Actualités internationaleshttp://cndd-burundi.com Mon, 18 Dec 2017 11:01:53 +0000fr-frL’EXPRESSION « CRISE ANGLOPHONE » EST LE CACHE-SEXE DE LA CONTESTATION DE LA FORME DE L’ETAT DU CAMEROUNhttp://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/881-crise-anglophone-contestation-etat-cameroun http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/881-crise-anglophone-contestation-etat-camerounL’EXPRESSION « CRISE ANGLOPHONE » EST LE CACHE-SEXE DE LA CONTESTATION DE LA FORME DE L’ETAT DU CAMEROUN

Jean de Dieu Momo Fo’o Dzakeutonpoug Douala le 30 Octobre 2017

Source site web de l'Alliance des Forces Progressistes pour l'Afrique-AFPA


C’est une habitude récurrente que nous avons héritée de la colonisation de dissimuler les maux de notre société dans des mots creux et trompeurs. Sans doute devons-nous pour une fois regarder la vérité en face et interroger la réalité de ce que nous dissimulons derrière l’expression la crise anglophone pour exposer que la réalité est la contestation populaire, et ce depuis longtemps, de la façon dont les affaires publiques sont conduites dans notre pays. Le favoritisme qui fait qu’on ne recrute que les gens d’une même région ou de sa famille, l’enrichissement illicite qui finalement apparaît comme le sport quotidien de ceux qui nous gouverne, l’usage abusif de la force publique pour braquer les populations sans défense et rendues en esclavage, ce qui fait dire à Achille Mbembe qu’au sommet de l’Etat les gouvernants vivent des détournements de deniers publics, de façon habituelle, extravagante et impunis, tandis qu’au bas de l’échelle, les petits fonctionnaires vivent sur l’habitant, c’est-à-dire que plus bas, le peuple est victime du braquage administratif chaque fois qu’il s’adresse à une administration pour un service. Tout est payant dans notre service public et cela est encouragé depuis le sommet de l’Etat, où patiemment les décideurs construisent un tel système de gouvernement de la jungle dans lequel les uns se nourrissent de la chair des autres.

Ce qu’on nomme crise Anglophone est-il différent des émeutes de la faim de février 2008 dans la partie francophone? Je crois qu’il s’agit de la même colère du peuple exprimée ici et là-bas pour désapprouver la colonisation interne pratiquée au sommet de l’Etat par les dirigeants. Continuer à poser le problème sous l’angle de la crise anglophone me semble réducteur, une façon pudique et honteuse de voiler la réalité : Ce qui se passe dans la zone anglophone, disons-le clairement, est la contestation de la forme actuelle de l’Etat.
La forme actuelle de l’Etat est le présidentialisme centralisée. Tout est centralisé entre les mains d’une seule personne, le chef de l’Etat qui apparaît finalement comme un monarque de droit divin, n’ayant de compte à rendre à aucun mortel, sinon, disons-le, à la France.
En m’inspirant du livre de la sommité internationale de science politique Bertrand Badie, L’Etat importé et du livre de l’autre sommité africaine en la même matière, le Professeur Agrégé de science politique Luc Sindjoun, L’Etat ailleurs, je voudrais m’exercer dans une étude explicative et compréhensive du problème dit anglophone et proposer un squelette des institutions politiques africaines au regard des formes de gouvernance importée.

Une socio histoire de notre continent en général et de notre pays en particulier montre que l’Afrique, avant son partage aux Etats occidentaux colonialistes à la conférence de Berlin était composée d’un ensemble de petits Etats dont la taille géographique de la plupart dépasse certains Etats Européens comme la Belgique et que les colonisateurs ont nommé péjorativement « village » et appelés nos Rois et Monarques « Roitelets ou Chefs traditionnels ». Et pourtant ces Etats étaient indépendants et autonomes les uns les autres, ils avaient une administration organisée autour soit du Fo’o ou Fon soit du Sultan, soit du Nongui ou du Morho-naba. Cette administration hiérarchisée fonctionnaient parfaitement et disposait des institutions comme la justice, (mon grand-père était juge à la cour royale), une armée également hiérarchisée (le Mezong), la police (Ntsouk), qui avait la particularité de porter les cagoules lors de ses opérations d’exécution d’une décision de justice, les organisations de la société civile etc. Qui dit organisation dit oligarchie selon Roberto Michels développant sa théorie de la loi d’Airain de l’oligarchie et de fait la société était hiérarchisée et stratifiée en clan et sociétés secrètes. Les échanges commerciaux se faisaient entre les peuples à travers le troc ou la monnaie Cauris. Les différends entre ces Etats conduisaient parfois à des guerres lorsqu’ils n’étaient pas résolus par voie pacifique et diplomatique. L’Afrique a ainsi vécu des millénaires d’années jusqu’à l’arrivée de l’esclavage qui a décimé sa population.
Sous les encouragements des auteurs français s’adressant à l’Assemblée Nationale comme Jules Ferry, Lamartine, Alexis de Tocqueville ou Victor Hugo qui leur demande de s’emparer de l’Afrique, cette vaste terre immobile qui entrave la marche de l’histoire, d’y déposer leur surplus de chercheurs d’emplois et de faire de leurs « prolétaires des propriétaires ». Et à la suite des rapports des Explorateurs aventuriers comme Livingstone, Stanley, Savorgnan de Brazza, les pays occidentaux commencèrent à s’installer en Afrique et à y construire des comptoirs coloniaux. Pour éviter aux Etats de se faire la guerre entre conquérants de l’Afrique, Bismarck les invita au congrès de Berlin de 1884-1885 pour se partager l’Afrique. C’est ainsi que chacun délimita sa portion du gâteau africain. Le Kamerun ainsi que nommèrent les Allemands cette partie que nous habitons, nom issue du portugais qui avait vu plus tôt de nombreux crevettes dans le Wouri et surnomma ce fleuve Rio Dos Camaroes, les Allemands nommèrent ainsi leur partie du territoire du nom de « Kamerun ».

Ayant perdu la première guerre mondiale, leurs possessions africaines furent confisquées par la Société des Nations et donnée à l’administration française et anglaise. Ainsi, sous ces deux puissances alliées, le Kamerun devint Cameroun oriental pour les français et Cameroon Occidental pour les anglais.
Deux systèmes de gouvernement y furent importés : Le système anglais avec l’indirect rule et le parlementarisme avec un premier ministre et pas de Président de la République. Le système français, centralisé, avec un pouvoir central fort, un présidentialisme fort, celui du Général Charles de Gaulle, vainqueur de la deuxième guerre mondiale.

Les anglais rattachèrent leur quotte part du pays au Nigeria et l’administrèrent avec le Nigeria comme leur propre pays. Il n’y avait pas de président de la République mais un premier ministre. Sa gracieuse Majesté La Reine étant en Angleterre. L’argent qui avait cours dans cette partie du pays était le shilling, le système scolaire était celui des anglais, le système juridique était et reste le common law. Les étudiants brillants furent formés au Nigeria dans le système scolaire anglais. Ainsi en sera-t-il des leaders du Southern Cameroon Endeley, John Ngu Foncha, Tadeng Muna, et leurs progénitures etc.
Les français quant à eux nommèrent un Haut-commissaire et une administration dans le Cameroun français avec des chefs de Subdivision, une institution judiciaire avec les lois de la quatrième République dont le code d’instruction criminelle en vigueur au Cameroun jusqu’en 2007 et qui est en fait l’Ordonnance française répressive du 18 février 1838. On peut voir ces lois, dont la France elle-même n’appliquait plus certaines, dans le Bouvenet, du nom du Greffier français qui les assembla dans quatre tomes. Les écoles furent ouvertes et utilisaient le système scolaire français. Les leaders camerounais, André Marie Mbida, Amadou Ahidjo, Charles Assalé, Charles Okala. Daniel Kemajou, Nya Thadee, Djoumessi Mathias et les autres fils du Cameroun, formés dans le système français, complètement diffèrent du système anglais.

La deuxième guerre mondiale éclata alors que la France et l’Angleterre administraient le Cameroun, chacun de son côté comme déjà dit supra. Le général de Gaule rejeta la capitulation et alla chercher du secours en Grande Bretagne où il sollicita l’aide du Premier Ministre Winston Churchill. Rassuré par le soutien anglais, il va lancer le fameux appel du 18 juin aux français dans lequel il leur dit notamment que « la France a perdu une bataille mais elle n’a pas perdu la guerre ». Il s’en alla au Sénégal pour tenter de constituer une armée de noirs africains, mais il ignorait que les français qui occupaient le Sénégal obéissaient aux ordres du Marechal Pétain, lequel avait capitulé et accepté de collaborer avec les Allemands. Aussi l’accueil du Général au Sénégal ne fut pas celui qu’il avait escompté. De fait son bateau reçu le feu des canons et il fut pourchassé par les français demeurés fidèles au Marechal Pétain. Il continua néanmoins courageusement sa quête en direction du Cameroun où il fut accueilli par le Colonel LECLERC qui, répondant à son appel, avait regroupé un certain nombre de jeunes noirs robustes, solides et « volontaires », prêts à aller faire la guerre en France pour libérer la mère patrie.

Ces Africains aidèrent la France à gagner la guerre pendant laquelle le Général de Gaulle avait établi la capitale de la France libre au Congo Brazzaville, ville à partir de laquelle il signa en janvier – février 1944 les premières Ordonnances autorisant les syndicats des travailleurs à exercer. C’est à partir de cette capitale de la France libre que le Général promis l’autodétermination aux Etats africains après la guerre.
Mais après celle-ci, la France entreprit, après la conférence de Brazzaville dans laquelle les Etas africains avaient été piégés par les mots (leurs mots dissimulent nos maux), de donner une indépendance sous tutelle à ces Etats. Pour bien montrer qu’il s’agissait d’une injonction et non d’un choix effectif, elle ne ménagea aucun effort pour combattre et embêter de toutes les façons la Guinée dont le président Sékou Touré lui avait dit NON.

Aux Etats dociles qui avaient accepté l’indépendance sous tutelle, le Cameroun, la Côte d’ivoire, le Sénégal entre autre, la France transposa ses institutions. A la présidence de ces Républiques souvent qualifiées de bananières, elle prit le soin de mettre des personnes qui pourraient lui obéir sans discuter. C’est ainsi qu’au Cameroun elle écarta depuis 1958 André Marie Mbida qui avait eu l’outrecuidance de critiquer l’apartheid qui s’installait au Cameroun où il y avait des boulangeries interdits aux noirs et aux chiens ! Elle écarta en le tuant carrément, le Secrétaire Général du parti de la gauche camerounaise, un parti de masse, UM NYOBE de l’UPC qui fut interdit d’exercice par Mesmer, ses leaders furent pourchassés et massacrés. La gauche camerounaise fut victime d’une véritable répression qui se poursuit encore de nos jours, ses leaders victimes d’une chasse à l’homme durent s’exiler. Il n’empêche qu’ils furent pourchassés jusque dans leur exil. La France installa au pouvoir au Cameroun le Président Ahmadou Ahidjo.

L’institution de la présidence de la République fut copiée sur celle de la France mais avec cette particularité que la constitution du Cameroun indépendant était celle de la quatrième République et non celle de la cinquième République comme il nous a été enseigné à l’université. La France a voulu conféré au jeune Etat et à son président des pouvoirs forts, soit disant pour mater la rébellion à laquelle il faisait face mais en réalité il y avait un véritable calcul politique dans le choix des constitutions africaines.
En dotant le Cameroun de la constitution de la quatrième République, la France désirait mettre entre les mains d’un seul homme les pouvoirs monarchiques. La centralisation des pleins pouvoirs entre les mains du président camerounais favorisera ainsi la prédation de son pays. De sa seule signature, le président peut engager le Cameroun, sans avoir besoin que le parlement ou l’assemblée nationale ratifie. Il peut de sa seule initiative donner le port à un seul individu comme Bolloré, on l’a vu en côte d’ivoire avec le président Laurent GBAGBO qui voulait entrer dans les bonnes grâces de la France et plus proche de nous lors d’un diner nocturne. Le système centralisé permet la prédation des pays africains à la fois par la tutelle et par leurs représentants locaux qui réduisent leurs peuples démunis en esclavage, il permet aux puissances prédatrices de tenir en otage le président de la république qui peut être changé à tout moment s’il désobéit, pour être remplacé par un candidat plus obéissant. C’est d’ailleurs pourquoi les candidats africains et camerounais en particulier battent plus campagne en France qu’au pays. D’ailleurs certains candidats présidents ne vont même pas en campagne comme les candidats de l’opposition, et pour cause ce n’est pas le peuple qui les élit.

A contrario, le système anglais est le système parlementariste. Ici c’est le parlement qui tient l’essentiel du pouvoir. Ce sont les députés directement, élus du peuple, qui agissent et tiennent le pouvoir dans le pays. Il est plus facile de corrompre ou de faire chanter un seul homme, le président de la République, pour avoir tel avantage que de corrompre, on va dire 280 parlementaires soit 180 députés et 100 sénateurs. C’est pourquoi lorsque dans un système mixte comme celui de l’Afrique du Sud, qui est semi présidentiel semi parlementaire, le Président Jacob Zuma a décidé de quitter la CPI mais le parlement Sud-Africain s’y est opposé et a rejeté la décision de Jacob Zuma., Alors que dans le système présidentialiste fort du Burundi hérité de la colonisation, l’exécutif a pu seul décider de la sortie du Burundi de la CPI.
Les institutions importées ont obéit à la logique politique d’exploitation de l’Afrique et n’ont jamais été dans un but philanthropique comme on l’a laissé croire. La preuve en est que 60 ans après les soit disant indépendances, le Cameroun, ce scandale géologique, ce paradis terrestre peine à nourrir ses 26 millions d’habitants, à les soigner, à leur donner de l’éducation.

Les institutions militaires encadrées par les instructeurs militaires français sont orientées vers la protection de l’exploitation du Cameroun par la tutelle. Les instituions policières aussi sont là pour s’assurer du silence du peuple et de son obéissance totale. Notre armée a été faite pour réprimer toute tentative de rébellion du peuple camerounais rassemblée dans les partis de gauche. En effet Maurice Duverger, dans sa classification des partis politique distingue deux sortes de partis, les partis de Cadre qui sont formés des intellectuels et hauts cadres de la république, les banquiers les élites et des bourgeois. A l’Assemblée nationale française ils siègent à Droite et c’est pourquoi on les appelle en France les partis de la Droite. De l’autre côté, il y a les partis de Masse, les partis de la masse ouvrière, des pauvres qui s’organisent pour faire entendre leurs revendications. Ils sont souvent assis à gauche dans l’assemblée nationale française. Ce sont les partis de l’international socialiste, les partis communistes. Aux Etats unis le parti de Cadre ce sont les Républicains, conservateurs, esclavagistes et négriers. Le parti de Masse est le parti Démocrate, le parti des pauvres et des noirs, le parti d’Obama.

Au Cameroun le Général de Gaule qui est le fondateur de la Françafrique, a installé le parti de la Droite gaullienne et sarkozyenne sous l’appellation de l’UNC, dont les démembrements se déclinent en RDPC, UNDP, UDC, je vous laisse citer les autres que vous reconnaitrez facilement. Ces partis veulent changer Paul Biya par Biya Paul, sans rien toucher au système et surtout en gardant intacte la tutelle, C’est pourquoi ils vont déclarer leur candidature en France pour se faire nommer. Ils ne sont pas au service du peuple comme on l’a vu depuis 60 ans mais à celui de leur tuteur.

Les partis de la gauche comme hier, et hier c’est aujourd’hui, veulent toujours la réunification et l’indépendance. Le peuple camerounais a perdu une bataille en 1960 avec la répression et l’assassinat de ses leaders, mais il n’a pas perdu la guerre. Et c’est pourquoi nos frères anglophones, qui en ont marre de la tutelle qui fait en sorte que leurs Régions ne se développent pas, veulent plus que jamais le fédéralisme, à défaut la sécession. Ils posent le problème simplement, la France et la République du Cameroun exploitent le pétrole qui sort des entrailles de leur territoire depuis 1970 mais ils n’ont aucune infrastructure routière, aucune université, aucune industrie et en plus ils sont colonisés et francophonisés de force. Et pourtant, pendant l’Etat fédéral, ils disposaient de leurs propres Caterpillars pour construire leurs routes, ils disposaient de leurs petits moyens pour construire leurs écoles, leurs dispensaires et depuis qu’on a mis tout en commun, ils ne bénéficient plus de rien.

Ces institutions importées, et j’oublie les écoles qui les forme comme l’ENAM, l’EMIA, n’ont pour principal objectif que d’être le substitut du colon. Ceux qui en sortent disent qu’ils ont remplacé le blanc mais ce n’est pas vrai, ils l’ont substitué pour mieux le servir. Ils ont tous été pris au même piège que les Etats africains en 1960. Certains se sont encanaillés et se complaisent dans la posture du prédateur de leur propre peuples, d’autres heureusement se débattent pour se libérer de l’étreinte françafricaine, tel le cas de Mamadou TAMDJA au Niger qui pour avoir revendiqué que la France augmente le prix de l’uranium qu’elle lui « achète », a été débarqué et mis en prison. Tel le cas de Thomas Sankara qui osé contester la dette et qui a payé de sa vie etc.

Toutes ces institutions occidentales ont remplacé les institutions « traditionnelles » africaines qui pourtant ont fonctionné pendant des milliers d’années et régulé nos sociétés avec plus ou moins de bonheur.

Dans la recherche de solution pour le problème anglophone qui en vérité est le problème de tout le peuple camerounais et plus précisément le problème qui devrait préoccuper les partis de la gauche camerounaise, j’ai proposé la constitution d’un Etat fédéral et parlementaire avec 58 Etats fédérés, Chaque Département devant constituer un Etat fédéré. Cela a fait sourire. Mais cela m’a rappelé la condamnation à vie du savant Italien Galileo Galilei lorsqu’il avançait une hérésie comme quoi la terre tourne sur elle-même. Il dut renoncer à ses convictions scientifiques pour que sa peine soit commuée en assignation à résidence. Et pourtant elle tourne.

