Actualités internationaleshttp://cndd-burundi.com Wed, 18 Oct 2017 18:28:54 +0000fr-frDECLARATION DU CNDD SUR L’INVALIDATION DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE D’AOUT 2017 AU KENYA PAR LA COUR SUPREME.http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/878-declaration-cndd-invalidation-election-kenya http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/878-declaration-cndd-invalidation-election-kenyaDECLARATION DU CNDD SUR L’INVALIDATION DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE D’AOUT 2017 AU KENYA PAR LA COUR SUPREME.

Le parti CNDD vient d’apprendre l’invalidation de la dernière élection présidentielle du 8 août 2017 au Kenya par la Cour Suprême de ce pays pour des élections « qui n’ont pas été conduites en accords avec la constitution »….avec des « résultats nuls et invalides ».

Il s’agit d’un événement majeur et historique non seulement dans la vie démocratique de ce pays mais aussi dans la sous-région, voire dans l’ensemble du continent africain. Depuis le retour du multipartisme en Afrique, en début des années 90, les institutions suprêmes chargées de valider les élections (Cour Suprême, Cour Constitutionnelle,…) ont toujours validé les élections, dès qu’il s’agissait du parti au pouvoir supposé les avoir gagnées. Cette validation était automatique même si tous les éléments objectifs montraient des irrégularités grossières et massives.

Le CNDD tient à rendre un grand hommage aux membres de la Cour Suprême du Kenya pour leur courage et leur décision historique de dire le droit, et rien que le droit malgré les menaces qui n’ont pas manqué de peser sur eux et leurs familles.

Le CNDD félicite le Président Uhuru Kenyatta qui dans sa déclaration s'engage à respecter la décision de la Cour Suprême et demande au peuple kenyan d'entretenir un climat de concorde et de paix dans leur pays?

Le CNDD adresse par la même occasion ses vives félicitations à l’opposition kenyane rassemblée au sein de la coalition NASA et leur charismatique leader historique, Raïla ODINGA pour leur clairvoyance, leur courage, leur persévérance et leur perspicacité dans la lutte politique et pacifique.

Le CNDD leur adresse les vœux de succès dans l’ultime bataille pour une mise en place d’une commission électorale crédible et une élection présidentielle honnête, libre et juste.

Fait à Bujumbura le 1er septembre 2017

Pour le parti CNDD, Léonard NYANGOMA, Président.

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Actualités internationalesFri, 01 Sep 2017 15:59:44 +0000
Burundi : le régime honni de Nkurunziza doit tomber !http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/877-burundi-regime-nkurunziza-tomber http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/877-burundi-regime-nkurunziza-tomberBurundi : le régime honni de Nkurunziza doit tomber !

Déclaration de la Commission Afrique du Parti de Gauche

Le Burundi connaît une crise sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir en 2005 du CNDD FDD, qui avait à l’époque soulevé des espoirs de réconciliation après des années de guerre civile. Le président Pierre Nkurunziza, a en fait répandu la corruption et multiplié les malversations économiques et les trafics en tous genres, puis fractionné les partis politiques d’opposition et pratiqué des assassinats d’opposants. Rappelons-nous aussi le lâche assassinat de trois sœurs italiennes de la paroisse catholique de Kamenge, au mois de septembre 2014.

A l’issue de son deuxième mandat, il est passé en force en avril 2015, avec une CENI aux ordres, grâce à la forfaiture de la Cour Constitutionnelle, et en l’absence de toute observation libre et indépendante, pour imposer un troisième mandat… à la demande de Dieu lui-même ! Il a instauré un climat de peur généralisée suite aux tirs à balles réelles sur le peuple qui manifestait pacifiquement. Il dispose des milices Imbonerakure qui quadrillent toutes les collines de recensement et procèdent à des arrestations, à des actes de torture, à des viols et à des tueries.

