Actualités internationaleshttp://cndd-burundi.com Thu, 20 Sep 2018 14:19:55 +0000fr-frLa nécessité de donner un nouvel élan au mouvement de gauche panafricain face à la domination impérialiste.http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/895-necessite-elan-gauche-contre-domination-imperialiste http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/895-necessite-elan-gauche-contre-domination-imperialisteLa nécessité de donner un nouvel élan au mouvement de gauche panafricain face à la domination impérialiste.

Avant l’adoption de la charte de l’OUA le 24 mai 1963, Nkwame N'krumah dira « nous devons nous unir maintenant ou périr ».

Message de Léonard Nyangoma, président du CNDD, à l’occasion de la fête de Solidarité organisée par Manifesta édition 8 et 9 septembre 2018.

Chers camarades militants du Parti des Travailleurs de Belgique (PTB),
Chers camarades organisateurs de ces journées de solidarité et de fraternité,
Chers invités
Chers tous, en vos titres et qualités,

1. Au nom de notre parti, le Conseil National pour la Défense de la Démocratie au Burundi (CNDD, en sigle), de ses militantes et militants du Burundi et d'ailleurs dans le monde, de son Comité Exécutif ainsi qu’en mon nom propre, je salue chaleureusement tous les camarades organisateurs de ces journées de solidarité et tous les invités ici présents, et remercie particulièrement de tout cœur le Parti du Travail de Belgique (P.T.B-Belgique) d’avoir imaginé ces journées de solidarité, d'échange d'idées et de joie partagée deux jours durant. Je salue toutes les délégations ici présentes, en particulier celles venues des autres continents du monde notamment de l’Amérique du Sud et de l’Afrique. Leur présence ici témoigne de la dimension mondiale et identique de nos luttes d'émancipation des peuples, du rêve partagé et de l'urgence et de la possibilité de bâtir un autre monde, un nouvel ordre mondial beaucoup plus juste et de fraternité que l'actuel, fait d'inégalité, de duperie et de fourberie d'un groupe minoritaire oligarchique et tentaculaire, une sorte d'hydre invisible qui veut assoir sa suprématie et sa domination politique, économique et culturelle sur la majorité du reste de l'humanité. Notre commune Humanité. Comment, en ces moments où la domination mondiale par le capitalisme financier atteint des sommets sans précédents, ne pas se réjouir d’être aujourd’hui ensemble dans ce grand rassemblement ? Merci de prendre à cœur l’Afrique qui est devenue un enjeu mondial à tous les plans depuis plusieurs siècles déjà, et qui devrait mobiliser tous ceux qui se battent contre l'ordre prédateur et nihiliste néolibéral ambiant, ayant pour idéologie de maintenir le système impérialiste sous des formes variées, dynamiques dans le temps mais toujours pareilles, et d’imposer le système capitaliste aux pays africains comme au reste du monde. C'est-à-dire vous et nous !

En guise de liminaire

2.1. « Hasta siempre Che Guevara ». Je me réjouis profondément de nous retrouver ensemble avec Aleida Guevara, fille d'une figure aussi marquante et emblématique de l'Histoire de l'humanité, en tous cas des luttes anti impérialistes aujourd'hui néolibérales, est tout un symbole. A travers elle je voudrais saluer la mémoire de son père, El Commandante Ernesto "Che" Guevara (dont il sera dans un petit mois, jour pour jour, le 51e anniversaire de son ignoble assassinat) ; le Che dont les actes et l'idéal, malgré ce que l'on puisse dire de la fin des idéologies, continuent d'inspirer tous ceux qui placent l'humain au centre du combat politique.

2.2. Bien qu'il soit difficile de relever le défi de ramasser en six minutes l'histoire d'un mouvement d'idées et de luttes politique, culturelle, philosophique... vieux de plus d'un siècle si l'on se réfère à ses initiatives fondatrices telle la première conférence panafricaine de Londres en 1900, voire de plus de deux siècles si l'on considère la révolution haïtienne de 1804 comme le moment fondateur des luttes pour l'émancipation du peuple noir de partout, de l'époque dite moderne par la découpe chronologique des historiographes.

Mon parti, le CNDD est panafricain par essence

3. La question qui nous est soumise et à laquelle je tâcherai de répondre en ce laps de temps est formulée ainsi : "comment à partir de votre expérience de parti politique d'opposition vous êtes arrivés à trouver important le mouvement panafricaniste ?" L'articulation de ma réponse à la question devrait d'abord omettre le mot opposition de la question, car notre vision politique inscrite dans les statuts et les fondements mêmes de notre parti sont panafricanistes par essence. Et c'est plutôt peut-être à cause de cela que notre lutte dès la naissance du mouvement de lutte politico-militaire, le CNDD, né de la nécessité de résister et d'organiser le peuple burundais contre un régime sanguinaire alors vieux de 40 ans et qui, au lendemain de l'assassinat du camarade Président M. NDADAYE en octobre 1993, heurte les tenants du statu quo ante. Le pouvoir de NDADAYE allait constituer un obstacle majeur aux impérialistes pour la conquête de la région, notamment la République Démocratique du Congo. Notre combat pour la liberté et la libération du peuple burundais, disais-je, a subi aussi le courroux des impérialistes et de leurs suppôts locaux, conscients ou non, tout au long de son existence, y compris quand il est devenu parti politique. Aujourd'hui en opposition au régime fantoche, tyrannique et anti démocratique de Bujumbura, le CNDD l'est devenu justement, car arrimé aux idées et idéaux panafricanistes et une vision anti impérialiste et ses tenants ou serviteurs, tel le régime burundais actuel.

4. Dès qu'il a été mis sur fonts baptismaux par son Assemblée Constituante le 8 mars 2003 et agréé comme parti politique le 13 janvier 2005, le CNDD s'est montré résolument dans la ligne du panafricanisme.
Cela se reflète notamment dans son manifeste : l'article 10 de ses statuts stipule que : « l’idéologie du Parti CNDD tire sa source dans la longue lutte pour l’émancipation des classes, peuples et nations opprimés ou dominés par d’autres. L’Idéologie du Parti CNDD se range dans le camp progressiste englobant les courants démocrate, socialiste, social-démocrate et écologiste. ». Par conséquent, de nos principes qui guident l’action du militant du CNDD, on retrouve ceux inspirant les vrais panafricanistes à savoir, entre autres : Unité et Solidarité ; Compter sur ses propres forces ; direction collégiale des affaires politiques ; critique et autocritique positives ; culte de la vérité et la transparence et enfin la concertation verticale et horizontale.

5. Qu'il suffise enfin de citer en illustration de notre inscription dans le sillage du panafricanisme un des 111 engagements de notre campagne électorale 2005 : "Le CNDD veillera à promouvoir ses relations avec toutes les institutions et ou groupes d’initiative panafricanistes" (Engagement 21). Et pour cela nous envisagions, et envisageons toujours, afin de mener à bien nos ambitions en matière de formation et d’éducation populaire, de doter le parti d’une école de formation politique et d’éducation populaire dans la perspective de préparer les jeunes regroupés au sein de la JPD (Jeunesse Panafricaine pour la Démocratie) et les femmes rassemblées au sein de la fédération des femmes du CNDD « ABAGUMYABUNTU » et ainsi vulgariser nos idées, éveiller enfin la conscience citoyenne et solidaire. Plus nous importe donc de parler de la nécessité de faire triompher les idéaux du panafricanisme.

Le panafricanisme est PAN-Liberté : toujours d'actualité, le combat du panafricanisme exige la solidarité de tous les combattants de la liberté de partout
6. Comme chacun sait, une action politique qui ne s'inscrit point dans le sens de l'histoire est vouée à l'échec: le panafricanisme comme système idéologique tel que développé depuis plus d'un siècle, et auquel s'arrime notre parti, avec ses hauts faits et ses bas moments, s’oppose en s'opposant à d'autres idéologies beaucoup moins reluisantes, voire néfastes et criminelles contre l'Humanité telles que l'esclavagisme, le racisme, le colonialisme et le capitalisme (et son pendant néolibéralisme), des systèmes qui, à dessein d'exploiter sempiternellement les richesses du continent africain, ont scellé son sort et hypothéqué l'émancipation de ses habitants depuis des siècles. Systèmes synonymes d'oppression (aujourd'hui sibylline), soumission (politique, économique et culturelle) et misère (physique, morale et spirituelle).

7. La réalité contre laquelle s'opposaient déjà les esclaves révoltés dans les cales des bateaux les amenant de force vers les Amériques, à savoir la déportation de dizaines de millions de Noirs Africains durant presque quatre siècles, déportation aux conséquences dramatiques et sans laquelle l'occident ne serait ce qu'il est aujourd'hui; la réalité contre laquelle se sont plus tard révoltés à Saint-Domingue ou Hispaniola (Bohio ou Ayti sont plus indiqués pour respect de la mémoire des Taïno des Arrawaks exterminés par la suite par les conquistadors de Christophe Colomb), les Dessalines, Christophe, Toussaint Louverture et surtout les célèbres Marronniers, à savoir la déportation et le traitement inhumain et dégradant des Africains, voilà la justification historique initiale de la naissance et de l'évolution du PANAFRICANISME. Redonner à l'homme noir et par-delà l'Afrique, à l'homme tout court, tout homme, sa dignité et sa liberté est le leitmotiv de sa lutte. Ce sera aussi celle des premières initiatives avérées depuis la première conférence de Londres de 1900 notamment par Henri Sylvestre Williams de Trinidad et Tobago et ses camarades : les terres africaines déjà émiettées et balkanisées par le fameux congrès de Berlin (partage du gâteau africain) sont aujourd'hui toujours bradées à vil prix en faveur des multinationales véreuses. La terre d'Africa est inviolable et non cessible ; elle ne se vend pas, car elle est considérée comme un don de Dieu : tel est un des principes fondateurs de nos ancêtres depuis nos ancêtres les Pharaons et autres Nubiens de la vallée du Nil. Notre combat panafricain est donc toujours de libérer totalement la terre africaine de ses prédateurs, de quelque acabit ou couleur de peau qu'ils soient.

8. De L'UNIA de Marcus Garvey (incarnant le panafricanisme populaire à l'origine du Negro Improvement and Conservation Association connue -UNIA- lors de la première convention internationale des peuples nègres du monde ) au premier congrès panafricain par William E. Du Bois en 1919 (panafricanisme intellectuel); du congrès de Bruxelles, avec Paul Ponda Fanana, soulevant avec véhémence, déjà, devrions-nous dire, le cas du Congo (actuelle RDC) et demander de l'inscrire au cœur de la lutte panafricaine; des actions d'un George Padmore inspirant N'krumah et Namdy Azikiwe d'où naitra le 5e congrès panafricain de Manchester, dont un memo qui devait être présenté à la conférence de San Francisco (création de l'ONU) ne put jamais avoir l'agrément des puissances prédatrices; du combat culturel des Aimé Césaire, Léon Gontran Damas, Senghor et les autres (Mouvement de la Négritude au niveau culturel qui est aussi un aspect du combat pour la liberté), en passant par les plus proches des années dites des "indépendances" comme les Sékou Toure, Kwame N'krumah, Modibo Keita, Lumumba, Rwagasore, Nasser , Nyerere, Amilcar Cabral, Franz Fanon ; la liste des leaders et des phases phares du panafricanisme est longue.

9. Ce qu'il convient de garder en tête et qui sera une œuvre de longue haleine, c'est que toute initiative, tout projet panafricain doit aboutir à créer ce que tous ont appelé de leur vœu : les Etats Unis d'Afrique. Mais cela n'est pas dans le sens des intérêts des puissances : N'krumah, Sankara et tous les autres, beaucoup d'autres l'ont payé presque toujours de leur vie.

10. Le panafricanisme a définitivement constitué un espace de débat politique et de refus de l’asservissement ; il est devenu dès lors la chose non gratta partout, car faisant de l'ombre aux prédateurs.

11. N'ayons pas peur de le dire, l'ordre mondial, dont l'ONU est une des manifestations visibles est contre l'Afrique et la majorité des peuples exploités ; l'institution est bâtie sur la logique de la domination des puissants (dits vainqueurs de la 2e guerre mondiale) sur les faibles dont l'Afrique et le souffre-douleur. La SDN l'était encore davantage au temps des colonies. Ça n'a pas changé et donc le panafricanisme a encore beaucoup de jours devant lui. Les institutions dites de Bretton Wood ont été créées en décidant de maintenir l'Afrique sous domination au profit des économies occidentales. Et quand cela ne fonctionne pas par le biais des PAS (Politique d'Ajustement structurel) ou par des contrats léonins sur le pétrole, le gaz, l'uranium, le cobalt et les nombreuses autres richesses dont regorge le continent, les puissances changent de pouvoir, par la duperie des urnes ou par des coups d'Etat. Cela dure depuis des dizaines d'années, des guerres du Biafra, de la sécession katangaise aux récentes guerres de Cote d'Ivoire, Mali, Lybie, Darfour, Sud Soudan, Centrafrique, Rwanda, Burundi, RDC, etc. Chaque pays africain depuis les années 1960 des indépendances a connu sa ou ses guerres. Ainsi comme l’a si bien dit récemment, le sociologue Jean Ziegler dans son dernier livre « Le capitalisme expliqué à ma petite fille (en espérant qu’elle enverra la fin) », pour l’Afrique, « la troisième guerre mondiale est en cours ».

S'unir maintenant ou périr !

12. Dans une intervention célèbre de Thomas Sankara le 29 juillet 1987, soit trois mois avant son assassinat ignoble, alors qu'il appelait ses pairs devant la tribune de l’OUA à le soutenir dans son élan de refus de payer la dette honteuse aux institutions de Bretton Wood, l'illustre figure du panafricanisme a déclaré, je cite :

"Nous estimons que la dette s'analyse d'abord de part ses origines. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l'argent ce sont ceux-là qui nous ont colonisés ; ce sont mêmes eux qui géraient nos économies ; ce sont les colonisateurs qui endettaient l'Afrique auprès de s bailleurs de fonds, leurs frères et cousins. Nous étions étrangers à cette dette. Nous ne pouvons donc pas la payer ; la dette c'est encore le néocolonialisme ou les colonisateurs se sont transformés en assistants techniques, en fait nous devrions dire qu'ils se sont transformés en assassins techniques. Et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement. Des bailleurs de fonds, internes que l'on emploie chaque jour, comme s'il y avait des hommes dont le bâillement suffisait pour créer le développement chez les autres. (...) Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette. (...)
Je voudrais que notre conférence adopte la nécessité de dire clairement que nous ne voulons pas payer la dette, non pas dans un esprit belliqueux belliciste, ceci pour éviter que nous n'allions nous faire individuellement assassiner. Si le Burkina Faso refuse tout seul de payer la dette je ne serai pas là à la prochaine conférence. Par contre avec le soutien de tous, dont j'ai besoin, avec le soutien de tous nous pourrons éviter de payer..."

Sitôt dit sitôt fait. "Si le Burkina Faso refuse tout seul de payer la dette je ne serai pas là à la prochaine conférence » : Le soutien ne vint pas et le président Sankara ne fut pas des leurs la conférence suivante !
"Avec le soutien de tous, et donc j'ai besoin » : on peut mutatis mutandis dire la même chose dans la construction d'un panafricanisme décisif en cours.

13. Dans son discours de clôture de la conférence de janvier 1961 des Etats indépendants du groupe dit de Casablanca, Kwame N'krumah déclare et je cite : Je ne vois pas comment les Etats d’Afrique seraient en sécurité si leurs chefs, dont nous-mêmes-mêmes, n’avons pas la conviction profonde que le salut de l’Afrique est dans l’Unité…,car l’union fait la force, et , je le constate, les Etats africains doivent s’unir, ou alors se vendre aux impérialistes et aux colonialistes pour une assiette de soupe, ou encore se désintégrer individuellement. Plus tard, s’adressant à ses pairs avant l’adoption de la charte de l’OUA le 24 mai 1963, il dira « nous devons nous unir maintenant ou périr ». Lui faisant écho dans une de ses nombreuses conférences, le Pr Obenga dira quant à lui, parlant de passer tout de suite sans conditions préalables à l'étape décisive de la construction des Etats Unis d’Afrique : "Faisons » !

14. Les empêcheurs de la réussite de l'Afrique sont toujours aux aguets. L'on sait que Du Bois et Blaise Diagne incarnent déjà l'opposition progressiste aux réactionnaires et conservateurs, aujourd'hui on dirait modérés ; ce ne sont pas seulement des clivages de type linguistique qui nous ont poursuivis jusqu'à nos jours, mais aussi idéologique, notamment manifestés entre le groupe Casablanca et Monrovia des années de la création de l'OUA en 1963. Malgré tout, la dynamique du panafricanisme s'est maintenue, car toujours justifiée par les rebondissements de l'actualité dans les relations de l'Afrique avec le reste du monde.

15. L'on se souvient que N'krumah, joignant la parole aux actes, a tout fait pour convaincre Nasser à apporter son soutien aux mouvements de libération à la Guerre d'Algérie notamment, soutien aussi à la guerre de libération au Cameroun. Mais les clivages ont parfois triomphé : Groupe des radicaux Casablanca (Ghana, Guinée, Maroc et Egypte et Mali de Modibo Keita) et le Groupe Monrovia dit des modérés ou conservateurs qui ont fait allégeance à la France, souvent pour des intérêts individuels (Ph. Houphouët Boigny). C'est le grand défi du panafricanisme : unir le continent et parvenir à se hisser à la tête des Etats unis d'Afrique parlant d'une même voix sur tous les aspects de la direction des peuples : politique, diplomatique, économique, militaire, culturel, scientifique etc. Un exemple positif récent de négociations groupées pour le continent. Les récentes négociations des accords APE où l'Afrique de l'Est a surpris Bruxelles par des arguments imparables et parlant d'une seule voix.

16. Sur la lancée de N'krumah et ses pairs panafricains, l'époque avant les indépendances fut bénie pour le panafricanisme. Le Panafricanisme de lutte est canalisé par Nyerere,père de l'indépendance en Tanzanie : tous les révolutionnaires passeront par Nyerere (Angola, Mozambique, Afrique du Sud, y compris Guinée Bissau de Amilcar Cabral, Zimbabwe, Namibie…). La lutte contre l'apartheid a entretenu la flamme du panafricanisme. Cuba, Tanzanie ont aussi inspiré et propulsé le combat panafricaniste avec toujours pour toile de fond la nécessité de repenser le rôle de l'Afrique dans le monde. Une dormance relative sera observée durant les années 1990 où toutes expériences éparses semblent définitivement annihilées, cette dormance est renforcée par la dislocation du bloc des pays de l’Europe de l’Est donc l’URSS.

17. Au début des années 2000, une certaine volonté de relancer le mouvement a pris de l'ampleur, notamment avec Thabo Mbeki pro renaissance africaine. Mouammar Kadhafi relancera le panafricanisme à coup de milliards (sommet de Sirte), ce qui lui a valu le sort qu'on connait. La création en 2002 de l'Union africaine s'inscrit dans cette perspective, bien qu'elle soit malheureusement calquée sur le modèle chancelant de l'union Européenne dont on sait qu'elle est plus celle des finances et non des peuples : il était prévu un parlement panafricain une des rares bonnes promesses allant dans le sens d'un panafricanisme des peuples.

18. On le sait les forces négatives sont toujours à l’œuvre : les divisions et guerres sur base ethnique dans nombre de pays africains durant toute la période coloniale et post indépendance (Guerre du Biafra, Kolwezi, Zimbabwe et Angola, Mozambique, etc.). Berlin de novembre1884- 26 février 1885 pour le partage de l'Afrique selon des frontières artificielles a constitué un précédent qui continue ; un des moments clé qui a scellé le sort de l'Afrique moderne et hypothéqué son destin de liberté. Le démembrement du Soudan (Darfour et Sud Soudan), les tentatives sur la RDC, le Cameroun, le Mali, le Tchad, le Nigéria, la Cote d'Ivoire, la Tanzanie (partie de Zanzibar), le Sahara occidental (République arabe Sahraouie) et j'en passe sont dans le même sillage.

19. Pourtant l'unicité de l'Afrique culturelle, anthropologique, et donc aussi de l'espace politique et géopolitique n'est plus à démontrer (voir L'unité de l'Afrique par C. A. Diop). Le pan-négrisme se transformera en panafricanisme, un mouvement un projet politique de libération de toute l’Afrique. « Je déclare aussitôt que cette indépendance nationale n’aurait pas de sens si elle n’était pas liée à la libération totale du continent africain. ». Le Ghana devint ainsi une plaque tournante du panafricanisme. Si nous voulons rester libres…nous devons nous unir disait Nkrumah dans son livre « L’Afrique doit s’unir ». la politisation des identités, ethniques, territoriales, culturelles et sociales sur lesquelles les puissances coloniales se sont longtemps appuyées pour assoir leur autorité resurgit sous de nouvelles formes dans le processus de décolonisation dans plusieurs régions de l’Afrique: la RDC, le Soudan, le Nigéria, l’Erythrée, le Sahara, le Mali., le Cameroun….

Unité et solidarité des mouvements et partis de gauche d'Afrique et d'ailleurs.

20. La gauche africaine doit prendre l’initiative comme avant-garde du panafricanisme d’émancipation. Le panafricanisme comme mouvement de libération de la domination coloniale est un succès indéniable, mais un échec comme mouvement d’intégration ou d’unification de l’Afrique notamment la construction d’une Afrique unie des peuples. Nous l’avons vu, les défis sont à la fois externes et internes : le néocolonialisme, le néocolonialisme, l’impérialisme. La chute des régimes coloniaux n’a pas du tout éliminé la domination. Les Etats africains sont aujourd'hui néocoloniaux, pro-capitalistes et pro-impérialistes et sont là pour préserver le statu quo de l’exploitation et l’oppression de la majorité pauvre par les quelques élites dirigeantes riches et le sous-développement des pays africains par les pays impérialistes. En plus les états sont dirigés par des élites qui amassent d’énormes richesses à travers la corruption et par le pillage de la terre et les ressources de la terre par le capitalisme bureaucratique et la collaboration avec le capitalisme externe. La façon dont ces leaders et les états exploitent et oppriment leur peuple diffère d’un pays à l’autre.

21. Malgré l’existence du multipartisme et des élections régulières, la majorité de la population africaine est encore pauvre et continue d’être aliénée à la terre et aux ressources de la terre. Beaucoup de peuples africains dans tous les pays africains n’ont pas accès aux services de base tels que nourriture, logement, vêtement, soins de santé, eau potable et un environnement sain. La pauvreté domine dans tous les pays tandis que toutes les cités, villes et zones urbaines sont caractérisées par des quartiers pauvres. La division de classe entre les quelques riches et la majorité pauvre est manifeste partout. Au même moment les élections multipartistes qui sont tenues après un peu d’années recyclent les mêmes élites pro-capitalistes qui utilisent le tribalisme, la corruption, l’argent, les médias qu’elles contrôlent et même la violence pour « gagner » les élections (cas du Burundi).