Je persiste donc et signe que si l’objectif visé est bien le développement harmonieux et équilibré du Cameroun en vue de son émergence rapide, nous devrons sérieusement mettre en laboratoire cette proposition qui a l’avantage d’évacuer le tribalisme, le népotisme et le clientélisme. La superficie géographique de chacun de nos actuels Départements dépasse l’Etat du Lesotho et beaucoup, comme le Noun ou le Mbam, dépasse en superficie la Belgique. L’Allemagne est un Etat fédéral avec 16 Etats fédérés et pourtant sa superficie est plus petite que le Cameroun.

Si cette solution n’agrée pas, il reste celle d’un Etat fédéral ayant 4 Etats fédérés selon les quatre aires culturelles de notre pays, l’ouest et le Nord-Ouest, le Littoral et le Sud-ouest, le grand Nord et le grand Est. Chacune de ces aires a en partage la même culture. Toutes les parties du Cameroun disposent chacune de sa spécificité et de ses richesses. A l’Ouest l’agriculture, la Bauxite, le calcaire, le fer et la Houille, au Littoral le pétrole, le fer, le calcaire, l’agriculture, la pêche, l’eau, le sable qui est une perle rare ailleurs et que les bateaux sous-marins viennent nous voler nuitamment, le grand Nord avec l’uranium et d’autres minerais, l’agriculture etc, le grand Est avec l’Or, le diamant, le fer, le bois et sa forêt poumon d’Afrique.
Mais je ne suis pas séduit par ce découpage auquel je préfère le découpage de 58 Etats qui permet le développement rapide du Cameroun tout en évitant sa prédation externe et interne et qui reflète les milliers d’Etats qui constituaient l’Afrique avant le partage au Congrès de Berlin. Il est clair que la centralisation organise le grenier de réserves pour les pays occidentaux. Ils ne veulent pas que nous exploitions nos ressources du sous-sol pour notre développement maintenant, se les réservant ultérieurement pour eux, comme leur grenier a provision.

Pour la mise en œuvre du système parlementaire que je préconise, je propose la revalorisation de nos Royaumes ou chefferies, terme péjoratif que leur ont donné les colonisateurs. Ils ont tous gardé leurs Rois et leurs Reines. Ainsi en est-il de la principauté de Monaco, des Royaumes d’Espagne, de Belgique, des Pays Bas etc. La revalorisation de nos Rois est importante car l’Afrique obéit à ses traditions ancestrales, j’ai beau être diplômé de science politique et avocat international, je m’incline devant le Chef supérieur Bafou que je considère comme mon Roi, malgré qu’il soit plus jeune que moi et n’a pas mes diplômes. Si nos souverains bénéficient d’une formation appropriée en politique, en économie et en diplomatie comme les leurs avaient des précepteurs, ils pourraient jouer un rôle diplomatique important dans la conquête du marché mondial.

Lorsque j’ai organisé le jumelage entre la ville d’Halluin en France et la ville de Nkongzem dans Nkong-ni, je m’étais fait accompagner par les deux chefs Bafou et Baleveng et j’ai bien remarqué qu’ils ont suscité l’intérêt de nos partenaires. Et le folklore qui a entouré leur présence, avec les compatriotes venus de toute la France assister à l’évènement dans leurs habits d’apparat, a durablement marqué les esprits ainsi que la ville hôte. J’imagine le même engouement avec nos sultans du Nord et nos Nomgui du Sud et de l’Est. Si nos souverains, qui étaient les véritables chefs d’Etats ayant signé avec les colonisateurs le traité germano-Douala, si leur rayonnement était rétabli, cela nous apportera une plus-value dans la conquête de notre souveraineté internationale et notre développement. Les questions de politiques intérieures et d’économie seront du ressort du premier ministre, chef du gouvernement. Exit donc le président de la République et le présidentialisme.

Il est évident pour moi que les hypocrites qui s’accrochent à la décentralisation veulent garder leurs privilèges au détriment du développement de notre pays, car si cette décentralisation n’a pas été mise en œuvre depuis la conférence tripartite de 1991, soit depuis 26 ans, c’est parce que la centralisation nourrie bien son homme vautour. Or précisément le droit constitutionnel enseigne que le fédéralisme est la forme le plus achevée de la décentralisation. Alors pourquoi demander moins quand on peut obtenir plus pour le même prix ? Il est hors de question de revenir parler de la décentralisation 26 ans après car ils ont voulu ruser avec le peuple souverain. Voyant venir la fin de leurs privilèges exorbitants avec la mise en place du fédéralisme, certains s’évertuent aujourd’hui à faire la promotion de la décentralisation qu’ils ont confisquée depuis 26 ans. Pourquoi ? Parce que la Centralisation fonctionne comme l’institution du Délégué du Gouvernement aujourd’hui.

En effet, prétextant que les élus du peuple sont analphabètes et inaptes à gouverner, et donc à bien gérer les finances publiques, on a mis à la tête des Communes d’Arrondissement un Délégué du Gouvernement qui gère tout l’argent et dispose de tous les pouvoirs, de sorte que les élus du peuple n’ont aucun moyen ou peu de moyens pour développer leurs Arrondissements. Pratiquement, l’argent vient de Yaoundé et reste dans les caisses de la communauté urbaine qui le gère pour faire des réalisations dans les Arrondissements. Ainsi si une route se détériore dans un Arrondissement, il faut attendre le Délégué du Gouvernement. Si un Maire demande le Caterpillar pour niveler sa route, on lui dit que ce Caterpillar travaille dans un autre Arrondissement et qu’il faut attendre. Et quand les Maires demandent au Délégué du Gouvernement de leur remettre à chaque Mairie sa dotation pour faire ses travaux, ils essuient un refus. N’est-ce pas le même problème que les anglophones dénoncent ? Si chaque Arrondissement avait sa petite cagnotte, si chaque Etat fédéré avait la liberté de disposer de son petit budget, il s’emploierait à mieux satisfaire sa population et partant ses électeurs qui peuvent le sanctionner dans l’isoloir. Or est-ce que l’électeur peut sanctionner un Délégué du Gouvernement nommé par le président de la République ? Est-ce que l’électeur camerounais peut sanctionner véritablement dans l’isoloir un président de la République installé par la France ? Non. Dont acte. Il est clair que les gens qui nous gouvernent sont illégitimes et partant ont nommé dans l’administration importée des personnes tout aussi illégitimes qui ne doivent rien au peuple mais à leur créature. Ils ne peuvent en conséquence se sentir astreint à œuvrer pour notre développement. Ce n’est pas le cas de nos chefs traditionnels qui mobilisent au quotidien leurs populations dans des actions des comités locaux de développement et que nous devons réhabiliter par ce qu’ils sont plus soucieux du développement de leur terroir. De notre pays.

Le conflit actuel est la reprise dans la continuité des hostilités engagées depuis 1960 et notre peuple, malgré la répression idéologique et la répression armée de ses leaders assassinés et martyrisés, prend fait et cause pour le problème anglophone pour en faire sien car c’est un problème de gouvernance général de notre pays, qu’il s’appelle République d’AMBAZONIE, en relation avec la Baie d’Ambas que les Dualla chantent et dansent Ambassibay avec Salle John ou Koti François, ou Cameroun (Kamerun) comme les crevettes de Camaroes. D’ailleurs la répression omniprésente fait que beaucoup ont du mal à quitter un nom donné par les colons. C’est ici que chacun doit choisir et prendre position entre la continuité sous la tutelle françafricaine et la rupture des liens coquins mais néanmoins dans la coopération gagnant-gagnant qui respecte notre souveraineté internationale. C’est ici que chacun, maintenant éclairé, doit choisir son parti politique, entre la gauche patriotique et indépendantiste et la droite prédatrice et françafricaine. Mais il ne faut pas perdre espoir, bien au contraire il faut sauver les présidents illégitimes malgré eux et les libérer des engagements occultes avec la tutelle. C’est le devoir de tout peuple opprimé de se battre pour sortir de la répression. La prise de la Bastille est un devoir impérieux du peuple et de son armée. Vaincre ou périr tel est son destin. Les Blancs se sont partagés l’Afrique depuis 1884 seulement, cela ne fait que 133 ans contre plusieurs millénaires d’existence du berceau de l’humanité avec nos Rois.

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Actualités internationalesSat, 04 Nov 2017 04:37:53 +0000
Guy Marius Sagna : « La lutte contre le franc CFA est également l’occasion de réfléchir à la transformation démocratique de nos Etats »http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/880-marius-lutte-cfa-transformation-democratique http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/880-marius-lutte-cfa-transformation-democratiqueGuy Marius Sagna : « La lutte contre le franc CFA est également l’occasion de réfléchir à la transformation démocratique de nos Etats »

Coordonnateur de la plateforme «Non aux APE», Guy Marius Sagna est une figure montante de la société civile sénégalaise. Dans cet entretien, il réaffirme la nécessité du combat contre l’impérialisme et ses attributs que sont : le franc CFA, les APE, les bases militaires…

Le 16 septembre dernier, vous étiez parmi les manifestants anti franc CFA au Sénégal. Le combat contre cette monnaie est-il la continuité de celui contre les APE que vous menez depuis des années?

En octobre 2014 un certains nombre d’organisations ont mis sur pied à Dakar lors du Forum social africain la Coalition nationale Non aux APE qui, comme son nom l’indique, se bat contre les accords de partenariat économique entre l’Union européenne (UE) et les pays Afrique Caraïbe Pacifique (ACP) en général, celui entre l’UE et les pays d’Afrique de l’Ouest en particulier. Jusqu’en décembre 2016, nous ne parlions que d’APE. Avec d’autres organisations, la Coalition nationale Non aux APE a appelé à une manifestation contre les APE et le franc CFA le 07 janvier 2017 à Dakar. Le comité d’organisation de cette manifestation s’est constitué comme le comité d’initiative d’une plateforme regroupant plusieurs organisations qui se réclame du panafricanisme révolutionnaire, c’est-à-dire du panafricanisme qui estime que l’unité doit être vue sous l’angle de « l’union libre des peuples libres d’Afrique ». Autrement dit un panafricanisme qui pense que la mission historique du moment est la transformation structurelle des relations entre l’Afrique et le reste du monde en plaçant les questions de souveraineté économique et de souveraineté démocratique au cœur du débat et du combat politiques.

Le comité d’initiative, en attendant l’Assemblée générale constitutive de cette plateforme, s’est donné le nom de Front anti APE anti CFA. Voilà pourquoi depuis au moins janvier 2017, en plus de parler des APE, nous parlons du franc CFA en attendant de parler des bases militaires étrangères et des accords de défense tout aussi néo coloniaux. C’est pourquoi nous étions présents le 16 septembre dernier à la manifestation de Dakar contre le franc CFA avec beaucoup de bonheur aux côtés des membres de Y’En A Marre, d’Urgences panafricanistes…et que nous avons encouragé les manifestations devant se tenir le même jour à Kaolack et Tambacounda. Elle ont été interdites par le proconsul de la Françafric qu’est le président Macky Sall.

Notre porte d’entrée pour renforcer la sensibilisation et la mobilisation de nos peuples contre l’impérialisme a été l’APE. Mais il était clair pour nous dès le début que cela allait évoluer rapidement vers la dénonciation des autres instruments de domination des peuples africains. La publication de l’ouvrage « Sortir l’Afrique de la servitude monétaire » par Kako Nabukpo, Martial Ze Belinga, Demba Moussa Dembele et Bruno Tinel et la réponse du président sénégalais Macky Sall en visite en France a été pour beaucoup dans l’accélération de la prise en charge de la question du franc CFA. Le combat contre le franc CFA néocolonial qui vient s’ajouter à celui contre les APE est notre contribution à la révélation, pour notre décolonisation, de la deuxième pièce du puzzle néocolonial.

Le fait que nombre de militants anti-CFA roulent en Peugeot, carburent chez Total, utilisent Orange, etc., ne vous fait-il pas douter de l’issue favorable de ce combat pourtant légitime ?

Le développement des consciences des opprimés est un processus inégal qui fait qu’à tel moment, tel peuple est plus en avance dans la compréhension des enjeux, que telle autre fraction du peuple. De même, cette inégalité du développement des consciences fait que telle question et non telle autre les amène plus facilement et vite à l’anti impérialisme que telle autre. Les peuples, et donc les militants pour la souveraineté monétaire, sont différemment sensibles aux nombreux instruments de leur oppression. A tel moment ils sont plus sensibles à la langue, au commerce, à d’autres à la monnaie, aux bases militaires étrangères…

Il y a encore du travail d’information, de sensibilisation à faire. Mais nous sommes d’un optimisme révolutionnaire quant à la réalisation de la révolution anti-impérialiste.

Le boycott des produits français au profit du « made in Africa » ne ferait-il pas plus de mal à l’impérialisme français que des marches et autres autodafés de billets de banques ?

Nous respectons toutes les propositions notamment celle de boycott suggérée par des concitoyens sympathisants. Cette proposition a d’ailleurs été faite aussi par certains de nos camarades de lutte. C’est une contribution à l’élaboration d’un plan de lutte pour l’accélération de la sortie du franc CFA néocolonial. Il y a le souci d’identifier le maillon faible par lequel nous libérer de la chaine du Franc CFA néocolonial. De notre point de vue, rien n’est exclu. Il faudra juste apprécier l’opérationnalisation des différentes propositions de mot d’ordre, la possibilité pour qu’un nombre non négligeable de nos concitoyens se l’approprie…Même sans la lutte contre le franc CFA nous devons appeler au patriotisme économique. Dans cette perspective, mêmes les Etats invitent théoriquement les peuples à consommer ce qu’ils produisent et à produire ce qu’ils consomment. La réalité est qu’aujourd’hui, si les populations devaient suivre un appel au boycott et donc ne pas consommer des produits étrangers en général et français dans le cas d’espèce, quelles alternatives seraient proposées aux populations ? Les alternatives sont-elles disponibles (existent-elles et suffisamment) ? Sont-elles accessibles (leurs prix) ? Nous allons poursuivre la réflexion collective.

Nous pensons que toutes les formes de lutte ont leur importance. Chacune frappant davantage telle cible que telle autre. Mais toutes concourent à renforcer la sensibilisation, la mobilisation et donc l’édification d’un rapport de force qui impose aux dirigeants collabos d’écouter le mot d’ordre « France Dégage ! », ou qui les dégage eux-mêmes pour propulser au devant des dirigeants à l’écoute des aspirations de nos peuples.

Quelques soient les formes de lutte adoptées alternativement ou en combinaison, l’objectif est de faire que les larges masses africaines puissent dire : « France Dégage » !

En demandant la sortie de la France du Conseil d’administration des banques centrales « émettrices » du franc CFA, vous semblez prôner une révolution par étapes. Pour vous, le franc CFA peut être maintenu si on revoie le mécanisme de son fonctionnement?

Aujourd’hui l’alternative la plus concrète et la plus crédible au franc CFA s’avère être une monnaie unique pour la CEDEAO. Or ce projet ne peut aboutir, si l’on n’est pas aventuriste, que par étape. Il est vrai cependant que son extrême lenteur, qui ne remet pas en cause un passage par étapes, pose la question de la volonté politique particulièrement des pays de l’UEMOA notamment ceux anciennement colonisés par la France au premier rang desquels le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

Tout en notant la posture objectivement intéressante du président tchadien, pour les abolitionnistes que nous sommes, la difficulté que nous avons est que celles et ceux qui se battent contre le franc CFA néocolonial n’ont pas le pouvoir dans les pays africains de la zone franc (PAZF) et donc ne contrôlent pas les reports de l’avènement de la monnaie unique de la CEDEAO qui sont des stratagèmes pour renvoyer aux calendes grecques cette monnaie unique ou donner aux général De Gaulle et Léopold Sédar Senghor d’aujourd’hui le temps de terminer leur nouveau projet de communauté franco-africaine qui permettra de faire « partir » le néocolonialisme monétaire afin de mieux le pérenniser.

En même temps, dans le débat que les différentes générations d’opposant(e)s au franc CFA néocolonial ont réussi à imposer, nous sommes confrontés à deux éléments. D’une part, les contre arguments fallacieux des collabos à l’impérialisme français selon lesquels le franc CFA est une bonne monnaie. Ils sous-entendent certainement qu’elle est bonne mais pour la France impérialiste. D’autre part, nous faisons face aux interrogations légitimes de nos concitoyens qui se demandent ce que nous proposons à la place du franc CFA néocolonial.

Nous soutenons le projet de monnaie unique de la CEDEAO mais dont nous ne contrôlons pas pour l’instant le processus. Et nous ne nous battons pas pour une sortie du franc CFA néocolonial nous conduisant vers des monnaies nationales.

Nous pensons que cette situation nous impose deux choses. La première est de préciser, qu’au-delà de sa dénomination, c’est la néoconialité du franc CFA qui nous importe. Or, quels sont les éléments qui garantissent ce caractère néocolonial ? Il y a la présence de la France dans les différents conseils d’administration des banques centrales où elle a un droit de veto qui lui permet d’influer sur la politique monétaire et économique des PAZF, la détention de nos réserves de change par le Trésor public français…

C’est la raison pour laquelle nous disons qu’il faut sortir du franc CFA sous tutelle française. En attendant de manière dynamique l’avènement de la monnaie unique ou commune de la CEDEAO nous disons que pour sortir de ce franc CFA néo colonial il nous faut :

-Sortir la France de nos conseils d’administrations. Réaliser donc un « France exit » (Frexit). Et dans cette perspective nous lançons le mot d’ordre de France Dégage ! dans une de nos langues nationales au Sénégal cela donnerait France Na Dem!

-Rapatrier nos réserves de change

-Fabriquer nos billets de banque et nos pièces de monnaie dans un PAZF

Autrement dit, nous devons sortir du franc CFA néocolonial en le transformant, transitoirement, en franc CFA libéré du protectorat français par la réalisation du France dégage ! Et la réalisation du Frexit ne demande pas la mise sur pied de la ZMAO, de l’ECO, le respect des critères de convergences…
Réaliser cela nous permettra de nous retrouver avec un franc CFA émancipé de la France. Un franc CFA butin de guerre des pays qui l’auront en partage.

Pensez-vous que les dirigeants de l’Afrique francophone qui ne sont pas des modèles en matière de gestion des biens publics pourront mieux gérer une monnaie nationale ?

Votre question pourrait sous-entendre que le franc CFA néocolonial est bien géré ou que sa décolonisation pourrait aboutir à une moins bonne gestion. Mais pour les peuples dominés, opprimés et les résistants à l’oppression monétaire cela n’a pas de sens de parler de « bonne gestion » de l’oppression ou de « pire gestion » de la liberté.

