaient les combattants au risque de leur vie. Des milliers de personnes furent massacrées en représailles, et d'autres dizaines de milliers furent parquées dans de véritables camps de concentration, dans des conditions de vie exécrables pour les soustraire au contact avec les combattants. Nombreux furent décimés par les épidémies tels le typhus, la dysenterie et la malnutrition.

Par ailleurs, les combattants qui sont morts sur le champ de bataille ne sont évoqués que pour magnifier les mérites des tenants du pouvoir actuel. Leurs familles n'ont jamais bénéficié d'une quelconque assistance de la part du régime de leurs anciens camarades de maquis ! Et les ex combattants démobilisés ne sont guère mieux traités : ils constituent tout au plus un réservoir où l'on recrute les hommes de main du régime, chargés d'exécuter les sales besognes : liquider des opposants, des militants de la société civile ou des anciens camarades tombés en disgrâce.

Pour justifier l'exclusion des autres acteurs politiques ou de la société civile de la gestion du pays, les dirigeants actuels du CNDD-FDD, avec à leur tête Pierre Nkurunziza, se sont accaparés de tous les mérites de la lutte pour la restauration de la démocratie. Il faut préciser que nombreux parmi eux ne sont que des imposteurs qui n'ont rejoint le mouvement qu'à la fin de la guerre.

Le triomphe de la férocité et de la ruse.

Le dernier congrès a donné le coup de grâce à l'intelligence au sein du parti CNDD-FDD. Les derniers intellectuels au sein du « Conseil des Sages » ont été exclus de cet organe suprême de l'organisation de Nkurunziza. Parmi les quatre personnalités exclues, seul Jérémie Ngendakumana était un ex maquisard. Les trois autres faisaient partie de la crème intellectuelle du CNDD-FDD : Augustin Nsanze, professeur d'Université et auteur de plusieurs publications, Gervais Rufyikiri, titulaire d'un doctorat en sciences d'agronomie et de l'environnement et Pie Ntavyohanyuma , Docteur en Démographie. Ils ont été remplacés par des purs produits du maquis et fidèles compagnons de Nkurunziza : Daniel G. Ndabirabe, Zénon Ndaruvukanye et Révérien Ndikuriyo. Désormais, c'est le triomphe total de la férocité et de la ruse.

Un succès relatif pour les oligarques et un désastre pour le pays

Si l'objectif de Nkurunziza et son club d'oligarques est la confiscation du pouvoir et des prébendes à leur seul profit, cela semble leur réussir jusqu'à présent. La férocité et la ruse sont indéniablement des qualités pour un chef de guerre. L'échec de la dernière tentative du coup d'Etat du 13 et 14 mai en est une parfaite illustration.

Mais les responsables du CNDD-FDD devraient enfin réaliser qu'ils ne sont plus au maquis mais à la tête d'un pays. Cela exige une vision, un sens de rassemblement, de dialogue et de compromis. Or, chaque jour qui passe le régime se raidit et s'isole. La sympathie dont ont bénéficié les auteurs de la tentative du coup d'Etat non seulement au Burundi mais à travers toute l'Afrique et le Monde est une alerte rouge. La misère, l'oppression du peuple burundais, la corruption, l'opulence et l'arrogance de ses dirigeants révoltent désormais l'opinion publique africaine et mondiale. Cela constitue un grand danger pour le pays, parce que n'importe quel aventurier, avec de funestes desseins peut être pris pour un libérateur. C'est ce qui est arrivé au peuple congolais ; las des excès de l'oligarchie de Mobutu, il fut prêt à accueillir le premier venu qui pouvait les débarrasser du vieux dictateur. La suite fut un véritable désastre qui a failli faire disparaître le Congo en tant que nation et des millions de vies humaines ont été anéanties.

Un peuple de plus en plus uni et combatif.

« Le riz sous le pilon combien doit-il souffrir !
Mais bientôt il prendra la blancheur de coton
Il en sera pour nous de même dans la vie
L'homme dans le malheur se polit comme un jade ».
Ho Chi Minh

 

Personne ne pensait revoir les manifestants dès le lendemain de l'écrasement de la tentative du putsch. Mais cette courageuse jeunesse a bravé les policiers et les miliciens imbonerakure ragaillardis par le fait que toutes les radios et télévisions indépendantes qui dénonçaient régulièrement leurs forfaits avaient été incendiées ou saccagées. Ces femmes et hommes aux mains nues ont renouvelé le rejet d'un 3ème mandat aussi illégal qu'infâme. Ces jeunes hutu, tutsi et twa qui marchent, pleurent, tombent ensemble, réalisent de plus en plus qu'ils ont un destin commun. Les balles, les grenades et les gaz lacrymogènes des sbires de Nkurunziza ne distinguent pas les hutus des tutsis ou des twa. L'instrumentalisation ethnique tentée par le régime se heurte à un mur de refus d'un peuple qui comprend de plus en plus qu'il n'existe ni de régime hutu ni régime tutsi. Il existe soit un pouvoir oppressif et corrompu, soit un régime démocratique et soucieux du quotidien et de l'avenir de son peuple dans son ensemble. Ce peuple qui monte au front des barricades, qui chaque jour mûrit politiquement en se frottant aux réalités de la lutte, ce peuple aura sans aucun doute le dernier mot, c'est-à-dire terrasser le régime oligarchique de Nkurunziza. Si le régime refuse le dialogue, et s'enferme dans son culte de la violence, il en mourra certainement.

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OpinionMon, 18 May 2015 10:27:35 +0000
Candidature aux élections présidentielles : les masques sont tombéshttp://cndd-burundi.com/actualites/communiques/503-candidature-elections-presidentielles-masques-tombes http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/503-candidature-elections-presidentielles-masques-tombesCandidature aux élections présidentielles : les masques sont tombés

Blanche neige et les cinq nains  

L'engagement politique suppose une certaine fermeté de jugement, un certain nombre de principes. Cela est d'autant plus nécessaire quand on est un leader censé éclairer et guider les autres. La cascade de candidatures (ils sont huit à ce jour : Pierre Nkurunziza, Agathon Rwasa, Jean de Dieu Mutabazi, Domitien Ndayizeye, Sylvestre Ntibantunganya, Gérard Nduwayo, Jacques Bigirimana et Jean Minani) à l'élection hypothétique à la présidence de la République soulève un certain nombre d'interrogations et sème le doute sur les candidats. Voici pourquoi.

La preuve par l'absurde ?

Faut-il, si l'on est sérieux, s'engager dans un pari dont on ignore les tenants et les aboutissants ? Ou s'engager dans un jeu où seul l'adversaire a tous les éléments d'arbitrage et de décision ? Normalement non. Or, le système électoral burundais est semblable à un match où les règles sont rédigées par une équipe, où les arbitres, tous, sont désignés par le chef de cette équipe, où le contentieux est tranché par les partisans de ce chef. Un tel dispositif aboutit au fait que ce chef décide seul des résultats, et c'est ce que l'on a vu en 2010, aux élections communales : la CENI avait donné, de façon décisoire et arbitraire, des scores fantaisistes aux opposants.

Faut-il, après avoir boudé un cycle électoral, s'engager dans le suivant, organisé par les mêmes acteurs, dans des conditions aggravées ? Normalement non. Or, un acteur comme Agathon Rwasa, à qui la CENI avait généreusement octroyé le score de 14%, est revenu dans les arènes, après avoir boudé les élections de 2010, vu massacrer des milliers de ses militants et sympathisants et après s'être vu arracher illégalement le leadership de son parti, les FNL. Qu'est-ce donc qui a changé qui pousse Rwasa à espérer un meilleur traitement ? Nkurunziza, qui a essuyé une gifle en échouant à changer la constitution par le défaut d'une seule voix, peut-il, après un passage en force malgré une clameur hostile généralisée, se contenter d'un score ne lui permettant pas de chambouler cette constitution ? Tout le monde ne l'a-t-il pas entendu accepter sa désignation à 700% ? Comptons bien !

Les observateurs se demandent si Rwasa a passé un accord de dupe avec Nkurunziza. Et ses atermoiements laissent observer un personnage sans autonomie de décision : il n'aimait pas les manifestations, mais comme ses partisans y sont allés, il a fait semblant d'y aller. Pas d'élections si le jeu est faussé avait-il dit en 2010, mais aujourd'hui il y va au moment où les conditions ont empiré. Report des élections ou glissement du calendrier électoral, avait-il demandé, mais sans attendre d'exiger et obtenir cela, il dépose le dossier...Allez-y comprendre.