22. Une multitude de sectes religieuses (plus de 1000 au Burundi), des Organisations Non Gouvernementales (ONG) et les Organisations des Sociétés Civiles (OSC) ont poussé comme des champignons à travers les pays africains. Elles jouent un rôle important dans la vie des pays et influencent leur développement politique, économique, social et culturel. Cependant la plupart des ONG et OSC sont financées par les Gouvernements et les ONG des pays impérialistes. Par conséquent elles servent parfois les intérêts du capitalisme et de l’impérialisme. Au mieux, elles organisent les masses africaines pour lutter pour les réformes démocratiques et progressistes à l’intérieur du capitalisme et de l’impérialisme.

Que faire face à la situation ?

23. Au regard de la situation actuelle du mouvement panafricaniste, l’idéal de l’unité des peuples s’estompent au fil des temps, en même temps que se dessine une lueur d’espoir au vu de l’éclosion actuelle des intellectuels et penseurs africains, hommes et femmes, afro-américains surtout de tendance panafricaniste très dévoués pour l’unité de l’Afrique, je pense notamment à : le professeur Théophile Obenga, l’historien écrivain Amzat Boukari-Yabara, le sociologue Saidi Bouamama, le professeur Coovi Gomez, le jeune activiste Kemi Seba, Madame Ama Mazama ou la militante Aminata Traoré, le chercheur Kalala Omotunde, le penseur et économiste Jean-Paul Pougala, les professeurs Bilolo, Mbong, Madame Marie Louise Eteki-Otabela et bien d'autres. La masse est devenue critique assez pour produire les effets escomptés. Le fruit de l'élan panafricain est aujourd'hui bien mûr.

24. Le contexte actuel mondial peut constituer un accélérateur de l’histoire : la nouvelle guerre froide entre les puissances occidentales et puissances des BRICS, les moyens de communication fournis par internet accessibles pour une grande majorité des classes moyennes….
Mais le mouvement panafricaniste actuel qui est en train d’émerger partout, risque d’être récupéré par certains dictateurs africains avec l’aide même des extrêmes droites de l’occident, cas du belge Luc Michel, devenu l’avocat de plusieurs dictateurs africains comme Nkurunziza du Burundi et leur attribue régulièrement des certificats de mérite panafricaniste; ou encore de l'ancien premier ministre britannique Tony Blair qui pour des intérêts pécuniaires et autres ose descendre si bas et apporte des soutiens aux dictatures en Afrique. Ils occupent le vide laissé par les partis de la gauche européenne, celle-ci considère encore la question impérialiste comme un problème secondaire. Chaque fois qu’un dictateur entre en conflit avec les puissances impérialistes, qui n’ont plus besoin de lui, il devient panafricaniste d’occasion. Vous vous souviendrez du célèbre discours de Mobutu aux Nations Unies dans les années 70, il a tenu un discours mémorable. Resté aujourd’hui dans la liste élogieuse des plus grands discours du XXe siècle. Nkurunziza du Burundi menacé par la CPI pour crimes commis contre son peuple a dû retirer le Burundi de la CPI. Parfois de bonnes initiatives mêmes prises par un dictateur avec des arrières pensées, il faut les saluer et les encourager.


25. De tout ce qui précède, la gauche africaine, celle notamment rassemblée au Forum du Réseau de la Gauche Africaine (FRGA) ou en anglais African Left Network Forum (ALNEF) doit sortir de sa léthargie et reprendre l’initiative de mettre sur les rails du socialisme le mouvement panafricaniste. L’idéal panafricaniste de l’ALNEF est dans ses missions, à savoir :
. Unir les Partis et organisations Politiques Africains de Gauche et forger la Solidarité entre eux dans la lutte pour le Socialisme dans leur pays et en Afrique ; et
. Mobiliser toutes les forces populaires sur le continent africain pour une Révolution Démocratique Nationale, une Union Révolutionnaire Africaine et finalement une Afrique Socialiste Unie.

Quelques objectifs du FRGA :

1. Lutter pour la défaite du colonialisme et du néo-colonialisme et de toutes leurs manifestations en Afrique ;
2. Surmonter les divisions superficielles et artificielles utilisées pour diviser les peuples africains et pour forger la désunion, le préjudice et les guerres civiles ;
3. Consolider et développer les Partis de Gauche et forces en Afrique ;
4. Lutter pour gagner le pouvoir politique dans nos circonstances nationales et pour bâtir des espaces populaires, démocratiques et progressistes ;
5. Accélérer le processus d’Unité et d’Intégration continentales et régionales (Sud-Sud) ;
6. Lutter pour vaincre l’impérialisme et ses étapes locales ;
7. Lutter pour une démocratie participative et la réalisation des droits de l’homme et pour consolider et défendre les acquis démocratiques gagnés jusqu’ici par la lutte des peuples ;
8. Considérer le FRGA comme une plate-forme pour les perspectives et vues de la Gauche Progressiste représentant le continent, approfondir le programme théorique de réalisation des plates-formes communes à des niveaux variés à travers tout le continent ; et
9. Lutter pour le Socialisme individuellement dans les pays et dans l’ensemble sur le continent africain

Priorités des priorités pour booster et donner un nouvel élan au panafricanisme

1°. Décoloniser mentalement les esprits en mettant un accent particulier sur l’éduction populaire surtout de la jeunesse estudiantine pour l’élévation de la conscience nationale et panafricaine. Insister notamment sur les aspects historiques et du moment qui redonnent aux africains leur fierté. Ce rôle doit être conduit par les organisations et militants progressistes. Le panafricanisme doit être guidé par une orientation socialiste et progressiste
2°. Fédérer les luttes et organisations panafricanistes au sein de chaque pays, région et à l’échelle du continent et du monde à travers les congrès des peuples nationaux, régionaux et africains. Participeront dans ces congrès les délégués des peuples : partis, délégués des jeunes, délégués des femmes, délégués des syndicats, des associations et ONG….
3°. Stimuler la création des organisations de la société civile panafricanistes
4°. Participer aux actions concrètes de solidarité panafricaine : conférences, médias, publications de conscientisation ; soutiens massifs concrets aux organisations panafricanistes pour la conquête du pouvoir.
5° Campagne de solidarité concrète les périodes électorales
6° Créer des espaces de rayonnement panafricaniste et socialiste : médias, bibliothèques, espaces d’éducation populaire, etc.

Avoir comme objectif au moins trois Etats panafricanistes (donc gouvernements), à l'intérieur d’une des cinq régions du continent (cinq dans chaque région serait l'idéal) qui créent l’embryon de l’Etat Fédéral Africain.

26. Chers camarades, la gauche africaine rassemblée au sein de l’ALNEF doit se réveiller pour donner un nouvel an au mouvement panafricaniste, ce n’est pas seulement une nécessité mais un devoir en particulier pour la gauche africaine et pour la gauche dans le monde entier en général. Seule la gauche africaine est capable de donner une orientation socialiste à ce mouvement, sinon il risque d’être dominé ou récupéré par les courants ultralibéraux, au mieux par des courants nationalistes.
Cet idéal panafricaniste est juste et légitime, l’Afrique a trop souffert, il faut rendre la dignité aux peuples africains, honorer la mémoire de nos leaders africains ou afro-américains, la plupart comme Lumumba, Sankara, Rwagasore, Malcom X, Cabral… Kadhafi, assassinés au front de lutte contre la domination impérialiste, leur assassinat prouve que la cause de l’unité africaine qu’ils défendaient était juste, il vaut la peine de la poursuivre jusqu’à la victoire matérialisée par la construction d’une Afrique unie socialiste des peuples. D'autres sont muselés ou injustement emprisonnés comme le Président L. Gbagbo. Seule cette Afrique unie sortira les peuples africains de la soumission, elle sauvera non seulement l’Afrique, mais le monde entier, car une Afrique Unie pourrait mieux contribuer à la paix et au progrès de l’humanité comme le disait Nkrumah. La paix mondiale exige aujourd’hui l’unité africaine pour éliminer des éléments qui créent les conditions de guerre en Afrique.

Que vive l’Afrique.
Que vive la solidarité internationale de gauche.
Léonard Nyangoma, président du CNDD

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Actualités internationalesSun, 16 Sep 2018 11:01:34 +0000
Démographie africainehttp://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/892-demographie-africaine http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/892-demographie-africaineDémographie africaine

Par l’Alliance des Forces Progressistes pour l’Afrique (AFPA)

Juillet 2018

L'évolution démographique du continent africain est-elle une chance ou une bombe à retardement quant aux perspectives de développement du continent ? Certains occidentaux bien-pensants n'hésitent pas à parler de « bombe démographique » à même de réduire à néant les espoirs d'amélioration des niveaux de vie promis par la croissance économique. D’autres estiment que les pays africains vont bénéficier d'un « dividende démographique ». En d'autres termes, d'une brusque accélération de la croissance économique, un événement qui se produit lorsque le nombre d'actifs est supérieur à celui des enfants et des personnes âgées. Mais ces discours relèvent généralement d’un européocentrisme teinté de culpabilité historique et parfois de racisme latent. Le spectre d’une Afrique surpeuplée qui se déverserait sur l’Europe sert bien les intérêts des puissances financières occidentales tout occupées qu’elles sont à détourner l’attention des peuples européens des vrais problèmes d’injustice économique et sociale qu’elles provoquent.
Après avoir fait état de quelques données démographiques, nous tenterons de déconstruire ces discours et de tracer des perspectives s’inscrivant dans une volonté progressiste mondiale, tant pour l’Afrique que pour l’Europe.

1. L’Afrique est sous-peuplée

Avec une densité de population de 40 habitants au km2 l’Afrique se situé entre l’Europe (33) et l’Asie (99). L’Asie, une fois et demie plus grande que l’Afrique, est trois fois plus peuplée ; l’Europe trois fois moins grande que l’Afrique est une fois et demie moins peuplée.
Si nous corrigeons les 30,3 millions de km2 de l’Afrique des 9 millions de km2 de déserts, soit environ un tiers de la superficie globale, nous obtenons une densité de 58 habitants au km2 ce qui reste largement inférieur aux chiffres asiatiques.
Jusqu’au XVIème siècle l’Afrique fut une zone de basse pression démographique dans laquelle la lutte pour l’espace était inconnue. Une première augmentation de la population se produisit à la suite de l’introduction des plantes américaines (maïs, haricots, patates douces, manioc) par les Portugais, augmentation qui se traduisit par le défrichage de nouveaux milieux et en dernier ressort par le développement d’une culture guerrière dans certaines zones.
Mais nous ne devons pas oublier qu’après cette stagnation démographique millénaire, l’Afrique a subi la ponction des traites esclavagistes par les arabes (30 millions d’africains réduits en esclavage sur dix siècles) puis par les européens (30 millions d’Africains réduits en esclavage sur deux siècles) ce qui l’a privé de sa dynamique démographique. N’oublions pas aussi les guerres de conquête coloniale, le choc microbien, le travail forcé et la participation des africains colonisés à des guerres lointaines ; tout ceci cumulé démontre que l’Afrique a un passif démographique.
Le décollage du peuplement se fait à partir des années 30 avec le développement de la médecine coloniale. Le continent compte alors 150 millions d’habitants, soit seulement 8% de la population mondiale ; 300 millions en 1960, 600 millions en 1989, un milliard en 2010. Les projections donnent un peu plus de deux milliards en 2050 soit 25% de la population mondiale soit le prorata qui fut celui de l’Afrique en 1650 avant les catastrophes.
L’Afrique ne fait donc que rattraper son retard démographique. Au-delà se posera certainement la question de la viabilité d’une continuation de cette tendance mais on peut déjà parier que si les conditions économiques et sociales s’alignent pendant cette période sur les standards mondiaux la question démographique trouvera en elle-même sa propre régulation.

2. Evolution de la situation démographique globale

Actuellement, le taux de croissance démographique moyen de l’Afrique est de 2,7 %, contre 1 % au niveau mondial, et à peine 0,4 % en Amérique du Nord, tandis que l’Europe est quasi stationnaire. Cette situation spécifique s’explique par le fait que la mortalité en Afrique baisse fortement – l’espérance de vie a gagné plus de vingt ans depuis 1950, passant de 36 à 57 ans – alors que la fécondité, elle, ne ralentit que faiblement.
Une population à majorité jeune
Alors qu'une partie importante du monde doit faire face à une population vieillissante, le continent africain, lui, apparaît comme un espace où la place la plus importante est occupée par les jeunes. En tête sur le continent, comme aujourd'hui : le Nigeria, qui aura, selon les dernières estimations de l'ONU, le plus grand nombre de moins de 25 ans dans le monde. Il devrait ainsi croître pour atteindre 114 millions d'habitants à l'horizon 2050 et 303 millions d'ici 2100. D'après les mêmes projections des Nations unies, la République démocratique du Congo, le Zimbabwe et la Tanzanie seront également dans la liste des pays comptant la population la plus jeune. En bas du classement : le Gabon, le Swaziland ou encore le Botswana et Djibouti. Un chiffre néanmoins à relativiser, car ces derniers pays restent dans la moyenne haute de la fourchette mondiale.
Une attention particulière doit être accordée à la jeunesse : en 2060, il y aura plus de jeunes en Afrique subsaharienne (1,4 milliard) que dans tous les pays du G201 réunis (1,3 milliard). D’ici à 2035, le continent comptera 450 millions de nouveaux entrants sur le marché du travail, soit 22,5 millions par an. Actuellement, les moins de 25 ans représentent 36 % de la population en âge de travailler et 60 % des chômeurs du continent.
1 Le G20 regroupe 20 membres (19 Etats et l’Union européenne) : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, Union européenne.

3. Un taux de mortalité en baisse

Ce dernier est passé en moyenne de 26 % en 1950 à moins de 10 % aujourd'hui. Ajouté à cela, une espérance de vie qui a gagné plus de 20 ans, passant de 36 ans à 57 ans dans la même période, alors qu'a contrario, la fécondité ne ralentit que faiblement. « Depuis 1950, la mortalité juvénile a été divisée par trois au sud du Sahara, passant de 30 % à 10 %, mais cela n'a pas encore eu d'effet sur la fécondité », soulignait Henri Leridon, directeur de recherche à l'Institut national d'études démographiques, dans Le Monde diplomatique, en 2015.
Fécondité
« Les sociétés africaines continuent de valoriser les familles nombreuses et les femmes ayant beaucoup d'enfants. La persistance de ces normes natalistes s'est traduite par une résistance à une utilisation de la contraception », explique Jean-Pierre Guengat, démographe et directeur de recherche émérite à l'Université Paris 1-IRD. Ainsi, un couple n'imagine pas avoir moins de 6 enfants dans les 18 pays africains étudiés en 2010 par l'United States Agency for International Development. En tête du classement : le Tchad avec un « idéal » de 13 enfants par famille. Selon ces chercheurs, les familles et leurs communautés peinent encore aujourd’hui à internaliser la baisse spectaculaire de la mortalité infantile.

Nous contestons cette appréciation idéologique eurocentrée. En fait, il n'y a pas un refus ou une opposition des femmes à l'usage des outils modernes de contraception : il s'agit plutôt de la faillite ou de l'absence de politiques d'information et d'éducation. De plus, avoir de nombreux enfants n'a jamais semblé être un véritable désir chez les Africaines, même chez les villageoises. Bien au contraire, quand les femmes ont trois ou quatre enfants, elles aspirent à la paix ; mais elles sont incapables de se rendre maîtresses de leur corps. Alors, malgré elles, elles s'abandonnent « aux lois de la nature », comme elles disent. Dans les villes, beaucoup de femmes africaines sont stériles ou n'ont qu'un enfant parce que, souvent, elles ont trop abusé des avortements clandestins souvent réalisés par des méthodes peu recommandables.
Enfin cette situation n’est pas homogène et le rythme décroit dès que s’enclenche un mécanisme de développement : l’Afrique du Centre comme l’Afrique de l’Ouest se caractérisent par une fécondité élevée (entre 5 et 7 enfants par femme), suivis de l’Afrique australe et de l’Est avec des niveaux intermédiaires (entre 3 et 5), et enfin le Maghreb qui se singularise par une fécondité proche de celle des pays occidentaux.
Mais, considérons un peu l’histoire :
Ceux qui prétendent de nos jours que l’Afrique est surpeuplée et présente une menace démographique pour l’Europe n’ont pas toujours tenu ce discours : souvenons-nous de la « force noire » de Mangin mise en première ligne sur les champs de bataille de la première guerre mondiale. Certes, les différences en Afrique subsaharienne épousent en partie les contours des deux anciens empires coloniaux français et britannique. La France avait imposé au sein de ses colonies la loi de 1920, qui interdit toute forme de contraception. Cette législation est restée en vigueur jusque dans les années 1980 dans la plupart des pays, où il n’était pas question de politique antinataliste. C’est le cas du Burkina Faso et d’autres pays, qui ont dû attendre la Conférence internationale sur la population à Mexico en 1984 pour comprendre l’importance de cet aspect démographique. Le Kenya, ancienne colonie britannique, s’y est intéressé dès les années 1960.
En matière d’éducation, on observe des différences notables. La France avait davantage pour ambition de former des commis, qui puissent servir de petites mains pour l’administration coloniale. L’enseignement y était plus limité que dans les colonies britanniques. Même si les différents pays ont voulu rattraper leur retard au moment des indépendances, on ressent encore certaines séquelles laissées par le colonisateur.
Les commentaires de certains idéologues occidentaux qui expliqueraient l’évolution de la démographie africaine par un soi-disant habitus culturel contraignant la femme africaine à faire beaucoup d’enfants relèvent du fantasme.

4. Cette évolution de la démographie africaine est-elle une chance ou un risque ?

Mais cette évolution démographique est-elle une chance ou un risque pour les perspectives de développement du continent ? Les plus optimistes estiment que l’Afrique va bénéficier de ce que l’on appelle un « dividende démographique », autrement dit une brusque accélération de sa croissance économique – événement qui se produit lorsque le nombre d’actifs est nettement supérieur à celui des enfants et des personnes âgées.
« Ce phénomène a contribué à l’émergence des pays d’Asie, notamment de la Chine », admet Henri Leridon. « Mais cette fenêtre d’opportunité ne produit d’effets positifs qu’à certaines conditions, notamment celles de disposer d’une main-d’oeuvre bien formée et d’un marché du travail pour l’employer », précise-t-il.
Disposer d’une population jeune dope indéniablement l’offre et la demande, ce qui est favorable à la croissance économique. Et l’on a effectivement constaté une augmentation moyenne du PIB africain de 5 % ces dernières années, ce qui est une performance remarquable. Mais pour que l’impact de la transition démographique soit durable et soutenable, il faut qu’elle se combine avec quatre autres transitions : économique, technologique, politique et écologique.

Cette question a un historique qu’il est nécessaire de rappeler. Revenons en particulier sur la conférence internationale sur la population et le développement, tenue au Caire en 1994, qui a marqué un changement de paradigme important : l’abandon du discours de contrôle de la population et le refus de toute politique démographique qui transformerait les êtres humains en objectifs chiffrés. Un consensus fondateur y a été trouvé. Il s’agit de le défendre en toute occasion : les politiques en matière de population doivent être fondées sur les « droits reproductifs », c’est-à-dire « ces droits, possédés par toutes les personnes, leur permettant l’accès à tous les services de santé reproductive… Ils incluent aussi le droit de prendre les décisions reproductives, en étant libre de toute discrimination, violence et coercition… Les droits reproductifs sont intimement liés à d’autres : le droit à l’éducation, le droit à un statut égal au sein de la famille, le droit d’être libre de violence domestique, et le droit de ne pas être marié avant d’être physiquement et psychologiquement préparé pour cet événement » [ONU, 1998 a : 180]. C’est un enjeu éthique mais aussi un enjeu d’efficacité des actions. Les programmes d’accès à la contraception fonctionnent quand ils se basent sur une approche intégrée du développement humain et qu’ils promeuvent le libre choix.

Nous l’avons dit : certains pays africains, et seulement certains –– présentent des taux de fécondité élevés et que l’augmentation rapide d’une population dans un contexte de pauvreté implique une proportion très importante de jeunes et donc des besoins éducatifs et sanitaires conséquents. Mais ce ne sont pas les déclarations malthusianises des parlementaires de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest, de la Mauritanie et du Tchad, affirmant vouloir limiter à trois le nombre d'enfants par femme qui vont contribuer à faire évoluer la situation. Là où ces beaux messieurs parlent d'accès universel à la planification familiale, et utilisent à dessein la menace de l’immigration vers l’Europe de millions de jeunes, ils feignent d’ignorer que seule l'augmentation du niveau d'éducation des femmes pourra contribuer à un meilleur équilibre démographique. Même s’il ne faut pas sous-estimer les résistances des milieux religieux, il faut surtout savoir reconnaître que les programmes de planning familial là où ils ont trouvé un début de mise en œuvre se sont rapidement heurtés aux restrictions budgétaires des programmes d’ajustement structurels là où il aurait fallu investir durablement dans la santé publique.
La croissance démographique est une variable qui interagit avec l’économie et le social (notamment la santé et l’éducation). Elle peut s’avérer bénéfique pour l’économie africaine, à condition de s’accompagner justement d’importants investissements dans l’éducation et d’un marché de l’emploi dynamique. C’est ce qu’on appelle le « dividende démographique ». Pour réussir son « dividende démographique », il faut investir massivement dans l’éducation des jeunes et dans leur employabilité.

En Afrique, si le taux de fécondité poursuit sa diminution, nous nous retrouverons d’ici une ou deux décennies dans une situation où il y aura davantage de personnes actives (les 20-64 ans) que de personnes dépendantes. C’est une opportunité, car les actifs pourront davantage investir dans l’éducation de leurs enfants, être davantage productifs et pouvoir épargner. Autant de facteurs de croissance, dans lesquels il faut investir massivement.
À l’inverse, on peut très bien observer un « dividende démographique » qui n’a pas réussi. C’est le cas de certains pays du Maghreb où l’on a enregistré une baisse importante de la fécondité accompagnée d’une hausse de l’éducation des jeunes. Mais ces derniers se sont retrouvés massivement sans emploi, à cause d’un marché du travail peu dynamique. Un phénomène qui est en partie à l’origine du Printemps arabe.
En Asie, la transition démographique s’est déroulée très rapidement, avec une baisse importante du taux de fécondité. Mais ce processus a été particulièrement long en Europe, sur des décennies ou voire un siècle. Preuve que les situations varient énormément selon le contexte.

L’évolution suit tout de même son cours, mais à un rythme lent. Dans les années 1960-65, le nombre d’enfants par femme était de 6-7. Aujourd’hui, il est tombé à moins de 5. Sans parler des zones urbaines où il se situe autour de 3 à 4.
Il existe un lien avéré entre l’éducation et la croissance démographique. Imaginez une jeune fille issue d’un milieu rural, qui termine ses études primaires à l’âge de 11 ou 12 ans dans un pays d’Afrique subsaharienne. Elle n’a souvent aucune chance de poursuivre jusqu’au secondaire. Quelles sont ses perspectives ? Le mariage et faire rapidement des enfants. Si elle poursuivait ses études, elle pourrait au contraire se projeter davantage dans la vie et retarder l’âge d’entrée en mariage et la naissance de son premier enfant.