Depuis ces événements de mai 2015, les Forces de Défense et de Sécurité, si patiemment construites grâce à l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et les différents accords de cessez-le-feu qui l’ont enrichi et complété, sont menacées chaque jour de désintégration/implosion, les médias privés et libres ont été détruits, des journalistes ont été assassinés (Christophe Nkezabahizi journaliste tué avec toute sa famille à son domicile le 13 octobre 2015), d’autres disparus comme Jean Bigirimana dans les mains des hommes du Service National de Renseignement (véritable police politique), les plus « chanceux » se sont exilés les défenseurs des droits de l’homme menacés tel Pierre-Claver MBONIMPA qui a été grièvement blessé dans une tentative d’assassinat et dont le fils et le gendre ont été tués, des responsables politiques et des leaders emblématiques au sein des corps de défense et de sécurité ont été assassinés.

Plus de 400000 réfugiés, 209000 déplacés internes, plus de 5000 morts et plus de 5000 disparus. Tel est le résultat de cette violence qui s’accompagne de restrictions des libertés publiques et d’une recrudescence du discours de haine ethnique qui consiste à brandir une soi-disant menace tutsi pour rançonner, torturer et tuer. Après avoir exclu certains de ses propres partisans, il a commencé à tuer sélectivement certains opposants ; il pratique maintenant le massacre de masse des habitants des quartiers contestataires Le pouvoir a substitué le massacre massif des populations des quartiers dits contestataires des années 2015 /2016 par la tactique de l’élimination quasi quotidienne de « un à un ». Il s’agit d’éliminer un à un et discrètement les cadres moyens de l’opposition et des forces de sécurité qui sont suspectés d’être contre le 3ème mandat sans attirer l’attention de l’opinion internationale. Le putsch manqué du 13 mai 2016 lui a donné l’occasion de se débarrasser de la plupart des militaires opposés au 3ème mandat ou supposés être proches de l’opposition.

La pauvreté extrême vient compléter le tableau : 8 millions de burundais sur les 11 sont atteints de malaria et la famine se répand. « Trois millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire et 2,6 millions sont exposées à une insécurité alimentaire aiguë, alors que 700 000 dépendent d’une aide alimentaire d’urgence », a indiqué Tayé-Brook Zerihoun, Sous-secrétaire général des Nations Unies aux affaires politiques dans son rapport délivré devant le Conseil de sécurité la semaine dernière. Un rapport qui recense également « des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture et autres traitements inhumains et dégradants, des violences sexuelles et basées sur le genre, des arrestations et détentions arbitraires et des disparitions forcées » et s’inquiète également de « discours de haine prononcés par certaines autorités de l’État, des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure ».
Le pouvoir de Nkurunziza ne survit que grâce aux 6000 militaires envoyés en mission de la paix dont 2000 en Centrafrique et 4000 en Somalie. L’Etat burundais prélève 200 dollars sur les 1000 dollars mensuels versés par l’UE qui a proposé de verser la paie, gelée depuis un an, directement aux soldats ce que l’UA a refusé. La paie a été versée par l’UE sur une banque privée sensée être indépendante, la Bancobu, qui s’est empressée de la reverser à une coopérative militaire. Résultat final : les soldats ne touchent toujours que 800 dollars et l’UE s’est laissée berner.

Nkurunziza soutenu par Sassou et Dos Santos, travaille pendant ce temps sur un projet de présidence à vie suivant en cela le mauvais exemple de certains de ses voisins est-africains.
Il est plus préoccupé par la moralité de la population (il vient de décréter que les couples vivant en union libre devaient se marier) que de sa survie. Il refuse de collaborer avec une commission indépendante de l'ONU chargée d'enquêter sur ses crimes. Il a cessé toute collaboration avec le bureau de l'Office des droits de l'homme au Burundi. Il refuse par ailleurs de mettre en application une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui prévoit le déploiement de quelque 230 policiers au Burundi.
Quant à notre ambassadeur à Bujumbura Laurent Delahousse il passe des jours heureux dans un pays merveilleux : il a déclaré dans un journal proche du pouvoir : « Je me sens en sécurité dans ce pays » L’ambassadeur affirme aussi vouloir « rabibocher » les deux pays. « Je crois qu’après un an et demi de crise, la situation du pays est telle que la décrispation est possible, de même que la pacification du débat politique, l’ouverture dans la perspective des élections de 2020 d’un espace politique libre et ouvert au retour de ceux qui le souhaiteraient ».