Les autres candidats ne sauraient non plus expliquer leur engagement dans cette élection : en tout cas pas Domitien Ndayizeye que Nkurunziza a jeté en prison sous de fausses accusations, ni Ntibantunganya, dont les Burundais gardent un souvenir hallucinant de sa présidence.

Insoutenable légèreté du « ce n'est rien »

L'autre question que l'on se pose est le peu de cas que ces messieurs qui ont déposé 15 millions pour leur candidature, font de l'insécurité ambiante, qui a déjà fait fuir plus de soixante mille Burundais. Ont-ils avalé leur honte ? La présidente de la commission africaine, pour qui l'environnement au Burundi n'est pas propice à des élections a souligné qu'on ne peut pas aller observer des élections pendant que les gens sont en train de fuir le pays, tandis que d'autres tombent et meurent sous des balles réelles tirées par la police et les miliciens du régime. Peut-être que pour ces candidats, dont certains ont pourtant été réfugiés, soixante mille réfugiés burundais, qui ne pourront pas exercer leur droit de vote, qui croupissent dans des conditions déplorables du fait de la terreur des Imbonerakure, peut-être que, pour eux, ce n'est rien !

Pourquoi se précipitent-ils pour déposer leur dossier, au moment où le peuple proteste contre la violation de la constitution et de l'accord d'Arusha ? Font-ils si peu de cas de ces textes qui ont permis de stabiliser un tant soit peu le Burundi ? Peut-être que, pour eux, ce n'est rien !

Le paysage s'éclaircit.

Une fine pluie peut faire tomber la poussière qui planait dans l'air. Les masques sont tombés. Les Burundais savent désormais quel genre de leaders politiques sont ces candidats : des gens qui ont oublié Arusha, qui ne défendent pas la constitution de la République et qui mesurent toute situation à l'aune étriquée de leurs intérêts. Pourront-ils, demain, jurer de défendre la constitution ? Pourront-ils s'empêcher de faire comme Nkurunziza ?

Mais regardons du côté où souffle le vent de l'histoire : du côté de ces jeunes qui réclament un avenir, du côté de ces leaders qui sont convaincus qu'on ne bâtit pas une nation dans la fraude, le parjure et l'entêtement. L'affluence de candidats semble conforter Nkurunziza. Il peut penser que désormais le pire est derrière lui et qu'il a magiquement fait tourner le vent. Croire que devant ses pairs de l'EAC, il va dire : « Regardez, les grosses pointures de l'opposition ont déposé leurs dossiers. C'est qu'ils ont accepté que tout se joue dans les urnes et pas dans les rues ! » Sauf que, sauf que le pays a enterré des morts, sauf que soixante mille Burundais ont fui terrorisés, sauf que les Imbonerakure essaiment les collines. Sauf que le peuple qui souffre ne lâchera pas et ne manquera pas de génie combatif.

Conclusion

On voit ses vrais amis dans la tourmente. On a vu qui s'est indigné. On a vu de braves Burkinabè, de si loin, si près, apporter leur soutien moral. On a entendu l'Europe, l'Amérique, l'Afrique par la voix des Africains, de madame Zuma....La Belgique vient de suspendre certaines aides parce qu'elle juge que les élections ne sont pas possibles pour le moment, suite à la situation de crise que Nkurunziza, le CNDD-FDD et la CENI ont créée.

Seulement on peut se poser la question : où sont les peuples voisins des Grands Lacs, Rwandais, Ougandais, Kenyans, Tanzaniens ? Où sont leurs partis démocratiques, leur société civile pendant qu'on réprime à Bujumbura ? Où sont-ils, que disent-ils, que font-ils bon sang ? Leur silence est un signe, et la lutte du peuple burundais une école.

Ne leur demandons pas trop, du moment que « nos » propres leaders ont du mal à se donner un cap, mais veillons à ce que les Burundais, les vrais et les braves, leur donnent des leçons...

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OpinionWed, 13 May 2015 10:19:25 +0000
Candidatures à l’élection présidentielle: entre réalités et rêves des opportunisteshttp://cndd-burundi.com/actualites/communiques/502-candidatures-presidentielles-reves-opportunistes http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/502-candidatures-presidentielles-reves-opportunistesCandidatures à l’élection présidentielle: entre réalités et rêves des opportunistes

« Quand on n'a pas honte on se permet tout »

Les faits.

Ce samedi le 09 mai, la Commission Electorale Nationale Indépendante CENI, a clôturé l'enregistrement des candidats à l'élection présidentielle du mois de juin prochain. Huit candidats se sont faits enregistrés dont Agathon Rwasa représentant de l'Ancien Mouvement rebelle, les FNL, les anciens Président Sylvestre Ntibantunganya et Domitien Ndayizeye,
Ces candidats se sont présentés, alors que l'opposition, menée principalement par les partis d'opposition dont le CNDD , le MSD, l'UPD Zigamibanga , les autres partis alliés et la société civile, sont massivement descendus dans la rue depuis deux semaines pour réclamer le départ du président Nkurunziza, qui veut se présenter encore une fois aux élections présidentielles, alors qu'il a épuisé ses deux mandats légaux.

Dans le pays, la situation sécuritaire est alarmante. Les miliciens Imbonerakure terrorisent la population pour assurer la victoire du CNDD-FDD, et du président Nkurunziza, dans des élections que la CENI, véritable organe du CNDD-FDD, et de Nkurunziza, a déjà finalisé l'attribution frauduleuse des scores. Tandis que la Cour constitutionnelle inféodée aussi au pouvoir ne peut jouer le rôle d'arbitre et joueur, elle s'est définitivement disqualifiée avec la validation de la candidature de Nkurunziza au troisième mandat.
Cette insécurité, créée et entretenue par le régime, celui qui était censé assurer la protection de la population, a déjà provoqué la fuite de plus de 60.000 personnes dans les pays tels que la Tanzanie, le Rwanda, la RDC, le Kenya, l'Ouganda etc. D'autres se sont déplacés à l'intérieur du pays, dans les régions où les Imbonerakure sont encore moins virulents.

Entre rêves et mauvais calculs

Pour le trio Ndayizeye-Ntibantunganya-Minani, leur rêve est de faire abandonner Nkurunziza à la course à l'élection présidentielle puis récupérer les revendications de l'ADC-IKIBIRI, des autres partis d'opposition et de la société civile qui sont descendus dans les rues, pour se hisser à la magistrature suprême. Ils ont une sorte de boulimie du pouvoir. Quant à la CENI, tout le monde sait que ses membres sont corruptibles. Une fois que Nkurunziza aura quitté, le fameux trio pourrait adopter et affiner les méthodes de corruption de Nkuruniza. Ils ont une courte mémoire pour oublier que les Imbonerakure sont toujours là, que plusieurs milliers d'opposants se sont réfugiés et ne pourront pas participer aux élections.

Quant à Agathon Rwasa, le calcul est similaire, mais il est à la fois de la Mouvance Nkurunziza, celle des gens désignés par Dieu pour diriger le pays. D'après plusieurs sources, « il aurait eu des révélations divine qu'après Nkurunziza ça serait son tour.»
Par ailleurs il aurait eu des assurances de Nkurunziza, que s'il l'accompagnait à l'élection, la CENI va lui attribuer quelques pourcentages et il pourra ainsi participer à la mangeoire.
Au lieu d'encourager ce peuple en lutte qui a tant souffert des mauvais traitements du pouvoir, la première occupation de nos braves candidats, est de rêver

En droit.

En droit, il est universellement connu que « tout acte ou contrat fondé sur un faux est lui-même faux. Cet article est aussi connu par le droit Burundais. Et comment un individu sérieux pourrait penser briguer une candidature à la magistrature suprême en ignorant la logique de ce maxime ?
Il est honteux que deux anciens chefs d'Etat, puissent ignorer que le peuple burundais mène un combat à la fois politique et juridique. Sans compter les dégâts, Pierre Nkurunziza doit partir puisqu'il a terminé ses mandats. Quant aux membres de la CENI, ils répondront tôt ou tard des préjudices très dommageables qu'ils auront causés au peuple Burundais depuis 2010.

Les compétitions électorales ne se feront ni avec Nkurunziza ni avec sa CENI.
Toute élection, qu'elle soit communale, présidentielle, sénatoriale ou parlementaire, organisée et supervisée par Nkurunziza et sa CENI sera frappée de nullité.