L’éducation joue aussi particulièrement sur le recours à la contraception. Il faut bien entendu que les femmes aient accès aux moyens contraceptifs. Les responsables politiques, tant africains qu’européens, ont donc la responsabilité historique de plaider à contre-courant des idées dominantes défendues tant par les djihadistes que par la droite religieuse américaine (Trump vient de réactiver une décision prise par George W. Bush coupant tout crédit américain aux organisations internationales finançant le contrôle des naissances).
Rappelons que l’Afrique recèle environ 60% des terres arables du monde qui n’ont pas encore été mises en exploitation.
Une croissance agricole soutenable est possible et permettrait de doubler les rendements en milieu paysan sans apport de coûteux fertilisants et pesticides chimiques. Mais la mise en œuvre de ces techniques implique des programmes de développement rural de grande ampleur dans un contexte où les budgets locaux sont asphyxiés par les dépenses de sécurité, alors que l’aide internationale s’est désinvestie de ce secteur.
Un développement économique basé sur les nouvelles technologies de l’information et les énergies renouvelables permettrait à l’Afrique de valoriser sa culture et sa sagesse traditionnelle auprès du monde entier. L’Afrique doit cesser d’être « mondialisée » par l’impérialisme occidental pour redevenir un acteur libéré, enfin décolonisé, autonome et volontaire de la mondialisation : c’est donc à elle et à elle seule d’en décider du rythme.

Pour cela deux prérequis :

L’aide publique occidentale au développement de l’Afrique est de 54 milliards d’euros par an et les investissements privés représentent 46,5 milliards d’euros. Un doublement de ces sommes d’ici à 2020 permettrait de générer une augmentation du PIB de 447 milliards par an pour l’ensemble du continent. Il ne faut pas ignorer les investissements en Afrique faits par les puissances des BRICS comme la Chine, l’Inde, la Turquie… qui doivent avoir dépassé probablement l’Occident. Un rapport publié fin juin par le cabinet McKinsey Africa révèle qu’en deux décennies, la Chine est devenue le partenaire économique le plus important pour l'Afrique. « Non seulement le commerce sino-africain a été multiplié par 20, mais les investissements chinois ont passé la surmultipliée. L'implication de la Chine en Afrique serait donc beaucoup plus importante et plus diverse que ne le suggéraient les études précédentes ». Plus de 10000 entreprises chinoises opèrent maintenant en Afrique. L’Inde loin derrière la Chine passe pour le deuxième partenaire économique de l’Afrique. La France vient en troisième position.
Quant à la France elle doit couper définitivement le lien néocolonial qu’elle entretient avec ses anciennes colonies, comme a su le faire la Grande Bretagne depuis longtemps.
Alors les Africains auront enfin la possibilité de chasser leurs dirigeants actuels, incapables de faire vivre l’espoir et de se choisir des dirigeants capables de libérer les capacités productives de leurs ressortissants.
Le recul économique de la France en Afrique, au regard de la montée en puissance de la Chine et d’autres pays émergents est consubstantielle au modèle colonial datant du XXème siècle et qui n’a pas été repensé. Dans ce statut de simples pourvoyeurs en matières premières, aucune industrie de transformation n’a été encouragée dans ces pays. Cette stabilité économique s’était arrimée aux dictatures politiques qui ont assumé une continuité du modèle colonial. Le modèle d’un pré-carré français, où le sud est spécialisé dans les industries extractives, sans valeur ajoutée localement, valable au XXème siècle (1945-1990), devient obsolète et inopérant. Avec les NTIC, la diversification économique du 21ème siècle s’est émancipée en partie des matières premières. L’atout linguistique que constitue la francophonie peut être un levier pour de nouveaux partenariats économiques France-Afrique qui feraient de la jeunesse africaine, non pas un péril, mais un atout majeur en implantant en Afrique subsaharienne des industries françaises nécessitant une main d’œuvre à bon marché, et porteuses de valeur ajoutée.

5. Le cas particulier de la démographie sahélienne

Par suite de l’inertie des phénomènes démographiques, même si ces pays engageaient demain une vigoureuse campagne de limitation des naissances, l’impact d’une telle politique sera minime à échéance de vingt ans et ne commencerait timidement à porter ses fruits que vers 2050. Pour donner un exemple, le Niger, qui est certes un cas particulièrement inquiétant, comptait 3 millions d’habitants en 1960 et en a 20 millions actuellement. Il en aura de 42 à 45 millions en 2035 et de 62 à 89 millions en 2050. Ceci dans un pays où seulement 8 % de la superficie peut être cultivée.
Dans tout le Sahel, malgré la forte croissance urbaine, nous constatons une poursuite de la croissance de la population rurale de l’ordre de 2 % par an, ce qui est un cas unique au monde. Cette croissance de la densité rurale provoque la destruction des sols par raccourcissement des jachères et accroît les tensions entre agriculteurs et pasteurs, qui ne disposent plus d’espace libre pour leurs animaux. En l’absence d’investissements adaptés dans l’agriculture, la dépendance à l’égard des aides alimentaires augmente régulièrement.
Avec une croissance du PIB de 5 %, si le taux de croissance démographique est comme actuellement au Sahel de 3,5 %, la croissance effective du PIB par habitant n’est que de 1,5 % et il faudra quarante-cinq ans pour doubler le niveau de vie par habitant. Lorsque les enfants en bas âge ou en âge d’être scolarisés représentent la moitié de la population, la satisfaction des besoins en éducation, en formation et en santé devient un fardeau financier insupportable pour les budgets nationaux.

Au total, la transition démographique au Sahel ne s’achèvera pas avant plusieurs décennies, provoquant au cours des trente années à venir un accroissement spectaculaire du nombre de jeunes qui va peser sur les disponibilités alimentaires, sur les niveaux de vie, sur les dépenses sociales et surtout sur l’emploi. Le plus probable est que la paupérisation du monde rural et la perte d’espoir des jeunes feront le lit du djihadisme bien avant que ne se manifestent des famines régionales. L’insécurité a toutes les chances de se généraliser au Sahel, au point de paralyser les circuits économiques. Cette paralysie de l’économie rurale liée à l’insécurité est la première cause des famines qui frappent actuellement le nord du Nigeria, le Soudan du Sud et la corne de l’Afrique et qui contribuent à la vague actuelle de migrations africaines vers l’Europe.

La FAO estime que 80 % des terres sahéliennes sont dégradées ; la pluviométrie erratique laisse prévoir une hausse de la température de 3 à 5 degrés dans le Sahel d’ici 2050.
Si le désert occupe 1/3 de l'Afrique, il ne doit pas être exclu de l'espace occupé ou à occuper, de l'espace de vie. En effet, le désert africain n'est pas un espace vide de population. Situées en plein désert, les villes de Tombouctou (Mali) compte 54000 habitants, Kidal (Mali) 25000 habitants, Agadès (Niger) 124000 habitants, Zouerate (Mauritanie) 34000 habitants, Faya-Largeau (Tchad) 48000 habitants, Tamanrasset (Algérie) 136000 habitants. Au regard de l'immensité du désert, la densité de population est certes faible, mais c'est tout de même un espace de vie que les Africains savent valablement exploiter. A moins d'une catastrophe naturelle, les êtres humains savent toujours s'adapter à leur cadre de vie. Ceux qui migrent vers l'Europe ne viennent d’ailleurs pas de ces villes du Sahara. Des mobilités vers les pays voisins sont habituelles et servent de régulateur.
Il est cependant urgent que soit mis en œuvre par les pays sahéliens un plan de développement dans l’agriculture accompagné d’une maitrise forte de la natalité et d’un rattrapage scolaire important seul en mesure de redonner confiance en l’avenir (le taux de scolarisation en primaire au Mali et au Niger était d’environ 30 % en 2015).
Avec les recherches scientifiques actuellement disponibles, le Sahara, loin de constituer une zone de non-vie, devrait être un enjeu en termes de recherches fondamentales et appliquées pour son reboisement. Des technologies peuvent être créées pour verdir le Sahara, mais aucune volonté politique n’anime, ni les pays concernés, qui n’encouragent pas l’expertise locale, ni la communauté internationale habituée à des solutions standards. Une solution consistant par exemple à créer un barrage sur l’Oubangui pour canaliser les eaux de ce fleuve vers le lac Tchad, est très dangereuse pour l’écosystème et le climat dans le bassin du Congo. Alors que si les dirigeants africains avaient foi en l’avenir, en leurs spécialistes, en lieu et place de faire appel à l’expertise chinoise dans la construction d’un tel barrage, ce sont les intelligences africaines qu’on aurait rassemblé autour d’un colloque pour poser le vrai problème en deux questions. Comment, avec qui, avec quels moyens peut-on stopper l’assèchement du Lac Tchad ? Quelles technologies mettre en œuvre pour reboiser le Sahara et vaincre définitivement le réchauffement climatique ?

Conclusion : Mais pourquoi donc le reste du monde est-il tellement préoccupé par la question de la démographie africaine ?

Cet intérêt de l'Europe pour la démographie africaine, nous pensons qu'il ne se justifie pas par la peur de devoir faire face à une immigration d'origine africaine de plus en plus forte. En effet, alors que cette immigration fait les gros titres de l'actualité depuis des années, elle se situe très loin dans le flux migratoire vers l'Europe. On remarque que chaque fois que l'on fait parler les statistiques ce sont trois pays du Moyen-Orient qui arrivent en tête avec la Syrie et l'Afghanistan en première et deuxième places. Quant au pays de destination des migrants, malgré les vociférations des hommes politiques, la France est très loin dans la liste des pays d'accueil. Ce sont l'Allemagne, l'Autriche et la Suède qui accueillent le plus de migrants.
La peur des capitalistes européens face à la démographie galopante africaine se situerait plutôt du côté des ressources naturelles du continent noir qui bénéficient pour le moment presque exclusivement à l'Europe depuis bientôt deux siècles. Ne dit-on pas de plus en plus dans les milieux économiques français que "l'Afrique est l'avenir de la France" ? (Le Monde 5/01/2017). Le rapport Védrine publié en 2016 ne propose-t-il pas des stratégies de reconquête de l'Afrique ? Ne voit-on pas aujourd'hui que les Etats-Unis, l'Europe, la Chine, et dans une moindre mesure l'Inde, cherchent à bien se positionner en Afrique ? Cette convergence d'intérêt réside dans le fait que non seulement ce continent est celui qui compte la plus grande diversité culturelle au monde), mais c'est également celui dont les ressources naturelles abondantes sont les plus variées et les moins exploitées. Il faut donc croire que si les pays africains venaient à être aussi peuplés que certains pays comme la Chine et l'Inde, ils auraient forcément besoin de leurs terres et de leurs ressources naturelles. Les pays africains apparaîtront alors comme de sérieux concurrents dans la course à l'exploitation des ressources qui nourrissent aujourd'hui le développement industriel et économique de l'Europe. En clair, les Européens ont peur de la démographie galopante de l'Afrique parce qu'ils estiment que le gâteau ne sera pas suffisant pour tout le monde ; surtout qu'ils se comptent parmi les invités à la table de l'Afrique.
Le cynisme de certains commentateurs (par exemple Stephen Smith « La ruée vers l’Europe ») atteint des sommets lorsqu’ils écrivent que continuer à aider l’Afrique à se développer augmente l’envie de partir, sous prétexte que les gens étant mieux éduqués peuvent imaginer des solutions d’exil qui ne leur viendraient pas à l’esprit s’ils restaient isolés dans leur misère. Faire semblant d’ignorer que les violences économiques d’une mondialisation imposée agrémentées de violences destructrices des puissances impérialistes interventionnistes ne seraient pas les causes principales dont l’Occident est bien responsable, permet à la fois de développer un discours de culpabilisation des peuples africains et de faire peur à bon compte aux peuples européens.
C’est bien cette hypocrisie que nous voulons dénoncer.

Tous ces problèmes de développement accéléré de l’Afrique ne pourront trouver des solutions que dans une Afrique Unie comme l’a bien démontré le premier président du Ghana indépendant, Kwame Nkrumah il y a presque 60 ans. Une Afrique unie signifie une planification économique générale au niveau continental pour accroitre la puissance économique et industrielle de l’Afrique et vaincre ainsi la pauvreté. Il serait possible de réaliser de grands projets communs notamment de production de l’énergie (barrage d’Inga pour alimenter en énergie toute l’Afrique Centrale, centrale solaire dans le désert du Sahara), des infrastructures de transport terrestre, maritime et aérien, de freiner l’avancée du désert par la réalisation effective de la ceinture verte.
A partir de cette ceinture verte, de proche en proche, il est possible de verdir le Sahara, dans le cadre effectivement d’une Afrique Unie mettant en commun ses chercheurs et universitaires au sein d’une Institution Panafricaine de Sciences et Technologies. Ce nouveau puits de carbone ainsi créé dans le Sahel, contribuera à ralentir, baisser ou pourquoi pas à inverser la courbe du réchauffement climatique sur l’ensemble de la planète terre.
Une Afrique unie signifie aussi une armée et une stratégie militaire communes, ceci permettrait aux divers états de l’union de diminuer les dépenses militaires colossales actuelles, de fermer les bases militaires étrangères présentes dans plusieurs pays. Une armée commune africaine préserverait la paix en Afrique et dans le monde, personne n’osera attaquer l’Afrique. Tout comme la construction de l’Union Européenne après les deux guerres a pu préserver la paix en Europe après des guerres en partie alimentées par les courants nationalistes.
Une Afrique Unie signifie une politique commune étrangère. Tout cela suppose la mise en place des institutions communes : gouvernement, parlement, une banque centrale et monnaie communes.
Une Afrique prospère pourrait au contraire attirer beaucoup d’Européens et autres étrangers vers l’Afrique. Ce processus de panafricanisassions doit être conçu comme un combat permanent des forces progressistes africaines.
Le XXIème siècle avec l’abolition virtuelle des frontières géographiques devra être celui du partage équitable des savoirs et des technologies. La France, disposant d’un capital culturel énorme en Afrique, dispose d’une longueur d’avance dans ce nouvel élan des forces progressistes mondiales qui impulsent un nouvel ordre économique planétaire. Mais à condition que la Françafrique accepte d’opérer une mutation conceptuelle et irréversible entre les économies extractives et l’innovation d’autres partenariats gagnant-gagnant d’une part, le déliement du nœud dictatorial au profit d’une démocratisation assumée des régimes africains d’autre part. Dans un tel contexte, la démographie africaine deviendra une thématique obsolète. En effet, la fin des dictatures et la mise en œuvre d’espaces économiques novateurs sur le sol africain contribueront à l’autonomisation de la jeunesse africaine dans le continent où elle aura plus à gagner que dans l’immigration.

Annexe : Le mépris macronien

Samedi 8 juillet 2017, en marge du sommet du G20 (groupe des vingt pays les plus riches) qui s’achevait à Hambourg, le président français Emmanuel Macron a répondu à cette question d’un journaliste ivoirien : « Combien de pays du G20 sont prêts à mettre dans l’enveloppe pour sauver l’Afrique ? » Après avoir écarté l’idée d’un Plan Marshall pour l’Afrique en arguant que cette aide historique qui a sauvé l’Europe d’après-guerre « était un plan de reconstruction, dans des pays qui avaient leurs équilibres, leurs frontières, leur stabilité », le locataire de l’Elysée a estimé que le « défi de l’Afrique est différent, il est beaucoup plus profond, il est civilisationnel ». Et de conclure : « Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. »
Macron a déclenché de vives réactions dans les médias et sur les réseaux sociaux. On lui a notamment reproché de « s’attaquer aux ventres des femmes africaines ».
Les paragraphes suivants sont des citations d’Elsa Dorlin :
« Il a récidivé au Burkina Faso le 28 novembre 2017. En parlant de « défi civilisationnel », Emmanuel Macron comprenait les enjeux de la « transition démographique » et, en la matière, il rendait hommage à l’un de ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy, qui, dans l’amphithéâtre de la prestigieuse université Cheikh Anta Diop de Dakar, s’était senti totalement légitime d’expliquer à « l’homme africain » comment s’extraire du temps cyclique de la nature, où il n’y a pas de place ne serait-ce que pour « l’idée du progrès ».
Ce sont les femmes africaines qui cette fois sont visées, comme leur enlisement dans le temps cyclique de la reproduction sans limite ; ces ingrates Africaines à la sexualité débridée et irresponsable. Ce « vous pouvez décider de dépenser des milliards », c’est en fait un « nous » (nous, les pays riches qui supportons ce fardeau de l’aide et de la philanthropie paternaliste), c’est l’argent de la France et du monde.
Aujourd’hui, c’est encore ce préjugé de la surnatalité, conséquence des politiques d’appauvrissement du continent africain (comme de ses relais autoritaires locaux) et de sa mise sous tutelle monétaire, économique et frontalière, qui active ici ce sentiment d’indifférence face à ces corps abandonnés, parqués sans chaussures, sans toilettes, sans nourriture en Europe, échoués en Méditerranée, face à ces esclaves torturés dans des zones de trafic, à ces corps affamés sur des zones de conflits où seules les ressources minières, fossiles ou les découpages géostratégiques émeuvent.

Cette migration-déportation a eu et continue d’avoir des objectifs politiques tout à fait réfléchis : extorquer des ressources humaines, intellectuelles et culturelles, créant par des politiques universitaires et des privilèges de circulation des ponctions dans la jeunesse et les élites ; prétendre le faire au nom des valeurs et de la qualité supérieure des systèmes éducatifs comme des mœurs métropolitaines, alors qu’il s’agit dans ces mêmes néo-métropoles d’aller faire le sale boulot.
Emmanuel Macron n’a pas « de leçons à donner », et, pour nous en convaincre, il ne va effectivement pas donner de leçons à « l’Afrique » quant à l’irresponsabilité de ses femmes ; au contraire, il va défendre ces femmes africaines : les sept, huit ou neuf enfants par femme, êtes-vous sûrs, vous, hommes africains, que c’est le choix de vos femmes ? Emmanuel Macron a donné le ton : son discours sera féministe, ou plutôt « fémocolonialiste », parce que, dans la défense du choix des femmes africaines quant à leurs droits et choix reproductifs, le président français se place en chevalier blanc. Evoquant l’octroi de bourses d’études par les consulats français, il déclare que ces bourses seront en priorité offertes à des jeunes filles.
"Si l’Afrique veut réussir, et la France avec elle, ce grand basculement du monde, nous devons former et éduquer tout le monde, et nous devons éduquer les jeunes filles, nous devons avoir des jeunes filles et des femmes libres, libres de choisir. Et je le dis pour vous, jeunes hommes qui êtes là, c’est bon pour vous. »

Dans ce discours, il y a quelque chose de particulièrement écœurant. Sous couvert d’un engagement qui emprunte au féminisme son lexique, il n’est question que d’une forme actualisée de triage colonial : à la surnatalité prétendue des femmes africaines, l’Etat français propose, comme il l’a toujours fait, la migration prétendument éducative et diplômante.
Or, si cela relève clairement d’une action positive ou, plus exactement, d’une biopolitique par définition sélective, le seul et unique effet visé est précisément de stigmatiser les hommes du continent africain pour leur patriarcat d’un autre temps, eux qui ne laissent pas choisir leurs femmes. En plus d’ignorer les mouvements féministes et d’émancipation africains – dans la ville même où fut assassiné Thomas Sankara –, il s’agit de faire des femmes africaines des complices de ce nouvel impérialisme si elles acceptent la façon dont, pour l’Etat français, il convient qu’elles se libèrent.
Ici, la promotion des femmes africaines, forme de sélection genrée, n’est qu’un autre moyen d’ériger des frontières de race et de creuser des lignes de couleur. Quant au libre choix des femmes – là-bas, ici, ailleurs, partout –, ce n’est certainement pas à un homme d’Etat d’en décider. Idéalement, il peut œuvrer pour que des politiques publiques assurent les conditions matérielles de ce libre choix, a minima il peut se taire et, surtout, nous épargner ce « fémocolonialisme », terreau du racisme comme de l’antiféminisme, qu’il faut abattre urgemment. »

AFPA regroupe les organisations et partis politiques suivantes:  CNDD (Burundi), UFR-CB (Congo), PCPI (RDC), SADI (Mali),ANC (Togo), UNDR ( Tchad),ANC Togo), CORED (Guinée Equatoriale),ACRA (CONGO), JDS,PADDEC (Caméroun)...

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Actualités internationalesTue, 07 Aug 2018 07:42:56 +0000
Huit hommes possèdent autant que la moitié de la population mondialehttp://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/885-huit-possedent-moitie-mondiale http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/885-huit-possedent-moitie-mondialeHuit hommes possèdent autant que la moitié de la population mondiale

Publié:
16 janvier 2017

Seuls huit hommes détiennent autant de richesses que les 3,6 milliards de personnes qui représentent la moitié la plus pauvre de l’humanité, selon un rapport publié aujourd’hui par Oxfam à l’occasion de la rencontre annuelle de l’élite politique et économique à Davos.

Ce nouveau rapport, intitulé « Une économie au service des 99 % », montre que l’écart entre les riches et les pauvres est beaucoup plus important qu’on ne le craignait. Il illustre en détail comment les grandes entreprises et les plus fortunés alimentent la crise des inégalités en éludant l’impôt, en réduisant les salaires et en utilisant leur pouvoir pour influencer la politique. Il préconise donc des changements fondamentaux dans la façon dont nous gérons nos économies afin que celles-ci servent l’ensemble de la population, et non une poignée de privilégiés seulement.

De nouvelles données plus précises sur la répartition des richesses dans le monde, en particulier en Inde et en Chine, indiquent que la moitié la plus pauvre de la population mondiale possède une part des richesses plus réduite que l’on ne pensait. Si ces données avaient été disponibles l’an dernier, elles auraient montré que neuf milliardaires détenaient autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité, et non 62 comme l’avait calculé Oxfam.

Pour Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International, « il est indécent que tant de richesses soient détenues par si peu de monde, quand une personne sur dix survit avec moins de 2 dollars par jour. Les inégalités enferment des centaines de millions de personnes dans la pauvreté, fracturent nos sociétés et affaiblissent la démocratie. »

« Partout dans le monde, des femmes et des hommes sont laissés pour compte. Leurs salaires stagnent, mais les grands patrons s’octroient des primes qui se chiffrent en millions de dollars. Leurs services de santé et d’éducation sont réduits pendant que les grandes entreprises et les plus fortunés se soustraient à l’impôt. Leurs voix ne sont pas entendues, alors que les gouvernements se mettent au diapason des grandes entreprises et d’une élite nantie. »
Le rapport d’Oxfam montre que nos économies canalisent les richesses vers une élite fortunée aux dépens des couches les plus pauvres de la société, et majoritairement des femmes. Les plus fortunés accumulent les richesses à un tel rythme que le premier « super-milliardaire » du monde pourrait voir son patrimoine dépasser le millier de milliards dans 25 ans à peine. Pour mettre ce chiffre en perspective, sachez qu’il faudrait débourser un million de dollars par jour pendant 2 738 ans pour dépenser 1 000 milliards de dollars.