Le problème des pays et peuples dominés en général, de l’Afrique francophone en particulier, n’a jamais été fondamentalement un problème de femmes et d’hommes politiques soucieux de la sortie du sous-développement. Ceux-ci existent et ont toujours existé. Mais le problème est le système économico-politique tenu par la sainte alliance impérialistes-collabos qui opprime les peuples et empêche les résistants et porteurs d’alternatives de contrôler le pouvoir par et pour les peuples.

Nous ne voyons pas pourquoi subitement ces (et non « les ») dirigeants de l’Afrique francophone – je préfère d’ailleurs le terme « collabos » – qui ont montré à souhait leur caractère antinational, antidémocratique, antipopulaire (tout est lié), feraient preuve d’un îlot de gestion démocratique monétaire dans un océan (santé, éducation, sécurité…) de gestion antidémocratique. Mais justement : c’est quoi la bonne gestion d’une monnaie ? Pour nous une « bonne gestion » n’est pas la meilleure expression. La meilleure expression est une « gestion démocratique » c’est-à-dire une gestion par et pour le peuple. Ce n’est pas pour rien que la Banque mondiale interdit à ses agents l’utilisation du terme « démocratie » par l’article IV section 10 de ses statuts.

Mais ajoutons aussi que la souveraineté monétaire arrachée ne règle pas ipso facto celle de sa gestion démocratique même si la monnaie décolonisée est gérée par des femmes et des hommes qui, dans l’étape précédente étaient, résolument anti-impérialistes. La souveraineté, comme résultat de la révolution anti-impérialiste est une étape importante à conquérir dans les meilleurs délais mais pas la panacée. Car après il faudra notamment se poser la question de savoir : souveraineté monétaire au profit de qui ? D’un pays ou d’un groupe de pays comme en zone Euro? Une souveraineté monétaire au service des oligarchies sénégalaise, ivoirienne, nigériane, ghanéenne ? Ou au service des classes paysannes, ouvrières et populaires africaines ? En réalité ces questions se posent et doivent être résolues aujourd’hui même dans le processus de la lutte pour la seconde phase de décolonisation du continent en général, des PAZF en particulier. Justement, profitons de l’occasion pour dire que c’est à ce niveau que certains d’entre nous essaient, avec raison, de convaincre les autres anti-impérialistes qui, sans se réclamer du libéralisme se réclament selon leur propos du pragmatisme pour résumer les politiques qu’ils vont appliquer après avoir libéré nos pays. Or il n’est pas raisonnable d’attendre d’avoir arraché la souveraineté monétaire pour se poser la question léniniste : Que faire ?

Aujourd’hui, la gestion anti-démocratique de nos systèmes de santé, d’éducation…ne saurait justifier a-postériori la colonisation ou disqualifier l’action de nos dignes prédécesseurs pour l’indépendance. De la même manière, le risque réel d’une gestion anti-démocratique de nos monnaies décolonisées par les dirigeants qui seront en ce moment au pouvoir ne saurait justifier la pérennisation de ce franc CFA néocolonial.

Cela nous amène à affirmer que la lutte contre le franc CFA néocolonial est également l’occasion de réfléchir à la transformation démocratique de nos Etats, de réfléchir aux rapports entre les chefs d’Etat, les banques centrales et les peuples. Quels pouvoirs directs auront les peuples pour contrôler leur monnaie quand nous sortirons du franc CFA néocolonial en sortant la France des conseils d’administration ? Référendum d’initiative populaire ? Pétitions ? Si nous ne réglons pas cela, nous risquons d’avoir une monnaie contrôlée par des technocrates et des élites politiques qui utiliseront cette souveraineté monétaire acquise au service de leur classe, à savoir la bourgeoisie bureaucratique. C’est en cela que le processus actuel menant à la monnaie unique de la CEDEAO est anti-démocratique. Et la lutte contre le franc CFA néocolonial offre l’opportunité aux peuples de refuser la reproduction des schémas monétaires anti démocratiques, anti populaires vus par exemple dans la zone Euro.

Justement, lutter pour arracher la souveraineté monétaire, mais également les autres pans de notre souveraineté, nous permet d’approfondir, d’aborder des questions qui jusque là étaient savamment séquestrées. Cette lutte libère la réflexion, la parole et l’alternative monétaire.

Quels sont les dangers que représentent les APE pour les économies africaines ?

Les APE présentent au moins trois dangers. D’abord ils vont entrainer des pertes importantes de recettes douanières qui vont entrainer la réduction du budget des d’Etats dont l’écrasante majorité fait partie des pays les moins avancés (PMA). Ces pays vont avoir plus de difficultés avec les APE pour faire face aux besoins des peuples dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la sécurité…Ensuite les marchandises en provenance de l’UE ne payant plus de droits de douane coûteront beaucoup moins chères et concurrenceront par conséquent les productions locales et augmenteront le chômage, la pauvreté, la dépendance alimentaire…Enfin, adopter les APE par exemple celui de l’Afrique de l’Ouest, limité au commerce des marchandises, c’est adopter aussi une clause dite « de rendez-vous » relative aux autres sujets, indiquant que « 6 mois après la conclusion du présent Accord, les Parties conviennent d’une feuille de route précisant le calendrier et les modalités » des « négociations en vue de parvenir à un accord régional complet » (article 106).

Le cocktail APE-franc CFA-ressources naturelles va être mortifère pour un pays comme le Sénégal qui sera atteint de la maladie hollandaise. Il va renforcer les importations, réduire la compétitivité des exportations et accroître la dépendance en ressources naturelles des pays qui en seront atteints.

A tout cela, les oligarchies africaines soutenues de manière intéressée par les oligarchies d’autres continents veulent ajouter la zone de libre-échange continentale (ZLEC). De toutes les façons d’intégrer un continent, la ZLEC est la pire des manières car au lieu de mettre en avant la solidarité et la complémentarité, elle a pour socle : concurrence et recherche effrénée de profit.

Toutes les études montrent que les APE vont assécher les caisses des Etats. Qu’est-ce qui a motivé les dirigeants africains à signer ces Accords qui hypothèquent l’avenir de leur pays respectif?

L’histoire de l’humanité nous enseigne que face à l’oppression, il n’y a que deux postures : la collaboration ou la résistance. Les dirigeants africains qui signent ces APE ont fait le choix de la soumission-collaboration à l’impérialisme de l’Union européenne (UE).

Quelles alternatives au franc CFA et aux APE ?

Sur l’alternative au franc CFA nous en avons parlée plus haut pour expliquer pourquoi le France Dégage ! comme moyen de sortir du franc CFA néocolonial. Ajoutons cependant que les larges masses d’Africains, particulièrement les jeunes, ne doivent pas se laisser duper par les mots. On parle de monnaie unique de la CEDEAO. Mais rappelons très clairement que ceux qui sont à la CEDEAO sont issus des partis politiques d’où proviennent les présidents collabos. Ce rappel est important pour dire que tous ceux qui se réclament du panafricanisme ne sont pas les mêmes. Il y en a qui ne sont en rien différents, dans le fond des collabos au franc CFA néocolonial car d’inspiration néolibérale. Dans cette perspective les peuples se doivent de questionner ce que la CEDEAO appelle les critères de convergence qui sont d’extraction néolibérale. C’est pourquoi le débat sur le processus démocratique menant à la monnaie unique ou commune est important. Mais également le caractère démocratique ou populaire de cette monnaie. Car encore une fois la souveraineté monétaire peut être exercée contre les peuples. Et donc si c’est l’intérêt des peuples qui prime, leur monnaie doit mettre en avant la solidarité et la complémentarité entre eux et l’unité face à l’impérialisme.

Pour les APE, il faudrait que les ACP, les africains en particulier, disent à l’UE que dorénavant, toutes les marchandises n’ont qu’à payer des droits de douane. Que par exemple les marchandises en provenance de l’Afrique de l’Ouest paient pour entrer dans l’UE et vice versa. Ce que l’Afrique de l’Ouest perdra en appliquant l’APE est infiniment plus important que le paiement de droit de douane à l’UE et un chimérique programme des APE pour le développement (PAPED) de 6,5 milliards d’euros pour 5 ans pour ses 16 pays. Ce que l’Afrique perdra ce sont des recettes douanières, des Pme/Pmi, des emplois. Ce que l’Afrique gagnera c’est davantage de pauvreté, d’insécurité alimentaire, de dépendance, de candidats à l’émigration irrégulière…

C’est l’occasion de dire que les pays ACP doivent sortir de l’Accord libéral de Cotonou qui prévoyait les APE. 20 ans après, l’Accord de Cotonou a montré de quoi il était le nom : un piège tendu par l’Europe aux pays ACP.

En 2050, la population africaine va doubler. Faut-il y voir un frein ou un atout pour le développement du continent ?

Il s’agit d’un défi démographique à côté des défis climatique et alimentaire auxquels l’Afrique va être confrontée. Défi démographique qui fait peur à l’UE, forteresse dont la population sera dépassée par celle de l’Afrique de l’Ouest en 2030 déjà et qui sera 5 fois moins importante que celle de l’Afrique en 2050. Ce qui contribuera à induire un changement du rapport de force géopolitique entre l’UE et l’Afrique. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’insultante déclaration de Macron sur les femmes africaines qui feraient trop d’enfants. Une déclaration qui traduit un aveu d’échec qu’Eduardo Galeano résumait si bien en disant « incapable de multiplier les pains, il fait de son mieux pour supprimer les convives. » Défi démographique qui nous renforce dans notre posture anti-impérialiste pour la souveraineté alimentaire, pour des systèmes de santé, d’éducation, de sécurité…durables qui répondent aux besoins de nos populations, leur nombre important peu. Défi démographique que les actuels dirigeants collabos sont incapables de relever.

 

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Actualités internationalesFri, 03 Nov 2017 09:19:02 +0000
DECLARATION DU CNDD SUR L’INVALIDATION DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE D’AOUT 2017 AU KENYA PAR LA COUR SUPREME.http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/878-declaration-cndd-invalidation-election-kenya http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/878-declaration-cndd-invalidation-election-kenyaDECLARATION DU CNDD SUR L’INVALIDATION DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE D’AOUT 2017 AU KENYA PAR LA COUR SUPREME.

Le parti CNDD vient d’apprendre l’invalidation de la dernière élection présidentielle du 8 août 2017 au Kenya par la Cour Suprême de ce pays pour des élections « qui n’ont pas été conduites en accords avec la constitution »….avec des « résultats nuls et invalides ».

Il s’agit d’un événement majeur et historique non seulement dans la vie démocratique de ce pays mais aussi dans la sous-région, voire dans l’ensemble du continent africain. Depuis le retour du multipartisme en Afrique, en début des années 90, les institutions suprêmes chargées de valider les élections (Cour Suprême, Cour Constitutionnelle,…) ont toujours validé les élections, dès qu’il s’agissait du parti au pouvoir supposé les avoir gagnées. Cette validation était automatique même si tous les éléments objectifs montraient des irrégularités grossières et massives.

Le CNDD tient à rendre un grand hommage aux membres de la Cour Suprême du Kenya pour leur courage et leur décision historique de dire le droit, et rien que le droit malgré les menaces qui n’ont pas manqué de peser sur eux et leurs familles.

Le CNDD félicite le Président Uhuru Kenyatta qui dans sa déclaration s'engage à respecter la décision de la Cour Suprême et demande au peuple kenyan d'entretenir un climat de concorde et de paix dans leur pays?

Le CNDD adresse par la même occasion ses vives félicitations à l’opposition kenyane rassemblée au sein de la coalition NASA et leur charismatique leader historique, Raïla ODINGA pour leur clairvoyance, leur courage, leur persévérance et leur perspicacité dans la lutte politique et pacifique.

Le CNDD leur adresse les vœux de succès dans l’ultime bataille pour une mise en place d’une commission électorale crédible et une élection présidentielle honnête, libre et juste.

Fait à Bujumbura le 1er septembre 2017

Pour le parti CNDD, Léonard NYANGOMA, Président.

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Actualités internationalesFri, 01 Sep 2017 15:59:44 +0000
Burundi : le régime honni de Nkurunziza doit tomber !http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/877-burundi-regime-nkurunziza-tomber http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/877-burundi-regime-nkurunziza-tomberBurundi : le régime honni de Nkurunziza doit tomber !

Déclaration de la Commission Afrique du Parti de Gauche

Le Burundi connaît une crise sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir en 2005 du CNDD FDD, qui avait à l’époque soulevé des espoirs de réconciliation après des années de guerre civile. Le président Pierre Nkurunziza, a en fait répandu la corruption et multiplié les malversations économiques et les trafics en tous genres, puis fractionné les partis politiques d’opposition et pratiqué des assassinats d’opposants. Rappelons-nous aussi le lâche assassinat de trois sœurs italiennes de la paroisse catholique de Kamenge, au mois de septembre 2014.

A l’issue de son deuxième mandat, il est passé en force en avril 2015, avec une CENI aux ordres, grâce à la forfaiture de la Cour Constitutionnelle, et en l’absence de toute observation libre et indépendante, pour imposer un troisième mandat… à la demande de Dieu lui-même ! Il a instauré un climat de peur généralisée suite aux tirs à balles réelles sur le peuple qui manifestait pacifiquement. Il dispose des milices Imbonerakure qui quadrillent toutes les collines de recensement et procèdent à des arrestations, à des actes de torture, à des viols et à des tueries.

Depuis ces événements de mai 2015, les Forces de Défense et de Sécurité, si patiemment construites grâce à l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et les différents accords de cessez-le-feu qui l’ont enrichi et complété, sont menacées chaque jour de désintégration/implosion, les médias privés et libres ont été détruits, des journalistes ont été assassinés (Christophe Nkezabahizi journaliste tué avec toute sa famille à son domicile le 13 octobre 2015), d’autres disparus comme Jean Bigirimana dans les mains des hommes du Service National de Renseignement (véritable police politique), les plus « chanceux » se sont exilés les défenseurs des droits de l’homme menacés tel Pierre-Claver MBONIMPA qui a été grièvement blessé dans une tentative d’assassinat et dont le fils et le gendre ont été tués, des responsables politiques et des leaders emblématiques au sein des corps de défense et de sécurité ont été assassinés.

Plus de 400000 réfugiés, 209000 déplacés internes, plus de 5000 morts et plus de 5000 disparus. Tel est le résultat de cette violence qui s’accompagne de restrictions des libertés publiques et d’une recrudescence du discours de haine ethnique qui consiste à brandir une soi-disant menace tutsi pour rançonner, torturer et tuer. Après avoir exclu certains de ses propres partisans, il a commencé à tuer sélectivement certains opposants ; il pratique maintenant le massacre de masse des habitants des quartiers contestataires Le pouvoir a substitué le massacre massif des populations des quartiers dits contestataires des années 2015 /2016 par la tactique de l’élimination quasi quotidienne de « un à un ». Il s’agit d’éliminer un à un et discrètement les cadres moyens de l’opposition et des forces de sécurité qui sont suspectés d’être contre le 3ème mandat sans attirer l’attention de l’opinion internationale. Le putsch manqué du 13 mai 2016 lui a donné l’occasion de se débarrasser de la plupart des militaires opposés au 3ème mandat ou supposés être proches de l’opposition.

La pauvreté extrême vient compléter le tableau : 8 millions de burundais sur les 11 sont atteints de malaria et la famine se répand. « Trois millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire et 2,6 millions sont exposées à une insécurité alimentaire aiguë, alors que 700 000 dépendent d’une aide alimentaire d’urgence », a indiqué Tayé-Brook Zerihoun, Sous-secrétaire général des Nations Unies aux affaires politiques dans son rapport délivré devant le Conseil de sécurité la semaine dernière. Un rapport qui recense également « des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture et autres traitements inhumains et dégradants, des violences sexuelles et basées sur le genre, des arrestations et détentions arbitraires et des disparitions forcées » et s’inquiète également de « discours de haine prononcés par certaines autorités de l’État, des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure ».
Le pouvoir de Nkurunziza ne survit que grâce aux 6000 militaires envoyés en mission de la paix dont 2000 en Centrafrique et 4000 en Somalie. L’Etat burundais prélève 200 dollars sur les 1000 dollars mensuels versés par l’UE qui a proposé de verser la paie, gelée depuis un an, directement aux soldats ce que l’UA a refusé. La paie a été versée par l’UE sur une banque privée sensée être indépendante, la Bancobu, qui s’est empressée de la reverser à une coopérative militaire. Résultat final : les soldats ne touchent toujours que 800 dollars et l’UE s’est laissée berner.

Nkurunziza soutenu par Sassou et Dos Santos, travaille pendant ce temps sur un projet de présidence à vie suivant en cela le mauvais exemple de certains de ses voisins est-africains.
Il est plus préoccupé par la moralité de la population (il vient de décréter que les couples vivant en union libre devaient se marier) que de sa survie. Il refuse de collaborer avec une commission indépendante de l'ONU chargée d'enquêter sur ses crimes. Il a cessé toute collaboration avec le bureau de l'Office des droits de l'homme au Burundi. Il refuse par ailleurs de mettre en application une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui prévoit le déploiement de quelque 230 policiers au Burundi.
Quant à notre ambassadeur à Bujumbura Laurent Delahousse il passe des jours heureux dans un pays merveilleux : il a déclaré dans un journal proche du pouvoir : « Je me sens en sécurité dans ce pays » L’ambassadeur affirme aussi vouloir « rabibocher » les deux pays. « Je crois qu’après un an et demi de crise, la situation du pays est telle que la décrispation est possible, de même que la pacification du débat politique, l’ouverture dans la perspective des élections de 2020 d’un espace politique libre et ouvert au retour de ceux qui le souhaiteraient ».

L’ONU semble impuissante : Bujumbura en est déjà à son cinquième représentant spécial de l'ONU déclaré persona non grata et on ne peut que souhaiter bonne chance au tout nouveau représentant Michel Kafondo.