A quelque chose malheur est bon : la décantation

Ce dépôt de candidature a permis de dévoiler au grand jour ou de décanter le paysage politique burundais encore dans le brouillard.
D'un côté, cela a permis de montrer, d'une part les partis et les hommes qui soutiennent Nkurunziza, une pseudo-opposition qui veut peut-être le départ de Nkurunziza et qui rêve de récupérer la CENI éventuellement le combat de tout un peuple ; et d'autre part, les partis proches du peuple en lutte qui est descendu dans la rue pour réclamer des changements réels. Parmi ces derniers figurent principalement le CNDD, l'UPD, le MSD, le PARENA et Sonovi.

Et la sortie de la crise ?

Elle doit passer par des négociations, entre tous les protagonistes politiques, en y impliquant la société civile. Une Transition de durée raisonnable devra être instaurée, un gouvernement de mission mis en place pour redresser le pays et organiser des élections libres et démocratiques. C'est ce que ne cesse de dire, Léonard Nyangoma, le Président du CNDD.

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OpinionTue, 12 May 2015 21:28:14 +0000
Validation de la candidature de Pierre Nkurunziza par la Cour Constitutionnelle ou validation sous la tablehttp://cndd-burundi.com/actualites/communiques/497-candidature-nkuruniza-validation-sous-table http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/497-candidature-nkuruniza-validation-sous-tableValidation de la candidature de Pierre Nkurunziza  par la Cour Constitutionnelle ou validation sous la table

Ce lundi le 04 mai 2015, la Cour Constitutionnelle a rendu public un arrêt qui n'a surpris personne, du moins pour toute personne connaissant le mode de fonctionnement des institutions de Nkurunziza. Monsieur Sylvère vice-président de cette cour, a été approché pour être corrompu mais a catégoriquement rejeté cette offre emposonnée. Il a été menacé de mort par les services du quarto Nkurunziza-Bunyoni-Adolphe –Ndakugarika. Face à cette menace, il a opté pour fuir à Kigali au Rwanda.

Une cour corrompue ou zaïrinisée comme les autres branches du pouvoir Judiciaire Nkurunziza

La zaïrianisation est le système politique instauré par le dictateur Mobutu les années 1970 au Zaïre, devenu aujourd'hui la République Démocratique du Congo- RDC. Elle consiste à piller les caisses de l'Etat et monnayer tous les services. Celui qui n'est pas d'accord avec le système est soit intimidé par les services de sécurité du pouvoir dictatorial, tué soit acculé à fuir à s'exiler. C'est exactement cette politique importée du Zaïre que nous mène le CNDD-FDD depuis bientôt 10 ans.

Dans le système juridiciaire actuel au Burundi, plusieurs procès sont monnayés et c'est devenu monnaie courante par exemple, il arrive parfois qu'un criminel soit attrapé en flagrant délit soit libéré en échange de la vente d'une ou de deux chèvres données au juge chargé du dossier.

Quant aux personnes tuées par les fameuses milices Imbonerakure,les juges vous diront « turacabitohoza » (l'enquête se poursuit ) à peine si le milicien est emprisonné, il est libéré la semaine suivante sans procès. Pour un petit rappel, nul n'ignore la libération de plusieurs criminels de sang sans jugement, notamment les assassins du docteur Kassy Manla, Représentant de l'OMS au Burundi assassiné dans la nuit du 20 au 21 novembre 2001. Une vie humaine peut parfois coûter moins de 10000 à 100.0005 francs (cinq à cinquante euros).

C'est pour cela que si des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues pour dire non au troisième mandat de Nkurunziza, c'est aussi pour manifester leur colère contre un régime mafieux et criminel qui les a martylisées pendant toute une décennie. Elles sont et resteront dans la rue jusqu'à la chute du dictateur et son système.

Ainsi, la cour constitutionnelle comme tous les organes de la justice n'a pas échappé à la zaïrianisation des institutions que le régime Nkurunziza et son parti sont en train d'instaurer au Burundi.

Selon nos sources, les membres de cette cour ont été payés d'un montant de plusieurs millions d'argent pour faire passer la candidature de Nkurunziza, c'est une question de routine pour le régime et surtout que l'arrêt de la cour consitutionnelle joue un rôle de bouclier du système.

Nkurunziza, la CENI, la cour constitutionnelle ou le trio du mal

En 2010, La CENI un laboraoire de fraudes électorales est à l'orgine de la faillite électorale qui a permis Nkurunziza d'accéder à un deuxième mandat . La cour constitutionnelle a validé la violation de la Constitution, en acceptant de dire oui, que le CNDD-FDD a gagné honnêtement les élections. Les deux institutions se sont dépouillées de tout honneur et ont raté le rendez-vous avec le peuple Burundais. Elles ont légitimé et légalisé un régime qui a plongé le pays dans le chao seulement, ces institutions devront dégager le même jour que leur Maître Nkuruniza.
Aussi longtemps que ce trio détriondra les leviers du pouvoir, personne ne peut s'attendre à la tenue des élections libres et honnêtes dans notre pays le Burundi.

Pas d'élections sous les canons, la botte et les gourdins

Actuellement, le Burundi est tombé encore une fois progressivement dans a une crise politique et humanitaire grave.Le Pouvoir maladroit n'a jamais voulu écouter l'opposition et la société civile, en particulier les sages propositions du président du CNDD, Leonard Nyangoma, qui a régulièrement dénoncé et condamné la distribution massive des armes aux miliciens du parti au pouvoir en violation de la constitution, de l'accord d'Arusha et des lois internationales. Actuellement, ces miliciens armés de fusils et de gourdins quadrillent toutes les collines et quartiers du pays . Ils terrorisent et tuent la population partout dans le pays pour assurer la victoire du CNDD-FDD et de leur président, Pierre Nkurunziza. Cela a pour conséquence la fuite de plus de 50.000 citoyens en moins d'un mois dans les pays de la région tel qu'en Tanzanie, Rwanda, Ouganda, Kenya et Afrique du Sud.

D'autres se réfugient à l'intérieur du pays dans les régions ou les Imbonerakure sont moins agressifs et ils se comptent par milliers. Dans cette situation où le Burundi est sous la botte, le gourdin et le canon, les élections libres et apaisées sont impossibles. Et les opportunistes et calculateurs de tout acabit le savent, Même Nkurunziza Pierre, habitué à pêcher dans l'eau trouble ou le pays troublé.

En conclusion

Nous ne devons pas perdre de vue que la crise actuelle trouve aussi ses origines lointaines dans les fraudes électorales de 2005 et de 2010. La récente décision de la cour constitutionnelle ne fait que jeter de l'huile sur le feu.

Actuellement ou dans un proche avenir, seul un dialogue entre le pouvoir et l'opposition est capable de redresser la situation chaotique créée par le pouvoir CNDD-FDD et Monsieur Pierre Nkurunziza. On sait que ce dernier a juré comme Mobutu qu'il ne sera jamais appelé ancien Président. Nkurunziza, qu'il le veuille ou non, des négociations suivies d'un pouvoir de transition se feront, avec ou sans lui, comme ne cesse de le dire , le Président du CNDD, Léonard Nyangoma.

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OpinionSun, 10 May 2015 20:09:11 +0000
INSURRECTION ? VOUS AVEZ DIT INSURRECTION ?http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/487-vous-avez-dit-insurrection http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/487-vous-avez-dit-insurrectionINSURRECTION ? VOUS AVEZ DIT INSURRECTION ?

Qui donc, ces jours-ci, surveille notre ciel ?
Qui donc, ces jours-ci, veille sur notre terre ?

Ce samedi le 25 avril 2015, le CNDD-FDD a désigné Pierre Nkurunziza comme candidat aux élections présidentielles du mois de juin, en violation de la constitution et de l'accord de paix d'Arusha de 2000. A la suite de cette déclaration de candidature, la population burundaise est descendue dans les rues à Bujumbura et dans plusieurs localités du pays, notamment à Muyinga et Kirundo, pour dire non à ce coup d'Etat constitutionnel. Depuis dimanche le 26, la tension reste vive dans la capitale Bujumbura. Ceux qui contestent à ce dernier le droit de se représenter à un 3ème mandat sont pourchassés, gazés, arrosés, emprisonnés ou tués, au motif que ce sont des insurgés. L'insurrection se définit comme un soulèvement, une sédition, une révolte visant à renverser le pouvoir établi. Contre les manifestants, le gouvernement a mobilisé les moyens de l'Etat, la police, l'armée et, selon des témoignages fiables, des miliciens Imbonerakure. La situation soulève les questions suivantes : Le CNDD-FDD a-t-il eu raison de désigner Nkurunziza comme son candidat ? Nkurunziza a-t-il eu raison d'accepter cette désignation ? Peut-on attaquer juridiquement Nkurunziza pour cette acceptation ? Les gens qui manifestent accusent-ils Nkurunziza à juste titre ? L'accusation d'insurrection est-elle adéquate ?