L’ONU semble impuissante : Bujumbura en est déjà à son cinquième représentant spécial de l'ONU déclaré persona non grata et on ne peut que souhaiter bonne chance au tout nouveau représentant Michel Kafondo.

Le facilitateur des négociations d’Arusha Benjamin Mkapa ex président tanzanien reconnait les difficultés de sa facilitation puisque près d’un an après le début de sa mission, il n’a toujours pas rassemblé l’ensemble des protagonistes et les a rencontrés séparément, recueillant des points de vue qui lui semblent difficilement conciliables.
Le Parti de gauche demande que notre ambassadeur soit rappelé à Paris pour une mise au point et que la diplomatie française exerce les pressions énergiques devant conduire à un embargo sur les armes et au gel des avoirs des responsables de ce régime illuminé et violent ainsi qu’à un retrait des militaires burundais en mission extérieure.

Le Parti de gauche déplore le manque de détermination de la Tanzanie dans la formulation des exigences devant conduire à sortir de cette situation dramatique et encourage le facilitateur à contraindre le régime à négocier effectivement au lieu de faire trainer et à cesser de tout reporter aux lointaines élections de 2020.

Ubuntu burihabwa (la dignité se conquiert).

Le Parti de gauche

Pierre Boutry

Paris, le 1er juillet 2017

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Actualités internationalesTue, 04 Jul 2017 13:38:54 +0000
Appel aux africains de France à voter pour Jean-Luc Mélenchon le 23 avril 2017http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/869-appel-africains-voter-melenchon http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/869-appel-africains-voter-melenchon

L’AFRIQUE INSOUMISE invite les africains de France à voter pour Jean-Luc Mélenchon le 23 avril 2017

L’AFRIQUE INSOUMISE se reconnaît dans les 5 points essentiels du programme « l’avenir en commun » :

1- L’abolition de la monarchie présidentielle et des privilèges de caste pour conquérir de nouveaux droits (personnels, démocratiques, sociaux et écologiques) par la convocation d’une Assemblée constituante.

2- Le partage des richesses pour éradiquer la pauvreté et permettre à tous de vivre dignement

3- La planification écologique pour sortir du productivisme effréné, des énergies carbonées et du nucléaire

4- L’organisation du progrès humain garantissant le droit à la santé, à l’éducation, à la culture pour tous.

5- Une diplomatie non alignée sur les puissances impérialistes

Ces 5 points, nous les transposons à nos pays africains :

1- en finir avec les dictateurs prédateurs africains et garantir la démocratie

2- partager les richesses avec une juste rémunération de nos matières premières, une souveraineté monétaire retrouvée, une agriculture recentrée sur nos besoins, la réduction des écarts de revenus

3- planifier notre développement économique en préservant notre environnement, en créant les conditions de la solidarité entre tous les acteurs et en ayant recours à de nouvelles coopérations basées sur les principes du protectionnisme solidaire et la mise en échec des accords de libre-échange

4- organiser le progrès humain en garantissant le droit à la santé, à l’éducation, à la culture pour tous dans le respect de nos traditions

5- retrouver notre souveraineté politique en réinvestissant nos institutions et sécuritaire en nous dotant des moyens de notre défense.

Nous sommes conscients de l’interdépendance de nos émancipations et pour nous qui vivons en France, nous considérons que seul la mise en œuvre du programme politique de Jean-Luc MELENCHON peut créer les conditions de notre dignité retrouvée.

Avec l’AFRIQUE INSOUMISE pour la victoire de Jean-Luc MELENCHON à la Présidentielle ! Votons tous !