Le facilitateur des négociations d’Arusha Benjamin Mkapa ex président tanzanien reconnait les difficultés de sa facilitation puisque près d’un an après le début de sa mission, il n’a toujours pas rassemblé l’ensemble des protagonistes et les a rencontrés séparément, recueillant des points de vue qui lui semblent difficilement conciliables.
Le Parti de gauche demande que notre ambassadeur soit rappelé à Paris pour une mise au point et que la diplomatie française exerce les pressions énergiques devant conduire à un embargo sur les armes et au gel des avoirs des responsables de ce régime illuminé et violent ainsi qu’à un retrait des militaires burundais en mission extérieure.

Le Parti de gauche déplore le manque de détermination de la Tanzanie dans la formulation des exigences devant conduire à sortir de cette situation dramatique et encourage le facilitateur à contraindre le régime à négocier effectivement au lieu de faire trainer et à cesser de tout reporter aux lointaines élections de 2020.

Ubuntu burihabwa (la dignité se conquiert).

Le Parti de gauche

Pierre Boutry

Paris, le 1er juillet 2017

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Actualités internationalesTue, 04 Jul 2017 13:38:54 +0000
Appel aux africains de France à voter pour Jean-Luc Mélenchon le 23 avril 2017http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/869-appel-africains-voter-melenchon http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/869-appel-africains-voter-melenchon

L’AFRIQUE INSOUMISE invite les africains de France à voter pour Jean-Luc Mélenchon le 23 avril 2017

L’AFRIQUE INSOUMISE se reconnaît dans les 5 points essentiels du programme « l’avenir en commun » :

1- L’abolition de la monarchie présidentielle et des privilèges de caste pour conquérir de nouveaux droits (personnels, démocratiques, sociaux et écologiques) par la convocation d’une Assemblée constituante.

2- Le partage des richesses pour éradiquer la pauvreté et permettre à tous de vivre dignement

3- La planification écologique pour sortir du productivisme effréné, des énergies carbonées et du nucléaire

4- L’organisation du progrès humain garantissant le droit à la santé, à l’éducation, à la culture pour tous.

5- Une diplomatie non alignée sur les puissances impérialistes

Ces 5 points, nous les transposons à nos pays africains :

1- en finir avec les dictateurs prédateurs africains et garantir la démocratie

2- partager les richesses avec une juste rémunération de nos matières premières, une souveraineté monétaire retrouvée, une agriculture recentrée sur nos besoins, la réduction des écarts de revenus

3- planifier notre développement économique en préservant notre environnement, en créant les conditions de la solidarité entre tous les acteurs et en ayant recours à de nouvelles coopérations basées sur les principes du protectionnisme solidaire et la mise en échec des accords de libre-échange

4- organiser le progrès humain en garantissant le droit à la santé, à l’éducation, à la culture pour tous dans le respect de nos traditions

5- retrouver notre souveraineté politique en réinvestissant nos institutions et sécuritaire en nous dotant des moyens de notre défense.

Nous sommes conscients de l’interdépendance de nos émancipations et pour nous qui vivons en France, nous considérons que seul la mise en œuvre du programme politique de Jean-Luc MELENCHON peut créer les conditions de notre dignité retrouvée.

Avec l’AFRIQUE INSOUMISE pour la victoire de Jean-Luc MELENCHON à la Présidentielle ! Votons tous !

Oumar Mariko SADI Mali, Eric Kahé AIRD Côte d’Ivoire, Christophe Massamba PCPI RDC, Jean de dieu Momo PADDEC Cameroun, Gilbert Kouessi PCB Bénin, Leonard Nyangoma CNDD Burundi, Gali Gatta UFD-PR Tchad, Etienne Traoré PDS METBA Burkina-Faso, Houmirou Diallo JDS Sénégal, Bruno Ondo Minsta pour Réagir Gabon, Maki Houmed-Gaba ARD Djbouti, François Passema CACDCA RCA…

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Actualités internationalesWed, 19 Apr 2017 16:11:53 +0000
Politique française en Afrique 10 questions à Jean-Luc Mélenchonhttp://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/862-politique-afrique-jl-melenchon http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/862-politique-afrique-jl-melenchon

Par Pierre Boutry pour la France Insoumise :

JLMélenchon répond aux questions du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique

1. Vingt-sept ans après la fin de la guerre froide et le début de la fin des partis uniques, quel est, selon vous, l’état d’avancement de la démocratisation de l’Afrique ? A ce stade, comment la diplomatie française doit-elle considérer les pays sans alternances de président et de parlement?

La démocratisation en Afrique est à mi-parcours tant du point de vue du nombre de pays (le nombre de démocraties équivaut au nombre de dictatures avec une tendance favorable) que du point de vue du processus avec une émergence de la société civile et de la jeunesse qui contribuent à rénover le combat démocratique avec l’usage des réseaux sociaux et des moyens modernes de communication. La situation reste toutefois dramatique en Afrique Centrale qui prend un retard considérable dans le processus de démocratisation par rapport à l’Afrique Occidentale. Comme par hasard ce sont les pays les plus riches potentiellement qui souffrent le plus ; l’Occident et particulièrement la diplomatie française porte une responsabilité lourde dans cette situation en apportant son soutien aux dictateurs Déby, Sassou, Obiang, Kabila, Bongo…. Cette tolérance qui aboutit à laisser ces dictateurs tuer l’intelligentsia de leurs pays au profit d’intérêts économiques occidentaux et au profit de l’entourage clanique de ces personnages, est inacceptable et nous mettrons tout en œuvre au niveau diplomatique afin de bouleverser ces situations acquises. Si le vieux combat de peuples en Afrique contre les présidences à vie semble avoir obtenu le soutien de la France tel qu’exprimé par Hollande en faveur de l’alternance politique dans le continent et contre les révisions constitutionnelles, nous refusons que cela cache la volonté de préserver les conditions d’un néo-impérialisme français et de recueillir les votes des pays de l’OIF. Il a été facile pour Hollande de se donner des airs mitterrandiens en prêchant le respect des constitutions aux chefs d’Etat africains après avoir manigancé une sortie digne à Compaoré en lui promettant le soutien de la France « s’il souhaitait mettre son expérience et ses talents à la disposition de la communauté internationale » ! après avoir soutenu Sassou Nguesso en reconnaissant la légitimité de son référendum, après s’être tu lors de la réélection truquée d’Ali Bongo etc… La France doit cesser d’apporter son soutien aux dictateurs africains et de cautionner des scrutins frauduleux. Nos efforts porteront sur le soutien aux mouvements démocratiques et populaires. La France soutiendra les hommes et les femmes politiques réfugié(e)s en France à cause des dictatures et mènera une politique de dénonciation des biens mal acquis par les dictateurs et leurs familles sur le sol français. Les missions d’observation des scrutins et les projets d’appui aux processus électoraux devront être mis en œuvre à la demande des forces progressistes concernées par des organismes internationaux multilatéraux (ONU, Union Africaine), avec la participation d’organisation de défense des droits démocratiques, à commencer celles qui sont actives en Afrique. Les pratiques de corruption dans les affaires commerciales et le financement de la vie politique française doivent être bannies. Aucune politique sociale, aucune politique de souveraineté nationale, aucune politique de service public, aucune ré-appropriation des richesses nationales, ne peut se faire sans remise en place d’Etats représentant les aspirations des peuples et d’administrations disposant de moyens pour assurer l’intérêt général, l’égalité des citoyens, la continuité et la neutralité du service public. La France appuiera les initiatives visant à renforcer les Etats, assis sur les structures démocratiques et sociales des pays, et tenant compte de l’organisation sociale et des solidarités existantes. Les femmes africaines jouent d’ores et déjà un rôle essentiel pour faire bouger la société (au niveau économique, social, politique…) et ce rôle se doit d’être reconnu et entendu. La coopération avec les pays africains sera redéfinie en fonction de la volonté manifestée en commun de sortir du modèle productiviste d’exploitation et du déséquilibre des échanges. Les droits humains et la co-construction des projets de coopération avec les pays concernés seront au cœur de la nouvelle politique de coopération au développement. Une loi de programmation et d’orientation pluriannuelle sera adoptée par le Parlement pour marquer cet engagement. Un équilibre entre coopération centralisée et coopération décentralisée sera recherché dans un souci d’efficacité et de pérennité des projets tout en respectant les formes d’organisation des pays concernés. Cette coopération sera basée sur un dialogue notamment avec les ONG et une recherche constante de solutions équilibrées qui s’inscriront dans un cadre global de coordination de la coopération pour un pays donné. Elle sera toujours respectueuse des autorités locales et s’intégrera dans les plans de développement nationaux.

2. Quel est votre position sur les processus électoraux contestés et les inversions de résultat présumés ? Quels moyens proposez-vous pour que s’améliore la qualité technique des processus électoraux en Afrique ?

Les pays africains doivent disposer d’institutions fortes de gestion des processus électoraux (CNI, CEI etc…) qui soient indépendants des pouvoirs en place et dont l’indépendance soit garantie par les institutions internationales. Le gouvernement français soutiendra de façon privilégiée les démocraties africaines et appliquera des mesures restrictives dans les relations avec les dictatures. Le gouvernement français se prononcera clairement quant aux dysfonctionnements constatés sans toutefois intervenir dans les affaires intérieures des pays concernés. Le gouvernement français veillera à ce que la société civile et les oppositions soient dotés des moyens techniques suffisants pour permettre des comptages de votes et la transmission de résultats de façon sécurisée. L’exil des Présidents sortants doit être garanti s’ils le souhaitent de façon à ne pas être un obstacle à la démocratisation des pays.

3. Quelles sont vos priorités concernant l’action de l’armée française en Afrique ? L’armée française doit-elle avoir dans ses missions d’aider à la progression de l’Etat de droit ?

Les accords de défense et en particulier leurs clauses secrètes – qui ont pour objectif réel de contrôler les mouvements populaires et leurs luttes sociales – devront être dénoncés. La France ne peut plus accepter que ces bases militaires permanentes en Afrique soient un instrument au service du pillage des ressources naturelles par les grandes entreprises françaises, du financement des dictatures en place et du développement du clientélisme et de la corruption. Cependant, il appartient aux dirigeants africains de demander le départ de ces bases. Dans le cas où certaines de ces bases seraient maintenues, elles serviraient en priorité à la formation d’une armée républicaine nationale et à des missions de génie militaire pour aider au développement en zones rurales défavorisées. Quoi qu’il en soit l’objectif est que ces bases disparaissent dans un long terme négocié. Djibouti est un cas particulier de base stratégique dont le rôle est d’être une plate-forme au service de la paix et de la sécurité des routes maritimes ; un rôle semblable pourrait être attribué à une base de l’Afrique de l’Ouest. L’armée française n’a pas dans ses missions d’aider à la progression de l’Etat de droit qui est du ressort de la diplomatie. La France, mènera une action active dans les instances internationales, pour appuyer les pays africains dans leurs revendications à ne plus connaître d’occupations militaires de puissances étrangères. Tous les accords militaires et de coopération militaire, seront remis en cause et soumis au contrôle démocratique et aux décisions du Parlement. Nous chercherons des alliances et partenariats fondés sur des relations d’égalité et de respect mutuel bannissant les rapports de domination, pour la paix et pour les conditions d’une sécurité collective, par le désarmement et le règlement politique des conflits. Nous contribuerons activement à la mise en œuvre au niveau de l’ONU du traité international sur le commerce des armes, l’élimination des trafics illicites, l’interdiction de production de toute arme apparentée aux mines anti-personnel. Dans un premier temps, la France instituera un contrôle parlementaire sur ses propres exportations d’armes dans le cadre de l’objectif de démilitarisation des rapports internationaux. Enfin, la coopération militaire ne pourra être envisagée qu’avec des démocraties et non pour maintenir au pouvoir des dictateurs prédateurs.

4. Quelles doivent être les priorités de la politique de l’Union européenne en Afrique ? Cette politique est-elle aujourd’hui suffisamment définie ?

La politique de l’Union Européenne en Afrique est mal définie afin de mieux en laisser la responsabilité par accord tacite sur les épaules de la France. Cette situation n’est pas tolérable et sa négociation fera partie de la renégociation globale que nous envisageons. Une réorientation vers la francophonie étant une sorte de plan B possible. Les priorités pourraient être des prises de position fermes sur les processus électoraux en Afrique, des conditionnalités fortes quant aux aides apportées et un partage du fardeau de la sécurité en Afrique.

5. Que proposez-vous de faire concernant l’agriculture, l’environnement et le climat en Afrique ?

Soutenir le développement d’une agriculture paysanne auto-centrée : La première condition porte sur le développement agricole qui joue un rôle primordial pour le développement de l’Afrique en lui assurant notamment l’auto-suffisance alimentaire. La question posée est celle de techniques qui concilierait augmentation de la productivité et respect des équilibres biologiques. Ces techniques existent. Elles ne sont pas issues de la recherche sur les modifications génétiques comme tenteraient de le faire croire les lobbies semenciers, mais commencent à se développer dans le domaine de ce qu’on appelle l’agro-écologie. L’Afrique doit pouvoir mettre en place une révolution agricole adaptée à ses besoins. La France l’aidera à lutter contre sa dépendance aux technologies du Nord, à sa dette et sa perte d’autonomie, et sera à ces côtés pour une révolution agricole permettant un développement économique et social de sa paysannerie, permettant au continent d’assurer la sécurité alimentaire de sa population grâce à des politiques de souveraineté alimentaire, tout en respectant ses équilibres naturels et en apportant des solutions à la crise écologique des écosystèmes cultivés. Respecter la souveraineté agricole des pays africains : Pour une révolution agricole de l’Afrique, il faut également que les pays puissent garantir leur souveraineté et leur autosuffisance alimentaire. Quand les paysans maliens ou burkinabés ne peuvent plus vendre leurs productions sur les marchés locaux car elles sont concurrencées par des produits moins chers importés, notamment du fait qu’ils sont souvent fortement subventionnés (PAC etc..) par leurs pays d’origine, c’est non seulement un drame pour les paysans, drame qui les plonge dans la misère, mais c’est également une menace pour l’indépendance du pays. Le libre échange dans le domaine agricole a renforcé partout l’exode rural et le développement du chômage, il plonge dans la pauvreté des millions de paysans, et il ne garantit pas la satisfaction des besoins alimentaires des populations. L’Afrique pourra compter sur la France pour mettre fin aux politiques de dumping dans l’Union Européenne. Les Etats doivent pouvoir protéger leurs paysans, leur garantir l’accès à la terre et à des prix garantis, investir dans les circuits locaux de distribution et de transformation, et organiser les conditions de leur autosuffisance alimentaire. La souveraineté alimentaire ne s’oppose pas aux échanges mais à la priorité donnée aux exportations : Il faut donner à ces échanges un nouveau cadre qui : -donne la priorité à la production locale, régionale avant l’exportation – autorise les Etats/Unions de décider du niveau de protection qu’ils souhaitent mettre en place. pour se protéger des importations à trop bas prix – autorise des soutiens publics aux paysans, à condition qu’ils ne servent pas directement ou indirectement à exporter à bas prix – garantisse une stabilité des prix agricoles et alimentaires au niveau international par des accords internationaux de régulation des marchés, au moyen de stocks régulateurs. La négociation avec l’Union européenne des Accords de Partenariat Economiques Lomé/Cotonou doit être dénoncée : l’ouverture totale des frontières africaines aux produits agricoles terminerait de ruiner la petite paysannerie et risquerait d’éloigner à jamais la possibilité d’une souveraineté alimentaire. Agir contre la prédation des terres : Environ 10M d’ha ont été vendues ou octroyées à des entreprises multinationales, fonds financiers et capitalistes locaux et des projets d’accaparement des terres cultivables d’environ 20M ha sont à l’ordre du jour ; cela prive les paysans de leurs terres et les paupérise. Un phénomène nouveau largement dû à l’essor des agro-carburants. Alors que ces agro-carburants ne sont pas vraiment bénéfiques à l’environnement (émissions de gaz à effets de serre dans le processus de production, destruction des forêts primaires), ce sont les multinationales de l’agro-alimentaire, du pétrole, de l’automobile, et les banques , qui investissent, non pour trouver une solution écologique au tout pétrole, mais pour faire de cette nouvelle opportunité une nouvelle source de profits Les grandes puissances les encouragent, et la Commission Européenne en premier, qui a décidé de développer les agro-carburants jusqu’à 10 % du total des carburants produits. Mais les quantités nécessaires ne peuvent être cultivés en Europe faute de surface agricole disponible, aussi les industriels et multinationales se sont lancé dans la conquête des terres agricoles des pays du sud, d’abord en Asie et Amérique Latine, aujourd’hui en Afrique. La ruée vers cet « or vert » se fait au détriment des forêts et des terres agricoles à usage alimentaire. Avec comme conséquence la dépossession et la paupérisation de millions de paysans dans le monde, la hausse des prix alimentaires, l’aggravation de la crise alimentaire. Cet accaparement est aussi dû à la volonté de contrôler les ressources agricoles par certains pays déficitaires : une grande partie de ces terres sont alors dévolues à des productions non-destinées au marché local, dans le cadre de grandes exploitations utilisant peu de travail et l’exploitant à outrance, et les populations locales sont mises à l’écart et dépossédées.

6. Comment concevez-vous le développement en Afrique ? Quelle doit être la place de l’Aide publique française et européenne ? Quelle est votre position sur les Accords de partenariat économique (APE) ?