Le CNDD-FDD a-t-il eu raison de désigner Nkurunziza comme son candidat ?

Sans doute que non. La première erreur a consisté à ne pas tenir compte de l'Accord d'Arusha pour la paix et la réconciliation, qui prévoit qu'aucun Président ne doit dépasser deux mandats. Or, cet accord, longuement, péniblement et coûteusement négocié, jouit d'un prestige international. Il est donc prématuré de vouloir s'en affranchir. Deuxième erreur, une lecture étroitement intéressée de la constitution, que même un étudiant en première année de Droit ne saurait faire. En effet, la constitution dit bien, en son article 96 : « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois. ». Cet article fait corps avec la constitution, dans le titre V, relatif au pouvoir exécutif. Or, voilà que les conseillers intéressés de Nkurunziza et de son parti, ont pris prétexte de l'article 302, alinéa 1 qui stipule que : « A titre exceptionnel, le premier Président de la République de la période post-transition est élu par l'Assemblée Nationale et le Sénat élus réunis en Congrès, à la majorité des deux tiers des membres. Si cette majorité n'est pas obtenue aux deux premiers tours, il est procédé immédiatement à d'autres tours jusqu'à ce qu'un candidat obtienne le suffrage égal aux deux tiers des membres du Parlement », pour l'inciter à briguer un mandat illégal, lui-même il est consentant. Cet article fait partie, avec les articles 301 et 303, du Titre XV relatif aux « Dispositions particulières pour la première période post-transition ». Sommes-nous aujourd'hui dans la première période post-transition ? Non. L'exception apportée par l'article 302, alinéa 1, concerne-t-elle le nombre de mandats ? Non, elle porte uniquement sur le mode d'élection du Président de la République, cela « pour la première période post-transition ». Dire que Nkurunziza n'a fait qu'un mandat est indéfendable. Dire qu'il n'a été élu au suffrage universel direct qu'une seule fois est exact. Mais cela n'ouvre pas droit à un troisième mandat, le principe constitutionnel constant et sans exception étant celui du « mandat de cinq ans renouvelable une fois. »

Nkurunziza a-t-il eu raison d'accepter cette désignation ?

Un Président de la République a, en principe, des conseillers politiques et juridiques. Ceux-ci, s'ils sont intègres et sérieux, s'ils ne sont pas de simples flatteurs et courtisans, doivent l'aider à prendre des décisions adéquates et justes pour la nation. Dans le cas de Nkurunziza, les conseils n'ont pas manqué. Les gens ont eu le courage de porter à son attention les risques que comportait la candidature à un 3ème mandat. Au sein de son propre parti, il y a eu le chef du Service National de Renseignement ; le porte-parole du Président, ainsi que d'autres notables et personnalités de haut rang. Hors du parti présidentiel, les partis d'opposition, la société civile, l'Eglise catholique, la presse et la communauté internationale, ainsi que des intellectuels, burundais et étrangers, ont montré le caractère irrégulier de ce mandat. Quoique judicieusement conseillé, Nkurunziza a accepté sa désignation pour une candidature prohibée par la loi. Il a préféré briser le thermomètre qui lui indiquait la température, au lieu de faire preuve de lucidité, de résister aux pressions de ses courtisans et s'effacer pour un autre candidat.

Peut-on attaquer juridiquement Nkurunziza pour cette acceptation ?

Jusqu'ici, la décision du CNDD-FDD de désigner Nkurunziza comme son candidat ne constitue nullement un acte juridique. Pas plus que celle de Nkurunziza d'accepter, « à 700 % ! ». Ce sont des actes internes au parti, qui, malgré leur incidence socio-politique très visible, n'ont pas de signification juridique. Seulement, nul ne peut ignorer, du point de vue de l'éthique de responsabilité, le trouble que ces actes provoquent. L'erreur de CNDD-FDD devient un délit, du moment où, en annonçant vouloir violer la loi fondamentale et en incitant le militant Nkurunziza à violer la loi fondamentale, le parti et le militant déclenchent des troubles et, après ces troubles, n'annoncent pas reconnaître leur erreur pour contribuer au retour au calme. Nkurunziza devrait se poser des questions : « Tous ces gens qui affirment que ma candidature serait illégale ont-ils tort ? Suis-je assez fort pour les défier durablement ? » Aussi longtemps qu'il n'a pas encore déposé son dossier, on peut former l'utopie d'un possible jet d'éponge. Mais le jour où Nkurunziza déposera son dossier de candidature auprès de la Commission électorale Nationale Indépendante, lui, son parti (et même les membres du groupe de ses parrains) se seront rendus doublement coupables. Et là le processus judiciaire devra être enclenché. Les juridictions nationales, régionales et internationales devront être saisies si les circonstances le permettent, car dans l'entretemps des évènements pourraient nous surprendre.

Les gens qui manifestent accusent-ils Nkurunziza à juste titre ?

Les gens ne manifestent pas pour s'amuser, ou par simple formalisme juridique. Ils savent que violer la loi n'est pas un acte anodin, et qu'annoncer vouloir violer la constitution est plus qu'un simple acte d'impudence publique. Ils ont surtout en mémoire les outrages de ses deux mandats précédents, ses crimes, ses violences structurelles, ses discriminations, ses désordres, dont le bilan est la misère et le deuil. C'est cette mémoire vive blessée, traumatisée, qui met les gens dans les rues, pour refuser « la traînée douloureuse de l'écharde en plein cœur ». Le peuple burundais a le droit de résister à la tyrannie, ainsi que le stipule le préambule de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Il a raison de manifester préventivement, d'autant plus que ni la CENI, ni la cour constitutionnelle, inféodées de façon avérée au régime de Nkurunziza, ne sont pas moralement capables de rejeter sa candidature en la déclarant irrecevable pour inconstitutionnalité. La CENI se contentera de vérifier si les documents exigés par la loi sont complets, si la caution a été versée, ... et donnera quitus à son maître. Quant à la Cour constitutionnelle, elle dira aux éventuels plaignants, selon une formule par elle consacrée : « Vous n'avez pas intérêt à agir !»

L'accusation d'insurrection est-elle adéquate ?

Jusqu'ici, les protestataires cherchent à manifester, pacifiquement, pour exprimer leur rejet de cette candidature annoncée. Quelques barricades par ici, quelques jets de pierres par-là pour se défendre des agressions policières, des pneus brûlés... Aucune autorité, même parmi les plus mal famées, n'a été individuellement ciblée, dans sa personne ou ses biens. Aucun bien public, meuble ou immeuble n'a été délibérément détruit. Les manifestants sont mesurés et savent distinguer les forces de répression et les forces d'encadrement qui font preuve de professionnalisme. En revanche, malgré le droit reconnu par la légalité nationale et internationale de manifester pour exprimer ses opinions ou son désaccord, le gouvernement a illégalement interdit les manifestations, mobilisé des moyens énormes, réprimé, arrêté, emprisonné, et tiré à balles réelles sur les manifestants. Les médias privés ont été empêchés d'émettre, notamment en direction de l'intérieur du pays. Les réseaux sociaux sont suspendus. L'accusation d'insurrection est aussi inadéquate et disproportionnée que le reste de la conduite gouvernementale. Elle indique sa peur intime : Que le peuple se soulève massivement contre lui et le chasse définitivement, comme on l'a vu ailleurs il n'y a pas si longtemps.

Insurrection : est-ce cela seul que vous comprenez ?

Mais, si jamais les Burundais étaient acculés à l'insurrection, voici, quelques principes qu'un grand révolutionnaire avait jugé bon de partager :

  1. Ne jamais jouer avec l'insurrection, et lorsqu'on la commence, être bien pénétré de l'idée qu'il faut la mener jusqu'au bout.
  2. Rassembler à tout prix une grande supériorité de forces à l'endroit décisif, au moment décisif, faute de quoi l'ennemi, possédant une meilleure préparation et une meilleure organisation, anéantira les insurgés.
  3. Une fois l'insurrection commencée, il faut agir avec la plus grande décision et passer coûte que coûte à l'attaque. « La défensive est la mort de l'insurrection... »
  4. Il faut s'efforcer de prendre l'ennemi par surprise, saisir le moment où ses troupes sont encore dispersées.
  5. Il faut remporter chaque jour ne fût-ce que de petits succès (on peut dire à chaque heure, s'il s'agit d'une ville), et maintenir à tout prix la « supériorité morale ».
  6. Il faudra « De l'audace, encore de l'audace et toujours de l'audace »

Conclusion.