La colère des populations contre les inégalités secoue déjà le monde politique. Des analystes estiment que les inégalités ont considérablement pesé dans l’élection de Donald Trump aux États-Unis, l’élection du président Duterte aux Philippines et la victoire du Brexit au Royaume-Uni.

Sept personnes sur dix vivent dans un pays où les inégalités se sont accentuées au cours des trente dernières années. Entre 1988 et 2011, les revenus des 10 % les plus pauvres ont augmenté de 65 dollars par an en moyenne, contre 11 800 dollars pour les 1 % les plus riches, soit 182 fois plus.

Les femmes – qui sont souvent employées dans des secteurs à bas salaires, font l’objet de discriminations importantes au travail et se chargent d’une part démesurée du travail de soin non rémunéré – se retrouvent souvent au bas de l’échelle. Si la tendance actuelle se poursuit, il faudra encore 170 ans pour que les femmes atteignent le même niveau de rémunération que les hommes.

Le rapport « Une économie au service des 99 % » révèle également comment les grandes entreprises exacerbent les inégalités : pour maximiser la rémunération de leurs actionnaires, elles éludent l’impôt, font pression sur les salaires de leur personnel et les prix payés aux producteurs à la base de leur chaîne d’approvisionnement, et réduisent les investissements dans leur propre activité.

Oxfam a interrogé des ouvrières d’une usine de confection au Vietnam : bien qu’elles travaillent 12 heures par jour et six jours par semaine, leur salaire d’un dollar de l’heure leur permet à peine de s’en sortir. Pourtant, elles fabriquent des vêtements pour quelques-unes des plus grandes marques mondiales de prêt-à-porter et les PDG de ces entreprises font partie des personnes les mieux rémunérées de la planète. L’évasion fiscale des entreprises coûte au moins 100 milliards de dollars par an aux pays pauvres. Avec cette somme, les 124 millions d’enfants non scolarisés dans le monde pourraient recevoir une éducation, et des interventions médicales pourraient éviter la mort d’au moins 6 millions d’enfants chaque année.

Ce rapport met en lumière la façon dont les plus fortunés recourent à un réseau de paradis fiscaux pour éviter de payer leur part d’impôt et à une armée de gestionnaires de patrimoine pour obtenir des retours sur investissement inaccessibles à l’épargnant moyen. Contrairement aux idées reçues, nombre de ces personnes ne doivent pas leur fortune à leur propre mérite. L’analyse d’Oxfam montre que plus de la moitié des milliardaires du monde ont hérité de leur fortune ou l’ont accumulée dans des secteurs d’activité où la corruption et le copinage sont monnaie courante.

Les grandes entreprises et les plus fortunés mettent à profit leur argent et leurs relations pour s’assurer que les politiques publiques leur soient favorables. Par exemple, les milliardaires brésiliens ont cherché à influencer les élections et leur lobbying a eu pour effet de réduire leur facture fiscale. De même, les pétroliers nigérians ont obtenu de généreuses réductions d’impôt.

« Les millions de personnes laissées pour compte par nos économies défaillantes ont besoin de solutions, et non de boucs émissaires, s’insurge Winnie Byanyima. C’est pourquoi Oxfam propose une nouvelle manière de gérer nos économies avec bon sens afin que celles-ci servent le plus grand nombre, au lieu d’une petite minorité privilégiée. »

« Les gouvernements ne sont pas impuissants face au changement technologique et aux forces du marché. Quand les responsables politiques arrêteront d’être obsédés par le PIB et se focaliseront sur l’intérêt de l’ensemble de leurs citoyen-ne-s, et non de quelques grandes fortunes, un avenir meilleur sera possible pour toutes et tous. »

Dans le plan d’action d’Oxfam pour une économie davantage centrée sur l’humain, les gouvernements :

• mettent un terme à la concentration extrême des richesses pour en finir avec la pauvreté. Ils doivent augmenter les impôts sur la fortune et sur les hauts revenus pour égaliser les chances et dégager les ressources nécessaires pour investir dans la santé, l’éducation et la création d’emplois.
• coopèrent au lieu de se faire concurrence. Les gouvernements doivent conjuguer leurs efforts pour garantir un salaire décent aux travailleuses et travailleurs et pour mettre fin à l’évasion fiscale et au nivellement par le bas de l’impôt sur les sociétés.
• soutiennent les entreprises qui contribuent au bien de leur personnel et de la société en général, plutôt que de leurs seuls actionnaires. Le groupe multimilliardaire Mondragón est détenu par ses 74 000 salariés. Tous les membres du personnel reçoivent un salaire décent, car sa structure salariale garantit que les mieux rémunérés ne gagnent pas plus de 9 fois le montant du salaire le plus bas.
• garantissent une économie respectueuse des droits des femmes. Les gouvernements doivent contribuer à abattre les obstacles à la promotion économique des femmes, notamment en améliorant leur accès à l’éducation et en favorisant une répartition plus équitable du travail de soin non rémunéré.
Oxfam invite également les dirigeant-e-s d’entreprises à participer à la construction d’une économie centrée sur l’humain. Cette année, le Forum économique mondial portant sur le thème d’un « leadership réceptif et responsable », ils pourront commencer par s’engager à payer leur juste part d’impôt et à s’assurer que leurs entreprises versent un salaire suffisant à leur personnel. Les citoyen-ne-s du monde entier peuvent rejoindre la campagne « À égalité ! »

Notes aux rédactions

Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International, assistera au Forum économique mondial (WEF) à Davos, en Suisse, du 17 au 20 janvier 2017, afin de souligner l’urgence de réduire les inégalités. Pour plus d’informations sur le Forum, voir www.weforum.org (en anglais).

Les documents suivants sont téléchargeables:

• Le rapport « Une économie au service des 99 % » et son résumé
• Un document présentant la méthodologie utilisée pour établir les statistiques qui figurent dans le rapport
• Des témoignages vidéo, avec la liste des plans, de personnes qui sont confrontées à une lutte quotidienne contre les inégalités au Kenya, au Vietnam et au Brésil

Les huit personnes les plus riches du monde sont, en ordre décroissant de leur patrimoine net :

1. Bill Gates : américain, fondateur de Microsoft (patrimoine de 75 milliards de dollars)
2. Amancio Ortega : espagnol, fondateur d’Inditex qui détient la chaîne de prêt-à-porter Zara (patrimoine de 67 milliards de dollars)
3. Warren Buffet : américain, PDG et premier actionnaire de Berkshire Hathaway (patrimoine de 60,8 milliards de dollars)
4. Carlos Slim Helu : mexicain, propriétaire de Grupo Carso (patrimoine de 50 milliards de dollars)
5. Jeff Bezos : américain, fondateur, président et directeur général d’Amazon (patrimoine de 45,2 milliards de dollars)
6. Mark Zuckerberg : américain, président, directeur général et cofondateur de Facebook (patrimoine de 44,6 milliards de dollars)
7. Larry Ellison : américain, cofondateur et PDG d’Oracle (patrimoine de 43,6 milliards)
8. Michael Bloomberg : américain, fondateur, propriétaire et PDG de Bloomberg LP (patrimoine de 40 milliards de dollars)

Les calculs d’Oxfam se fondent sur les données fournies par le Crédit Suisse dans son Global Wealth Databook 2016.
Le patrimoine des plus grandes fortunes du monde a été calculé à l’aide du classement des milliardaires publié par le magazine Forbes en mars 2016.

Contact: 
Anna Ratcliff: anna.ratcliff@oxfaminternational.org ou +44 (0) 7796993288

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Actualités internationalesMon, 29 Jan 2018 13:53:30 +0000
Trumpisme, « tempête », tromperies: De la Maison - qui a toujours été - Blanchehttp://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/884-trumpisme-tromperies-maison-blanche http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/884-trumpisme-tromperies-maison-blancheTrumpisme, « tempête », tromperies: De la Maison - qui a toujours été - Blanche

Que dire en plus après le torrent de réactions réprobatrices suscitées par les propos du président des États-Unis qualifiant certains pays de « shithole countries » c'est-à-dire de « pays de merde » ? La santé mentale du président étant même remise en cause à coups de douteux chiffres et tests (171 points avec le PPI-R. 2 points de plus que Hitler. Devancé par Henry VIII avec ses 178 points et Saddam Hussein avec ses 189 points.). Mais pourquoi sa santé mentale n’est pas remise en cause quand il traite le Vénézuela de pays terroriste et Maduro de « dictateur » « illégitime » ?

L’injure de Donald Trump est du pain béni pour les différentes tendances impérialistes états-uniennes démocrates mais aussi républicaines. Ce Caligula ou Néron yankee permet de cacher le vrai débat aux masses opprimées états-uniennes. Ce n’est pas le système qui est en cause mais le fou à la tête du pays. Et elles pourront avoir pour slogan Make America great again. Anticipant sur la communication des prochains candidats états-uniens, déjà certains parmi les insultés disent « Quelle tragédie qu’un si grand peuple, qu’un si grand pays, phare de la liberté, de la démocratie, du savoir et des idées, soit dirigé par quelqu’un d’aussi « mal juqué » ! ». Donald Trump est aussi du pain béni pour les américanophiles. Oui, eux aussi comme ceux qu’ils aiment prennent la partie pour le tout. Ils en profitent pour réaffirmer leur allégeance au système, en le vantant mais en critiquant ce qui ne serait qu’un accident de l’histoire : Donald Trump.

Et on a envie de leur demander When was America ever great ?
Lors de la création des États-Unis avec le sang dégoulinant du génocide indien ?
Lors des assassinats de Martin Luther King et de Malcolm X qui rappelle la période, en Afrique, des assassinats de Lumumba, Cabral, Moumié, Sankara… ?
Dans l’oppression des minorités nationales noires, chicanos ?
Lors du soutien de Mobutu, du régime de l’Apartheid en Afrique du Sud et en Rhodésie ?
Lors de la mise en œuvre de la stratégie du chaos en Irak, en Libye ou en Syrie ?
Lors de la Guerre de Corée ? Justement parlons-en !

Robert Charvin nous apprend que ce fut une « une guerre dévastatrice avec les Américains en 1950-1953 : un seul édifice debout dans la capitale, Pyongyang, en 1953 ! »
Le général étasunien Curtis Lemay d’ajouter : « Après avoir détruit 78 villes de la Corée du Nord et des milliers de villages, et tué un nombre incalculable de civils (…) Sur une période d’environ trois ans, nous avons tué, je dirais, 20 % de la population. »

Robert M. Neer écrivit dans « Napalm, an American Biography »:
En janvier 1951, l’officier Townsend, qui était chargé des produits chimiques, a écrit que « pratiquement chaque avion de combat US survolant la Corée transportait au moins deux bombes au napalm ». Environ 21 000 gallons de napalm étaient déversés chaque jour sur la Corée en 1950. Quand les combats se sont intensifiés après l’intervention chinoise, cette quantité a plus que triplé (…), en tout, 32 357 tonnes de napalm sont tombées sur la Corée, soit environ le double de ce que le Japon a subi en 1945. Les alliés ont non seulement largué plus de bombes en Corée que dans le Pacifique pendant la Deuxième Guerre mondiale (635 000 tonnes contre 503 000 tonnes), mais la majorité d’entre elles contenait du napalm (…). »

La vérité est que la Maison a toujours été Blanche même avant Trump. C'est-à-dire raciste. Elle a juste connu un tour de vis plus suprémaciste blanc avec Trump. C’est ce que traduit Bruno Guigue quand il dit : « D’Harry Truman à Donald Trump en passant par Barack Obama, de la Corée à la Syrie en passant par le Vietnam, l’Indonésie, l’Angola, le Mozambique, le Salvador, le Nicaragua, le Chili, l’Afrique du Sud, la Serbie, l’Afghanistan, le Soudan, la Somalie, l’Irak et la Libye, on administre la mort, directement ou par “proxies”, à tous ceux qui s’opposent au règne salvateur de la justice universelle. ». De la même manière qu’avec Domitien, Commode ou César, Rome reste impérialiste et raciste et parlera des « barbares » pour désigner les autres peuples.

Renforcer, pour transformer la réalité dramatique, la conscience que c’est cela l’impérialisme, qu’il soit voilé ou cru, il est nécessairement raciste : voilà le travail des révolutionnaires. Et non des pleurnicheries, des bravades les unes plus risibles que les autres.

Donald Trump la bave à la bouche est aussi du pain béni pour les dirigeants croupions collabos des « pays de merde ». Ceux là-mêmes qui sont incapables de réagir avec un Sarkozy ou un Macron comme ils ont réagi avec Donald Trump. Ceux-là même qui sont incapables de montrer un soupçon de dignité sur la question des APE, du franc CFA, des bases militaires étrangères, du bombardement de la Libye et de l’assassinat de Kadhafi…Trump leur offre à moindre frais une occasion de tromper leur peuple en paradant avec une pseudo dignité. Si Trump n’existait pas, ils l’auraient créé. Aucun mot sur le sort des 50.000 Haïtiens, 5.300 Nicaraguayens, 200.000 Salvadoriens et près de 2.000 Soudanais menacés par Trump. Aucun mot pour le sort des noirs états-uniens assassinés par la police aussi blanche que l’est la Maison.

Quand au moins 16 sénégalais par jour tentent de traverser la Mer Méditerranée pour entrer irrégulièrement en Italie, ils fuient en effet la « merde». La « merde », c’est quand vous avez un déficit de 10.996 professeurs dans votre enseignement supérieur. C’est quand 30% des populations du Sénégal ne sont pas inscrites sur les registres de l’état civil. Comment ne pas penser à « pays de merde » quand vous lisez ce qui suit pour le Sénégal ?

Taux de pré-scolarisation national de 16,8% avec un objectif de 50% à l’horizon 2035. 10% à Kolda. 1.500.000 enfants exclus du système éducatif. 54% de taux d’analphabétisme dont 62% de femmes.

Au 6 janvier 2018, il n’y avait ni chirurgien, ni pédiatre encore moins d’anesthésiste et de gynécologue dans toute la région de Tambacounda.
Ils sont 269.000 jeunes sur le marché de l’emploi chaque année pour une offre qui ne dépasse pas 30.000 emplois.
Il y a un déficit de près de 600 magistrats.

Comment ne pas penser continent de « merde » quand l’étude du « The Lancet » nous dit que seulement 212 opérations sont pratiquées, en Afrique, pour 100.000 mille habitants par an, soit « 20 fois moins » que ce qui serait nécessaire pour couvrir les besoins vitaux de la population ? Qu’il n’y a qu’un chirurgien, qu’un obstétricien ou qu’un anesthésiste pour 100.000 habitants alors qu’il en faudrait entre 20 et 40. Le plus dramatique c’est qu’avec les dirigeants actuels de ces « pays de merde », on n’aperçoit pas le bout de la chaise anglaise.
L’incurie de Trump qui le dispute à son hypocrisie a soigneusement évité de parler de politiques et de dirigeants collabos de « merde». Car en réalité ce qui fait que Haïtiens, Nicaraguayens, Salvadoriens…fuient leur pays c’est que les États-Unis sont à ces contrées ce que la France sont au Mali, au Niger, à la Centrafrique, au Sénégal…un parasite qui laisse exsangue sa victime. Qui transforme, avec la collaboration des Macky Sall, Bongo, Eyadema, Compaoré, Ouattara, les diktats du Fmi et de la Banque Mondiale ces pays riches en or, en pétrole, en diamants, bauxite…en « shithole countries ».

« Pays de merde » est l’équivalent de pays à développer, à civiliser, à démocratiser pour en enlever la « merde» politique, économique, sociale. Autrement dit, il justifie pour les théoriciens d’hier et d’aujourd’hui l’interventionnisme impérialiste pour mieux faire main basse sur les richesses des pays et peuples dominés, exploités, spoliés et qui par cette alchimie impérialiste deviennent des « pays de merde ».

L’essentiel est ailleurs : la stratégie économique des Etats-Unis sous Trump pendant que les uns et les autres rongent constamment les os que ce président leur lance.
L’essentiel est ailleurs : la politique américaine des Etats-Unis sous Trump. Et c’est là où on se rend compte qu’il n’est pas si fou Trump au service des multinationales états-uniennes
« En 2010, la part des USA dans le PIB mondial était de 25%. Elle sera de 16% en 2025. En 2050, elle sera de 9% contre 33% pour la Chine et 8% pour l’Inde. Pour le nouveau président, le véritable défi sera de freiner, dans une tentative désespérée, le déclin annoncé de l’Empire américain. Et il sait bien que couvrir les océans de porte-avions déployant fièrement la bannière étoilée n’y changera rien. ». Ajoutons à ce rappel de Bruno Guigue que couvrir la toile de tweets n’y changera aussi rien. Ô rage Ô désespoir !

Mais laissons les yankees états-uniens avec leur désespoir et leurs problèmes.
La seule réponse pour l’Afrique digne est d’exiger « Africom, Go Home ! », « GI’s, Go Home ! », « France, Go Home » sur le plan monétaire, militaire (bases militaires), « EU, Go Home » sur les APE et autres accords néocoloniaux…Tout autre attitude n’est que contre le racisme de Trump n’est que pure comédie et tromperie.

Pour terminer et non conclure, donnons la parole à Odile Biyidi :
« La réaction offusquée bien pensante est, à mon avis, à côté de la plaque. Le Cameroun, Haïti sont objectivement des pays de merde, dans lesquels personne n'a envie de vivre, sauf les 2 % de prédateurs qui s'y engraissent. Voir Biya, offensé, se plaindre de cette appellation me semble une escroquerie. Il est la dame pipi pour que son pays reçoive la merde de Trump. Ce qu'il faut dire à Trump à propos de Haïti, c'est que c'est les USA, la France, qui ont fabriqué ce pays de merde par leur domination et leur racket.
Il faudrait que ce soit plus clair dans les réactions et les dessins.
Haïti est le merdier des USA, donc de Trump. La Libye est le merdier de Sarkozy et Cameron, etc. Il faut que Trump cesse d'aller mettre sa merde dans les pays qu'il appelle, à juste titre, pays de merde, c'est-à-dire là où les puissants vont chier, pour ne pas avoir à nettoyer chez eux. Il faudrait donc des dessins montrant Trump faisant caca dans un WC nommé Haïti, et non seulement s'essuyant avec du papier nommé Haïti, c'est-à-dire montrer la réalité et pas seulement s'offusquer de l'insulte. »

guymarius_sagna@yahoo.fr
Dakar, le 17 janvier 2018

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Actualités internationalesSat, 20 Jan 2018 21:24:13 +0000
L’EXPRESSION « CRISE ANGLOPHONE » EST LE CACHE-SEXE DE LA CONTESTATION DE LA FORME DE L’ETAT DU CAMEROUNhttp://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/881-crise-anglophone-contestation-etat-cameroun http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/881-crise-anglophone-contestation-etat-camerounL’EXPRESSION « CRISE ANGLOPHONE » EST LE CACHE-SEXE DE LA CONTESTATION DE LA FORME DE L’ETAT DU CAMEROUN

Jean de Dieu Momo Fo’o Dzakeutonpoug Douala le 30 Octobre 2017

Source site web de l'Alliance des Forces Progressistes pour l'Afrique-AFPA


C’est une habitude récurrente que nous avons héritée de la colonisation de dissimuler les maux de notre société dans des mots creux et trompeurs. Sans doute devons-nous pour une fois regarder la vérité en face et interroger la réalité de ce que nous dissimulons derrière l’expression la crise anglophone pour exposer que la réalité est la contestation populaire, et ce depuis longtemps, de la façon dont les affaires publiques sont conduites dans notre pays. Le favoritisme qui fait qu’on ne recrute que les gens d’une même région ou de sa famille, l’enrichissement illicite qui finalement apparaît comme le sport quotidien de ceux qui nous gouverne, l’usage abusif de la force publique pour braquer les populations sans défense et rendues en esclavage, ce qui fait dire à Achille Mbembe qu’au sommet de l’Etat les gouvernants vivent des détournements de deniers publics, de façon habituelle, extravagante et impunis, tandis qu’au bas de l’échelle, les petits fonctionnaires vivent sur l’habitant, c’est-à-dire que plus bas, le peuple est victime du braquage administratif chaque fois qu’il s’adresse à une administration pour un service. Tout est payant dans notre service public et cela est encouragé depuis le sommet de l’Etat, où patiemment les décideurs construisent un tel système de gouvernement de la jungle dans lequel les uns se nourrissent de la chair des autres.

Ce qu’on nomme crise Anglophone est-il différent des émeutes de la faim de février 2008 dans la partie francophone? Je crois qu’il s’agit de la même colère du peuple exprimée ici et là-bas pour désapprouver la colonisation interne pratiquée au sommet de l’Etat par les dirigeants. Continuer à poser le problème sous l’angle de la crise anglophone me semble réducteur, une façon pudique et honteuse de voiler la réalité : Ce qui se passe dans la zone anglophone, disons-le clairement, est la contestation de la forme actuelle de l’Etat.
La forme actuelle de l’Etat est le présidentialisme centralisée. Tout est centralisé entre les mains d’une seule personne, le chef de l’Etat qui apparaît finalement comme un monarque de droit divin, n’ayant de compte à rendre à aucun mortel, sinon, disons-le, à la France.
En m’inspirant du livre de la sommité internationale de science politique Bertrand Badie, L’Etat importé et du livre de l’autre sommité africaine en la même matière, le Professeur Agrégé de science politique Luc Sindjoun, L’Etat ailleurs, je voudrais m’exercer dans une étude explicative et compréhensive du problème dit anglophone et proposer un squelette des institutions politiques africaines au regard des formes de gouvernance importée.