Redéfinir une coopération à l’écoute : La coopération avec les pays africains sera redéfinie en fonction de la volonté manifestée en commun de sortir du modèle productiviste d’exploitation et du déséquilibre des échanges. Les droits humains et la co-construction des projets de coopération avec les pays concernés seront au cœur de la nouvelle politique de coopération au développement. Une loi de programmation et d’orientation pluriannuelle sera adoptée par le Parlement pour marquer cet engagement. Un équilibre entre coopération centralisée et coopération décentralisée sera recherché dans un souci d’efficacité et de pérennité des projets tout en respectant les formes d’organisation des pays concernés. Cette coopération sera basée sur un dialogue notamment avec les ONG et une recherche constante de solutions équilibrées qui s’inscriront dans un cadre global de coordination de la coopération pour un pays donné. Elle sera toujours respectueuse des autorités locales et s’intégrera dans les plans de développement nationaux. Revoir les conditions de l’aide publique au développement (APD) : Face à la course à l’accaparement des terres et des ressources en Afrique Subsaharienne, la France Insoumise appelle à une remise à plat des objectifs, des modes d’attributions et de gestion de l’Aide Publique au Développement (APD). Depuis sa création, l’APD a été un instrument d’influence au service des entreprises internationales, des intérêts économiques et géostratégiques des Etats donateurs au nom de leur politique extérieure. Son efficacité pouvant être mise en cause, l’APD nécessite d’être repensée mais surtout réappropriée par les peuples concernés, en faveur de la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales. La reconnaissance des droits humains, associés aux droits économiques, sociaux et culturels doit être au cœur de la mise en œuvre même des politiques de coopération. Pour être efficace, l’APD ne peut plus être définie sur un modèle unique d’aide, mais doit bel et bien prendre en considération la réalité des dynamiques, économiques, sociales et culturelles, écologiques et politiques nationales. Le processus participatif au service du dialogue social et du partage des pouvoirs politiques doit être au cœur de la coopération internationale. Les parlements, les organisations non-gouvernementales et les associations civiles doivent avoir voix au chapitre quant à la définition et à la mise en œuvre de l’APD. La maximisation des effets locaux des actions publiques aura lieu quand les collectivités territoriales et les organisations non gouvernementales seront associées directement. Il est par ailleurs urgent d’instaurer un contrôle public, seul à même de permettre une visibilité et un véritable pouvoir d’intervention sur le vote des budgets et des programmes. L’Aide Publique Française se caractérise en effet par une organisation centrale éclatée et un réseau de mise en œuvre dispersé. Le ministère chargé de l’économie a toujours eu un rôle important, étant donné le poids de la coopération monétaire et financière avec l’Afrique. L’opacité et l’absence de stratégies et d’évaluations ne permettent pas de contrôler l’efficacité réelle des allocations de l’aide sur le terrain. La France a fait ouvertement le choix de confier sa politique de coopération et de développement à un établissement bancaire «l’Agence Française de développement » (AFD), inscrivant l’aide publique française dans une logique de rentabilité et de marchandisation. L’Afrique subsaharienne n’est plus assez rentable pour la France, en 2011 45% seulement des prêts lui étaient attribués. La lutte contre la pauvreté et les inégalités se fait au service de la rentabilité. La France Insoumise demande à ce que l’agence française devienne une agence publique placée sous le contrôle direct de l’Etat. La reconsidération des objectifs et leurs conditions de mise en œuvre est plus que jamais nécessaire. L’aide publique au développement doit être pilotée par une instance politique intégrant un cadre de dialogue participatif, dans lequel chacun aura voix au chapitre. Un bilan politique de l’aide intégrant l’évaluation au cœur de son processus permettra que demain celle-ci soit enfin au service d’un développement durable et efficace. Une déclaration d’APD sincère et non pas artificiellement gonflée, est le préalable à une réelle volonté de progression de l’aide dont la logique de répartition pourra être définie en fonction des changements espérés et des objectifs de réduction de la pauvreté. Il conviendra de mettre l’APD française en cohérence avec les objectifs du Millénaire pour le développement visant la solidarité internationale, la lutte contre la pauvreté pour atteindre l’objectif fixé par l’ONU de 0,7% du PIB national. Une taxe sur les transactions financières sera mise en place au taux de 0,05% dédiés à la solidarité internationale. Il sera mis un terme aux accords bilatéraux qui conditionnent l’aide au développement à la lutte contre l’immigration. APE : La France Insoumise dénonce les Accords de Partenariat Economique en cours de ratification par les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe ; ces accords léonins prévoient la suppression des droits de douane sur les trois quarts des exportations de l’Union Européenne tandis que celle-ci continuera à importer d’Afrique la totalité de ses produits qui sont déjà en franchise de droits. Malgré la résistance de la société civile à Cotonou, à Dakar, à Ouagadougou, les Présidents aux ordres vont céder aux pressions de l’Union Européenne et soumettre leurs peuples. Ces accords sont nocifs pour les peuples d’Afrique car ils vont priver les pays africains de recettes douanières considérables nécessaires à des budgets déjà bien insuffisants pour répondre aux besoins de santé et d’éducation. Ils sont nocifs car il ne peut y avoir de décollage économique des secteurs productifs qui ne disposent pas de véritables avantages compétitifs (notamment l’agriculture et les industries légères de transformation des productions locales) sans des politiques publiques de soutien et de protection contre la concurrence en provenance du reste du monde. Ces accords sont pervers car ils prévoient non seulement la suppression des droits de douane pour les trois-quarts des produits européens mais aussi l’impossibilité de les rétablir par la suite, si la politique des pays ouest-africains devait changer. Ces accords sont porteurs de misère et de famine car ils permettront à l’Europe de déverser certains de ses produits agricoles subventionnés sur les marchés africains et aggraveront la crise de l’agriculture paysanne poussant ainsi les jeunes à émigrer vers les villes ou à l’étranger. De plus, le renoncement à des politiques portant l’accent sur l’autosuffisance alimentaire met potentiellement en péril la sécurité alimentaire des peuples à la moindre flambée des prix. Ces accords vont induire des distorsions au profit de l’Europe dans les flux d’investissement vers l’Afrique dans une période pendant laquelle les investissements internationaux ne manqueront pas. Enfin, ces accords mettent en danger le processus d’intégration régionale des pays africains, seule façon pour eux de développer un marché de taille suffisante et ils inciteront d’autres sous-ensembles économiques à demander des avantages semblables à ceux que l’Union Européenne s’octroie. Le manque à gagner est estimé à 2,3 milliards d’euros cumulés sur quinze ans en Afrique de l’Ouest. Ces accords sont tout aussi nocifs pour les peuples européens, pour le devenir de leurs paysans et pour l’environnement au nord comme au sud ; ils rejoignent d’autres accords de libre-échange comme le TAFTA qui, négociés dans le dos des peuples, ne profiteront qu’à quelques multinationales prédatrices. Nous dénonçons les complices de cet effondrement programmé de l’Afrique : la Commission européenne et le gouvernement français en premier mais aussi les institutions sous-régionales comme la CEDEAO. Nous lançons un appel à soutenir la campagne contre les APE et encourageons les ONG africaines à poursuivre leurs luttes pour éviter la ratification des APE devant les parlements de leurs pays. Nous appuierons toute démarche visant à bloquer la signature de ces accords au Parlement européen et à promouvoir des Accords de Coopération et de Solidarité (ACS) qui ne soient pas basés, comme le sont les APE sur un « libre-échange » qui menace l’émancipation humaine.

7 Que proposez-vous en matière de Responsabilité sociale des entreprises (RSE), de transparence des contrats, de respect des droits humains par les entreprises, de commerce équitable ?

Favoriser l’appropriation collective des biens communs africains par les Africain-e-s : Le sous-sol et le sol africains sont riches : minerais, pétrole, gaz… et de son sol. Mais combien de pays et de gouvernements ont pu transformer cette richesse en facteur de développement pour leurs populations ? Dans combien d’autres cette richesse s’est-elle finalement révélée un grand malheur, encourageant la corruption des gouvernements, les liant aux intérêts des entreprises multinationales, ravageant leur biodiversité, les rendant incapables d’imaginer un processus de développement autonome et endogène ? La question de l’appropriation collective des biens fondamentaux comme l’eau et ses accès maritimes, les forêts, les sols et les richesses du sous sol doivent pouvoir être au cœur d’un projet commun. Nous soutiendrons, y compris au sein des instances internationales, le développement de vrais services publics doté de moyens nécessaires afin de protéger les biens publics des privatisations accomplies depuis plus de vingt ans au bénéfice d’intérêts économiques des pays occidentaux. De même que nous agirons pour l’extension des services publics en France, nous agirons pour que ces services publics français coopèrent au renforcement des services publics dans les pays africains. Co-inventer un nouveau modèle de développement avec les peuples africains : Le modèle de développement des pays industrialisés repose sur l’exploitation à bas prix des richesses, humaines et naturelles, des autres pays. Il n’est donc pas généralisable à l’ensemble de la planète et ne peut servir de modèle. L’entrée de nouveaux pays dans le grand marché mondial engendrent des tensions fortes sur les prix des matières premières et énergétiques, et risquent de dégénérer rapidement en conflits armés. La planète est à bout de souffle car le capitalisme est incapable d’organiser la gestion collective des ressources naturelles et que le partage des richesses s’organise dans les rapports de force mondiaux. Dans les conditions actuelles, l’Afrique se retrouve dans l’incapacité de peser et de s’insérer dans ce commerce mondial. Si rien n’est fait, ses ressources continueront d’être pillées. L’Afrique est capable d’inventer son propre modèle de développement, qui tienne compte de l’important secteur informel et qui s’appuie sur ses richesses naturelles et humaines pour satisfaire d’abord les besoins de ses populations. Les peuples africains doivent avoir les possibilités de garantir l’autosuffisance alimentaire et énergétique, développer une industrie de transformation adaptée à leurs besoins, s’appuyer sur ses talents commerciaux pour développer un commerce régional qui garantisse leur autonomie. L’Afrique réussira ainsi à parler en égal dans les négociations internationales. Nous pouvons pour notre part aider pour l’élaboration d’instruments de mesure et de décompte fiables, notamment dans le domaine foncier, et de statistiques démographiques et d’activités, dans un objectif de développement agricole et technique. Exiger et contrôler la transparence des pratiques des grandes entreprises françaises en Afrique : Parmi les exigences à formuler, outre celles concernant la responsabilité sociale et environnementale, figure celle de publier les contrats des industries extractives et des industries d’exploitation des ressources naturelles de façon à permettre aux peuples de connaître et donc de pouvoir maîtriser l’utilisation de leurs ressources. Pour en finir avec le scandale des paradis fiscaux et judiciaires qui permettent, par le biais de grands contrats, militaires ou industriels, l’évasion de sommes colossales, (« commissions » de toutes sortes, « biens mal acquis » …) , la France agira avec détermination au niveau européen et international pour :- établir la traçabilité des transactions financières et la transparence des mouvements de fonds et des patrimoines.- Lutter contre l’impunité en renforçant la coopération judiciaire et fiscale entre Etats, en favorisant un espace judiciaire européen doté d’un pôle financier ayant accès au secret bancaire. L’autre exigence consistera à imposer à toute entreprise détentrice d’un contrat sur projet, de susciter la naissance d’entreprises africaines pérennes et de créer en particulier un réseau de petites et moyennes entreprises travaillant en collaboration avec leurs homologues françaises de façon à créer un véritable tissu industriel. Une attention particulière sera portée à l’émergence ou au renforcement de syndicats forts en lien avec leurs homologues français en commençant par les industries extractives et les services publics délégués. Les tribunaux français seront aussi compétents pour juger les entreprises françaises et leurs filiales qui ne respecteraient pas la législation internationale du travail (en particulier concernant le travail des enfants) et les réglementations environnementales. Interdiction sera faite aux entreprises françaises d’exporter leurs déchets –tout particulièrement les déchets nucléaires et chimiques- dans les pays africains et les entreprises qui ont eu recours à de telles pratiques devront être poursuivies et contraintes à réparer les dégâts humains et écologiques provoqués.

8 Quelles propositions faites-vous pour favoriser la souveraineté monétaire en Afrique ?

La révolution citoyenne et souveraine présuppose que chaque peuple soit responsable de sa politique monétaire, ce qui n’interdit pas l’idée de monnaie commune mais à la condition que ce ne soient pas des experts auto-désignés qui s’en saisissent pour mettre les peuples au service de l’économie. La dette qui étrangle beaucoup de pays devra être auditée et réexaminée de façon à isoler ce qui doit effectivement être remboursé de ce qui relève de la notion de dette odieuse. Les cessions d’actifs publics seront systématiquement remis en question afin de vérifier que le prix payé par les acheteurs correspond bien à la valeur de ces actifs, faute de quoi ils seront transférés à des sociétés anonymes dans lesquelles l’Etat sera actionnaire à hauteur de la différence entre la valeur réelle et la valeur payée par ces acheteurs qu’ils soient locaux ou étrangers. Le crédit doit être replacé sous le contrôle de la Banque Centrale de chaque pays : les facilités extravagantes accordées aux monopoles doivent être supprimées au bénéfice de l’expansion de crédits aux entreprises petites ou moyennes existante ou à créer. Le Franc CFA qui fut d’abord « Franc des Colonies Françaises d’Afrique » avant de devenir « Franc de la Communauté financière africaine », même s’il présente l’intérêt d’être une monnaie commune régionale, présente le grave défaut de lier les choix financiers de cette partie de l’Afrique à la BCE et à l’Europe et empêche les pays concernés d’entrer dans la construction d’une Banque centrale africaine. Il est urgent de rendre aux banques centrales la gestion de la politique monétaire qui serait alors adaptée au cycle de leurs économies. Ceci s’accompagnerait d‘un abandon par la France de son droit de vote et de veto dans toutes les instances de ces banques, de l’abandon de l’obligation de déposer 50% des avoirs des pays CFA à la Banque de France, ainsi que l’abandon du pouvoir du conseil des ministres français de décider des parités et dévaluations du CFA. Cette réforme majeure, qui peut préfigurer d’autres évolutions en lien ou non avec la proposition de l’Union Africaine de créer une monnaie commune à toute l’Afrique, devrait permettre de mettre fin à la deuxième extraversion des économies africaines (la première étant les filières de rente) et autoriserait ces banques de jouer pleinement leur rôle dans le financement du développement. Nous devrions défendre le droit des gouvernements des pays africains, s’ils veulent bénéficier d’un minimum de moyen pour orienter les investissements publics, de prendre des mesures de prise de contrôle des filiales des banques privées, essentiellement françaises, qui constituent souvent le seul réseau bancaire existant. La France Insoumise veut que la France rende aux pays africains de la zone CFA l’autonomie de gestion de leur monnaie, et leur rendre le choix de créer d’autres monnaies communes sur leur continent s’ils le souhaitent, en suscitant les conditions économiques et politiques d’une évolution du Franc CFA sans que cela ne mette en péril les économies concernées ou ne renforce un autre type de prédation. Nous devons donc créer une instance de réflexion commune pour faire des propositions concrètes de sortie du système actuel tout en étant réalistes sur les conditions d’un succès d’une autonomisation qui ne doit en aucun cas nuire aux conditions de vie des populations concernées.

9 Quelle politique migratoire française et européenne proposez-vous ? Quel doit être le lien entre cette politique et l’ensemble de la politique française et européenne en Afrique ?

Nous ne parlerons pas dans ce chapitre des réfugiés politiques pour lesquels les lois de l’hospitalité Nous récusons les discours et les politiques racistes et xénophobes qui utilisent comme des boucs-émissaires celles et ceux des migrant-e-s des pays d’Afrique notamment, qui sont trop souvent contraints d’émigrer en Europe parce que les conditions économiques dans leurs pays sont insupportables et/ou parce que les dictatures en place maintiennent leurs populations dans la misère et qui le font fréquemment au péril de leur vie. C’est pourquoi, nous mettrons un terme à la stigmatisation et à la criminalisation de l’immigration, nous abrogerons les loi anti-immigration mis en place au cours des dernières années, et nous procéderons à une refonte du Code de l’entrée et du séjour des étrangers sur la base du respect le plus strict des droits des migrant-e-s et de la personne humaine et une régularisation des travailleurs sans-papiers. Car la première question à se poser est : pourquoi les africains quittent leur pays ? Certainement pas par plaisir mais à cause du manque de démocratie, de l’instabilité de régimes qui ont d’autres priorités que l’emploi et le développement économique, de l’inadéquation des formations aux besoins etc… : il est de fait difficile de dissocier motivations économiques et motivations politiques. La procédure d’obtention des visas, procédure actuellement difficile et d’un coût élevé avec parfois une externalisation de certains services, sera revue. Le visa « Balladur » sera supprimé aux Comores. Enfin, la décristallisation totale des pensions des anciens combattants sera mise en œuvre. La politique de l’ « immigration choisie », en organisant la fuite des « cerveaux » africains (médecins et infirmières, ingénieurs et cadres, professeurs) prive l’Afrique d’un facteur de développement essentiel. Nous devons favoriser la coopération scientifique et universitaire entre l’Afrique et l’Europe en accordant les autorisations de séjour aux étudiants et chercheurs africains pour renforcer des systèmes d’éducation africains qui ont été parmi les secteurs les plus attaqués par les plans d’ajustement structurels. Il n’y aura donc surtout pas de quotas ou de critères de sélection des migrants africains en fonction de « nos besoins économiques » et aux dépends des pays du Sud. Mais la France n’est pas qu’un territoire c’est aussi un système économique et social ; il nous faut donc trouver un équilibre entre la libre installation entrainant la remise en cause de notre modèle et la fermeture totale de ce droit entrainant l’augmentation des migrations clandestines. Rappelons qu’il y a 9 millions de pauvres en France et 15% de chômage réel. Des solutions (quotas par pays, conditionnalités touchant à la démocratisation des pays africains…) devront donc être négociées. La création de secteurs d’activité dans les pays africains sera promue et accompagnée ; la formation aux métiers manuels de base sera développée afin de rendre autonomes des entreprises petites et moyennes dans l’artisanat et la petite industrie. Nous participerons aussi à créer les conditions de réinstallation au pays dans des conditions correctes et dans le cadre de projets de développement structurés, de cadres installés en France par nécessité. Ceci suppose de laisser ouverte une possibilité de fluidité des migrations (allers-retours, possibilités de retour sans crainte de perdre son droit à revenir en France …). De plus, les dispositifs publics de soutien aux initiatives des migrants d’origine africaine établis en France, en faveur du développement de leur pays d’origine seront élargis et renforcés, dans une véritable logique de co-développement et d’inclusion sociale des populations migrantes en France. Les commissions bancaires imposées aux migrants pour les transferts d’argent destinés au développement de leur région – dont le volume actuel est plus de 3 fois supérieur à l’Aide Publique française au Développement – seront contrôlées, via la mise en place de structures publiques pour le co-développement. Beaucoup d’associations villageoises contribuent au développement local et prennent souvent le relais de l’État (construction d’écoles, de lieux de soins), et ne le font que grâce aux transferts des émigrés qui contribuent beaucoup au développement de leur pays d’origine.

10 Comment voyez-vous le rôle de la francophonie ? Quelle place accordez-vous aux échanges interculturels entre France et Afrique ?