Quand la situation est grave, il faut savoir garder le calme et préserver la sûreté du jugement. Et se garder de l'abus des mots. Car, de l'usage abusif des mots, l'on passe facilement à l'abus pur et simple. Mais, sans aucun doute, Nkurunziza a violé son serment et trahi le Burundi. Il devrait se rappeler que la CPI existe. Il peut encore rattraper la situation en déclarant dans une adresse à la nation, le retrait de sa candidature, et en invitant son parti à proposer un autre candidat à sa place. Dans la foulée, il devrait initier une rencontre de tous les acteurs politiques et de la société civile pour explorer avec eux les pistes de solution à la crise actuelle. La situation d'insécurité qui a déjà poussé des dizaines de milliers de Burundais à l'exil, la contestation mesurée mais déterminée de l'opposition et de la société civile, l'impossibilité objective d'organiser des élections crédibles dans le contexte actuel, tout cela doit pousser Nkurunziza et les siens à un sursaut de conscience. Sans cela, il est indécent de pousser à des soi-disant élections impartiales et inclusives, ainsi que le font certains pays. En accusant le peuple d'insurrection, Nkurunziza et les siens oublient ce proverbe rundi que vous me permettrez de ne pas traduire : « Wanka kugarura impene ikiri hafi yagera kure ukabira nkayo. »

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OpinionFri, 01 May 2015 11:26:58 +0000
L’opposition burundaise à la recherche de la bonne tactique ?http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/470-opposition-burundaise-recherche-tactique http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/470-opposition-burundaise-recherche-tactiqueL’opposition burundaise à la recherche de la bonne tactique ?

« Du passé faisons table rase »

En butte à des contestations de tous genres, dont le point focal semble, à tort, le 3ème mandat, le pouvoir du Président Nkurunziza a adopté un ensemble de mesures qui semblent jusqu'ici lui réussir : accélération et mobilisation des milices Imbonerakure, radiations ou sanctions sévères contre toutes voix dissidentes au sein du parti, changement des responsables des services sensibles tels que le Service National de la Documentation, juridisme politicien prétendant faire interpréter la constitution du Burundi par la cour constitutionnelle, et surtout, ces derniers jours, la volonté très affirmée de s'assurer le contrôle de la rue, histoire d'ôter les armes à ses adversaires politiques. Ainsi, le maire de Bujumbura avait organisé, le samedi 28 février 2015, une marche pour la paix, pour faire une démonstration de force et de capacité à « faire rugir le monstre ». Une autre marche de la paix, organisée par le pouvoir suivra, le 28 mars 2015. Par contre, ce 16 avril 2015, la manifestation prévue par les opposants a été bloquée par une police omniprésente. Le lendemain, même scénario, mais, avec cette fois-ci un début d'intifada...Dès lors, faut-il conclure que l'opposition burundaise échoue à trouver « le bon topo » pour arriver à ses fins ? Faut-il penser que les élections tant controversées finiront par avoir lieu et faire place à des institutions crédibles et stables ? Avec ou sans Nkurunziza ?

Cruelle illusion et tactique de l'autruche

La situation semble seulement sous contrôle et fait illusion. Non seulement la base juridique brandie par Nkurunziza n'a convaincu personne, mais l'on a pris soin de le lui signifier et de lui déconseiller de briguer un mandat illégal. Même son « allié structurel » de la première heure, Pierre Buyoya, a fini par sortir de sa réserve. Un à un, les diplomates et homme d'Etat lui ont dit, sur tous les tons, de passer la main. Pendant ce temps, son parti vole en éclats et les institutions sont paralysées. Certains ministres, dont celui de l'intérieur, songeraient à s'exiler et auraient déjà demandé et obtenu des visas, qui en Afrique du Sud, qui ailleurs. Au niveau de la communauté internationale, même si certains pays poussent du bout des lèvres, vers les élections, il est de plus en plus clair que les élections sont impossibles dans le contexte actuel. Certains pays sont tellement réalistes dans leur appréciation qu'ils ont enjoint à leurs ressortissants de quitter immédiatement le Burundi, avant la fin de ce mois d'avril. Un diplomate d'un des pays en question écrit : « Etant donné la nature de la situation qui arrive au Burundi, il est fortement conseillé à tous les ressortissants ... d'obtenir leur visa de sortie, avant le milieu d'avril 2015... Nous souhaiterions affirmer sans ambiguïté qu'il y a un besoin d'une action préventive ».

Une opposition aux lectures diverses.

L'opposition burundaise est bigarrée. Il y a en son sein les frondeurs, fraîchement débarqués du parti au pouvoir, et qui font leur apprentissage. Ils sont pressés, actifs et ne sont pas loin de croire que chasser Nkurunziza est un exercice facile... Puis il y a les alliances RANAC et ADC-IKIBIRI, dont la solidité est relative, certains ténors ayant l'illusion qu'ils peuvent tirer leur épingle du jeu lors des prochaines élections, et insistant sur le refus d'un 3ème mandat de Nkurunziza ; d'autres étant fermement convaincus de la nécessité d'une transition et dénonçant plus le système CNDD-FDD que la personne du Président. Ces écarts d'approche ont un impact sur les tactiques des uns et des autres, puisqu'ils n'ont pas la même réponse aux questions : Que faire ? Comment le faire ? Avec qui et quels moyens pour le faire ? Dans quel délai ? Les questions cruciales ne sont pas les mêmes pour les uns et les autres. Pour les premiers, c'est la non-candidature de Nkurunziza. S'il se retire, plus de problème. On va aux élections malgré les fraudes massives en amont qui donnent au parti au pouvoir, selon certaines sources, une longueur d'avance d'au moins 50 % des votes. Ils passent même sous silence la terreur de la milice Imbonerakure qui a déjà poussé à l'exil plus de 8000 réfugiés burundais. Pour les autres, c'est le système CNDD-FDD qu'il faut congédier. Là c'est une autre paire de manches. Si Nkurunziza persiste et signe, le projet de l'empêcher d'aller aux élections, peut rencontrer, dans les marges, celui de déboulonner son système, mais si entre temps Nkurunziza se désiste, la coalition n'aura plus d'objectifs communs.

Pierre Buyoya, le maître discret du jeu politique burundais

Quel sens donner au lâchage de Nkurunziza par Buyoya ? D'abord, il est tardif, comme s'il était fait à contre-cœur. En réalité, Pierre Buyoya, habile manœuvrier, aurait la haute main sur la géométrie du jeu politique burundais. D'aucuns voient en lui l'instigateur, (via le ministre de l'intérieur Edouard Nduwimana, sorte d'agent double de la politique) de la fameuse politique de Nyakurisation. Buyoya se serait assuré que tout parti tendant à s'affirmer comme puissant soit sous son parrainage ou alors soit fragmenté. Ainsi, l'UPD, le FRODEBU, le FNL ont été divisés. Quant au MSD qui prenait de l'envergure et était en passe de polariser l'électorat tutsi (pas seulement, heureusement pour lui et pour la nation), son chef a subi les foudres du pouvoir et son leader est arrivé à cette conclusion : « In fuga salus ». Comme par hasard, Buyoya se trouve être le parrain de mariage de Rwasa et voilà que celui-ci est allié à l'Uprona de Nditije. La division de l'Uprona, elle aussi assez tardive, répondrait à la stratégie d'un Buyoya qui veut inéluctablement avoir le contrôle d'un large pan du pouvoir : Uprona Concilie au pouvoir, Uprona-Nditije dans l'opposition, de sorte que si demain le pouvoir change de titulaires, les protégés de Buyoya lui assurent un bon parapluie. Car, la hantise de Buyoya, c'est ce passé non élucidé ou mal élucidé, qui court de l'assassinat de Melchior Ndadaye à l'accord d'Arusha, avec en prime d'autres affaires qui fuient la lumière... Jusqu'ici, il a réussi le coup de maître d'avoir sous son contrôle un vice-président, un ministre de l'intérieur, un ministre de la défense, et tout ce que l'argent permet d'acheter, ainsi que « ce qui va avec ». En feignant le divorce avec Nkurunziza, Pierre Buyoya fait une option sur l'avenir, en pariant sur le ticket Rwasa-Nditije et leurs épigones. Dès lors l'opposition burundaise est-elle en mesure de « reconnaître les siens » ?

Le grain et l'ivraie.