Une socio histoire de notre continent en général et de notre pays en particulier montre que l’Afrique, avant son partage aux Etats occidentaux colonialistes à la conférence de Berlin était composée d’un ensemble de petits Etats dont la taille géographique de la plupart dépasse certains Etats Européens comme la Belgique et que les colonisateurs ont nommé péjorativement « village » et appelés nos Rois et Monarques « Roitelets ou Chefs traditionnels ». Et pourtant ces Etats étaient indépendants et autonomes les uns les autres, ils avaient une administration organisée autour soit du Fo’o ou Fon soit du Sultan, soit du Nongui ou du Morho-naba. Cette administration hiérarchisée fonctionnaient parfaitement et disposait des institutions comme la justice, (mon grand-père était juge à la cour royale), une armée également hiérarchisée (le Mezong), la police (Ntsouk), qui avait la particularité de porter les cagoules lors de ses opérations d’exécution d’une décision de justice, les organisations de la société civile etc. Qui dit organisation dit oligarchie selon Roberto Michels développant sa théorie de la loi d’Airain de l’oligarchie et de fait la société était hiérarchisée et stratifiée en clan et sociétés secrètes. Les échanges commerciaux se faisaient entre les peuples à travers le troc ou la monnaie Cauris. Les différends entre ces Etats conduisaient parfois à des guerres lorsqu’ils n’étaient pas résolus par voie pacifique et diplomatique. L’Afrique a ainsi vécu des millénaires d’années jusqu’à l’arrivée de l’esclavage qui a décimé sa population.
Sous les encouragements des auteurs français s’adressant à l’Assemblée Nationale comme Jules Ferry, Lamartine, Alexis de Tocqueville ou Victor Hugo qui leur demande de s’emparer de l’Afrique, cette vaste terre immobile qui entrave la marche de l’histoire, d’y déposer leur surplus de chercheurs d’emplois et de faire de leurs « prolétaires des propriétaires ». Et à la suite des rapports des Explorateurs aventuriers comme Livingstone, Stanley, Savorgnan de Brazza, les pays occidentaux commencèrent à s’installer en Afrique et à y construire des comptoirs coloniaux. Pour éviter aux Etats de se faire la guerre entre conquérants de l’Afrique, Bismarck les invita au congrès de Berlin de 1884-1885 pour se partager l’Afrique. C’est ainsi que chacun délimita sa portion du gâteau africain. Le Kamerun ainsi que nommèrent les Allemands cette partie que nous habitons, nom issue du portugais qui avait vu plus tôt de nombreux crevettes dans le Wouri et surnomma ce fleuve Rio Dos Camaroes, les Allemands nommèrent ainsi leur partie du territoire du nom de « Kamerun ».

Ayant perdu la première guerre mondiale, leurs possessions africaines furent confisquées par la Société des Nations et donnée à l’administration française et anglaise. Ainsi, sous ces deux puissances alliées, le Kamerun devint Cameroun oriental pour les français et Cameroon Occidental pour les anglais.
Deux systèmes de gouvernement y furent importés : Le système anglais avec l’indirect rule et le parlementarisme avec un premier ministre et pas de Président de la République. Le système français, centralisé, avec un pouvoir central fort, un présidentialisme fort, celui du Général Charles de Gaulle, vainqueur de la deuxième guerre mondiale.

Les anglais rattachèrent leur quotte part du pays au Nigeria et l’administrèrent avec le Nigeria comme leur propre pays. Il n’y avait pas de président de la République mais un premier ministre. Sa gracieuse Majesté La Reine étant en Angleterre. L’argent qui avait cours dans cette partie du pays était le shilling, le système scolaire était celui des anglais, le système juridique était et reste le common law. Les étudiants brillants furent formés au Nigeria dans le système scolaire anglais. Ainsi en sera-t-il des leaders du Southern Cameroon Endeley, John Ngu Foncha, Tadeng Muna, et leurs progénitures etc.
Les français quant à eux nommèrent un Haut-commissaire et une administration dans le Cameroun français avec des chefs de Subdivision, une institution judiciaire avec les lois de la quatrième République dont le code d’instruction criminelle en vigueur au Cameroun jusqu’en 2007 et qui est en fait l’Ordonnance française répressive du 18 février 1838. On peut voir ces lois, dont la France elle-même n’appliquait plus certaines, dans le Bouvenet, du nom du Greffier français qui les assembla dans quatre tomes. Les écoles furent ouvertes et utilisaient le système scolaire français. Les leaders camerounais, André Marie Mbida, Amadou Ahidjo, Charles Assalé, Charles Okala. Daniel Kemajou, Nya Thadee, Djoumessi Mathias et les autres fils du Cameroun, formés dans le système français, complètement diffèrent du système anglais.

La deuxième guerre mondiale éclata alors que la France et l’Angleterre administraient le Cameroun, chacun de son côté comme déjà dit supra. Le général de Gaule rejeta la capitulation et alla chercher du secours en Grande Bretagne où il sollicita l’aide du Premier Ministre Winston Churchill. Rassuré par le soutien anglais, il va lancer le fameux appel du 18 juin aux français dans lequel il leur dit notamment que « la France a perdu une bataille mais elle n’a pas perdu la guerre ». Il s’en alla au Sénégal pour tenter de constituer une armée de noirs africains, mais il ignorait que les français qui occupaient le Sénégal obéissaient aux ordres du Marechal Pétain, lequel avait capitulé et accepté de collaborer avec les Allemands. Aussi l’accueil du Général au Sénégal ne fut pas celui qu’il avait escompté. De fait son bateau reçu le feu des canons et il fut pourchassé par les français demeurés fidèles au Marechal Pétain. Il continua néanmoins courageusement sa quête en direction du Cameroun où il fut accueilli par le Colonel LECLERC qui, répondant à son appel, avait regroupé un certain nombre de jeunes noirs robustes, solides et « volontaires », prêts à aller faire la guerre en France pour libérer la mère patrie.

Ces Africains aidèrent la France à gagner la guerre pendant laquelle le Général de Gaulle avait établi la capitale de la France libre au Congo Brazzaville, ville à partir de laquelle il signa en janvier – février 1944 les premières Ordonnances autorisant les syndicats des travailleurs à exercer. C’est à partir de cette capitale de la France libre que le Général promis l’autodétermination aux Etats africains après la guerre.
Mais après celle-ci, la France entreprit, après la conférence de Brazzaville dans laquelle les Etas africains avaient été piégés par les mots (leurs mots dissimulent nos maux), de donner une indépendance sous tutelle à ces Etats. Pour bien montrer qu’il s’agissait d’une injonction et non d’un choix effectif, elle ne ménagea aucun effort pour combattre et embêter de toutes les façons la Guinée dont le président Sékou Touré lui avait dit NON.

Aux Etats dociles qui avaient accepté l’indépendance sous tutelle, le Cameroun, la Côte d’ivoire, le Sénégal entre autre, la France transposa ses institutions. A la présidence de ces Républiques souvent qualifiées de bananières, elle prit le soin de mettre des personnes qui pourraient lui obéir sans discuter. C’est ainsi qu’au Cameroun elle écarta depuis 1958 André Marie Mbida qui avait eu l’outrecuidance de critiquer l’apartheid qui s’installait au Cameroun où il y avait des boulangeries interdits aux noirs et aux chiens ! Elle écarta en le tuant carrément, le Secrétaire Général du parti de la gauche camerounaise, un parti de masse, UM NYOBE de l’UPC qui fut interdit d’exercice par Mesmer, ses leaders furent pourchassés et massacrés. La gauche camerounaise fut victime d’une véritable répression qui se poursuit encore de nos jours, ses leaders victimes d’une chasse à l’homme durent s’exiler. Il n’empêche qu’ils furent pourchassés jusque dans leur exil. La France installa au pouvoir au Cameroun le Président Ahmadou Ahidjo.

L’institution de la présidence de la République fut copiée sur celle de la France mais avec cette particularité que la constitution du Cameroun indépendant était celle de la quatrième République et non celle de la cinquième République comme il nous a été enseigné à l’université. La France a voulu conféré au jeune Etat et à son président des pouvoirs forts, soit disant pour mater la rébellion à laquelle il faisait face mais en réalité il y avait un véritable calcul politique dans le choix des constitutions africaines.
En dotant le Cameroun de la constitution de la quatrième République, la France désirait mettre entre les mains d’un seul homme les pouvoirs monarchiques. La centralisation des pleins pouvoirs entre les mains du président camerounais favorisera ainsi la prédation de son pays. De sa seule signature, le président peut engager le Cameroun, sans avoir besoin que le parlement ou l’assemblée nationale ratifie. Il peut de sa seule initiative donner le port à un seul individu comme Bolloré, on l’a vu en côte d’ivoire avec le président Laurent GBAGBO qui voulait entrer dans les bonnes grâces de la France et plus proche de nous lors d’un diner nocturne. Le système centralisé permet la prédation des pays africains à la fois par la tutelle et par leurs représentants locaux qui réduisent leurs peuples démunis en esclavage, il permet aux puissances prédatrices de tenir en otage le président de la république qui peut être changé à tout moment s’il désobéit, pour être remplacé par un candidat plus obéissant. C’est d’ailleurs pourquoi les candidats africains et camerounais en particulier battent plus campagne en France qu’au pays. D’ailleurs certains candidats présidents ne vont même pas en campagne comme les candidats de l’opposition, et pour cause ce n’est pas le peuple qui les élit.

A contrario, le système anglais est le système parlementariste. Ici c’est le parlement qui tient l’essentiel du pouvoir. Ce sont les députés directement, élus du peuple, qui agissent et tiennent le pouvoir dans le pays. Il est plus facile de corrompre ou de faire chanter un seul homme, le président de la République, pour avoir tel avantage que de corrompre, on va dire 280 parlementaires soit 180 députés et 100 sénateurs. C’est pourquoi lorsque dans un système mixte comme celui de l’Afrique du Sud, qui est semi présidentiel semi parlementaire, le Président Jacob Zuma a décidé de quitter la CPI mais le parlement Sud-Africain s’y est opposé et a rejeté la décision de Jacob Zuma., Alors que dans le système présidentialiste fort du Burundi hérité de la colonisation, l’exécutif a pu seul décider de la sortie du Burundi de la CPI.
Les institutions importées ont obéit à la logique politique d’exploitation de l’Afrique et n’ont jamais été dans un but philanthropique comme on l’a laissé croire. La preuve en est que 60 ans après les soit disant indépendances, le Cameroun, ce scandale géologique, ce paradis terrestre peine à nourrir ses 26 millions d’habitants, à les soigner, à leur donner de l’éducation.

Les institutions militaires encadrées par les instructeurs militaires français sont orientées vers la protection de l’exploitation du Cameroun par la tutelle. Les instituions policières aussi sont là pour s’assurer du silence du peuple et de son obéissance totale. Notre armée a été faite pour réprimer toute tentative de rébellion du peuple camerounais rassemblée dans les partis de gauche. En effet Maurice Duverger, dans sa classification des partis politique distingue deux sortes de partis, les partis de Cadre qui sont formés des intellectuels et hauts cadres de la république, les banquiers les élites et des bourgeois. A l’Assemblée nationale française ils siègent à Droite et c’est pourquoi on les appelle en France les partis de la Droite. De l’autre côté, il y a les partis de Masse, les partis de la masse ouvrière, des pauvres qui s’organisent pour faire entendre leurs revendications. Ils sont souvent assis à gauche dans l’assemblée nationale française. Ce sont les partis de l’international socialiste, les partis communistes. Aux Etats unis le parti de Cadre ce sont les Républicains, conservateurs, esclavagistes et négriers. Le parti de Masse est le parti Démocrate, le parti des pauvres et des noirs, le parti d’Obama.

Au Cameroun le Général de Gaule qui est le fondateur de la Françafrique, a installé le parti de la Droite gaullienne et sarkozyenne sous l’appellation de l’UNC, dont les démembrements se déclinent en RDPC, UNDP, UDC, je vous laisse citer les autres que vous reconnaitrez facilement. Ces partis veulent changer Paul Biya par Biya Paul, sans rien toucher au système et surtout en gardant intacte la tutelle, C’est pourquoi ils vont déclarer leur candidature en France pour se faire nommer. Ils ne sont pas au service du peuple comme on l’a vu depuis 60 ans mais à celui de leur tuteur.

Les partis de la gauche comme hier, et hier c’est aujourd’hui, veulent toujours la réunification et l’indépendance. Le peuple camerounais a perdu une bataille en 1960 avec la répression et l’assassinat de ses leaders, mais il n’a pas perdu la guerre. Et c’est pourquoi nos frères anglophones, qui en ont marre de la tutelle qui fait en sorte que leurs Régions ne se développent pas, veulent plus que jamais le fédéralisme, à défaut la sécession. Ils posent le problème simplement, la France et la République du Cameroun exploitent le pétrole qui sort des entrailles de leur territoire depuis 1970 mais ils n’ont aucune infrastructure routière, aucune université, aucune industrie et en plus ils sont colonisés et francophonisés de force. Et pourtant, pendant l’Etat fédéral, ils disposaient de leurs propres Caterpillars pour construire leurs routes, ils disposaient de leurs petits moyens pour construire leurs écoles, leurs dispensaires et depuis qu’on a mis tout en commun, ils ne bénéficient plus de rien.

Ces institutions importées, et j’oublie les écoles qui les forme comme l’ENAM, l’EMIA, n’ont pour principal objectif que d’être le substitut du colon. Ceux qui en sortent disent qu’ils ont remplacé le blanc mais ce n’est pas vrai, ils l’ont substitué pour mieux le servir. Ils ont tous été pris au même piège que les Etats africains en 1960. Certains se sont encanaillés et se complaisent dans la posture du prédateur de leur propre peuples, d’autres heureusement se débattent pour se libérer de l’étreinte françafricaine, tel le cas de Mamadou TAMDJA au Niger qui pour avoir revendiqué que la France augmente le prix de l’uranium qu’elle lui « achète », a été débarqué et mis en prison. Tel le cas de Thomas Sankara qui osé contester la dette et qui a payé de sa vie etc.

Toutes ces institutions occidentales ont remplacé les institutions « traditionnelles » africaines qui pourtant ont fonctionné pendant des milliers d’années et régulé nos sociétés avec plus ou moins de bonheur.

Dans la recherche de solution pour le problème anglophone qui en vérité est le problème de tout le peuple camerounais et plus précisément le problème qui devrait préoccuper les partis de la gauche camerounaise, j’ai proposé la constitution d’un Etat fédéral et parlementaire avec 58 Etats fédérés, Chaque Département devant constituer un Etat fédéré. Cela a fait sourire. Mais cela m’a rappelé la condamnation à vie du savant Italien Galileo Galilei lorsqu’il avançait une hérésie comme quoi la terre tourne sur elle-même. Il dut renoncer à ses convictions scientifiques pour que sa peine soit commuée en assignation à résidence. Et pourtant elle tourne.

Je persiste donc et signe que si l’objectif visé est bien le développement harmonieux et équilibré du Cameroun en vue de son émergence rapide, nous devrons sérieusement mettre en laboratoire cette proposition qui a l’avantage d’évacuer le tribalisme, le népotisme et le clientélisme. La superficie géographique de chacun de nos actuels Départements dépasse l’Etat du Lesotho et beaucoup, comme le Noun ou le Mbam, dépasse en superficie la Belgique. L’Allemagne est un Etat fédéral avec 16 Etats fédérés et pourtant sa superficie est plus petite que le Cameroun.

Si cette solution n’agrée pas, il reste celle d’un Etat fédéral ayant 4 Etats fédérés selon les quatre aires culturelles de notre pays, l’ouest et le Nord-Ouest, le Littoral et le Sud-ouest, le grand Nord et le grand Est. Chacune de ces aires a en partage la même culture. Toutes les parties du Cameroun disposent chacune de sa spécificité et de ses richesses. A l’Ouest l’agriculture, la Bauxite, le calcaire, le fer et la Houille, au Littoral le pétrole, le fer, le calcaire, l’agriculture, la pêche, l’eau, le sable qui est une perle rare ailleurs et que les bateaux sous-marins viennent nous voler nuitamment, le grand Nord avec l’uranium et d’autres minerais, l’agriculture etc, le grand Est avec l’Or, le diamant, le fer, le bois et sa forêt poumon d’Afrique.
Mais je ne suis pas séduit par ce découpage auquel je préfère le découpage de 58 Etats qui permet le développement rapide du Cameroun tout en évitant sa prédation externe et interne et qui reflète les milliers d’Etats qui constituaient l’Afrique avant le partage au Congrès de Berlin. Il est clair que la centralisation organise le grenier de réserves pour les pays occidentaux. Ils ne veulent pas que nous exploitions nos ressources du sous-sol pour notre développement maintenant, se les réservant ultérieurement pour eux, comme leur grenier a provision.

Pour la mise en œuvre du système parlementaire que je préconise, je propose la revalorisation de nos Royaumes ou chefferies, terme péjoratif que leur ont donné les colonisateurs. Ils ont tous gardé leurs Rois et leurs Reines. Ainsi en est-il de la principauté de Monaco, des Royaumes d’Espagne, de Belgique, des Pays Bas etc. La revalorisation de nos Rois est importante car l’Afrique obéit à ses traditions ancestrales, j’ai beau être diplômé de science politique et avocat international, je m’incline devant le Chef supérieur Bafou que je considère comme mon Roi, malgré qu’il soit plus jeune que moi et n’a pas mes diplômes. Si nos souverains bénéficient d’une formation appropriée en politique, en économie et en diplomatie comme les leurs avaient des précepteurs, ils pourraient jouer un rôle diplomatique important dans la conquête du marché mondial.

Lorsque j’ai organisé le jumelage entre la ville d’Halluin en France et la ville de Nkongzem dans Nkong-ni, je m’étais fait accompagner par les deux chefs Bafou et Baleveng et j’ai bien remarqué qu’ils ont suscité l’intérêt de nos partenaires. Et le folklore qui a entouré leur présence, avec les compatriotes venus de toute la France assister à l’évènement dans leurs habits d’apparat, a durablement marqué les esprits ainsi que la ville hôte. J’imagine le même engouement avec nos sultans du Nord et nos Nomgui du Sud et de l’Est. Si nos souverains, qui étaient les véritables chefs d’Etats ayant signé avec les colonisateurs le traité germano-Douala, si leur rayonnement était rétabli, cela nous apportera une plus-value dans la conquête de notre souveraineté internationale et notre développement. Les questions de politiques intérieures et d’économie seront du ressort du premier ministre, chef du gouvernement. Exit donc le président de la République et le présidentialisme.

Il est évident pour moi que les hypocrites qui s’accrochent à la décentralisation veulent garder leurs privilèges au détriment du développement de notre pays, car si cette décentralisation n’a pas été mise en œuvre depuis la conférence tripartite de 1991, soit depuis 26 ans, c’est parce que la centralisation nourrie bien son homme vautour. Or précisément le droit constitutionnel enseigne que le fédéralisme est la forme le plus achevée de la décentralisation. Alors pourquoi demander moins quand on peut obtenir plus pour le même prix ? Il est hors de question de revenir parler de la décentralisation 26 ans après car ils ont voulu ruser avec le peuple souverain. Voyant venir la fin de leurs privilèges exorbitants avec la mise en place du fédéralisme, certains s’évertuent aujourd’hui à faire la promotion de la décentralisation qu’ils ont confisquée depuis 26 ans. Pourquoi ? Parce que la Centralisation fonctionne comme l’institution du Délégué du Gouvernement aujourd’hui.

En effet, prétextant que les élus du peuple sont analphabètes et inaptes à gouverner, et donc à bien gérer les finances publiques, on a mis à la tête des Communes d’Arrondissement un Délégué du Gouvernement qui gère tout l’argent et dispose de tous les pouvoirs, de sorte que les élus du peuple n’ont aucun moyen ou peu de moyens pour développer leurs Arrondissements. Pratiquement, l’argent vient de Yaoundé et reste dans les caisses de la communauté urbaine qui le gère pour faire des réalisations dans les Arrondissements. Ainsi si une route se détériore dans un Arrondissement, il faut attendre le Délégué du Gouvernement. Si un Maire demande le Caterpillar pour niveler sa route, on lui dit que ce Caterpillar travaille dans un autre Arrondissement et qu’il faut attendre. Et quand les Maires demandent au Délégué du Gouvernement de leur remettre à chaque Mairie sa dotation pour faire ses travaux, ils essuient un refus. N’est-ce pas le même problème que les anglophones dénoncent ? Si chaque Arrondissement avait sa petite cagnotte, si chaque Etat fédéré avait la liberté de disposer de son petit budget, il s’emploierait à mieux satisfaire sa population et partant ses électeurs qui peuvent le sanctionner dans l’isoloir. Or est-ce que l’électeur peut sanctionner un Délégué du Gouvernement nommé par le président de la République ? Est-ce que l’électeur camerounais peut sanctionner véritablement dans l’isoloir un président de la République installé par la France ? Non. Dont acte. Il est clair que les gens qui nous gouvernent sont illégitimes et partant ont nommé dans l’administration importée des personnes tout aussi illégitimes qui ne doivent rien au peuple mais à leur créature. Ils ne peuvent en conséquence se sentir astreint à œuvrer pour notre développement. Ce n’est pas le cas de nos chefs traditionnels qui mobilisent au quotidien leurs populations dans des actions des comités locaux de développement et que nous devons réhabiliter par ce qu’ils sont plus soucieux du développement de leur terroir. De notre pays.

Le conflit actuel est la reprise dans la continuité des hostilités engagées depuis 1960 et notre peuple, malgré la répression idéologique et la répression armée de ses leaders assassinés et martyrisés, prend fait et cause pour le problème anglophone pour en faire sien car c’est un problème de gouvernance général de notre pays, qu’il s’appelle République d’AMBAZONIE, en relation avec la Baie d’Ambas que les Dualla chantent et dansent Ambassibay avec Salle John ou Koti François, ou Cameroun (Kamerun) comme les crevettes de Camaroes. D’ailleurs la répression omniprésente fait que beaucoup ont du mal à quitter un nom donné par les colons. C’est ici que chacun doit choisir et prendre position entre la continuité sous la tutelle françafricaine et la rupture des liens coquins mais néanmoins dans la coopération gagnant-gagnant qui respecte notre souveraineté internationale. C’est ici que chacun, maintenant éclairé, doit choisir son parti politique, entre la gauche patriotique et indépendantiste et la droite prédatrice et françafricaine. Mais il ne faut pas perdre espoir, bien au contraire il faut sauver les présidents illégitimes malgré eux et les libérer des engagements occultes avec la tutelle. C’est le devoir de tout peuple opprimé de se battre pour sortir de la répression. La prise de la Bastille est un devoir impérieux du peuple et de son armée. Vaincre ou périr tel est son destin. Les Blancs se sont partagés l’Afrique depuis 1884 seulement, cela ne fait que 133 ans contre plusieurs millénaires d’existence du berceau de l’humanité avec nos Rois.

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Actualités internationalesSat, 04 Nov 2017 04:37:53 +0000
Guy Marius Sagna : « La lutte contre le franc CFA est également l’occasion de réfléchir à la transformation démocratique de nos Etats »http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/880-marius-lutte-cfa-transformation-democratique http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/880-marius-lutte-cfa-transformation-democratiqueGuy Marius Sagna : « La lutte contre le franc CFA est également l’occasion de réfléchir à la transformation démocratique de nos Etats »

Coordonnateur de la plateforme «Non aux APE», Guy Marius Sagna est une figure montante de la société civile sénégalaise. Dans cet entretien, il réaffirme la nécessité du combat contre l’impérialisme et ses attributs que sont : le franc CFA, les APE, les bases militaires…

Le 16 septembre dernier, vous étiez parmi les manifestants anti franc CFA au Sénégal. Le combat contre cette monnaie est-il la continuité de celui contre les APE que vous menez depuis des années?