Francophonie : La langue française était certes la langue du colonisateur mais elle est devenue une langue au pluriel et en particulier une langue africaine, une langue qui s’enrichit constamment de façon baroque en rencontrant les langues parlées ; elle doit nettement se situer du côté de l’en-commun qui présuppose une co-appartenance basée sur le partage entre de multiples singularités et non pas du côté de l’universel qui implique un rapport d’inclusion à une entité déjà constituée en l’occurrence ici une culture française qui continuerait à se prétendre au centre du monde. La langue française doit aussi redevenir une langue d’émancipation non plus dans sa totale identification avec la République française mais comme la langue qui replace l’autre au cœur de l’humanisme. La langue française doit donc devenir une langue de résistance à celle des anglo-saxons dans la mesure où elle véhicule un modèle de société de coopération et non de compétition, une société d’hospitalité et non de ségrégation communautaire. C’est à ces seules conditions que nous soutenons la francophonie, une langue n’étant pas seulement un outil de communication, mais aussi le creuset de l’identité d’un individu, d’un peuple ou, comme dans ce cas précis, d’une communauté de peuples unis par une histoire commune et tournés vers un avenir partagé. Hélas ! La francophonie qui nous est proposée ne correspond en rien à ce dessein. L’institution dénommée Organisation Internationale de la Francophonie est devenue un instrument politique au service de la France qui profite du poids de ses pays membres pour rayonner à l’extérieur. Une institution qui promeut la langue française universelle au détriment des langues locales, qui sert à asseoir et à pérenniser des dictatures, qui se soucie peu des jeunes, qui admet en son sein des pays d’Europe de l’Est ou mieux encore de l’Asie du Sud-Ouest, du Moyen-Orient dont on ignorait qu’ils parlassent français (seuls 32 pays ont le français comme langue officielle ou partagée sur les 80 ! pays membres). Alors qu’il s’agirait de réorienter l’OIF vers une communauté de cultures, de l’approfondir plutôt que de l’élargir, de renforcer son budget d’éducation au profit des peuples, c’est l’inverse qui est proposé comme feuille de route à Michaëlle Jean. On citera dans cette feuille de route premièrement : la promotion d’une nouvelle stratégie économique, certainement en vue de mettre en œuvre les APE dévastateurs des économies africaines et pour protéger de l’expansionnisme chinois les intérêts économiques français et canadiens en Afrique, deuxièmement : la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes, prétexte très en vogue pour faciliter la (re)militarisation du continent. Le tout avec un budget en baisse. L’Afrique Insoumise dénonce les orientations de ce club affairiste au service des puissants qu’est devenu l’OIF et invite les peuples francophones à ne pas être dupes des tentatives de manipulation dont ils sont une fois de plus les victimes. Vive une nouvelle francophonie de partage, de solidarité et de progrès ! Loin des « sommets de la francophonie » qui ont servi longtemps à maintenir des liens de domination entre la France et ses anciennes colonies, la promotion et le partage de la langue française peuvent être utilisée comme une passerelle entre les cultures. Un projet important de valorisation des relations culturelles ainsi que de l’histoire des immigrations africaines successives qui ont participé à l’histoire de France, sera mis en œuvre afin de lui reconnaître la place qui lui revient. Sur le plan économique, la création d’une Banque de développement francophone permettrait une meilleure concertation et un meilleur usage des fonds mutualisés destinés au développement et à l’émancipation des peuples africains. Sur le plan politique, plutôt que des sommets France-Afrique dignes héritiers d’un passé colonial et post-colonial, promouvons des sommets francophones autour d’objectifs de progrès et d’émancipation partagés entre partenaires internationaux. Regarder en face notre histoire commune : Des commissions d’enquête parlementaire devront faire la lumière sur les responsabilités de la France dans les atrocités commises durant la colonisation (par exemple Cameroun et Madagascar). Elles enquêteront sur les implications de la France dans le génocide des Tutsis (Rwanda), coups d’Etat et renversements militaires (Côte d’Ivoire, assassinat de Thomas Sankara, Mauritanie…) en Afrique et obtiendront la dé-classification des documents secrets nécessaires à leur enquête. Tous responsables de génocide, crime de guerre, crimes contre l’humanité, actes contraires aux Conventions de Genève, vivant en France seront poursuivis et jugés. Il ne s’agit pas de verser dans la repentance systématique, toutes les conquêtes apportant aussi leur lot d’échanges et d’apports ne se limitant pas à la sphère économique. Il ne s’agit pas non plus de verser dans les compensations financières sauf cas particulier. Mais seule la vérité du discours permettra, grâce à un soutien accru au travail des historiens et des scientifiques, de dépasser les problèmes récurrents qui empêchent un développement concerté entre les pays africains et la France mais aussi de réduire la fracture coloniale et de renforcer le vivre ensemble et l’intégration dans la République française des descendants des immigrations successives.

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Actualités internationalesThu, 23 Mar 2017 09:25:48 +0000
Pourquoi Trump a gagné ; pourquoi Clinton a perdu?http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/849-trump-clinton http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/849-trump-clintonPourquoi Trump a gagné ; pourquoi Clinton a perdu?

La cuisante défaite de Hillary Clinton reflète une grossière erreur de jugement du Parti démocrate sur la profondeur de la colère populiste contre des élites égoïstes qui ont traité avec dédain la plus grande partie du pays.

À la fin, Hillary Clinton est devenue le visage d’un establishment corrompu, arrogant et déconnecté des réalités, tandis que Donald Trump émergeait comme un réceptacle juste ce qu’il y a d’imparfait pour recueillir une fureur populaire qui avait bouillonné sous la surface de l’Amérique.

Il y a vraiment beaucoup à craindre d’une présidence Trump, en particulier jointe à la poursuite du contrôle républicain sur le Congrès. Trump et de nombreux Républicains ont nié la réalité du changement climatique ; ils favorisent une augmentation des réductions d’impôts pour les riches ; ils veulent déréguler Wall Street et d’autres industries puissantes – toutes ces politiques qui ont contribué à créer le désordre actuel dans lequel sont plongés aujourd’hui les États-Unis et une grande partie du monde.

En outre, la personnalité de Trump est pour le moins problématique. Il manque des connaissances et du tempérament qu’on voudrait voir chez un président – ou même chez un responsable public moins puissant. Il a fait appel au racisme, à la misogynie, à la suprématie blanche, à l’intolérance à l’égard des immigrants et aux préjugés à l’égard des musulmans. Il est favorable à la torture et veut qu’un mur géant soit construit le long de la frontière sud de l’Amérique.

Mais les électeurs américains l’ont choisi en partie parce qu’ils estimaient avoir besoin d’un instrument contondant pour frapper l’establishment qui a gouverné et mal dirigé leur pays depuis au moins plusieurs décennies. C’est un establishment qui s’est non seulement emparé à son profit de presque toute la nouvelle richesse produite par le pays, mais a négligemment envoyé l’armée étasunienne mener des «guerres de choix»,comme si les vies des soldats de la classe ouvrière valaient peu de chose.

En matière de politique étrangère, l’establishment a fait passer le pouvoir décisionnel aux néoconservateurs et à leurs acolytes interventionnistes libéraux, qui ont souvent subordonné les intérêts américains à ceux d’Israël et de l’Arabie saoudite, pour un avantage politique ou financier.

Les choix guerriers de la coalition des néocons et des faucons libéraux ont été désastreux – de l’Irak à l’Afghanistan, à la Libye, à la Syrie, à l’Ukraine – pourtant cette collection de je-sais-tout n’assume jamais ses responsabilités. Les mêmes gens, y compris les guerriers en fauteuil des médias et les «chercheurs» des think tanks, rebondissent d’une catastrophe à l’autre sans conséquences pour leurs «pensée de groupe» fallacieuse. Tout dernièrement, ils ont concocté une nouvelle Guerre froide avec la Russie, coûteuse et dangereuse.

Malgré toutes ses défauts, Trump était l’une des rares personnalités publiques importantes ayant osé contester la «pensée de groupe» sur les points chauds actuels que sont la Syrie et la Russie. En réponse, Clinton et de nombreux Démocrates ont choisi de se livrer à un maccarthysme brutal, Clinton provoquant même Trump en le traitant de «marionnette» de Vladimir Poutine lors du débat présidentiel final.

Il est assez remarquable que ces tactiques aient échoué, que Trump ait parlé de coopération avec la Russie plutôt que de confrontation, et ait gagné. La victoire de Trump pourrait signifier que plutôt que de pousser la Nouvelle Guerre froide à l’escalade avec la Russie, il existe une possibilité de réduire les tensions.

Désavouer les néocons.

Ainsi, la victoire de Trump marque un désaveu de l’agressive orthodoxie néocon/libérale, parce que la nouvelle guerre froide a été largement mitonnée dans ces groupes de réflexion néocons / libéraux et mis en application par des responsables partageant le même état d’esprit au Département d’État américain et alimentée par la propagande à travers les médias occidentaux dominants.

C’est l’Occident, pas la Russie, qui a provoqué la confrontation sur l’Ukraine en aidant à installer un régime farouchement anti-russe aux frontières de la Russie. Je sais que les médias occidentaux dominants ont formulé l’histoire comme une «agression russe», mais cela a toujours été une grande déformation des faits.

Il y avait des moyens pacifiques de régler les conflits internes en Ukraine sans violer le processus démocratique, mais les néocons étasuniens, comme la Secrétaire d’État adjointe Victoria Nuland, et de riches néolibéraux comme le spéculateur financier George Soros, ont poussé à un coup d’État qui a renversé le président élu Victor Ianoukovitch en février 2014.

La réponse de Poutine, y compris son acceptation du référendum écrasant en faveur du retour de la Crimée à la Russie et son soutien aux rebelles russes ethniques en Ukraine de l’est qui s’opposent au régime issu du coup d’État à Kiev, était une réaction aux agissements déstabilisants et violents de l’Occident. Poutine n’était pas l’instigateur des troubles.

De même, en Syrie, la stratégie occidentale de «changement de régime», qui date des plans néocons du milieu des années 1990, et impliquait une collaboration avec al-Qaïda et d’autres djihadistes islamiques pour supprimer le gouvernement laïque de Bachar al-Assad. Là de nouveau, le Washington officiel et les médias dominants ont décrit le conflit comme étant de la faute d’Assad, mais cela ne correspondait pas à l’image complète.

Dès le début du conflit syrien en 2011, les «alliés» des États-Unis, incluant l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et Israël, ont soutenu la rébellion, la Turquie et les États du golfe faisant passer de l’argent et des armes au Front Nusra d’al-Qaïda et même au dérivé d’al-Qaïda, État islamique.

Bien que le président Barack Obama ait traîné les pieds devant une intervention directe préconisée par celle qui était alors secrétaire d’État, Hillary Clinton, il a finalement fait la moitié du chemin, cédant aux pression politiques en acceptant de former et d’armer les prétendus «modérés» qui ont fini par combattre aux côtés du Front Nusra d’al-Qaïda et d’autres djihadistes dans Ahrar al-Sham.

Trump a été peu loquace et imprécis en décrivant la politique qu’il suivrait en Syrie, tout en suggérant qu’il coopérerait avec les Russes pour détruire État islamique. Mais Trump ne semblait pas comprendre le rôle d’al-Qaïda dans le contrôle d’Alep Est et d’autres territoires syriens.
Un territoire inconnu.

Donc les électeurs américains ont plongé les États-Unis et le monde en territoire inconnu derrière un président élu qui manque de connaissance approfondie sur un large éventail de questions. Qui guidera un Trump président devient le problème le plus urgent aujourd’hui.

Comptera-t-il sur les Républicains traditionnels qui ont tant fait pour ficher en l’air le pays et le monde ou trouvera-t-il quelques réalistes aux idées fraîches qui réaligneront la politique avec les intérêts et les valeurs américaines fondamentales.

Le Parti démocrate mérite une bonne partie du blâme pour ce moment dangereux et incertain. Malgré les signes attestant que 2016 serait une année propice à un candidat anti-establishment – éventuellement quelqu’un comme la sénatrice Elizabeth Warren ou le sénateur Bernie Sanders – la direction des Démocrates a décidé que «c’était le tour de Hillary».

Des alternatives comme Warren ont été dissuadées de concourir, ainsi il pourrait y avoir un «couronnement»Clinton. Cela a fait du socialiste de 74 ans du Vermont le seul obstacle à la nomination de Clinton et il s’est avéré que Sanders était un rival redoutable. Mais sa candidature a été finalement bloquée par des huiles démocrates, y compris les «super-délégués» non élus, qui ont donné à Clinton une avance précoce et apparemment insurmontable.

Avec des œillères solidement en place, les Démocrates se sont attelés eux-mêmes au carrosse doré de Clinton et ont essayé de la tirer sur tout le chemin jusqu’à la Maison Blanche. Mais ils ont ignoré le fait que beaucoup d’Américains en étaient venus à voir Clinton comme la personnification de tout ce qui ne va pas avec le monde insulaire et corrompu du Washington officiel. Et cela nous a donné le président élu Trump.

                                                                                                                                                                                                                                                                                   Robert Parry

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Actualités internationalesFri, 25 Nov 2016 08:21:48 +0000
« Aujourd’hui, le panafricanisme est devenu un fourre-tout »http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/830-panafricanisme-devenu-fourre-tout http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/830-panafricanisme-devenu-fourre-tout« Aujourd’hui, le panafricanisme est devenu un fourre-tout »

Après Kwame  Nkrumah père du panafricanisme, le lecteur va découvrir la pensée panafricaine de Ama Mazama : Ama Mazama est universitaire et infatigable combattante de la cause panafricaine. Enracinée dans ses valeurs culturelles, elle est prêtresse vaudou. Dans cette interview accordée à « Le Journal de l'Afrique » de Investig'Action, Ama Mazama revient sur les enjeux et les défis de l’Afrocentricité.

Le Journal de l’Afrique : Qu´est-ce que l´afrocentricité ?

Ama Mazama : L´organisation ou bien la philosophie ?

La philosophie.

-C ´est une philosophie ou un paradigme qui postule que les africains doivent penser et agir en se prenant comme point de référence. Alors cela signifie quoi ? Que, par exemple, si vous avez un chien qui miaule, vous allez penser qu´il y a un problème en lui et vous irez chez le psychiatre pour chiens pour voir ce qui ne va pas avec la tête du chien. De la même façon, si vous êtes Africain, vous devrez vivre en tant qu´africain, à partir de la vision du monde, de la culture, des réalités historiques, culturelles biologiques etc. qui sont les vôtres. Concrètement cela veut dire que si on est dans un restaurant, on s´attend, si on est en Afrique, à ce que les motifs de décorations soient africains parce que le propriétaire est africain et donc son esthétique, sa sensibilité, ses préférences culturelles doivent s´exprimer… Or on constate que ce n´est pas souvent le cas. Nous avons peur de nous assumer comme africains. Nous prenons toujours l´Europe pour référence. Cela s´explique par notre socialisation, en particulier l´école, les medias, la religion, qui fait que nous sommes décentrés par rapport à nous-mêmes. Donc l´afrocentricité, c´est comment nous remettre au centre de nous-mêmes pour ne plus avoir à nous excuser d´être africains, de ne plus avoir peur d´être africains, honte d´être africains.

Ainsi définie, qu´entend-on par Afrocentricité en tant qu´organisation ?

-C´est une organisation panafricaine et afrocentrique. L´afrocentricité est un principe directeur, c’est-à-dire notre idéologie. Cette organisation œuvre dans quatre domaines principaux : spirituel, éducatif, politique et économique. En ce qui concerne le domaine spirituel, pour faciliter le processus de recentrage des Africains (sur le plan spirituel), nous avons beaucoup de rituels qui ont comme but de retrouver un chemin de nous-mêmes, de nous connecter avec nos ancêtres, notre sève ancestrale, de rentrer chez nous dans un sens métaphorique. Chez nous c´est d´abord à l´intérieur, pour retrouver le moi africain.. Retrouver ce moi africain et l´assumer. Cette organisation est née en 2011 sous le modèle de Marcus Garvey. La maison mère est pour le moment à Philadelphie, aux USA, parce que ceux qui l’ont créée s´y trouvent. Si un jour on se déplace, le quartier général nous suivra. Nous avons des divisions dans le monde noir, pas mal déjà en Afrique. Nous sommes présents dans une dizaine de pays. Sans être exhaustive, je dirais que nous sommes en Afrique du Sud, au Zimbabwe où nous avons fait l´année dernière une conférence, au Congo et au Cameroun. On espère plusieurs divisions en RCA, en Côte d´Ivoire nous avons deux divisions. Nous sommes en Haïti, au Brésil avec deux divisions, en Colombie, Guadeloupe et Martinique. Nous sommes en train de mettre une division au Mexique parce qu´il y a beaucoup de Noirs dans ce pays, nous sommes aussi en Europe parce qu´il y a beaucoup d´Africains qui s´y sont exilés. L´idée c´est de créer ce réseau de consciences afrocentriques pour qu´ensemble nous puissions faire beaucoup de choses.

Kwame Nkrumah disait : « cherchez le pouvoir politique et tout vous sera donné de surcroît ». Afrocentricity International a-t-il des visées politiques?

-Absolument. Le projet c´est d´avoir des partis et d´être présents sur la scène politique dans toutes les communautés. Cela peut commencer à un niveau très bas. Je vous donne un exemple. En Guadeloupe, j´habite dans une petite ville qui s´appelle Port Louis. J´ai construit ma maison là. Cette cité n´avait pas de noms de rues et je savais qu´ils sont très sensibles à la question du nom. Je suis allée à la Mairie pour leur faire part de mes préoccupations. Quand ils m´ont proposé de faire partie de cette commission d´adressage, j´ai accepté. Et c´est ainsi que je me suis retrouvée à habiter la résidence Marcus Garvey et la rue Thomas Sankara. Ce sont des initiatives. Tous nos membres sont encouragés à prendre des initiatives. On a désormais, dans ma ville, des rues du Roi Béhanzin. Il y a une rue Kwamé Nkrumah. Il y a une rue Patrice Lumumba. On y est allé fort ! Vous voyez, on débaptise des rues qui portaient des noms de blancs pour donner des noms d´Africains comme Myriam Makeba. Au niveau politique c´est quelque chose d’important parce que les gens se mettent à demander : Qui était Marcus Garvey ? Qui était Thomas Sankara ? Ce qui nous intéresse le plus c´est ce qu´on appelle en anglais grassroot, c´est-à-dire prendre les choses par le bas. On investit l´espace, on est dans son quartier, on se demande ce qu´on peut faire. On ne rêve pas. Le système qu´on a en face de nous est très fort, très organisé. Quelque part, il faut faire baisser son sous-bassement et rentrer. C´est pas forcement briguer la présidence d´un pays. Encore que cela ne nous dérangerait pas. Mais avant même d´en arriver là, il y a un travail à faire par en bas, pour justement préparer les gens à savoir, sur le plan politique, qui était Marcus Garvey. Parce que c´est très important, pour moi c´est une grosse victoire.