Ceux qui ne luttent que pour empêcher le troisième mandat de Nkurunziza sont-ils de vrais compagnons de route ? Ne sont-ils que des rêveurs, à mémoire courte, qui ne voient ni la fraude déjà ficelée, ni la menace des Imbonerakure, ni le caractère corrompu et intolérable du système en place, et qui sont disposés à lui donner une caution électorale, à la seule condition que l'oligarchie leur accorde une place à la mangeoire ? Tous ceux qui souhaitent sauver le système CNDD-FDD, qu'ils soient des frondeurs de récente date, ou des opposants « historiques » constituent-ils une voie de salut pour le peuple burundais ? Le premier indice de crédibilité est, semble-t-il, d'abord, de récuser ces élections tropicales, et ensuite de réclamer un dialogue pour une transition. Ainsi, dans la mobilisation du peuple en cours, ceux qui sont pour les élections n'ont qu'à y aller seuls, jusqu'à ce que la réalité les rattrape. Par contre, ceux qui font une analyse sérieuse de la situation, devraient s'organiser à part, car le problème, ce n'est pas uniquement Nkurunziza, c'est surtout et fondamentalement le système corrompu, oligarchique et mafieux du CNDD-FDD.

« Il n'y a que ceux qui savent où ils vont qui peuvent trouver des vents favorables ».

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ndayon90@yahoo.fr (Albanel Simpemuka)OpinionMon, 20 Apr 2015 09:17:52 +0000
Du sophisme en journalisme. Le cas de Roland Rugerohttp://cndd-burundi.com/actualites/communiques/466-sophisme-journalisme-roland-rugero http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/466-sophisme-journalisme-roland-rugeroDu sophisme en journalisme. Le cas de Roland Rugero

« Tout ce qui rampe est gouverné par des coups ». Héraclite

Il y a bientôt deux semaines, mon attention fut attirée par un ami sur un article de Roland Rugero, paru sur Iwacu. Cet ami, très sévère, trouvait le dit article animé de mauvaise foi, contradictoire. Je me promis alors de lire cet article dès que j'aurais un peu de temps. L'article intitulé : « Comment Nyangoma a (presque) offert à Nkurunziza le troisième mandat » et publié le 02-04-2015 sous la rubrique « Ce que j'en pense », portait sur une déclaration du parti CNDD datée le 27 mars 2015. (Voir : http://www.iwacu-burundi.org/burundi-nyangoma-nkurunziza-troisieme-mandat-ceni-amatora2015-cndd-fdd/).Voici maintenant mes observations.

L'article de Roland Rugero pose problème à maints égards et procède par des astuces sophistiquées : coquetterie verbale, détournement du sujet, contradiction déguisée, confinement conceptuel par pétition de principe, amalgame astucieuse par survol léger, affirmations gratuites. Mais également diabolisation de Léonard Nyangoma sans examiner, dans le fond, la valeur du propos de son parti.

Commençons par là. Par un jeu de contraste en forme d'entonnoir, Rugero entreprend de dire que Nyangoma est politiquement fini. Sa tactique consiste à flatter avant de mordre : « une des têtes pensantes de l'ADC-Ikibiri », « le parrain idéologique de l'ADC-Ikibiri », « le célèbre professeur de math », « une voix politique significative » ; puis : « son aura électoral avait fondu comme peau de chagrin se limitant désormais à sa légendaire verve sur micro et aux collines natales ».

Le canevas inavoué sur lequel Rugero brode subrepticement, par petites touches, c'est un régionalisme résiduel ainsi qu'en attestent les expressions : « le terrible enfant du sud » ou « le célèbre professeur de math de Rutovu ». Cela peut sembler anodin (on vient tous de quelque part) et passer inaperçu. Mais en quoi cela intéresse-t-il le sujet traité de savoir que Nyangoma est du Sud ? Qu'il a enseigné à Rutovu ?

Ensuite l'auteur veut faire endosser à Nyangoma des responsabilités inattendues. En effet, il dit, ou plutôt insinue, qu'en signant « une missive lourde », en employant le mot infâme de « transition », Nyangoma aurait provoqué une mobilisation du parti présidentiel et découragé la communauté internationale : l'ambassadeur Paul Seger « laissait de côté les habituels appels à respecter « la Constitution, Arusha et son esprit et les autres lois  pour confier le sort de l'éventuelle candidature de Nkurunziza à la Cour Constitutionnelle ».

En menaçant d'implosion le CNDD-FDD, Nyangoma aurait réveillé l'instinct de conservation de ce parti : « la seule force capable de vaincre le Cndd-Fdd est celle qui le mènera à une implosion, dispersant en factions le réservoir de voix du parti en milieu rural. Or, c'est ce que promet justement le schéma officiellement tracé par la proposition de Nyangoma, qui d'ailleurs essaimait jusque-là essentiellement sur les réseaux sociaux. »

Ce n'est pas là le seul grief. La proposition de Nyangoma serait anti-démocratique et jetterait le trouble. « Ce trouble frappe ceux qui sont attachés au principe de transfert de pouvoir par les urnes, avec un soutien au processus électoral tant sur le plan logistique qu'à travers un suivi sur terrain du travail de la CENI. Et si la situation sécuritaire peut poser des soucis par endroits, le travail logistique et les processus d'inscription sont en général appréciés... ». La question que Rugero ne pose pas est de savoir si les conditions d'un transfert du pouvoir par les urnes ou d'une élection juste sont objectivement réunies. Lui qui, par euphémisme reconnaît tout de même que « la situation sécuritaire peut poser des soucis par endroits. »

Mais encore : Rugero agite le chiffon rouge de l'ethnisme, sans aucune justification valable : A son avis, l'appel du président du CNDD risque de faire du débat sur le 3ème mandat « inconsciemment un débat débouchant sur des réflexes ethniques en milieu rural » ; « les propos de Nyangoma auront comme autre conséquence l'ethnicisation accrue du débat électoral, notamment sur cette question de la candidature de Nkurunziza. Ici aussi, la propagande cndd-fddiste fait fort de rappeler les parallèles historiques dans un milieu rural pas complètement guéri des traumatismes de la crise de 1993. » En quoi demander une transition revient-il à ethniser le débat électoral ? Pour ne pas répondre, Rugero invoque d'hypothétiques propagandistes du CNDD- FDD, à qui il prête des propos, sans dire s'ils sont fondés ou pas.

En effet ces propagandistes feraient un parallèle entre la transition consécutive à « la reddition (sic) de la légitimité démocratique du Frodebu », « jusqu'en 2005. 11 années de malheur « essentiellement en milieu rural, chez vous ! » leur crie-t-on » ; et une autre transition faisant fi de la volonté populaire « qui va aller de la reddition de la légitimité démocratique du Cndd-Fdd et l'entrée de l'opposition au sein d'un gouvernement de transition dans lequel personne ne saurait prédire comment, ni quand on s'en sortira. « Ce seront de nouvelles années de malheur devant vous ! », assure (sic) les propagandistes du parti, touchant une corde sensible surtout chez les électeurs hutu du monde rural. » Mais, si les propagandistes, sentant la menace d'une éventuelle transition, mobilisent en tirant sur la corde ethnique, le tort en revient-il à Léonard Nyangoma ? Toute prise de position justifiée doit-elle être évitée pour ne pas devenir le prétexte d'une manipulation ethniste ? Rugero devrait répondre.

Tout aussi risqués et gratuits sont les propos selon lesquels : « Les deux contextes générés par la sortie médiatique de Nyangoma, couplés aux mouvements et intimidations des Imbonerakure et des anciens combattants sur les collines vont avoir comme résultat un mouvement centripète autour du Cndd-Fdd, tout au moins durant le processus électoral. » Ce genre d'amalgame qui prête à Nyangoma une proximité causale (voyez l'astuce) avec les Imbonerakure, (que Nyangoma et son parti ne cessent de dénoncer), est une malhonnêteté intellectuelle. Et comment Rugero justifie-t-il des phrases à l'emporte-pièce telles que : « les propos de Léonard Nyangoma vont confiner le positionnement individuel des électeurs susceptibles de faire bouger les rapports de force dans la course électorale à des réflexes de groupe, identitaires, et qui du coup, vont tuer le débat citoyen autour d'un nouveau mandat Nkurunziza. » Ou encore : « Nyangoma, ce héraut de la résistance face à la mise à mort de la démocratie en 1993 a inconsciemment perverti le débat démocratique qui prenait une ampleur citoyenne inédite. » Encore une fois, il faudrait que Rugero montre comment l'appel à une transition aboutit à ce genre de phénomène de repli identitaire ou à tuer le débat citoyen. Rugero, en des termes inutilement alambiqués, veut dire que les propos de Nyangoma vont pousser les Hutu à voter pour les Hutu et les Tutsi pour les Tutsi. Mais il ne montre pas comment et je crains que cela ne soit effectivement au-dessus de ses forces, car les Burundais ont atteint une maturité politique telle qu'ils sont, pour la plupart, au-dessus des considérations ethniques dans leurs jugements politiques et leur vote. A Rugero, qui a un goût prononcé pour le langage savant, rappelons au passage ce mot déjà séculaire : « Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire viennent aisément ».