Oumar Mariko SADI Mali, Eric Kahé AIRD Côte d’Ivoire, Christophe Massamba PCPI RDC, Jean de dieu Momo PADDEC Cameroun, Gilbert Kouessi PCB Bénin, Leonard Nyangoma CNDD Burundi, Gali Gatta UFD-PR Tchad, Etienne Traoré PDS METBA Burkina-Faso, Houmirou Diallo JDS Sénégal, Bruno Ondo Minsta pour Réagir Gabon, Maki Houmed-Gaba ARD Djbouti, François Passema CACDCA RCA…

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Actualités internationalesWed, 19 Apr 2017 16:11:53 +0000
Politique française en Afrique 10 questions à Jean-Luc Mélenchonhttp://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/862-politique-afrique-jl-melenchon http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/862-politique-afrique-jl-melenchon

Par Pierre Boutry pour la France Insoumise :

JLMélenchon répond aux questions du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique

1. Vingt-sept ans après la fin de la guerre froide et le début de la fin des partis uniques, quel est, selon vous, l’état d’avancement de la démocratisation de l’Afrique ? A ce stade, comment la diplomatie française doit-elle considérer les pays sans alternances de président et de parlement?

La démocratisation en Afrique est à mi-parcours tant du point de vue du nombre de pays (le nombre de démocraties équivaut au nombre de dictatures avec une tendance favorable) que du point de vue du processus avec une émergence de la société civile et de la jeunesse qui contribuent à rénover le combat démocratique avec l’usage des réseaux sociaux et des moyens modernes de communication. La situation reste toutefois dramatique en Afrique Centrale qui prend un retard considérable dans le processus de démocratisation par rapport à l’Afrique Occidentale. Comme par hasard ce sont les pays les plus riches potentiellement qui souffrent le plus ; l’Occident et particulièrement la diplomatie française porte une responsabilité lourde dans cette situation en apportant son soutien aux dictateurs Déby, Sassou, Obiang, Kabila, Bongo…. Cette tolérance qui aboutit à laisser ces dictateurs tuer l’intelligentsia de leurs pays au profit d’intérêts économiques occidentaux et au profit de l’entourage clanique de ces personnages, est inacceptable et nous mettrons tout en œuvre au niveau diplomatique afin de bouleverser ces situations acquises. Si le vieux combat de peuples en Afrique contre les présidences à vie semble avoir obtenu le soutien de la France tel qu’exprimé par Hollande en faveur de l’alternance politique dans le continent et contre les révisions constitutionnelles, nous refusons que cela cache la volonté de préserver les conditions d’un néo-impérialisme français et de recueillir les votes des pays de l’OIF. Il a été facile pour Hollande de se donner des airs mitterrandiens en prêchant le respect des constitutions aux chefs d’Etat africains après avoir manigancé une sortie digne à Compaoré en lui promettant le soutien de la France « s’il souhaitait mettre son expérience et ses talents à la disposition de la communauté internationale » ! après avoir soutenu Sassou Nguesso en reconnaissant la légitimité de son référendum, après s’être tu lors de la réélection truquée d’Ali Bongo etc… La France doit cesser d’apporter son soutien aux dictateurs africains et de cautionner des scrutins frauduleux. Nos efforts porteront sur le soutien aux mouvements démocratiques et populaires. La France soutiendra les hommes et les femmes politiques réfugié(e)s en France à cause des dictatures et mènera une politique de dénonciation des biens mal acquis par les dictateurs et leurs familles sur le sol français. Les missions d’observation des scrutins et les projets d’appui aux processus électoraux devront être mis en œuvre à la demande des forces progressistes concernées par des organismes internationaux multilatéraux (ONU, Union Africaine), avec la participation d’organisation de défense des droits démocratiques, à commencer celles qui sont actives en Afrique. Les pratiques de corruption dans les affaires commerciales et le financement de la vie politique française doivent être bannies. Aucune politique sociale, aucune politique de souveraineté nationale, aucune politique de service public, aucune ré-appropriation des richesses nationales, ne peut se faire sans remise en place d’Etats représentant les aspirations des peuples et d’administrations disposant de moyens pour assurer l’intérêt général, l’égalité des citoyens, la continuité et la neutralité du service public. La France appuiera les initiatives visant à renforcer les Etats, assis sur les structures démocratiques et sociales des pays, et tenant compte de l’organisation sociale et des solidarités existantes. Les femmes africaines jouent d’ores et déjà un rôle essentiel pour faire bouger la société (au niveau économique, social, politique…) et ce rôle se doit d’être reconnu et entendu. La coopération avec les pays africains sera redéfinie en fonction de la volonté manifestée en commun de sortir du modèle productiviste d’exploitation et du déséquilibre des échanges. Les droits humains et la co-construction des projets de coopération avec les pays concernés seront au cœur de la nouvelle politique de coopération au développement. Une loi de programmation et d’orientation pluriannuelle sera adoptée par le Parlement pour marquer cet engagement. Un équilibre entre coopération centralisée et coopération décentralisée sera recherché dans un souci d’efficacité et de pérennité des projets tout en respectant les formes d’organisation des pays concernés. Cette coopération sera basée sur un dialogue notamment avec les ONG et une recherche constante de solutions équilibrées qui s’inscriront dans un cadre global de coordination de la coopération pour un pays donné. Elle sera toujours respectueuse des autorités locales et s’intégrera dans les plans de développement nationaux.