On avait commencé un travail de recensement des rues des capitales africaines. On commence à se demander pourquoi il y a des rues qui portent les noms de gouverneurs blancs, toujours de présidents blancs, de gens racistes, la rue du général Leclerc, De Gaulle, machin, pourquoi ?
Quel peut être le rapport entre l’afrocentricité et la mondialisation qui est aujourd´hui un terme galvaudé partout ?

-La mondialisation n´est qu´un euphémisme pour la domination raciale blanche. Ne vous faites pas d´illusions. Ils changent les mots, mais la réalité demeure la même, à savoir que les Blancs doivent dominer le monde à tout prix. Donc notre position est très simple, nous sommes absolument contre cela, parce que la mondialisation veut dire imposition de l´Europe sous couvert d´universalité. Nous combattons cette mondialisation. C´est clair, puisque c´est une domination de plus.

Comment situez-vous l´afrocentricité par rapport à la négritude et au panafricanisme ?

-L´afrocentricité n´aurait pas existé sans négritude. La négritude est un état. Je suis nègre, je suis Africaine et l´afrocentricité c´est surtout et avant tout un état de conscience. Elle n´aurait pas existé sans la négritude, parce que la négritude c´est l´affirmation d´une spécificité, d´une ontologie africaine. Nous disons qu´il y a différentes façons d´être au monde ; que nous ayons des cultures différentes, cela paraît clair. Nous sommes Africains. Et qu´est-ce que cela veut dire être Africain ? On en tire toutes les conséquences, on peut être Africain sans être afrocentrique. C´est pour cela qu´on a besoin d´afrocentricité pour que notre réalité coïncide avec nos pensées. Car c´est cela l´afrocentricité. Elle est forcément panafricaine, puisque nous considérons que les Africains sont dans le monde entier, et que nous devons nous unir. Le Motto de notre organisation c´est : L´unité est notre but, la victoire est notre destinée. Nous recherchons avant tout sur le plan politique les Etats-Unis d´Afrique. Nous croyons au panafricanisme, mais pas n’importe quel panafricanisme, parce que le panafricanisme est une coquille vide dans laquelle on peut mettre n’importe quoi. Et le panafricanisme, à mon avis, est en état de choc. Si l´on considère que le mouvement panafricain a commencé à la fin du 19e siècle et qu´on regarde où on en est aujourd´hui, 120 ans plus tard, on doit dire que le panafricanisme n´a pas réussi à remplir son objectif d´unité de l´Afrique. L´Afrique n´a jamais été aussi morcelée qu´aujourd´hui. Donc Il faut vraiment qu´on mette cela en question en se demandant ce qui a fait défaut. Pour nous, ce qui a fait défaut, c´est une ligne idéologique claire. Et c´est là que l´afrocentricité intervient. Je pose toujours la question à mes amis qui sont panafricains : Imaginons un instant qu´on arrive miraculeusement à faire l´unité de l´Afrique maintenant, elle se fera sur quelle base ? Sur une base chrétienne, musulmane, marxiste, communiste, socialiste, capitaliste, féministe ? Vous voyez ? Qu´est-ce qu´on va faire ? Et nous, notre position est claire : l´unité de l´Afrique doit se faire sur des bases culturelles africaines qui remontent à Kemet. On peut vraiment bâtir une Afrique forte.

Maintenant, si on parle de l´unité africaine et que l´afrocentricité regroupe tous les Noirs, quelle serait la position des Noirs d´Amérique latine vis à vis de cette Afrique unie ?

-Je pense que cela serait magnifique, parce que vous savez, il y a une chose pour nous qui sommes dans la diaspora, une chose dont nous sommes particulièrement conscients, à savoir que nous sommes maltraités dans le monde, parce que l´Afrique est faible. On ne nous respecte pas. On peut nous tuer, on peut nous faire n’importe quoi parce qu´il n´y a aucune entité en Afrique qui pourra demander des comptes en notre nom. Pourquoi on tue les Noirs comme cela aux Etats- Unis? Tous les deux jours on voit qu´il y a un nouvel homme Noir qui a été abattu comme un chien et rien n´est fait. C´est parce que l´Afrique est faible. Vous voyez, donc la position c´est qu´on n´est pas obligé de revenir vivre seulement en Afrique. Le fait qu´il y ait une Afrique unie et forte nous arrangerait où que nous soyons.

Alors, comment faire pour que le discours afrocentrique pénètre au sein des masses populaires?

-Justement c´est toujours ce travail par en bas qu´il faut faire. L’une de nos stratégies consiste à faire des publications. Nous essayons de faire que ces livres soient le moins cher possible ; on a commencé à faire les livres sur place, justement pour baisser les coûts de production, à faire des émissions télé, radio, des conférences, des actions sur le terrain.

Comment les dirigeants africains et l´intelligentsia africaine appréhendent le discours afrocentrique ? N’y-a-t-il pas de résistance des Noirs?

-Très sincèrement, il y a des Noirs qui ont été programmés, qui sont décentrés, qui sont disloqués. Pour ce qui est de l´intelligentsia, c´est notre discours que nous soignons. Ceux qui s´y reconnaissent se joignent à nous. Ceux qui ne s´y reconnaissent pas restent dans leurs histoires.
Les présidents ? Ils ne disent pas qu´ils sont contre. On a eu certes des bons contacts avec l´ancien président du Sénégal. Avec celui du Nigeria un moment aussi. Ils ne disent jamais qu´ils sont contre, mais on ne compte pas sur eux. Tabo Mbeki, à une époque, a été un fervent partisan de l´afrocentricité. Pour nous la transformation doit se faire par le bas. Pour qu´il y ait une vraie transformation. Pour que les africains, lorsque leur président arrive avec ses défaillances, refusent.

Comment faites-vous pour distinguer ceux qui viennent pour le positionnement et ceux qui viennent pour agir?

-On a vu cela plusieurs fois effectivement. Il y en a qui viennent parce qu´ils pensent qu´il y a de l´argent. Ils entendent que c´est une organisation qui est basée aux Etats-Unis ; tout de suite ils s´imaginent qu´on a des millions et des millions de dollars. Ce qui n´est pas vrai. Nous sommes une organisation qui est soutenue par ses membres et qui s´autofinance. Nous sommes des nationalistes Noirs. Notre indépendance est extrêmement importante. On n´accepte l´argent d´aucun gouvernement ou organisation. Et nous n´accepterons jamais parce que nous voulons préserver notre indépendance. Vous voyez par exemple quand nous organisons nos conventions, on pourrait les faire dans les universités. Mais nous préférons louer un espace. Comme cela, nous pouvons dire ce que nous voulons.
Pour ce qui est de la moralité de ceux qui viennent vers nous, le temps permet de faire la part des choses. Ceux qui viennent comme des vautours, et qui après quelques mois voient qu´il n´y a rien, s´en vont. Autre mécanisme que nous avons mis en place : Lorsque vous êtes membre d´Afrocentricity International, vous devez prêter serment. Le serment est très important dans la culture africaine. Nous avons un serment spécial qui dit que vous acceptez de mourir si vous trahissez l´organisation. Si vous volez, si vous faites du mal à l´organisation, vous avez le droit de sortir, il y a un serment de sortie. Et quand vous entrez, vous vous engagez à avoir un certain comportement. Si vous savez être de mauvaise intention, en général, avant même d´en arriver à prêter serment, vous disparaissez.

Donc le serment c´est quand on devient membre ?

-On ne devient pas membre automatiquement, il y a une période d´observation. Nous ne cherchons pas à avoir une organisation de masse. Nous cherchons la qualité. Nous préférons avoir une division formée par dix ou quinze personnes solides. C’est le cas par exemple au Cameroun. Cela a pris du temps. Mais ils ont une équipe soudée. Ils sont sûrs. Ils se font confiance. Ils ont eu à travailler ensemble. Voilà, cela prend un peu de temps, mais c´est normal.

Source : Journal de l’Afrique NO.23, Investig’Action
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Actualités internationalesSat, 01 Oct 2016 13:58:16 +0000
Aminata Traoré : « On a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris »http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/829-aminata-traore-mondialise-injustice http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/829-aminata-traore-mondialise-injusticeAminata Traoré : « On a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris »

Aminata Traoré au micro de Investig'Action

Aminata Traoré est une essayiste malienne qui lutte pour l’autonomisation des pays et des peuples d’Afrique, toujours dominés et pillés par les puissances occidentales. Ministre de la Culture et du Tourisme au Mali entre 1997 et 2000, l’infatigable militante choisira de poursuivre son combat contre le libéralisme sur le terrain et sera à l’origine de nombreux projets de proximité avec les femmes et les jeunes à Bamako. Sa candidature récente au poste de secrétaire générale de l’ONU est une bonne nouvelle pour tous les partisans de la paix.

Cette interview a été réalisée par Investig'Action dans son Journal de l'Afrique No 22 du 07 juin 2016

Comment analysez-vous le phénomène terroriste qui sévit en Afrique et partout dans le Monde ?

Il faut d’abord en analyser rigoureusement les causes : Pourquoi maintenant ? Pourquoi partout ? Précisément parce que l’on a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris. Dans les années 90, face aux conséquences des politiques d’ajustement structurel, on a tiré la sonnette d’alarme en disant : « Chaque année dans la plupart de nos pays, il y a 100 000 à 200 000 jeunes diplômés qui viennent sur le marché du travail et le modèle économique ne crée pas d’emplois. » Au contraire, il en supprime. Que reste-t-il à faire ? Les jeunes n’ont souvent le choix qu’entre l’exil ou le fusil. Ces deux phénomènes contemporains et concomitants sont intrinsèquement liés à l’échec lamentable d’un modèle de développement économique que l’Occident ne veut pas remettre en question.

Pour beaucoup de médias et d’analystes, le djihadisme émanerait directement et principalement de la religion. Trouvez-vous cette explication suffisante ?

S’il en était ainsi, pourquoi cette pensée du radicalisme religieux n’est pas survenue plus tôt ? C’est à partir des décennies 80 et 90 que de nombreux laissés pour compte des politiques néolibérales sont allés chercher dans les mosquées et le Coran des réponses au chômage et à l’exclusion. S’il n’y avait pas eu l’Irak, des généraux de Saddam Hussein n’auraient pas rencontré, à Abu Ghraib, des islamistes pour jeter les bases de DAESH. Comment arrivent-ils à pénétrer les banlieues et les milieux pauvres ? Pourquoi fascinent-ils aussi la « classe moyenne » ? Il y a un vide idéologique abyssal que l’on refuse d’admettre.

Si l’on reconnaît aujourd’hui que davantage de justice, davantage d’emplois, de respect des peuples, peuvent garantir la paix et la sécurité, cela implique que les dominants doivent renoncer à une partie de leurs avantages et privilèges. Ils ne le peuvent pas. C’est se faire Hara-Kiri que de dire : « on s’est trompé de modèle, on n’a pas créé d’emplois et notre modèle ne répond pas à la demande sociale ». A qui profite le crime de cette croissance, si ce n’est aux transnationales? Ce sont elles qui se tirent également une balle dans le pied quand elles ne peuvent plus aller là où elles exploitent les ressources naturelles. Les djihadistes qui ont conscience de cet enjeu visent eux aussi les même ressources, notamment, le pétrole.

A force de faire la sourde oreille et de mettre en place des oppositions qui ne sont pas de véritables contre-pouvoirs capables et désireuses de prendre en charge les vraies questions, on se retrouve enlisé partout dans des questions institutionnelles et politiciennes de remplacement des acteurs sans changement de paradigme. Or pour avoir la paix aujourd’hui, une véritable paix durable et la sécurité humaine, que je ne confonds pas avec la sécurisation, il faut inscrire les enjeux miniers, pétroliers et autres dans le débat. Garantir la sécurité humaine aux individus, à travers l’emploi, la santé, l’éducation, et d’autres services sociaux de base considérés comme des dépenses improductives.

Quel est le rôle de l’Union Africaine et quels sont ses principaux défis ?

L’Afrique a cruellement besoin de l’Union Africaine (UA), cette organisation qui est née en 2002 des cendres de l’OUA créée il y a 53 ans. Tout comme l’Union Européenne (UE) qui lui sert de modèle, elle suscite bien des interrogations auprès des peuples qui ne la voient pas là où ils l’attendent, c’est-à-dire auprès d’eux. Ce qui fait dire à ses détracteurs qu’elle n’est qu’un club des Chefs d’Etats. Le constat est accablant et préoccupant lorsqu’on sait que la décolonisation dont ses pères fondateurs ont voulu en faire l’instrument n’est pas finie et que le continent est même en voie de « recolonisation » dans le cadre de la mondialisation capitaliste. Les défis sont à la dimension de la violence multiforme de ce système.
Pour jouer pleinement son rôle dans la défense des intérêts des peuples d’Afrique, il faudrait que l’Union Africaine (UA) appréhende la nature de la mondialisation et celle des rapports de force. Or, elle souffre des tares originelles de la division, de l’extraversion et de la dépendance. Nous avons souvent tendance à oublier que l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) dont elle est issue est née dans la douleur du déchirement entre deux groupes qui avaient une approche et une vision opposées de l’avenir du continent.
Il a fallu de nombreuses rencontres et de longues négociations pour que le 25 mai 1963, 32 États nouvellement indépendants créent l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à Addis-Abeba en Éthiopie, sur la base d’un Accord minima. La rédaction de sa charte a été confiée au président malien Modibo Keita l’un des leaders du groupe des progressistes de Casablanca et au président togolais Sylvius Olympio du camp des « anti- fédérationistes »). C’est la vision du groupe de Monrovia qui a pris le dessus sur celle des progressistes du groupe de Casablanca.

Quel bilan peut-on tirer de ses activités ?

Mise à part la gestion de la décolonisation, aucun projet ni aucune stratégie de développement autonome et émancipatrice n’a été initiée et menée à bien par l’Organisation panafricaine. Les deux décennies 80 et 90 ont été marquées par des orientations tracées par Elliot Berg que la Banque mondiale a substituées aux perspectives africaines de développement du plan d’action de Lagos (PAL), patiemment élaboré par les Etats africains, et adopté en 1980 dans la capitale nigériane. Ces orientations ont aggravé les difficultés du continent : blocage des salaires, coupes dans les budgets des services sociaux de base: éducation, santé, approvisionnement en eau potable et assainissement.
Conscient du coût social et politique élevé des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), des dirigeants africains ont proposé différentes orientations : le Président Thabo Mbeki, le Plan d’Action du Millénaire (PAM), conjointement élaboré par le Président sud-africain, le Président Obasanjo et le Président Bouteflika ainsi que le Plan Omega d’Abdoulaye Wade. Leur fusion a donné lieu à la « Nouvelle initiative africaine (NIA) » devenue le Nouveau Partenariat pour le Développement en Afrique (NEPAD) ainsi que le Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs en 2003 : le Parlement Panafricain PP institué le 18 mars 2004 avec son siège à Midrand, en Afrique du Sud.
L’Union Africaine (UA) se félicite des politiques et stratégies macro-économiques « saines » qui ont permis à de nombreux pays membres de l’Organisation d’enregistrer une croissance sans précédent ainsi que la réduction significative des conflits, le renforcement de la paix et de la stabilité, ainsi que les progrès en matière de gouvernance démocratique. Elle table pour le XXIème siècle sur l’émergence d’une classe moyenne croissante et d’un changement dans l’architecture financière internationale, avec la montée des BRICS et l’amélioration des flux des investissements directs.

Cette augmentation significative de la croissance va-t-elle de pair avec une amélioration des conditions de vie des populations ?

Des réalisations matérielles palpables mais très peu d’amélioration des conditions de vie des populations. Plus on avance et plus il y a du chômage. C’est dans ce contexte là que ce que l’Europe appelle « crise migratoire » a surgi. Cela ne date pas de 2015. La notion de « migrant économique », à distinguer de celle de « réfugié », signifie qu’ « il y a du travail dans les pays d’origine où il suffirait selon les technocrates d’investir davantage et de lutter contre la corruption ». Mais il n’y a pas de travail, et la corruption est inhérente au système.

Selon vous, le processus de démocratisation resterait superficiel ?

J’ai du mal à me retrouver dans un paysage politique marqué par 150 à 250 partis. L’Europe sait parfaitement qu’il ne s’agit pas de démocratie avec un tel émiettement du champ électoral sans contenu idéologique véritable. Comment sortir de cette « démocratie », téléguidée, financée et supervisée de près selon les pays et les enjeux par Bruxelles, Paris et Washington ?

A ce propos justement, la Chine supplante progressivement l’Occident dans l’économie africaine. Faut-il accueillir les Chinois comme les nouveaux « Imposteurs » pour reprendre le titre de l’un de vos derniers livres?

Historiquement l’Afrique n’est pas dans les mêmes types de rapports avec la Chine qu’avec l’Occident. La Chine n’est pas arrogante. Dans l’imaginaire des Africains, c’est un moindre mal parce que l’on sait qu’ils sont là parce qu’ils ont d’énormes besoin de matières premières à satisfaire. Cette relation n’en est pas moins un piège si nos Etats se maintiennent dans la logique de régions exportatrices de matières premières au lieu d’en profiter pour jeter les bases de l’industrialisation du continent. En d’autres termes, s’ils ne développent pas leur propre secteur privé, les Etats africains ne seront pas en mesure de s’émanciper de cette relation de dépendance.

C’est la notion même d’émergence qui est problématique. Elle se traduit par une croissance qui ne profite pas aux peuples. Dans les pays dits « émergents », le panier de la ménagère n’enregistre aucune amélioration. La Chine émergente a servi de source d’inspiration aux pays africains qui ne se disent pas qu’un continent émietté et divisé est une proie facile dans le cadre actuel de l’ensauvagement du monde. La Chine n’a pas libéralisé à tout-va. Elle a progressé à son rythme et en fonction de ses intérêts.