En octobre 2014 un certains nombre d’organisations ont mis sur pied à Dakar lors du Forum social africain la Coalition nationale Non aux APE qui, comme son nom l’indique, se bat contre les accords de partenariat économique entre l’Union européenne (UE) et les pays Afrique Caraïbe Pacifique (ACP) en général, celui entre l’UE et les pays d’Afrique de l’Ouest en particulier. Jusqu’en décembre 2016, nous ne parlions que d’APE. Avec d’autres organisations, la Coalition nationale Non aux APE a appelé à une manifestation contre les APE et le franc CFA le 07 janvier 2017 à Dakar. Le comité d’organisation de cette manifestation s’est constitué comme le comité d’initiative d’une plateforme regroupant plusieurs organisations qui se réclame du panafricanisme révolutionnaire, c’est-à-dire du panafricanisme qui estime que l’unité doit être vue sous l’angle de « l’union libre des peuples libres d’Afrique ». Autrement dit un panafricanisme qui pense que la mission historique du moment est la transformation structurelle des relations entre l’Afrique et le reste du monde en plaçant les questions de souveraineté économique et de souveraineté démocratique au cœur du débat et du combat politiques.

Le comité d’initiative, en attendant l’Assemblée générale constitutive de cette plateforme, s’est donné le nom de Front anti APE anti CFA. Voilà pourquoi depuis au moins janvier 2017, en plus de parler des APE, nous parlons du franc CFA en attendant de parler des bases militaires étrangères et des accords de défense tout aussi néo coloniaux. C’est pourquoi nous étions présents le 16 septembre dernier à la manifestation de Dakar contre le franc CFA avec beaucoup de bonheur aux côtés des membres de Y’En A Marre, d’Urgences panafricanistes…et que nous avons encouragé les manifestations devant se tenir le même jour à Kaolack et Tambacounda. Elle ont été interdites par le proconsul de la Françafric qu’est le président Macky Sall.

Notre porte d’entrée pour renforcer la sensibilisation et la mobilisation de nos peuples contre l’impérialisme a été l’APE. Mais il était clair pour nous dès le début que cela allait évoluer rapidement vers la dénonciation des autres instruments de domination des peuples africains. La publication de l’ouvrage « Sortir l’Afrique de la servitude monétaire » par Kako Nabukpo, Martial Ze Belinga, Demba Moussa Dembele et Bruno Tinel et la réponse du président sénégalais Macky Sall en visite en France a été pour beaucoup dans l’accélération de la prise en charge de la question du franc CFA. Le combat contre le franc CFA néocolonial qui vient s’ajouter à celui contre les APE est notre contribution à la révélation, pour notre décolonisation, de la deuxième pièce du puzzle néocolonial.

Le fait que nombre de militants anti-CFA roulent en Peugeot, carburent chez Total, utilisent Orange, etc., ne vous fait-il pas douter de l’issue favorable de ce combat pourtant légitime ?

Le développement des consciences des opprimés est un processus inégal qui fait qu’à tel moment, tel peuple est plus en avance dans la compréhension des enjeux, que telle autre fraction du peuple. De même, cette inégalité du développement des consciences fait que telle question et non telle autre les amène plus facilement et vite à l’anti impérialisme que telle autre. Les peuples, et donc les militants pour la souveraineté monétaire, sont différemment sensibles aux nombreux instruments de leur oppression. A tel moment ils sont plus sensibles à la langue, au commerce, à d’autres à la monnaie, aux bases militaires étrangères…

Il y a encore du travail d’information, de sensibilisation à faire. Mais nous sommes d’un optimisme révolutionnaire quant à la réalisation de la révolution anti-impérialiste.

Le boycott des produits français au profit du « made in Africa » ne ferait-il pas plus de mal à l’impérialisme français que des marches et autres autodafés de billets de banques ?

Nous respectons toutes les propositions notamment celle de boycott suggérée par des concitoyens sympathisants. Cette proposition a d’ailleurs été faite aussi par certains de nos camarades de lutte. C’est une contribution à l’élaboration d’un plan de lutte pour l’accélération de la sortie du franc CFA néocolonial. Il y a le souci d’identifier le maillon faible par lequel nous libérer de la chaine du Franc CFA néocolonial. De notre point de vue, rien n’est exclu. Il faudra juste apprécier l’opérationnalisation des différentes propositions de mot d’ordre, la possibilité pour qu’un nombre non négligeable de nos concitoyens se l’approprie…Même sans la lutte contre le franc CFA nous devons appeler au patriotisme économique. Dans cette perspective, mêmes les Etats invitent théoriquement les peuples à consommer ce qu’ils produisent et à produire ce qu’ils consomment. La réalité est qu’aujourd’hui, si les populations devaient suivre un appel au boycott et donc ne pas consommer des produits étrangers en général et français dans le cas d’espèce, quelles alternatives seraient proposées aux populations ? Les alternatives sont-elles disponibles (existent-elles et suffisamment) ? Sont-elles accessibles (leurs prix) ? Nous allons poursuivre la réflexion collective.

Nous pensons que toutes les formes de lutte ont leur importance. Chacune frappant davantage telle cible que telle autre. Mais toutes concourent à renforcer la sensibilisation, la mobilisation et donc l’édification d’un rapport de force qui impose aux dirigeants collabos d’écouter le mot d’ordre « France Dégage ! », ou qui les dégage eux-mêmes pour propulser au devant des dirigeants à l’écoute des aspirations de nos peuples.

Quelques soient les formes de lutte adoptées alternativement ou en combinaison, l’objectif est de faire que les larges masses africaines puissent dire : « France Dégage » !

En demandant la sortie de la France du Conseil d’administration des banques centrales « émettrices » du franc CFA, vous semblez prôner une révolution par étapes. Pour vous, le franc CFA peut être maintenu si on revoie le mécanisme de son fonctionnement?

Aujourd’hui l’alternative la plus concrète et la plus crédible au franc CFA s’avère être une monnaie unique pour la CEDEAO. Or ce projet ne peut aboutir, si l’on n’est pas aventuriste, que par étape. Il est vrai cependant que son extrême lenteur, qui ne remet pas en cause un passage par étapes, pose la question de la volonté politique particulièrement des pays de l’UEMOA notamment ceux anciennement colonisés par la France au premier rang desquels le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

Tout en notant la posture objectivement intéressante du président tchadien, pour les abolitionnistes que nous sommes, la difficulté que nous avons est que celles et ceux qui se battent contre le franc CFA néocolonial n’ont pas le pouvoir dans les pays africains de la zone franc (PAZF) et donc ne contrôlent pas les reports de l’avènement de la monnaie unique de la CEDEAO qui sont des stratagèmes pour renvoyer aux calendes grecques cette monnaie unique ou donner aux général De Gaulle et Léopold Sédar Senghor d’aujourd’hui le temps de terminer leur nouveau projet de communauté franco-africaine qui permettra de faire « partir » le néocolonialisme monétaire afin de mieux le pérenniser.

En même temps, dans le débat que les différentes générations d’opposant(e)s au franc CFA néocolonial ont réussi à imposer, nous sommes confrontés à deux éléments. D’une part, les contre arguments fallacieux des collabos à l’impérialisme français selon lesquels le franc CFA est une bonne monnaie. Ils sous-entendent certainement qu’elle est bonne mais pour la France impérialiste. D’autre part, nous faisons face aux interrogations légitimes de nos concitoyens qui se demandent ce que nous proposons à la place du franc CFA néocolonial.

Nous soutenons le projet de monnaie unique de la CEDEAO mais dont nous ne contrôlons pas pour l’instant le processus. Et nous ne nous battons pas pour une sortie du franc CFA néocolonial nous conduisant vers des monnaies nationales.

Nous pensons que cette situation nous impose deux choses. La première est de préciser, qu’au-delà de sa dénomination, c’est la néoconialité du franc CFA qui nous importe. Or, quels sont les éléments qui garantissent ce caractère néocolonial ? Il y a la présence de la France dans les différents conseils d’administration des banques centrales où elle a un droit de veto qui lui permet d’influer sur la politique monétaire et économique des PAZF, la détention de nos réserves de change par le Trésor public français…

C’est la raison pour laquelle nous disons qu’il faut sortir du franc CFA sous tutelle française. En attendant de manière dynamique l’avènement de la monnaie unique ou commune de la CEDEAO nous disons que pour sortir de ce franc CFA néo colonial il nous faut :

-Sortir la France de nos conseils d’administrations. Réaliser donc un « France exit » (Frexit). Et dans cette perspective nous lançons le mot d’ordre de France Dégage ! dans une de nos langues nationales au Sénégal cela donnerait France Na Dem!

-Rapatrier nos réserves de change

-Fabriquer nos billets de banque et nos pièces de monnaie dans un PAZF

Autrement dit, nous devons sortir du franc CFA néocolonial en le transformant, transitoirement, en franc CFA libéré du protectorat français par la réalisation du France dégage ! Et la réalisation du Frexit ne demande pas la mise sur pied de la ZMAO, de l’ECO, le respect des critères de convergences…
Réaliser cela nous permettra de nous retrouver avec un franc CFA émancipé de la France. Un franc CFA butin de guerre des pays qui l’auront en partage.

Pensez-vous que les dirigeants de l’Afrique francophone qui ne sont pas des modèles en matière de gestion des biens publics pourront mieux gérer une monnaie nationale ?

Votre question pourrait sous-entendre que le franc CFA néocolonial est bien géré ou que sa décolonisation pourrait aboutir à une moins bonne gestion. Mais pour les peuples dominés, opprimés et les résistants à l’oppression monétaire cela n’a pas de sens de parler de « bonne gestion » de l’oppression ou de « pire gestion » de la liberté.

Le problème des pays et peuples dominés en général, de l’Afrique francophone en particulier, n’a jamais été fondamentalement un problème de femmes et d’hommes politiques soucieux de la sortie du sous-développement. Ceux-ci existent et ont toujours existé. Mais le problème est le système économico-politique tenu par la sainte alliance impérialistes-collabos qui opprime les peuples et empêche les résistants et porteurs d’alternatives de contrôler le pouvoir par et pour les peuples.

Nous ne voyons pas pourquoi subitement ces (et non « les ») dirigeants de l’Afrique francophone – je préfère d’ailleurs le terme « collabos » – qui ont montré à souhait leur caractère antinational, antidémocratique, antipopulaire (tout est lié), feraient preuve d’un îlot de gestion démocratique monétaire dans un océan (santé, éducation, sécurité…) de gestion antidémocratique. Mais justement : c’est quoi la bonne gestion d’une monnaie ? Pour nous une « bonne gestion » n’est pas la meilleure expression. La meilleure expression est une « gestion démocratique » c’est-à-dire une gestion par et pour le peuple. Ce n’est pas pour rien que la Banque mondiale interdit à ses agents l’utilisation du terme « démocratie » par l’article IV section 10 de ses statuts.

Mais ajoutons aussi que la souveraineté monétaire arrachée ne règle pas ipso facto celle de sa gestion démocratique même si la monnaie décolonisée est gérée par des femmes et des hommes qui, dans l’étape précédente étaient, résolument anti-impérialistes. La souveraineté, comme résultat de la révolution anti-impérialiste est une étape importante à conquérir dans les meilleurs délais mais pas la panacée. Car après il faudra notamment se poser la question de savoir : souveraineté monétaire au profit de qui ? D’un pays ou d’un groupe de pays comme en zone Euro? Une souveraineté monétaire au service des oligarchies sénégalaise, ivoirienne, nigériane, ghanéenne ? Ou au service des classes paysannes, ouvrières et populaires africaines ? En réalité ces questions se posent et doivent être résolues aujourd’hui même dans le processus de la lutte pour la seconde phase de décolonisation du continent en général, des PAZF en particulier. Justement, profitons de l’occasion pour dire que c’est à ce niveau que certains d’entre nous essaient, avec raison, de convaincre les autres anti-impérialistes qui, sans se réclamer du libéralisme se réclament selon leur propos du pragmatisme pour résumer les politiques qu’ils vont appliquer après avoir libéré nos pays. Or il n’est pas raisonnable d’attendre d’avoir arraché la souveraineté monétaire pour se poser la question léniniste : Que faire ?

Aujourd’hui, la gestion anti-démocratique de nos systèmes de santé, d’éducation…ne saurait justifier a-postériori la colonisation ou disqualifier l’action de nos dignes prédécesseurs pour l’indépendance. De la même manière, le risque réel d’une gestion anti-démocratique de nos monnaies décolonisées par les dirigeants qui seront en ce moment au pouvoir ne saurait justifier la pérennisation de ce franc CFA néocolonial.

Cela nous amène à affirmer que la lutte contre le franc CFA néocolonial est également l’occasion de réfléchir à la transformation démocratique de nos Etats, de réfléchir aux rapports entre les chefs d’Etat, les banques centrales et les peuples. Quels pouvoirs directs auront les peuples pour contrôler leur monnaie quand nous sortirons du franc CFA néocolonial en sortant la France des conseils d’administration ? Référendum d’initiative populaire ? Pétitions ? Si nous ne réglons pas cela, nous risquons d’avoir une monnaie contrôlée par des technocrates et des élites politiques qui utiliseront cette souveraineté monétaire acquise au service de leur classe, à savoir la bourgeoisie bureaucratique. C’est en cela que le processus actuel menant à la monnaie unique de la CEDEAO est anti-démocratique. Et la lutte contre le franc CFA néocolonial offre l’opportunité aux peuples de refuser la reproduction des schémas monétaires anti démocratiques, anti populaires vus par exemple dans la zone Euro.

Justement, lutter pour arracher la souveraineté monétaire, mais également les autres pans de notre souveraineté, nous permet d’approfondir, d’aborder des questions qui jusque là étaient savamment séquestrées. Cette lutte libère la réflexion, la parole et l’alternative monétaire.

Quels sont les dangers que représentent les APE pour les économies africaines ?

Les APE présentent au moins trois dangers. D’abord ils vont entrainer des pertes importantes de recettes douanières qui vont entrainer la réduction du budget des d’Etats dont l’écrasante majorité fait partie des pays les moins avancés (PMA). Ces pays vont avoir plus de difficultés avec les APE pour faire face aux besoins des peuples dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la sécurité…Ensuite les marchandises en provenance de l’UE ne payant plus de droits de douane coûteront beaucoup moins chères et concurrenceront par conséquent les productions locales et augmenteront le chômage, la pauvreté, la dépendance alimentaire…Enfin, adopter les APE par exemple celui de l’Afrique de l’Ouest, limité au commerce des marchandises, c’est adopter aussi une clause dite « de rendez-vous » relative aux autres sujets, indiquant que « 6 mois après la conclusion du présent Accord, les Parties conviennent d’une feuille de route précisant le calendrier et les modalités » des « négociations en vue de parvenir à un accord régional complet » (article 106).

Le cocktail APE-franc CFA-ressources naturelles va être mortifère pour un pays comme le Sénégal qui sera atteint de la maladie hollandaise. Il va renforcer les importations, réduire la compétitivité des exportations et accroître la dépendance en ressources naturelles des pays qui en seront atteints.

A tout cela, les oligarchies africaines soutenues de manière intéressée par les oligarchies d’autres continents veulent ajouter la zone de libre-échange continentale (ZLEC). De toutes les façons d’intégrer un continent, la ZLEC est la pire des manières car au lieu de mettre en avant la solidarité et la complémentarité, elle a pour socle : concurrence et recherche effrénée de profit.

Toutes les études montrent que les APE vont assécher les caisses des Etats. Qu’est-ce qui a motivé les dirigeants africains à signer ces Accords qui hypothèquent l’avenir de leur pays respectif?

L’histoire de l’humanité nous enseigne que face à l’oppression, il n’y a que deux postures : la collaboration ou la résistance. Les dirigeants africains qui signent ces APE ont fait le choix de la soumission-collaboration à l’impérialisme de l’Union européenne (UE).

Quelles alternatives au franc CFA et aux APE ?

Sur l’alternative au franc CFA nous en avons parlée plus haut pour expliquer pourquoi le France Dégage ! comme moyen de sortir du franc CFA néocolonial. Ajoutons cependant que les larges masses d’Africains, particulièrement les jeunes, ne doivent pas se laisser duper par les mots. On parle de monnaie unique de la CEDEAO. Mais rappelons très clairement que ceux qui sont à la CEDEAO sont issus des partis politiques d’où proviennent les présidents collabos. Ce rappel est important pour dire que tous ceux qui se réclament du panafricanisme ne sont pas les mêmes. Il y en a qui ne sont en rien différents, dans le fond des collabos au franc CFA néocolonial car d’inspiration néolibérale. Dans cette perspective les peuples se doivent de questionner ce que la CEDEAO appelle les critères de convergence qui sont d’extraction néolibérale. C’est pourquoi le débat sur le processus démocratique menant à la monnaie unique ou commune est important. Mais également le caractère démocratique ou populaire de cette monnaie. Car encore une fois la souveraineté monétaire peut être exercée contre les peuples. Et donc si c’est l’intérêt des peuples qui prime, leur monnaie doit mettre en avant la solidarité et la complémentarité entre eux et l’unité face à l’impérialisme.

Pour les APE, il faudrait que les ACP, les africains en particulier, disent à l’UE que dorénavant, toutes les marchandises n’ont qu’à payer des droits de douane. Que par exemple les marchandises en provenance de l’Afrique de l’Ouest paient pour entrer dans l’UE et vice versa. Ce que l’Afrique de l’Ouest perdra en appliquant l’APE est infiniment plus important que le paiement de droit de douane à l’UE et un chimérique programme des APE pour le développement (PAPED) de 6,5 milliards d’euros pour 5 ans pour ses 16 pays. Ce que l’Afrique perdra ce sont des recettes douanières, des Pme/Pmi, des emplois. Ce que l’Afrique gagnera c’est davantage de pauvreté, d’insécurité alimentaire, de dépendance, de candidats à l’émigration irrégulière…

C’est l’occasion de dire que les pays ACP doivent sortir de l’Accord libéral de Cotonou qui prévoyait les APE. 20 ans après, l’Accord de Cotonou a montré de quoi il était le nom : un piège tendu par l’Europe aux pays ACP.

En 2050, la population africaine va doubler. Faut-il y voir un frein ou un atout pour le développement du continent ?

Il s’agit d’un défi démographique à côté des défis climatique et alimentaire auxquels l’Afrique va être confrontée. Défi démographique qui fait peur à l’UE, forteresse dont la population sera dépassée par celle de l’Afrique de l’Ouest en 2030 déjà et qui sera 5 fois moins importante que celle de l’Afrique en 2050. Ce qui contribuera à induire un changement du rapport de force géopolitique entre l’UE et l’Afrique. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’insultante déclaration de Macron sur les femmes africaines qui feraient trop d’enfants. Une déclaration qui traduit un aveu d’échec qu’Eduardo Galeano résumait si bien en disant « incapable de multiplier les pains, il fait de son mieux pour supprimer les convives. » Défi démographique qui nous renforce dans notre posture anti-impérialiste pour la souveraineté alimentaire, pour des systèmes de santé, d’éducation, de sécurité…durables qui répondent aux besoins de nos populations, leur nombre important peu. Défi démographique que les actuels dirigeants collabos sont incapables de relever.

 

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Actualités internationalesFri, 03 Nov 2017 09:19:02 +0000
DECLARATION DU CNDD SUR L’INVALIDATION DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE D’AOUT 2017 AU KENYA PAR LA COUR SUPREME.http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/878-declaration-cndd-invalidation-election-kenya http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/878-declaration-cndd-invalidation-election-kenyaDECLARATION DU CNDD SUR L’INVALIDATION DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE D’AOUT 2017 AU KENYA PAR LA COUR SUPREME.

Le parti CNDD vient d’apprendre l’invalidation de la dernière élection présidentielle du 8 août 2017 au Kenya par la Cour Suprême de ce pays pour des élections « qui n’ont pas été conduites en accords avec la constitution »….avec des « résultats nuls et invalides ».

Il s’agit d’un événement majeur et historique non seulement dans la vie démocratique de ce pays mais aussi dans la sous-région, voire dans l’ensemble du continent africain. Depuis le retour du multipartisme en Afrique, en début des années 90, les institutions suprêmes chargées de valider les élections (Cour Suprême, Cour Constitutionnelle,…) ont toujours validé les élections, dès qu’il s’agissait du parti au pouvoir supposé les avoir gagnées. Cette validation était automatique même si tous les éléments objectifs montraient des irrégularités grossières et massives.

Le CNDD tient à rendre un grand hommage aux membres de la Cour Suprême du Kenya pour leur courage et leur décision historique de dire le droit, et rien que le droit malgré les menaces qui n’ont pas manqué de peser sur eux et leurs familles.

Le CNDD félicite le Président Uhuru Kenyatta qui dans sa déclaration s'engage à respecter la décision de la Cour Suprême et demande au peuple kenyan d'entretenir un climat de concorde et de paix dans leur pays?

Le CNDD adresse par la même occasion ses vives félicitations à l’opposition kenyane rassemblée au sein de la coalition NASA et leur charismatique leader historique, Raïla ODINGA pour leur clairvoyance, leur courage, leur persévérance et leur perspicacité dans la lutte politique et pacifique.

Le CNDD leur adresse les vœux de succès dans l’ultime bataille pour une mise en place d’une commission électorale crédible et une élection présidentielle honnête, libre et juste.

Fait à Bujumbura le 1er septembre 2017

Pour le parti CNDD, Léonard NYANGOMA, Président.

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Actualités internationalesFri, 01 Sep 2017 15:59:44 +0000
Burundi : le régime honni de Nkurunziza doit tomber !http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/877-burundi-regime-nkurunziza-tomber http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/877-burundi-regime-nkurunziza-tomberBurundi : le régime honni de Nkurunziza doit tomber !

Déclaration de la Commission Afrique du Parti de Gauche

Le Burundi connaît une crise sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir en 2005 du CNDD FDD, qui avait à l’époque soulevé des espoirs de réconciliation après des années de guerre civile. Le président Pierre Nkurunziza, a en fait répandu la corruption et multiplié les malversations économiques et les trafics en tous genres, puis fractionné les partis politiques d’opposition et pratiqué des assassinats d’opposants. Rappelons-nous aussi le lâche assassinat de trois sœurs italiennes de la paroisse catholique de Kamenge, au mois de septembre 2014.

A l’issue de son deuxième mandat, il est passé en force en avril 2015, avec une CENI aux ordres, grâce à la forfaiture de la Cour Constitutionnelle, et en l’absence de toute observation libre et indépendante, pour imposer un troisième mandat… à la demande de Dieu lui-même ! Il a instauré un climat de peur généralisée suite aux tirs à balles réelles sur le peuple qui manifestait pacifiquement. Il dispose des milices Imbonerakure qui quadrillent toutes les collines de recensement et procèdent à des arrestations, à des actes de torture, à des viols et à des tueries.