Je ne dirai pas grand-chose sur les bribes de géopolitique, qui semblent justifier, à partir d'une peur que nourrirait le CNDD-FDD par rapport à un environnement régional en train de se surarmer, le raidissement de ce parti. Je me permets juste deux mots sur les appréciations sur le Rwanda et la RDC. Rugero démarre en trombe son article en citant, avec l'enthousiasme d'un spectateur sportif, les coups de semonces de la communauté internationale contre un troisième mandat. Arrivé sur le Rwanda et la RDC, il constate, impassible, que « pour Kigali et Kinshasa, toute position régionale qui défend « le primat de la volonté populaire sur le diktat de la communauté internationale » est la bienvenue ».

Oublie-t-il les tentations des Présidents de ces pays de modifier la constitution de leur pays, tout en s'abritant derrière une volonté populaire manipulable en contexte de dictature ? En quoi Nkurunziza, qui va bientôt faire dix ans, serait-il plus blâmable que ses homologues rwandais et congolais, qui ont pris le pouvoir avant lui et de façon controversée ? En quoi la démocratie au Congo et au Rwanda serait-elle une affaire strictement interne, pendant que nous appelons de nos vœux le soutien de l'ONU ou d'Obama... contre la dictature chez nous ?

Citer la position de Kagame qui dit « La décision d'une réforme constitutionnelle appartient au peuple rwandais. Nous n'avons pas la prétention de dire qui doit diriger la France ou les Etats-Unis; la réciproque doit être vraie », c'est bien. Mais, en quoi Kagame violant ou modifiant la constitution rwandaise pour se maintenir au pouvoir, serait-il différent de Nkurunziza dans la même posture ? Quand les tyrans se disent nationalistes, c'est une façon de demander qu'on les laisse malmener, sans protester, leur constitution et leur peuple !

A propos de la transition

Après avoir lu la déclaration du CNDD du 27 mars, Roland Rugero occulte le fait que non seulement c'est la position d'un parti, mais ne semble, en plus, tenir aucun compte des raisons et faits invoqués pour réclamer une transition. Il s'agit notamment d'une économie en lambeaux, une extrême pauvreté, un chômage de plus 50% de la population, des difficultés dans la mobilité ; de l'existence d'une milice affiliée au pouvoir et qui sème la terreur; de la scission des partis politiques créée et entretenue par le pouvoir, une démocratie immolée à l'autel de l'égoïsme et de la haine; de l'organisation des élections truquées et truffées d'irrégularités par une CENI devenue une machine de fraudes électorales depuis 2010 ; de la crise au sein du CNDD-FDD et ses conséquences visibles et potentielles ; et des informations crédibles indiquant que les formations paramilitaires des jeunes Imbonerakure se sont accélérées ces derniers jours. « Cette situation de terreur, disait la déclaration, n'a d'autre but que d'assurer la réélection forcée de Pierre Nkurunziza et de son parti, le CNDD-FDD, en réprimant dans le sang les mouvements insurrectionnels qui s'annoncent. »

Dans la logique du CNDD et de son président, c'est, me semble-t-il, le bilan lamentable du CNDD-FDD, mais surtout son incapacité d'organiser des élections justes et transparentes, qui justifiaient une transition, pour enfin déboucher sur des élections impartiales.

Au lieu de se demander si l'argumentaire était recevable et suffisant, Rugero s'est contenté d'une interprétation tendancieuse et unilatérale d'emprunt du mot transition : « Or transition = négociations = direction collégiale du pays = éparpillement de l'électorat Cndd-Fdd entre les nouvelles coalitions en jeu = mort du Cndd-Fdd. » Ce genre d'équation forcée ne part pas d'une analyse sérieuse du concept de transition. Qu'elle vienne du CNDD-FDD ou de Rugero. Le Burundi a connu des transitions (à l'approche de l'indépendance, après l'Accord d'Arusha, par exemple), sans que le phénomène de mort du parti au pouvoir ne soit observé.

Tous les pays connaissent à certains moments, des transitions, c'est-à-dire des passages négociés ou forcés, d'un régime politique à un autre ou du règne d'une classe ou d'une fraction de classe politique à une autre. Ce que proposait le CNDD, c'est une transition négociée, donc non violente, pour ouvrir la voie à une démocratie pluraliste réelle que le CNDD-FDD a bloquée.

De la position réelle de Rugero

Rugero veut s'avancer masqué, fait semblant de ne pas adhérer aux thèses du CNDD-FDD, mais il défend ses positions, du moins il en est un défenseur objectif. « Le raisonnement propagandiste au sein du parti présidentiel est simple : si le parti cède sur la candidature de Nkurunziza, ce sera un aveu de faiblesse que l'opposition va exploiter au maximum pour exiger l'arrêt du processus électoral déclaré irrégulier par l'ADC Ikibiri et le démantèlement de l'actuelle CENI. Le temps de remplacer tout cela et l'on sera face aux expirations des dates de légitimité légale des institutions, ce qui mènera de fait à la transition annoncée par Nyangoma. » Le raisonnement de Rugero, qui semble reprocher à Nyangoma d'avoir provoqué le resserrement des rangs des membres du parti au pouvoir cache mal néanmoins sa proximité idéologique avec ce parti. Il suffit de lire quelques- unes de ses conclusions, teintées d'un réalisme cynique :

« Si Nkurunziza parvient à donner les gages qu'il peut maîtriser la situation après son élection et qu'effectivement il passe, cela fera l'affaire de tout le monde au sein de l'EAC. Preuve sera faite que la Communauté internationale, épaulée par son porte-parole local (la société civile) [Ah bon ?] peut échouer à imposer l'agenda politique à des peuples « qui savent prendre en mains leur destinée. »« Pauvre Burundi : nous sommes-nous trompés en souhaitant avant l'heure l'arrivée des civils au pouvoir ? » Et voilà : la raison du plus fort est toujours la meilleure. Il s'agit pour Nkurunziza de montrer qu'il est réellement le plus fort, ainsi on ne regrettera pas d'avoir accepté « avant l'heure l'arrivée des civils au pouvoir ».

Que retenir en fin de compte ?

Que Rugero est un sophiste, qui tend à confondre le beau parler avec le parler vrai. Ou plutôt n'a que faire de la vérité. Qu'il nourrit une haine inavouée, avec des relents régionalistes, contre Léonard Nyangoma dont il ne peut nier les mérites historiques. Que les reproches qu'il lui fait sont infondés, gratuits et superficiels. Pire, Rugero semble incapable d'assumer ses positions politiques pro- CNDD-FDD : il fait d'abord semblant de se réjouir de son ébranlement, pour ensuite, retranché derrière des paravents transparents, vanter la recevabilité d'un passage en force de Nkurunziza. Un proverbe burundais dit bien « uwubundabunda abonwa n'uwuhagaze ». Malgré ses contorsions, ses mots sont d'une limpide clarté : « Face à un électorat qui instinctivement associe transition > amagaburanyama* > intérêts des politiciens > guerre, il sera assez difficile de remettre en doute et de façon sensée/raisonnée l'opportunité d'un Nkurunziza III. A l'inconnu de la transition, on préférera le familier de 2005 à 2015 ». Cette façon cavalière de prêter des intentions à l'électorat pour ensuite tirer des conclusions accommodantes ne trompe plus.
Si tu t'improvises gardien de l'avenir, ne t'avise surtout pas d'en fermer les portes (Lazanda.)

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OpinionWed, 15 Apr 2015 10:00:19 +0000
Comment éviter le pire au Burundi ?http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/448-eviter-pire http://cndd-burundi.com/actualites/communiques/448-eviter-pireComment éviter le pire au Burundi ?

Au commencement Nyangoma créa le CNDD avec sa branche armée FDD-Intagoheka dont l'objectif poursuivi était la restauration de la démocratie au Burundi. Il importe de souligner très fort et pour cause, que cette branche armée était formée pour servir d'outil au mouvement politique CNDD. Bref, la branche armée était normalement sous le commandement strict politique donc du CNDD.


En effet, avec la triste expérience que le Burundi venait de vivre, où l'armée nationale venait d'assassiner son commandant suprême, de surcroit le premier président démocratiquement élu, les fondateurs du CNDD avaient à l'esprit de transformer en profondeur l'armée et d'en faire une force de défense nationale et républicaine.