Quels sont à votre avis les défis de la société civile et des intellectuels africains du 21ème siècle ?

Il faut aller plus loin dans le travail de déconstruction des idées reçues et de dépollution des esprits sur la croissance, l’émergence, et autres histoires à dormir debout. Si le système marchait si bien, pourquoi l’Europe se retrouverait dans cette crise existentielle qui est en train de la bouleverser ? Selon moi, les solutions d’emprunt ont révélé leurs limites à la lumière de nos expériences, de nos vécus, de nos aspirations. Malheureusement une grande partie de ce que l’on appelle la « société civile » n’ose pas soulever les questions qui fâchent les « donateurs ». Localement elles ne peuvent rien faire sans l’aide de la « communauté internationale ».

Pourtant l’Afrique a connu des grands penseurs intellectuels comme Julius Nyerere et ses idées motrices en faveur du droit au développement. Pouvons-nous « compter sur nos propres forces » ?

Bien sûr, l’Afrique n’a pas eu que des corrompus et des dictateurs comme ses détracteurs le laissent entendre. De nombreux hommes qui auraient pu et voulu faire des choses en ont été empêchés. L’assassinat de Patrice Lumumba a été l’acte fondateur du chaos politique congolais. Les assassinats politiques tout le long des années 60-70 ont traumatisé et dissuadé bien des dirigeants qui voulaient faire corps avec leurs peuples. Plus récemment, il y eu le cas de Laurent Gbagbo qui passe aujourd’hui devant la CPI et dont le tort est d’avoir touché à des questions qui fâchent. Ce qui est vrai pour les dirigeants, l’est dans une large mesure pour la société civile.
Aujourd’hui, quand on parle de la société civile, celle qui est sollicitée est souvent formatée, prudente, et même frileuse. Actuellement, un sentiment de révolte intérieure et une forme d’humiliation apparaissent face à la seconde recolonisation du continent qui ne laisse pas les Africains indifférents. Les efforts de remise en question doivent être capitalisés pour développer notre capacité de proposition, d’anticipation et d’actions transformatrices de nos économies et de nos sociétés dans le sens de l’intérêt commun.

Source : Journal de l’Afrique n°22, Investig’Action

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Actualités internationalesMon, 26 Sep 2016 21:28:05 +0000
Gabon : Lutte politique et chicanes entre les héritiers du patriarche Omar Bongo Ondimbahttp://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/826-gabon-lutte-plitique-chicanes-entre-heritiers-patriarche-bongo http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/826-gabon-lutte-plitique-chicanes-entre-heritiers-patriarche-bongoMM Jean PING et Ali BONGO

L’Afrique des conflits et des guerres, l’Afrique immature, non prête pour la démocratie, a resurgi dans les médias au lendemain de la proclamation des résultats provisoires de l’élection présidentielle au Gabon, le 31 août 2016.  Le journal « Le Monde » va jusqu’à demander s’il faut encore organiser des élections présidentielles en Afrique[1]. Selon les résultats de la Commission Electorale Nationale Autonome  et Permanente (CENAP), le Président sortant Ali Bongo avait gagné l’élection avec 49,85%     contre 48,23%  pour son principal adversaire politique, Jean Ping. De façon quasi-immédiate, des partisans supposés  de l’opposant se sont livrés à une vague de violences inouïes. Le Gabon, pays qui jusqu’au 31 août 2016 pouvait être considéré comme un havre de paix dans une sous-région très troublée, va-t-il aussi basculer dans une guerre civile ?

Qui sont les principaux acteurs ?

Ali Bongo Ondimba est comme son patronyme l’indique le fils du 2ème président du Gabon, Omar Bongo Ondimba qui a régné sur ce pays de 1967 à 2009, soit pendant 42 ans. L’appui de la France de De Gaulle à Sarkozy, en passant par François Mitterrand a été constant et déterminant. A sa mort, il a laissé un pays en friche, malgré des décennies d’exploitation du pétrole, du bois et de nombreux minerais dont l’uranium et le manganèse. Ali Bongo a été brièvement son ministre des affaires étrangères  puis de la défense nationale pendant 10 ans.

Quant à Jean Ping, il est de mère gabonaise et de père chinois, et a occupé des postes de haute responsabilité sous le règne de Bongo-père : représentant du Gabon à l’Unesco, Directeur de cabinet du président de la république, puis  a successivement  occupé six postes ministériels dont celui des affaires étrangères, avant d’être propulsé président de la Commission de l’Union Africaine. Sur le plan familial, Jean Ping a eu comme compagne Pascaline Bongo, véritable princesse de la famille, et ils ont eu deux enfants.

En réalité, Ali Bongo et Jean Ping appartiennent tous les deux  à la famille Bongo et sont issus de la même famille politique le PDG, Parti Démocratique Gabonais, fondé par Bongo-père en 1968.

Qu’est-ce qui les oppose ?

Le conflit de génération 

Ali est quinquagénaire et s’est entouré de jeunes loups décidés à tourner la page des « caciques » du PDG, entendez par là, les camarades de première heure de Bongo-père. Jean Ping est un septuagénaire qui s’est entouré des ex « apparatchiks » du PDG presque tous des septuagénaires voire octogénaires, qui pour certains ont tourné casaque à la mort de Bongo-père et pour d’autres ont attendu la veille de la dernière élection présidentielle pour décider de quitter le navire qu’ils jugeaient déjà tanguant. Ils sont des anciens barons  du PDG qui est au pouvoir depuis 48 ans : un ex vice-président, deux ex premiers ministres, deux ex présidents de l’assemblée nationale, et de nombreux ex ministres, etc.

Une vision politique différente 

Bien que fils du président-patriarche, Ali Bongo a une vision relativement moderne de l’Etat. Depuis sa prise de pouvoir il y a 7 ans,  il a fait des efforts (encore insuffisants) dans la mise en place des infrastructures économiques et sociales : routes, barrages hydroélectriques, hôpitaux, usines de traitement d’eau, etc. L’assurance-maladie universelle bien qu’imparfaite est une réalité pour la majorité des Gabonais. Certes la corruption et les détournements des deniers publics sont loin d’avoir disparu mais se font plus discrètement. Il faut rappeler qu’il a hérité d’un pays en friche, et où les ministres géraient le budget de leurs portes-feuilles à leur guise.

Il a également initié une diversification de l’économie gabonaise et un début d’industrialisation du Gabon. Le bois exporté à l’état brut depuis plus d’un siècle, doit désormais  subir au moins une 1ère transformation avant toute exportation. Et à l’horizon 2025, tous les minerais devront subir au moins une première transformation avant d’être exportés. Ceci a fait et fait toujours grincer des dents dans  certains milieux d’hommes d’affaires, surtout français.

L’un des projets phares dont s’enorgueillit le président sortant est le projet GRAINE, dont l’objectif déclaré est de sortir le pays de sa dépendance alimentaire. Les critiques d’Ali font néanmoins remarquer qu’aussi bien au niveau agricole qu’industriel, Ali ne fait pas appel à des capitaux nationaux et ne favorise pas une agriculture vivrière, mais s’en remet uniquement à des multinationales qui viennent se faire de l’argent, en laissant croire, par la main d’oeuvre qu’elles exploitent, qu’elles ont participé au développement du pays. Ainsi, Ali et son entourage ne seraient qu’une bourgeoisie compradore, une bourgeoise–relais qui cherche à donner le change.

Sur le plan international, Ali Bongo a pris une relative indépendance par rapport à l’ex tutelle. Aussi a-t-il diversifié la coopération internationale, la Chine devenant même le premier partenaire économique du Gabon.

Mais tout est loin d’être rose, le Gabonais moyen a de la peine pour joindre les bouts de mois : le transport, le logement, la scolarité des enfants, le panier de la ménagère grèvent lourdement le budget des familles.

Jean Ping semble adulé par les partisans de la Françafrique. Pierre Péan, Robert Bourgi seraient ses principales boîtes à idées. Il serait  soutenu par le Congo-Brazzaville et la Côte d’Ivoire, deux régimes très liés aux intérêts français.

Conflit interpersonnel

Le conflit remonterait aux années 90 avec la mort de l’opposant Rendjambe, apparenté à Ping. Des soupçons se seraient à l’époque dirigés vers Ali Bongo.

Mais la véritable source de leur inimitié serait la défaite de Jean Ping face à  madame Dlamini Zuma au poste de président de la Commission  de l’Union Africaine[2]. Ping aurait reproché à Ali Bongo de ne l’avoir pas soutenu. Il aurait alors déclaré qu’il lui ferait perdre la présidence du Gabon, comme il lui avait fait perdre la présidence de la Commission de l’Union Africaine. Quand en 2014 il entre dans l’opposition, J. Ping déclare devant le courant radical de l’Union Nationale dit des Souverainistes : « Après ma défaite, je suis rentré au Gabon avec l’intention de m’installer tranquillement dans mon village, sans gêner personne. Je ne voulais pas faire de politique…. On a tout fait pour que je ne travaille pas avec le Gabon. On a même suggéré à mes enfants de s’exiler.  Je leur dit dans des termes très clairs, puisque vous m’avez emmerdé, je vais vous emmerder[3] [4]».

Comment est-on arrivé à l’actuelle crise électorale ?

 Une  précampagne et une campagne  électorales axées sur l’émotion nationaliste[5].

 La précampagne débute véritablement en fin octobre 2014, après la sortie du livre de Pierre Péan, intitulé : Nouvelles Affaires africaines. Mensonges et pillages au Gabon, chez Fayard, en octobre 2014. Dans le livre l’auteur affirme que M. Ali Bongo ne serait pas un Gabonais d’origine. L’opposition gabonaise saisit la balle au bond et exige tout simplement la démission du président. La constitution gabonaise exigeant que le président de la République soit Gabonais de naissance. Le Président est aussi accusé de s’entourer « d’une légion étrangère », ce terme visant des Gabonais naturalisés ou des étrangers qui seraient dans le cabinet présidentiel. Le plus controversé est son directeur de cabinet, M. Maixent Acrombessi qui est gabonais naturalisé mais d’origine béninoise. Cette campagne culmina avec l’incendie criminel des locaux de l’ambassade du Bénin au Gabon en avril 2015, après la mort d’un militant de l’opposition lors d’une manifestation.

La campagne électorale s’enchaîna dans la droite ligne de la précampagne. L’opposition tabla d’abord sur l’invalidation de la candidature du président sortant pour ses origines qui ne seraient pas gabonaises. Se rendant compte que la CENAP ne rejettera pas la candidature d’Ali Bongo, l’opposition parviendra à se coaliser contre ce dernier. Outre ses  origines étrangères alléguées, il est accusé de privilégier les étrangers et de perpétuer une oligarchie. Pourtant la quasi-totalité des opposants sont de véritables oligarques du système Bongo. Jean Ping  est lui-même un véritable archétype des barons du régime Bongo-père.  Le discours semble pourtant séduire : la  population  semble lassée de ce qui est vu comme une dynastie Bongo. Dans la rue, certains reconnaissent que le président actuel a du mérite par ses réalisations, mais qu’ils en ont assez des Bongo ! La campagne électorale de l’opposition semble se résumer en trois mots : Tout sauf Ali.

Le président sortant, se dépense pour défendre son bilan, et  promettre d’améliorer les choses dans le prochain mandat. Il promet notamment de s’occuper plus particulièrement de l’éducation reléguée au second plan pendant son premier mandat et de promouvoir «  l’égalité des chances », un de ses derniers slogans de campagne.

L’élection et les résultats.

Le déroulement de l’élection se passe  globalement dans le calme. Les observateurs internationaux sont satisfaits. Mais dès le surlendemain du scrutin, M. Jean Ping proclame sa propre victoire. Avec un brin d’humour, il demande même que M. Ali Bongo lui adresse des félicitations. Ses partisans jubilent tandis que dans le camp en face c’est l’inquiétude. Mais seuls les résultats de la CENAP ont une valeur juridique. L’opinion nationale attend avec impatience pendant quatre longs jours pour un électorat d’un peu plus de six cent mille personnes. Le 31 août 2016, le ministre de l’intérieur déclare Ali Bongo vainqueur sur la base des résultats transmis par la CENAP. La province natale d’Ali Bongo aurait fait la différence avec une participation proche de 100% ; et des votes pour leur congénère de 95%.  Cela est inacceptable pour le camp de M. Ping.  Il s’ensuivit une explosion de violence: barricades, pillages des commerces, incendies des véhicules, et même des immeubles dont celui de l’Assemblée Nationale. Pendant quatre jours, dès le début de l’après-midi jusque tard la nuit, des jeunes affrontent la police, saccagent et pillent. Les médias aussi bien proches du pouvoir que de l’opposant Jean Ping ont été détruits.  Ce qui semble indiquer que la violence n’a pas été du seul côté de l’opposition.

  Les forces de sécurité ont quant à elles attaqué le quartier général de Monsieur Ping. Des arrestations sont opérées, on enregistra aussi des blessés et des morts dont le nombre varie de trois à plusieurs dizaines de victimes selon que la source est gouvernementale ou de l’opposition

 Les réactions.

Pendant quatre jours, les Gabonais habitués à un climat de paix sont terrés chez eux. Le service public est paralysé, les hôpitaux fonctionnent à minima. Même les patients ont du mal à rejoindre les structures sanitaires, faute de moyens de transport. Les  boulangeries encore en fonction sont pris d’assaut par la population à la recherche du pain devenu denrée rare.  Le cinquième jour une relative accalmie revint et le 1er Ministre lance un appel à la reprise du travail. Les activités ont progressivement repris depuis lundi le 05 septembre ; mais de nombreux agents de l’Etat restent absents de leurs postes, probablement par peur ou à cause de la colère pour certains partisans de Jean PING. Ce dernier exigea le recomptage, bureau de vote par bureau de vote,  des voix dans le Haut-Ogooué, province natale de son rival.  Il demanda par ailleurs aux Gabonais de rester à la maison.

L’Occident semble prendre fait et causes pour Jean PING. Robert BOURGI, héritier spirituel de Jacques Foccart et  connu pour avoir été très proche de Bongo-père est désormais le pourfendeur de Bongo-fils. Les médias français semblent convaincus de la tricherie de la CENAP au profit du président Ali Bongo. L’Union Européenne, les USA et la France exigent un recomptage des voix. Le Secrétaire Général des Nations Unies qui a une bonne mémoire n’a pas osé demander un recomptage des voix qu’elle avait refusé en Côte d’Ivoire lors de la crise de 2010. Mais il a demandé le respect de la légalité et de la transparence.

L’opinion africaine est globalement mesurée, elle est contre toute « monarchisation » de la République, contre toute « dynastie  républicaine » comme cela semble le cas au Gabon et au Togo. Les africains tiennent aussi à une élection transparente et au respect du choix du peuple. Mais ils sont aussi méfiants vis-à-vis de PING. Sa campagne électorale teintée d’une bonne dose de xénophobie inquiète. Et tout le monde se rappelle que, Président de la Commission de l’Union Africaine, il avait refusé le recomptage des voix en Côte d’Ivoire que réclamait le Président Laurent  Gbagbo en 2010. Le soutien que lui apportent les grands activistes de la « Françafrique » rend de nombreux africains presque hostiles à Mr Jean PING.

En attente de l’épilogue.

Après avoir déclaré qu’il n’adressera pas de recours à la Cour Constitutionnelle, M. Jean PING s’y est finalement résolu à la limite  du délai légal. Il exige toujours le recomptage des voix dans le Haut-Ogooué où les soupçons de tripatouillage sont plus pesants. Les Gabonais et l’opinion publique africaine et internationale sont suspendus à la décision de la Cour Constitutionnelle. Mais le doute règne quant à l’impartialité de celle-ci.  Si elle est présidée par une ex compagne de Bongo-père,   une nièce de M. Jean PING figurerait parmi les membres de la Cour et trois des sages ont été nommés par Mr Guy NZOUBA NDAMA, ex président de l’Assemblée Nationale désormais dans le camp de PING.

Tout le monde craint une crise majeure au cas où l’opposition n’aurait pas gain de cause pour sa principale revendication, à savoir le recomptage des voix dans le Haut-Ogooué. Une nouvelle explosion de violence est à craindre, certains vont jusqu’à prédire une possible guerre civile. Ce qui serait un grand dommage pour ce pays peuplé seulement de 1.8 million d’habitants dont 300 mille étrangers. Le Gabon cesserait d’être l’exception en Afrique Centrale, sous-région marquée par de nombreux conflits armés.

Conclusion 

Le conflit entre le Président sortant et son challenger ne semble pas uniquement politique. M. PING a su mobiliser une bonne partie de l’électorat lassé par près de 50 ans de règne des Bongo. Les Gabonais ne sont pas dupes, ils savent que PING fait partie de l’oligarchie qui règne sur le pays depuis un demi-siècle. Mais ils sont conscients aussi que seul un membre de la famille dirigeante pouvait aussi créer des  fissures dans  l’édifice. M. Jean PING  s’était engagé à ne faire qu’un seul mandat, ce qui semble convenir à un bon nombre de Gabonais qui le considèrent comme un président de transition.

Les dirigeants africains qui disent vouloir mener leurs pays vers l’émergence se lancent dans la mise en place des infrastructures tous azimuts. Au vu de ce qui précède, ils devraient savoir concilier les besoins quotidiens des populations et la construction de ces infrastructures. Et tout homme politique africain doit savoir aussi tenir compte des besoins immatériels des populations tels  la soif de l’alternance.

Il est aussi fondamental que le choix du peuple soit respecté. Personne n’a le droit de décider à sa place ; si ce peuple se rend compte qu’il s’est trompé, il aura l’occasion d’opérer un meilleur choix aux prochaines échéances électorales. Cela contribuera du reste,  à la maturité politique des citoyens.

Enfin, quel que soit celui qui sera déclaré vainqueur par la Cour Constitutionnelle, il devra faire preuve de modestie. Il aura obtenu moins de 50% des suffrages des 53% du corps électoral qui ont daigné aller déposer leurs bulletins dans les urnes. Il aura le devoir de concilier et rassembler les Gabonais en œuvrant courageusement pour le dialogue et le pardon.


[4]https://www.youtube.com/watch?v=2XFzBqHvGyY

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frantz.buntu@yahoo.fr (Frantz Buntu)Actualités internationalesFri, 23 Sep 2016 05:18:20 +0000