Depuis ces événements de mai 2015, les Forces de Défense et de Sécurité, si patiemment construites grâce à l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et les différents accords de cessez-le-feu qui l’ont enrichi et complété, sont menacées chaque jour de désintégration/implosion, les médias privés et libres ont été détruits, des journalistes ont été assassinés (Christophe Nkezabahizi journaliste tué avec toute sa famille à son domicile le 13 octobre 2015), d’autres disparus comme Jean Bigirimana dans les mains des hommes du Service National de Renseignement (véritable police politique), les plus « chanceux » se sont exilés les défenseurs des droits de l’homme menacés tel Pierre-Claver MBONIMPA qui a été grièvement blessé dans une tentative d’assassinat et dont le fils et le gendre ont été tués, des responsables politiques et des leaders emblématiques au sein des corps de défense et de sécurité ont été assassinés.

Plus de 400000 réfugiés, 209000 déplacés internes, plus de 5000 morts et plus de 5000 disparus. Tel est le résultat de cette violence qui s’accompagne de restrictions des libertés publiques et d’une recrudescence du discours de haine ethnique qui consiste à brandir une soi-disant menace tutsi pour rançonner, torturer et tuer. Après avoir exclu certains de ses propres partisans, il a commencé à tuer sélectivement certains opposants ; il pratique maintenant le massacre de masse des habitants des quartiers contestataires Le pouvoir a substitué le massacre massif des populations des quartiers dits contestataires des années 2015 /2016 par la tactique de l’élimination quasi quotidienne de « un à un ». Il s’agit d’éliminer un à un et discrètement les cadres moyens de l’opposition et des forces de sécurité qui sont suspectés d’être contre le 3ème mandat sans attirer l’attention de l’opinion internationale. Le putsch manqué du 13 mai 2016 lui a donné l’occasion de se débarrasser de la plupart des militaires opposés au 3ème mandat ou supposés être proches de l’opposition.

La pauvreté extrême vient compléter le tableau : 8 millions de burundais sur les 11 sont atteints de malaria et la famine se répand. « Trois millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire et 2,6 millions sont exposées à une insécurité alimentaire aiguë, alors que 700 000 dépendent d’une aide alimentaire d’urgence », a indiqué Tayé-Brook Zerihoun, Sous-secrétaire général des Nations Unies aux affaires politiques dans son rapport délivré devant le Conseil de sécurité la semaine dernière. Un rapport qui recense également « des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture et autres traitements inhumains et dégradants, des violences sexuelles et basées sur le genre, des arrestations et détentions arbitraires et des disparitions forcées » et s’inquiète également de « discours de haine prononcés par certaines autorités de l’État, des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure ».
Le pouvoir de Nkurunziza ne survit que grâce aux 6000 militaires envoyés en mission de la paix dont 2000 en Centrafrique et 4000 en Somalie. L’Etat burundais prélève 200 dollars sur les 1000 dollars mensuels versés par l’UE qui a proposé de verser la paie, gelée depuis un an, directement aux soldats ce que l’UA a refusé. La paie a été versée par l’UE sur une banque privée sensée être indépendante, la Bancobu, qui s’est empressée de la reverser à une coopérative militaire. Résultat final : les soldats ne touchent toujours que 800 dollars et l’UE s’est laissée berner.

Nkurunziza soutenu par Sassou et Dos Santos, travaille pendant ce temps sur un projet de présidence à vie suivant en cela le mauvais exemple de certains de ses voisins est-africains.
Il est plus préoccupé par la moralité de la population (il vient de décréter que les couples vivant en union libre devaient se marier) que de sa survie. Il refuse de collaborer avec une commission indépendante de l'ONU chargée d'enquêter sur ses crimes. Il a cessé toute collaboration avec le bureau de l'Office des droits de l'homme au Burundi. Il refuse par ailleurs de mettre en application une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui prévoit le déploiement de quelque 230 policiers au Burundi.
Quant à notre ambassadeur à Bujumbura Laurent Delahousse il passe des jours heureux dans un pays merveilleux : il a déclaré dans un journal proche du pouvoir : « Je me sens en sécurité dans ce pays » L’ambassadeur affirme aussi vouloir « rabibocher » les deux pays. « Je crois qu’après un an et demi de crise, la situation du pays est telle que la décrispation est possible, de même que la pacification du débat politique, l’ouverture dans la perspective des élections de 2020 d’un espace politique libre et ouvert au retour de ceux qui le souhaiteraient ».

L’ONU semble impuissante : Bujumbura en est déjà à son cinquième représentant spécial de l'ONU déclaré persona non grata et on ne peut que souhaiter bonne chance au tout nouveau représentant Michel Kafondo.

Le facilitateur des négociations d’Arusha Benjamin Mkapa ex président tanzanien reconnait les difficultés de sa facilitation puisque près d’un an après le début de sa mission, il n’a toujours pas rassemblé l’ensemble des protagonistes et les a rencontrés séparément, recueillant des points de vue qui lui semblent difficilement conciliables.
Le Parti de gauche demande que notre ambassadeur soit rappelé à Paris pour une mise au point et que la diplomatie française exerce les pressions énergiques devant conduire à un embargo sur les armes et au gel des avoirs des responsables de ce régime illuminé et violent ainsi qu’à un retrait des militaires burundais en mission extérieure.

Le Parti de gauche déplore le manque de détermination de la Tanzanie dans la formulation des exigences devant conduire à sortir de cette situation dramatique et encourage le facilitateur à contraindre le régime à négocier effectivement au lieu de faire trainer et à cesser de tout reporter aux lointaines élections de 2020.

Ubuntu burihabwa (la dignité se conquiert).

Le Parti de gauche

Pierre Boutry

Paris, le 1er juillet 2017

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Actualités internationalesTue, 04 Jul 2017 13:38:54 +0000
Appel aux africains de France à voter pour Jean-Luc Mélenchon le 23 avril 2017http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/869-appel-africains-voter-melenchon http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/869-appel-africains-voter-melenchon

L’AFRIQUE INSOUMISE invite les africains de France à voter pour Jean-Luc Mélenchon le 23 avril 2017

L’AFRIQUE INSOUMISE se reconnaît dans les 5 points essentiels du programme « l’avenir en commun » :

1- L’abolition de la monarchie présidentielle et des privilèges de caste pour conquérir de nouveaux droits (personnels, démocratiques, sociaux et écologiques) par la convocation d’une Assemblée constituante.

2- Le partage des richesses pour éradiquer la pauvreté et permettre à tous de vivre dignement

3- La planification écologique pour sortir du productivisme effréné, des énergies carbonées et du nucléaire

4- L’organisation du progrès humain garantissant le droit à la santé, à l’éducation, à la culture pour tous.

5- Une diplomatie non alignée sur les puissances impérialistes

Ces 5 points, nous les transposons à nos pays africains :

1- en finir avec les dictateurs prédateurs africains et garantir la démocratie

2- partager les richesses avec une juste rémunération de nos matières premières, une souveraineté monétaire retrouvée, une agriculture recentrée sur nos besoins, la réduction des écarts de revenus

3- planifier notre développement économique en préservant notre environnement, en créant les conditions de la solidarité entre tous les acteurs et en ayant recours à de nouvelles coopérations basées sur les principes du protectionnisme solidaire et la mise en échec des accords de libre-échange

4- organiser le progrès humain en garantissant le droit à la santé, à l’éducation, à la culture pour tous dans le respect de nos traditions

5- retrouver notre souveraineté politique en réinvestissant nos institutions et sécuritaire en nous dotant des moyens de notre défense.

Nous sommes conscients de l’interdépendance de nos émancipations et pour nous qui vivons en France, nous considérons que seul la mise en œuvre du programme politique de Jean-Luc MELENCHON peut créer les conditions de notre dignité retrouvée.

Avec l’AFRIQUE INSOUMISE pour la victoire de Jean-Luc MELENCHON à la Présidentielle ! Votons tous !

Oumar Mariko SADI Mali, Eric Kahé AIRD Côte d’Ivoire, Christophe Massamba PCPI RDC, Jean de dieu Momo PADDEC Cameroun, Gilbert Kouessi PCB Bénin, Leonard Nyangoma CNDD Burundi, Gali Gatta UFD-PR Tchad, Etienne Traoré PDS METBA Burkina-Faso, Houmirou Diallo JDS Sénégal, Bruno Ondo Minsta pour Réagir Gabon, Maki Houmed-Gaba ARD Djbouti, François Passema CACDCA RCA…

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Actualités internationalesWed, 19 Apr 2017 16:11:53 +0000
Politique française en Afrique 10 questions à Jean-Luc Mélenchonhttp://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/862-politique-afrique-jl-melenchon http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/862-politique-afrique-jl-melenchon

Par Pierre Boutry pour la France Insoumise :

JLMélenchon répond aux questions du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique

1. Vingt-sept ans après la fin de la guerre froide et le début de la fin des partis uniques, quel est, selon vous, l’état d’avancement de la démocratisation de l’Afrique ? A ce stade, comment la diplomatie française doit-elle considérer les pays sans alternances de président et de parlement?

La démocratisation en Afrique est à mi-parcours tant du point de vue du nombre de pays (le nombre de démocraties équivaut au nombre de dictatures avec une tendance favorable) que du point de vue du processus avec une émergence de la société civile et de la jeunesse qui contribuent à rénover le combat démocratique avec l’usage des réseaux sociaux et des moyens modernes de communication. La situation reste toutefois dramatique en Afrique Centrale qui prend un retard considérable dans le processus de démocratisation par rapport à l’Afrique Occidentale. Comme par hasard ce sont les pays les plus riches potentiellement qui souffrent le plus ; l’Occident et particulièrement la diplomatie française porte une responsabilité lourde dans cette situation en apportant son soutien aux dictateurs Déby, Sassou, Obiang, Kabila, Bongo…. Cette tolérance qui aboutit à laisser ces dictateurs tuer l’intelligentsia de leurs pays au profit d’intérêts économiques occidentaux et au profit de l’entourage clanique de ces personnages, est inacceptable et nous mettrons tout en œuvre au niveau diplomatique afin de bouleverser ces situations acquises. Si le vieux combat de peuples en Afrique contre les présidences à vie semble avoir obtenu le soutien de la France tel qu’exprimé par Hollande en faveur de l’alternance politique dans le continent et contre les révisions constitutionnelles, nous refusons que cela cache la volonté de préserver les conditions d’un néo-impérialisme français et de recueillir les votes des pays de l’OIF. Il a été facile pour Hollande de se donner des airs mitterrandiens en prêchant le respect des constitutions aux chefs d’Etat africains après avoir manigancé une sortie digne à Compaoré en lui promettant le soutien de la France « s’il souhaitait mettre son expérience et ses talents à la disposition de la communauté internationale » ! après avoir soutenu Sassou Nguesso en reconnaissant la légitimité de son référendum, après s’être tu lors de la réélection truquée d’Ali Bongo etc… La France doit cesser d’apporter son soutien aux dictateurs africains et de cautionner des scrutins frauduleux. Nos efforts porteront sur le soutien aux mouvements démocratiques et populaires. La France soutiendra les hommes et les femmes politiques réfugié(e)s en France à cause des dictatures et mènera une politique de dénonciation des biens mal acquis par les dictateurs et leurs familles sur le sol français. Les missions d’observation des scrutins et les projets d’appui aux processus électoraux devront être mis en œuvre à la demande des forces progressistes concernées par des organismes internationaux multilatéraux (ONU, Union Africaine), avec la participation d’organisation de défense des droits démocratiques, à commencer celles qui sont actives en Afrique. Les pratiques de corruption dans les affaires commerciales et le financement de la vie politique française doivent être bannies. Aucune politique sociale, aucune politique de souveraineté nationale, aucune politique de service public, aucune ré-appropriation des richesses nationales, ne peut se faire sans remise en place d’Etats représentant les aspirations des peuples et d’administrations disposant de moyens pour assurer l’intérêt général, l’égalité des citoyens, la continuité et la neutralité du service public. La France appuiera les initiatives visant à renforcer les Etats, assis sur les structures démocratiques et sociales des pays, et tenant compte de l’organisation sociale et des solidarités existantes. Les femmes africaines jouent d’ores et déjà un rôle essentiel pour faire bouger la société (au niveau économique, social, politique…) et ce rôle se doit d’être reconnu et entendu. La coopération avec les pays africains sera redéfinie en fonction de la volonté manifestée en commun de sortir du modèle productiviste d’exploitation et du déséquilibre des échanges. Les droits humains et la co-construction des projets de coopération avec les pays concernés seront au cœur de la nouvelle politique de coopération au développement. Une loi de programmation et d’orientation pluriannuelle sera adoptée par le Parlement pour marquer cet engagement. Un équilibre entre coopération centralisée et coopération décentralisée sera recherché dans un souci d’efficacité et de pérennité des projets tout en respectant les formes d’organisation des pays concernés. Cette coopération sera basée sur un dialogue notamment avec les ONG et une recherche constante de solutions équilibrées qui s’inscriront dans un cadre global de coordination de la coopération pour un pays donné. Elle sera toujours respectueuse des autorités locales et s’intégrera dans les plans de développement nationaux.

2. Quel est votre position sur les processus électoraux contestés et les inversions de résultat présumés ? Quels moyens proposez-vous pour que s’améliore la qualité technique des processus électoraux en Afrique ?

Les pays africains doivent disposer d’institutions fortes de gestion des processus électoraux (CNI, CEI etc…) qui soient indépendants des pouvoirs en place et dont l’indépendance soit garantie par les institutions internationales. Le gouvernement français soutiendra de façon privilégiée les démocraties africaines et appliquera des mesures restrictives dans les relations avec les dictatures. Le gouvernement français se prononcera clairement quant aux dysfonctionnements constatés sans toutefois intervenir dans les affaires intérieures des pays concernés. Le gouvernement français veillera à ce que la société civile et les oppositions soient dotés des moyens techniques suffisants pour permettre des comptages de votes et la transmission de résultats de façon sécurisée. L’exil des Présidents sortants doit être garanti s’ils le souhaitent de façon à ne pas être un obstacle à la démocratisation des pays.

3. Quelles sont vos priorités concernant l’action de l’armée française en Afrique ? L’armée française doit-elle avoir dans ses missions d’aider à la progression de l’Etat de droit ?

Les accords de défense et en particulier leurs clauses secrètes – qui ont pour objectif réel de contrôler les mouvements populaires et leurs luttes sociales – devront être dénoncés. La France ne peut plus accepter que ces bases militaires permanentes en Afrique soient un instrument au service du pillage des ressources naturelles par les grandes entreprises françaises, du financement des dictatures en place et du développement du clientélisme et de la corruption. Cependant, il appartient aux dirigeants africains de demander le départ de ces bases. Dans le cas où certaines de ces bases seraient maintenues, elles serviraient en priorité à la formation d’une armée républicaine nationale et à des missions de génie militaire pour aider au développement en zones rurales défavorisées. Quoi qu’il en soit l’objectif est que ces bases disparaissent dans un long terme négocié. Djibouti est un cas particulier de base stratégique dont le rôle est d’être une plate-forme au service de la paix et de la sécurité des routes maritimes ; un rôle semblable pourrait être attribué à une base de l’Afrique de l’Ouest. L’armée française n’a pas dans ses missions d’aider à la progression de l’Etat de droit qui est du ressort de la diplomatie. La France, mènera une action active dans les instances internationales, pour appuyer les pays africains dans leurs revendications à ne plus connaître d’occupations militaires de puissances étrangères. Tous les accords militaires et de coopération militaire, seront remis en cause et soumis au contrôle démocratique et aux décisions du Parlement. Nous chercherons des alliances et partenariats fondés sur des relations d’égalité et de respect mutuel bannissant les rapports de domination, pour la paix et pour les conditions d’une sécurité collective, par le désarmement et le règlement politique des conflits. Nous contribuerons activement à la mise en œuvre au niveau de l’ONU du traité international sur le commerce des armes, l’élimination des trafics illicites, l’interdiction de production de toute arme apparentée aux mines anti-personnel. Dans un premier temps, la France instituera un contrôle parlementaire sur ses propres exportations d’armes dans le cadre de l’objectif de démilitarisation des rapports internationaux. Enfin, la coopération militaire ne pourra être envisagée qu’avec des démocraties et non pour maintenir au pouvoir des dictateurs prédateurs.

4. Quelles doivent être les priorités de la politique de l’Union européenne en Afrique ? Cette politique est-elle aujourd’hui suffisamment définie ?

La politique de l’Union Européenne en Afrique est mal définie afin de mieux en laisser la responsabilité par accord tacite sur les épaules de la France. Cette situation n’est pas tolérable et sa négociation fera partie de la renégociation globale que nous envisageons. Une réorientation vers la francophonie étant une sorte de plan B possible. Les priorités pourraient être des prises de position fermes sur les processus électoraux en Afrique, des conditionnalités fortes quant aux aides apportées et un partage du fardeau de la sécurité en Afrique.

5. Que proposez-vous de faire concernant l’agriculture, l’environnement et le climat en Afrique ?

Soutenir le développement d’une agriculture paysanne auto-centrée : La première condition porte sur le développement agricole qui joue un rôle primordial pour le développement de l’Afrique en lui assurant notamment l’auto-suffisance alimentaire. La question posée est celle de techniques qui concilierait augmentation de la productivité et respect des équilibres biologiques. Ces techniques existent. Elles ne sont pas issues de la recherche sur les modifications génétiques comme tenteraient de le faire croire les lobbies semenciers, mais commencent à se développer dans le domaine de ce qu’on appelle l’agro-écologie. L’Afrique doit pouvoir mettre en place une révolution agricole adaptée à ses besoins. La France l’aidera à lutter contre sa dépendance aux technologies du Nord, à sa dette et sa perte d’autonomie, et sera à ces côtés pour une révolution agricole permettant un développement économique et social de sa paysannerie, permettant au continent d’assurer la sécurité alimentaire de sa population grâce à des politiques de souveraineté alimentaire, tout en respectant ses équilibres naturels et en apportant des solutions à la crise écologique des écosystèmes cultivés. Respecter la souveraineté agricole des pays africains : Pour une révolution agricole de l’Afrique, il faut également que les pays puissent garantir leur souveraineté et leur autosuffisance alimentaire. Quand les paysans maliens ou burkinabés ne peuvent plus vendre leurs productions sur les marchés locaux car elles sont concurrencées par des produits moins chers importés, notamment du fait qu’ils sont souvent fortement subventionnés (PAC etc..) par leurs pays d’origine, c’est non seulement un drame pour les paysans, drame qui les plonge dans la misère, mais c’est également une menace pour l’indépendance du pays. Le libre échange dans le domaine agricole a renforcé partout l’exode rural et le développement du chômage, il plonge dans la pauvreté des millions de paysans, et il ne garantit pas la satisfaction des besoins alimentaires des populations. L’Afrique pourra compter sur la France pour mettre fin aux politiques de dumping dans l’Union Européenne. Les Etats doivent pouvoir protéger leurs paysans, leur garantir l’accès à la terre et à des prix garantis, investir dans les circuits locaux de distribution et de transformation, et organiser les conditions de leur autosuffisance alimentaire. La souveraineté alimentaire ne s’oppose pas aux échanges mais à la priorité donnée aux exportations : Il faut donner à ces échanges un nouveau cadre qui : -donne la priorité à la production locale, régionale avant l’exportation – autorise les Etats/Unions de décider du niveau de protection qu’ils souhaitent mettre en place. pour se protéger des importations à trop bas prix – autorise des soutiens publics aux paysans, à condition qu’ils ne servent pas directement ou indirectement à exporter à bas prix – garantisse une stabilité des prix agricoles et alimentaires au niveau international par des accords internationaux de régulation des marchés, au moyen de stocks régulateurs. La négociation avec l’Union européenne des Accords de Partenariat Economiques Lomé/Cotonou doit être dénoncée : l’ouverture totale des frontières africaines aux produits agricoles terminerait de ruiner la petite paysannerie et risquerait d’éloigner à jamais la possibilité d’une souveraineté alimentaire. Agir contre la prédation des terres : Environ 10M d’ha ont été vendues ou octroyées à des entreprises multinationales, fonds financiers et capitalistes locaux et des projets d’accaparement des terres cultivables d’environ 20M ha sont à l’ordre du jour ; cela prive les paysans de leurs terres et les paupérise. Un phénomène nouveau largement dû à l’essor des agro-carburants. Alors que ces agro-carburants ne sont pas vraiment bénéfiques à l’environnement (émissions de gaz à effets de serre dans le processus de production, destruction des forêts primaires), ce sont les multinationales de l’agro-alimentaire, du pétrole, de l’automobile, et les banques , qui investissent, non pour trouver une solution écologique au tout pétrole, mais pour faire de cette nouvelle opportunité une nouvelle source de profits Les grandes puissances les encouragent, et la Commission Européenne en premier, qui a décidé de développer les agro-carburants jusqu’à 10 % du total des carburants produits. Mais les quantités nécessaires ne peuvent être cultivés en Europe faute de surface agricole disponible, aussi les industriels et multinationales se sont lancé dans la conquête des terres agricoles des pays du sud, d’abord en Asie et Amérique Latine, aujourd’hui en Afrique. La ruée vers cet « or vert » se fait au détriment des forêts et des terres agricoles à usage alimentaire. Avec comme conséquence la dépossession et la paupérisation de millions de paysans dans le monde, la hausse des prix alimentaires, l’aggravation de la crise alimentaire. Cet accaparement est aussi dû à la volonté de contrôler les ressources agricoles par certains pays déficitaires : une grande partie de ces terres sont alors dévolues à des productions non-destinées au marché local, dans le cadre de grandes exploitations utilisant peu de travail et l’exploitant à outrance, et les populations locales sont mises à l’écart et dépossédées.

6. Comment concevez-vous le développement en Afrique ? Quelle doit être la place de l’Aide publique française et européenne ? Quelle est votre position sur les Accords de partenariat économique (APE) ?