Avec le soutien massif de la population burundaises, le Mouvement CNDD, dit « Conseil Nationale pour la Défense de la Démocratie », avec sa branche armée FDD-Intagoheka « Forces pour Défense de la Démocratiei-Intagoheka » , ne tarda pas d'affaiblir les Forces Armées Burundaises- FAB. De ce fait, le régime de Bujumbura fut contraint d'entamer des négociations secrètes à Rome avec le CNDD, d'abord sous la médiation de Saint-Egidio. Sous pression de la région, ces négociations furent rapatriées à Arusha sous la médiation d'abord de feu président Mwalimu Nyerere, ensuite sous celle de feu président Nelson Mandela. Après deux ans de dialogue entre tous les différents protagonistes politiques burundais, des Accords dits Accords d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation furent signés au mois d'août de l'an 2000. Ces accords ont ainsi permis de rétablir l'ordre constitutionnel, la démocratie, la cohésion et l'harmonie entre les différentes composantes sociales au Burundi.

Nous avons dit, « au commencement, Nyangoma créa le CNDD avec sa branche armée, les FDD- intagoheka », hélas.
Juste tout au début des négociations d'Arusha, soit environ cinq ans après la dure et exaltante lutte du « Conseil », les démons de la division rodaient aux alentours. L'on apprit hélas que, dorénavant, et ce comme suite au virus à l'origine du dernier scénario qu'on venait de vivre, que les FDD ont pris le contrôle de la situation et qu'il fallait dorénavant, compter non avec le CNDD, mais plutôt, avec le CNDD-FDD ; une dissidence de consonance ouvertement militariste venait de voir le jour.

C'est là le début du calvaire, dont le Burundi se sortira bien difficilement, si l'on y prend garde, hélas. En effet, depuis que les « forces de défense » se mêlent de la politique, et là ça pourrait peut-être plus ou moins marcher, par l'amour du ciel. Mais, qui peut donc contredire De Gaule quand il disait « la politique est une affaire tellement sérieuse qu'on ne puisse la confier au seuls militaires ».

Par l'amour du ciel disions-nous, ça pourrait peut-être marcher, tant bien que mal. Mais, quand maintenant ce sont les forces de défense qui sont au-dessus de la politique, rien n'est moins sûr. Qui plus est, dès lors que ce n'est même plus le « CNDD-FDD » qui contrôle les affaires, dites plutôt, le « FDD-CNDD », qu'en advient-il ?

Pour les plus optimistes, ils nous diront, « par l'amour du ciel », çà pourrait peut-être marcher. Après tout, nous avons connu les régimes putschistes avec les fameux « Conseils de salut national », et ce n'était pas aussi mauvais que cela. Mais quand même, là, lesdits Conseils s'affirmaient, s'engageaient même devant le peuple, et l'on savait au moins à qui l'on devrait avoir affaire...

Vous avez dit « Par l'amour du ciel... » ? Et quand une milice, nous avons nommé la milice Imbonerakure, de surcroit entrainée et bien armée par ce même système « FDD-CNDD » dit, « régime ou système des Généraux », et je ne nomme cette fois personne, à quoi pourra-t-on s'attendre, si ce n'est qu'au pire ? L'expression n'est certainement pas forte, car hélas, une fois que des « sections » en termes militaires, sont déployées au su et au vu de tout le monde sur chaque colline de recensement, et de nous dire que demain, la campagne électorale va commencer..., c'est une véritable descente, tout droit aux enfers ou c'est de la cécité politique.
Une seule image parmi tant d'autres, pour convaincre les incrédules hélas. Pas plus tard que ce lundi 30 mars 2015, un inconnu du public, mais se présentant comme un représentant des anciens combattants démobilisés, invite les journalistes pour une conférence de presse qui sort de l'ordinaire car, il s'agissait purement et simplement de se faire lire une declaration et sans aucun droit de poser une quelconque question, à la grande stupéfaction desdits invités. Tenez-vous bien, cet envoyé spécial n'avait qu'un message clair pour l'opinion nationale et internationale mais seulement en langue nationale: "Quiconque osera sortir dans la rue soit disant contre le deuxième mandat de Pierre Nkurunziza, et il a bien dit "le deuxième mandat", nous trouvera bien mobilisés comme un seul homme et nous ne lui donnerons aucun répit"... La seule personne bien connue du public qui encadrait et cooprésidait l'étrange conférence de presse, n'était autre que le fameux député du nord, Honorable Nzigamasabo Jean- Baptiste, alias Gihahe. C'est à cause de la terreur qu'il a installée au Nord spécialement dans les provinces de Kirundo et de Muyinga que des centaines de personnes sont en train de fuir le pays vers le Rwanda.

C'était au lendemain de la fouille-perquisition par la police chez le Député issu du parti au pouvoir , Bucumi Moïse. Celui-ci est pourchassépour avoir commis un crime de lèse majesté en osant apposer sa signature sur la fameuse lettre à Nkurunziza, lui conseillant de ne pas briguer le troisème mandat...

Le porte parole de la police, interrogé sur ce sujet, et surtout sur les raisons d'une fouille chez un député en exercice, a répondu sans embages "nous sommes dans les moment difficiles et il faut s'en habituer". Pourtant, jusqu'au jour où nous mettons sous presse cet article, nous n'avons jamais entendu le Président de la République "décréter un état d'urgence". Comme quoi, et selon la sagesse burundaise "Akuzuye ntikamurikwa", traduisez "La palice n'aurait pas dit mieux"...

Le surlendemain, soit ce mardi 31 mars, le Ministre de la défense en personne et en tenue de combat, celui-là même qui a en charge "les anciens combattants" , Le général GACIYUBWENGE, ne dira mot sur les déclarations incendiaires du "fameux représentant des anciens combattants". Il précisera tout simplement que "l'armée est prepare pour prêter mains fortes à la police, si jamais cette dernière ne parvenait pas à maîtriser les manifestants contre le troisième mandat du président de la République"...
Dans ce contexte, que reste-t-il des élections dites apaisées, transparentes ou plutôt comme aime le chanter, Pierre Nkurunziza, "ces elections seront les meilleures de toutes celles déjà organisées au Burundi", c'est à peine qu'il ne dit pas "au monde entier". "Ejo ni heza", traduisez, "demain sera radieux", aime-t-il encore convaincre les incrédules. "Heza" ou "radieux" pour qui, au moment où tous les clignotants sont au rouge? ...

Inutile de réinventer la roue, faisons comme au Nigéria.
Le Nigéria disions-nous, constatant que les menaces pour des élections apaisées étaient à leur niveau le plus haut, ne trouva rien d'autre que d'ajourner la date des élections pour s'assurer du climat apaisé pour ces dernières. En effet, d'aucuns disent que mieux vaudrait ne pas faire des élections du tout, plutôt que de se précipiter dans des élections de tous les dangers... Et les burundais ne manquent pas d'expérience en cette matière. L'on aurait écouté Ndadaye, au lieu de dire qu'il « craignait les élections », quand il demandait de préparer les esprits par une transition politique, le pire aurait certainement été évité.

Ndadaye avait proposé à Buyayo une transition pour permettre le rapprochement des composantes sociales et politiques avant les élections, et ainsi éviter le choc de la victoire de l'une ou l'autre force politique dans le pays, malheureusement Buyoya imbu de lui-même rejeta cette proposition de sagesse, il pensait que l'opposition conduite par Ndadaye avait peur des élections. Il est donc temps que les politiciens burundais cessent de faire la politique de l'autruche et acceptent de s'asseoir ensemble pour d'abord faire le constat de la situation de crise profonde dans laquelle le pays est plongé afin de le remettre rapidement sur les rails de la démocratie, demain, il sera tard.

Dans tous les pays où les élections se sont déroulées sur un fond de guerre ou dans une crise de méfiance entre protagonistes, le climat politique, au lieu de se calmer, s'est dangereusement détérioré par des guerres interminables, et la concorde nationale totalement entamée. Par contre, des pays comme la Tanzanie qui ont pris du temps pour préparer la population aux valeurs de la démocratie n'ont pas connu de problèmes après les élections.

Nous le soulignons bien, les élections tant chantées en ces moments au Burundi, sont « des élections de tous les dangers » car hélas, l'on ne le dira jamais assez, « le pire est plus que prévisible au Burundi». Mais les solutions existent, et il faut bien saisir la balle au bond. En effet, il n'est plus seulement question de préparer les esprits comme à l'époque de Ndadaye, il s'agit plus que jamais, d'assainir une situation plus qu'explosive, avec ou sans le fameux troisième mandat...

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OpinionSat, 04 Apr 2015 13:15:55 +0000