Redéfinir une coopération à l’écoute : La coopération avec les pays africains sera redéfinie en fonction de la volonté manifestée en commun de sortir du modèle productiviste d’exploitation et du déséquilibre des échanges. Les droits humains et la co-construction des projets de coopération avec les pays concernés seront au cœur de la nouvelle politique de coopération au développement. Une loi de programmation et d’orientation pluriannuelle sera adoptée par le Parlement pour marquer cet engagement. Un équilibre entre coopération centralisée et coopération décentralisée sera recherché dans un souci d’efficacité et de pérennité des projets tout en respectant les formes d’organisation des pays concernés. Cette coopération sera basée sur un dialogue notamment avec les ONG et une recherche constante de solutions équilibrées qui s’inscriront dans un cadre global de coordination de la coopération pour un pays donné. Elle sera toujours respectueuse des autorités locales et s’intégrera dans les plans de développement nationaux. Revoir les conditions de l’aide publique au développement (APD) : Face à la course à l’accaparement des terres et des ressources en Afrique Subsaharienne, la France Insoumise appelle à une remise à plat des objectifs, des modes d’attributions et de gestion de l’Aide Publique au Développement (APD). Depuis sa création, l’APD a été un instrument d’influence au service des entreprises internationales, des intérêts économiques et géostratégiques des Etats donateurs au nom de leur politique extérieure. Son efficacité pouvant être mise en cause, l’APD nécessite d’être repensée mais surtout réappropriée par les peuples concernés, en faveur de la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales. La reconnaissance des droits humains, associés aux droits économiques, sociaux et culturels doit être au cœur de la mise en œuvre même des politiques de coopération. Pour être efficace, l’APD ne peut plus être définie sur un modèle unique d’aide, mais doit bel et bien prendre en considération la réalité des dynamiques, économiques, sociales et culturelles, écologiques et politiques nationales. Le processus participatif au service du dialogue social et du partage des pouvoirs politiques doit être au cœur de la coopération internationale. Les parlements, les organisations non-gouvernementales et les associations civiles doivent avoir voix au chapitre quant à la définition et à la mise en œuvre de l’APD. La maximisation des effets locaux des actions publiques aura lieu quand les collectivités territoriales et les organisations non gouvernementales seront associées directement. Il est par ailleurs urgent d’instaurer un contrôle public, seul à même de permettre une visibilité et un véritable pouvoir d’intervention sur le vote des budgets et des programmes. L’Aide Publique Française se caractérise en effet par une organisation centrale éclatée et un réseau de mise en œuvre dispersé. Le ministère chargé de l’économie a toujours eu un rôle important, étant donné le poids de la coopération monétaire et financière avec l’Afrique. L’opacité et l’absence de stratégies et d’évaluations ne permettent pas de contrôler l’efficacité réelle des allocations de l’aide sur le terrain. La France a fait ouvertement le choix de confier sa politique de coopération et de développement à un établissement bancaire «l’Agence Française de développement » (AFD), inscrivant l’aide publique française dans une logique de rentabilité et de marchandisation. L’Afrique subsaharienne n’est plus assez rentable pour la France, en 2011 45% seulement des prêts lui étaient attribués. La lutte contre la pauvreté et les inégalités se fait au service de la rentabilité. La France Insoumise demande à ce que l’agence française devienne une agence publique placée sous le contrôle direct de l’Etat. La reconsidération des objectifs et leurs conditions de mise en œuvre est plus que jamais nécessaire. L’aide publique au développement doit être pilotée par une instance politique intégrant un cadre de dialogue participatif, dans lequel chacun aura voix au chapitre. Un bilan politique de l’aide intégrant l’évaluation au cœur de son processus permettra que demain celle-ci soit enfin au service d’un développement durable et efficace. Une déclaration d’APD sincère et non pas artificiellement gonflée, est le préalable à une réelle volonté de progression de l’aide dont la logique de répartition pourra être définie en fonction des changements espérés et des objectifs de réduction de la pauvreté. Il conviendra de mettre l’APD française en cohérence avec les objectifs du Millénaire pour le développement visant la solidarité internationale, la lutte contre la pauvreté pour atteindre l’objectif fixé par l’ONU de 0,7% du PIB national. Une taxe sur les transactions financières sera mise en place au taux de 0,05% dédiés à la solidarité internationale. Il sera mis un terme aux accords bilatéraux qui conditionnent l’aide au développement à la lutte contre l’immigration. APE : La France Insoumise dénonce les Accords de Partenariat Economique en cours de ratification par les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe ; ces accords léonins prévoient la suppression des droits de douane sur les trois quarts des exportations de l’Union Européenne tandis que celle-ci continuera à importer d’Afrique la totalité de ses produits qui sont déjà en franchise de droits. Malgré la résistance de la société civile à Cotonou, à Dakar, à Ouagadougou, les Présidents aux ordres vont céder aux pressions de l’Union Européenne et soumettre leurs peuples. Ces accords sont nocifs pour les peuples d’Afrique car ils vont priver les pays africains de recettes douanières considérables nécessaires à des budgets déjà bien insuffisants pour répondre aux besoins de santé et d’éducation. Ils sont nocifs car il ne peut y avoir de décollage économique des secteurs productifs qui ne disposent pas de véritables avantages compétitifs (notamment l’agriculture et les industries légères de transformation des productions locales) sans des politiques publiques de soutien et de protection contre la concurrence en provenance du reste du monde. Ces accords sont pervers car ils prévoient non seulement la suppression des droits de douane pour les trois-quarts des produits européens mais aussi l’impossibilité de les rétablir par la suite, si la politique des pays ouest-africains devait changer. Ces accords sont porteurs de misère et de famine car ils permettront à l’Europe de déverser certains de ses produits agricoles subventionnés sur les marchés africains et aggraveront la crise de l’agriculture paysanne poussant ainsi les jeunes à émigrer vers les villes ou à l’étranger. De plus, le renoncement à des politiques portant l’accent sur l’autosuffisance alimentaire met potentiellement en péril la sécurité alimentaire des peuples à la moindre flambée des prix. Ces accords vont induire des distorsions au profit de l’Europe dans les flux d’investissement vers l’Afrique dans une période pendant laquelle les investissements internationaux ne manqueront pas. Enfin, ces accords mettent en danger le processus d’intégration régionale des pays africains, seule façon pour eux de développer un marché de taille suffisante et ils inciteront d’autres sous-ensembles économiques à demander des avantages semblables à ceux que l’Union Européenne s’octroie. Le manque à gagner est estimé à 2,3 milliards d’euros cumulés sur quinze ans en Afrique de l’Ouest. Ces accords sont tout aussi nocifs pour les peuples européens, pour le devenir de leurs paysans et pour l’environnement au nord comme au sud ; ils rejoignent d’autres accords de libre-échange comme le TAFTA qui, négociés dans le dos des peuples, ne profiteront qu’à quelques multinationales prédatrices. Nous dénonçons les complices de cet effondrement programmé de l’Afrique : la Commission européenne et le gouvernement français en premier mais aussi les institutions sous-régionales comme la CEDEAO. Nous lançons un appel à soutenir la campagne contre les APE et encourageons les ONG africaines à poursuivre leurs luttes pour éviter la ratification des APE devant les parlements de leurs pays. Nous appuierons toute démarche visant à bloquer la signature de ces accords au Parlement européen et à promouvoir des Accords de Coopération et de Solidarité (ACS) qui ne soient pas basés, comme le sont les APE sur un « libre-échange » qui menace l’émancipation humaine.

7 Que proposez-vous en matière de Responsabilité sociale des entreprises (RSE), de transparence des contrats, de respect des droits humains par les entreprises, de commerce équitable ?

Favoriser l’appropriation collective des biens communs africains par les Africain-e-s : Le sous-sol et le sol africains sont riches : minerais, pétrole, gaz… et de son sol. Mais combien de pays et de gouvernements ont pu transformer cette richesse en facteur de développement pour leurs populations ? Dans combien d’autres cette richesse s’est-elle finalement révélée un grand malheur, encourageant la corruption des gouvernements, les liant aux intérêts des entreprises multinationales, ravageant leur biodiversité, les rendant incapables d’imaginer un processus de développement autonome et endogène ? La question de l’appropriation collective des biens fondamentaux comme l’eau et ses accès maritimes, les forêts, les sols et les richesses du sous sol doivent pouvoir être au cœur d’un projet commun. Nous soutiendrons, y compris au sein des instances internationales, le développement de vrais services publics doté de moyens nécessaires afin de protéger les biens publics des privatisations accomplies depuis plus de vingt ans au bénéfice d’intérêts économiques des pays occidentaux. De même que nous agirons pour l’extension des services publics en France, nous agirons pour que ces services publics français coopèrent au renforcement des services publics dans les pays africains. Co-inventer un nouveau modèle de développement avec les peuples africains : Le modèle de développement des pays industrialisés repose sur l’exploitation à bas prix des richesses, humaines et naturelles, des autres pays. Il n’est donc pas généralisable à l’ensemble de la planète et ne peut servir de modèle. L’entrée de nouveaux pays dans le grand marché mondial engendrent des tensions fortes sur les prix des matières premières et énergétiques, et risquent de dégénérer rapidement en conflits armés. La planète est à bout de souffle car le capitalisme est incapable d’organiser la gestion collective des ressources naturelles et que le partage des richesses s’organise dans les rapports de force mondiaux. Dans les conditions actuelles, l’Afrique se retrouve dans l’incapacité de peser et de s’insérer dans ce commerce mondial. Si rien n’est fait, ses ressources continueront d’être pillées. L’Afrique est capable d’inventer son propre modèle de développement, qui tienne compte de l’important secteur informel et qui s’appuie sur ses richesses naturelles et humaines pour satisfaire d’abord les besoins de ses populations. Les peuples africains doivent avoir les possibilités de garantir l’autosuffisance alimentaire et énergétique, développer une industrie de transformation adaptée à leurs besoins, s’appuyer sur ses talents commerciaux pour développer un commerce régional qui garantisse leur autonomie. L’Afrique réussira ainsi à parler en égal dans les négociations internationales. Nous pouvons pour notre part aider pour l’élaboration d’instruments de mesure et de décompte fiables, notamment dans le domaine foncier, et de statistiques démographiques et d’activités, dans un objectif de développement agricole et technique. Exiger et contrôler la transparence des pratiques des grandes entreprises françaises en Afrique : Parmi les exigences à formuler, outre celles concernant la responsabilité sociale et environnementale, figure celle de publier les contrats des industries extractives et des industries d’exploitation des ressources naturelles de façon à permettre aux peuples de connaître et donc de pouvoir maîtriser l’utilisation de leurs ressources. Pour en finir avec le scandale des paradis fiscaux et judiciaires qui permettent, par le biais de grands contrats, militaires ou industriels, l’évasion de sommes colossales, (« commissions » de toutes sortes, « biens mal acquis » …) , la France agira avec détermination au niveau européen et international pour :- établir la traçabilité des transactions financières et la transparence des mouvements de fonds et des patrimoines.- Lutter contre l’impunité en renforçant la coopération judiciaire et fiscale entre Etats, en favorisant un espace judiciaire européen doté d’un pôle financier ayant accès au secret bancaire. L’autre exigence consistera à imposer à toute entreprise détentrice d’un contrat sur projet, de susciter la naissance d’entreprises africaines pérennes et de créer en particulier un réseau de petites et moyennes entreprises travaillant en collaboration avec leurs homologues françaises de façon à créer un véritable tissu industriel. Une attention particulière sera portée à l’émergence ou au renforcement de syndicats forts en lien avec leurs homologues français en commençant par les industries extractives et les services publics délégués. Les tribunaux français seront aussi compétents pour juger les entreprises françaises et leurs filiales qui ne respecteraient pas la législation internationale du travail (en particulier concernant le travail des enfants) et les réglementations environnementales. Interdiction sera faite aux entreprises françaises d’exporter leurs déchets –tout particulièrement les déchets nucléaires et chimiques- dans les pays africains et les entreprises qui ont eu recours à de telles pratiques devront être poursuivies et contraintes à réparer les dégâts humains et écologiques provoqués.

8 Quelles propositions faites-vous pour favoriser la souveraineté monétaire en Afrique ?

La révolution citoyenne et souveraine présuppose que chaque peuple soit responsable de sa politique monétaire, ce qui n’interdit pas l’idée de monnaie commune mais à la condition que ce ne soient pas des experts auto-désignés qui s’en saisissent pour mettre les peuples au service de l’économie. La dette qui étrangle beaucoup de pays devra être auditée et réexaminée de façon à isoler ce qui doit effectivement être remboursé de ce qui relève de la notion de dette odieuse. Les cessions d’actifs publics seront systématiquement remis en question afin de vérifier que le prix payé par les acheteurs correspond bien à la valeur de ces actifs, faute de quoi ils seront transférés à des sociétés anonymes dans lesquelles l’Etat sera actionnaire à hauteur de la différence entre la valeur réelle et la valeur payée par ces acheteurs qu’ils soient locaux ou étrangers. Le crédit doit être replacé sous le contrôle de la Banque Centrale de chaque pays : les facilités extravagantes accordées aux monopoles doivent être supprimées au bénéfice de l’expansion de crédits aux entreprises petites ou moyennes existante ou à créer. Le Franc CFA qui fut d’abord « Franc des Colonies Françaises d’Afrique » avant de devenir « Franc de la Communauté financière africaine », même s’il présente l’intérêt d’être une monnaie commune régionale, présente le grave défaut de lier les choix financiers de cette partie de l’Afrique à la BCE et à l’Europe et empêche les pays concernés d’entrer dans la construction d’une Banque centrale africaine. Il est urgent de rendre aux banques centrales la gestion de la politique monétaire qui serait alors adaptée au cycle de leurs économies. Ceci s’accompagnerait d‘un abandon par la France de son droit de vote et de veto dans toutes les instances de ces banques, de l’abandon de l’obligation de déposer 50% des avoirs des pays CFA à la Banque de France, ainsi que l’abandon du pouvoir du conseil des ministres français de décider des parités et dévaluations du CFA. Cette réforme majeure, qui peut préfigurer d’autres évolutions en lien ou non avec la proposition de l’Union Africaine de créer une monnaie commune à toute l’Afrique, devrait permettre de mettre fin à la deuxième extraversion des économies africaines (la première étant les filières de rente) et autoriserait ces banques de jouer pleinement leur rôle dans le financement du développement. Nous devrions défendre le droit des gouvernements des pays africains, s’ils veulent bénéficier d’un minimum de moyen pour orienter les investissements publics, de prendre des mesures de prise de contrôle des filiales des banques privées, essentiellement françaises, qui constituent souvent le seul réseau bancaire existant. La France Insoumise veut que la France rende aux pays africains de la zone CFA l’autonomie de gestion de leur monnaie, et leur rendre le choix de créer d’autres monnaies communes sur leur continent s’ils le souhaitent, en suscitant les conditions économiques et politiques d’une évolution du Franc CFA sans que cela ne mette en péril les économies concernées ou ne renforce un autre type de prédation. Nous devons donc créer une instance de réflexion commune pour faire des propositions concrètes de sortie du système actuel tout en étant réalistes sur les conditions d’un succès d’une autonomisation qui ne doit en aucun cas nuire aux conditions de vie des populations concernées.

9 Quelle politique migratoire française et européenne proposez-vous ? Quel doit être le lien entre cette politique et l’ensemble de la politique française et européenne en Afrique ?

Nous ne parlerons pas dans ce chapitre des réfugiés politiques pour lesquels les lois de l’hospitalité Nous récusons les discours et les politiques racistes et xénophobes qui utilisent comme des boucs-émissaires celles et ceux des migrant-e-s des pays d’Afrique notamment, qui sont trop souvent contraints d’émigrer en Europe parce que les conditions économiques dans leurs pays sont insupportables et/ou parce que les dictatures en place maintiennent leurs populations dans la misère et qui le font fréquemment au péril de leur vie. C’est pourquoi, nous mettrons un terme à la stigmatisation et à la criminalisation de l’immigration, nous abrogerons les loi anti-immigration mis en place au cours des dernières années, et nous procéderons à une refonte du Code de l’entrée et du séjour des étrangers sur la base du respect le plus strict des droits des migrant-e-s et de la personne humaine et une régularisation des travailleurs sans-papiers. Car la première question à se poser est : pourquoi les africains quittent leur pays ? Certainement pas par plaisir mais à cause du manque de démocratie, de l’instabilité de régimes qui ont d’autres priorités que l’emploi et le développement économique, de l’inadéquation des formations aux besoins etc… : il est de fait difficile de dissocier motivations économiques et motivations politiques. La procédure d’obtention des visas, procédure actuellement difficile et d’un coût élevé avec parfois une externalisation de certains services, sera revue. Le visa « Balladur » sera supprimé aux Comores. Enfin, la décristallisation totale des pensions des anciens combattants sera mise en œuvre. La politique de l’ « immigration choisie », en organisant la fuite des « cerveaux » africains (médecins et infirmières, ingénieurs et cadres, professeurs) prive l’Afrique d’un facteur de développement essentiel. Nous devons favoriser la coopération scientifique et universitaire entre l’Afrique et l’Europe en accordant les autorisations de séjour aux étudiants et chercheurs africains pour renforcer des systèmes d’éducation africains qui ont été parmi les secteurs les plus attaqués par les plans d’ajustement structurels. Il n’y aura donc surtout pas de quotas ou de critères de sélection des migrants africains en fonction de « nos besoins économiques » et aux dépends des pays du Sud. Mais la France n’est pas qu’un territoire c’est aussi un système économique et social ; il nous faut donc trouver un équilibre entre la libre installation entrainant la remise en cause de notre modèle et la fermeture totale de ce droit entrainant l’augmentation des migrations clandestines. Rappelons qu’il y a 9 millions de pauvres en France et 15% de chômage réel. Des solutions (quotas par pays, conditionnalités touchant à la démocratisation des pays africains…) devront donc être négociées. La création de secteurs d’activité dans les pays africains sera promue et accompagnée ; la formation aux métiers manuels de base sera développée afin de rendre autonomes des entreprises petites et moyennes dans l’artisanat et la petite industrie. Nous participerons aussi à créer les conditions de réinstallation au pays dans des conditions correctes et dans le cadre de projets de développement structurés, de cadres installés en France par nécessité. Ceci suppose de laisser ouverte une possibilité de fluidité des migrations (allers-retours, possibilités de retour sans crainte de perdre son droit à revenir en France …). De plus, les dispositifs publics de soutien aux initiatives des migrants d’origine africaine établis en France, en faveur du développement de leur pays d’origine seront élargis et renforcés, dans une véritable logique de co-développement et d’inclusion sociale des populations migrantes en France. Les commissions bancaires imposées aux migrants pour les transferts d’argent destinés au développement de leur région – dont le volume actuel est plus de 3 fois supérieur à l’Aide Publique française au Développement – seront contrôlées, via la mise en place de structures publiques pour le co-développement. Beaucoup d’associations villageoises contribuent au développement local et prennent souvent le relais de l’État (construction d’écoles, de lieux de soins), et ne le font que grâce aux transferts des émigrés qui contribuent beaucoup au développement de leur pays d’origine.

10 Comment voyez-vous le rôle de la francophonie ? Quelle place accordez-vous aux échanges interculturels entre France et Afrique ?

Francophonie : La langue française était certes la langue du colonisateur mais elle est devenue une langue au pluriel et en particulier une langue africaine, une langue qui s’enrichit constamment de façon baroque en rencontrant les langues parlées ; elle doit nettement se situer du côté de l’en-commun qui présuppose une co-appartenance basée sur le partage entre de multiples singularités et non pas du côté de l’universel qui implique un rapport d’inclusion à une entité déjà constituée en l’occurrence ici une culture française qui continuerait à se prétendre au centre du monde. La langue française doit aussi redevenir une langue d’émancipation non plus dans sa totale identification avec la République française mais comme la langue qui replace l’autre au cœur de l’humanisme. La langue française doit donc devenir une langue de résistance à celle des anglo-saxons dans la mesure où elle véhicule un modèle de société de coopération et non de compétition, une société d’hospitalité et non de ségrégation communautaire. C’est à ces seules conditions que nous soutenons la francophonie, une langue n’étant pas seulement un outil de communication, mais aussi le creuset de l’identité d’un individu, d’un peuple ou, comme dans ce cas précis, d’une communauté de peuples unis par une histoire commune et tournés vers un avenir partagé. Hélas ! La francophonie qui nous est proposée ne correspond en rien à ce dessein. L’institution dénommée Organisation Internationale de la Francophonie est devenue un instrument politique au service de la France qui profite du poids de ses pays membres pour rayonner à l’extérieur. Une institution qui promeut la langue française universelle au détriment des langues locales, qui sert à asseoir et à pérenniser des dictatures, qui se soucie peu des jeunes, qui admet en son sein des pays d’Europe de l’Est ou mieux encore de l’Asie du Sud-Ouest, du Moyen-Orient dont on ignorait qu’ils parlassent français (seuls 32 pays ont le français comme langue officielle ou partagée sur les 80 ! pays membres). Alors qu’il s’agirait de réorienter l’OIF vers une communauté de cultures, de l’approfondir plutôt que de l’élargir, de renforcer son budget d’éducation au profit des peuples, c’est l’inverse qui est proposé comme feuille de route à Michaëlle Jean. On citera dans cette feuille de route premièrement : la promotion d’une nouvelle stratégie économique, certainement en vue de mettre en œuvre les APE dévastateurs des économies africaines et pour protéger de l’expansionnisme chinois les intérêts économiques français et canadiens en Afrique, deuxièmement : la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes, prétexte très en vogue pour faciliter la (re)militarisation du continent. Le tout avec un budget en baisse. L’Afrique Insoumise dénonce les orientations de ce club affairiste au service des puissants qu’est devenu l’OIF et invite les peuples francophones à ne pas être dupes des tentatives de manipulation dont ils sont une fois de plus les victimes. Vive une nouvelle francophonie de partage, de solidarité et de progrès ! Loin des « sommets de la francophonie » qui ont servi longtemps à maintenir des liens de domination entre la France et ses anciennes colonies, la promotion et le partage de la langue française peuvent être utilisée comme une passerelle entre les cultures. Un projet important de valorisation des relations culturelles ainsi que de l’histoire des immigrations africaines successives qui ont participé à l’histoire de France, sera mis en œuvre afin de lui reconnaître la place qui lui revient. Sur le plan économique, la création d’une Banque de développement francophone permettrait une meilleure concertation et un meilleur usage des fonds mutualisés destinés au développement et à l’émancipation des peuples africains. Sur le plan politique, plutôt que des sommets France-Afrique dignes héritiers d’un passé colonial et post-colonial, promouvons des sommets francophones autour d’objectifs de progrès et d’émancipation partagés entre partenaires internationaux. Regarder en face notre histoire commune : Des commissions d’enquête parlementaire devront faire la lumière sur les responsabilités de la France dans les atrocités commises durant la colonisation (par exemple Cameroun et Madagascar). Elles enquêteront sur les implications de la France dans le génocide des Tutsis (Rwanda), coups d’Etat et renversements militaires (Côte d’Ivoire, assassinat de Thomas Sankara, Mauritanie…) en Afrique et obtiendront la dé-classification des documents secrets nécessaires à leur enquête. Tous responsables de génocide, crime de guerre, crimes contre l’humanité, actes contraires aux Conventions de Genève, vivant en France seront poursuivis et jugés. Il ne s’agit pas de verser dans la repentance systématique, toutes les conquêtes apportant aussi leur lot d’échanges et d’apports ne se limitant pas à la sphère économique. Il ne s’agit pas non plus de verser dans les compensations financières sauf cas particulier. Mais seule la vérité du discours permettra, grâce à un soutien accru au travail des historiens et des scientifiques, de dépasser les problèmes récurrents qui empêchent un développement concerté entre les pays africains et la France mais aussi de réduire la fracture coloniale et de renforcer le vivre ensemble et l’intégration dans la République française des descendants des immigrations successives.

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Actualités internationalesThu, 23 Mar 2017 09:25:48 +0000