2. Quel est votre position sur les processus électoraux contestés et les inversions de résultat présumés ? Quels moyens proposez-vous pour que s’améliore la qualité technique des processus électoraux en Afrique ?

Les pays africains doivent disposer d’institutions fortes de gestion des processus électoraux (CNI, CEI etc…) qui soient indépendants des pouvoirs en place et dont l’indépendance soit garantie par les institutions internationales. Le gouvernement français soutiendra de façon privilégiée les démocraties africaines et appliquera des mesures restrictives dans les relations avec les dictatures. Le gouvernement français se prononcera clairement quant aux dysfonctionnements constatés sans toutefois intervenir dans les affaires intérieures des pays concernés. Le gouvernement français veillera à ce que la société civile et les oppositions soient dotés des moyens techniques suffisants pour permettre des comptages de votes et la transmission de résultats de façon sécurisée. L’exil des Présidents sortants doit être garanti s’ils le souhaitent de façon à ne pas être un obstacle à la démocratisation des pays.

3. Quelles sont vos priorités concernant l’action de l’armée française en Afrique ? L’armée française doit-elle avoir dans ses missions d’aider à la progression de l’Etat de droit ?

Les accords de défense et en particulier leurs clauses secrètes – qui ont pour objectif réel de contrôler les mouvements populaires et leurs luttes sociales – devront être dénoncés. La France ne peut plus accepter que ces bases militaires permanentes en Afrique soient un instrument au service du pillage des ressources naturelles par les grandes entreprises françaises, du financement des dictatures en place et du développement du clientélisme et de la corruption. Cependant, il appartient aux dirigeants africains de demander le départ de ces bases. Dans le cas où certaines de ces bases seraient maintenues, elles serviraient en priorité à la formation d’une armée républicaine nationale et à des missions de génie militaire pour aider au développement en zones rurales défavorisées. Quoi qu’il en soit l’objectif est que ces bases disparaissent dans un long terme négocié. Djibouti est un cas particulier de base stratégique dont le rôle est d’être une plate-forme au service de la paix et de la sécurité des routes maritimes ; un rôle semblable pourrait être attribué à une base de l’Afrique de l’Ouest. L’armée française n’a pas dans ses missions d’aider à la progression de l’Etat de droit qui est du ressort de la diplomatie. La France, mènera une action active dans les instances internationales, pour appuyer les pays africains dans leurs revendications à ne plus connaître d’occupations militaires de puissances étrangères. Tous les accords militaires et de coopération militaire, seront remis en cause et soumis au contrôle démocratique et aux décisions du Parlement. Nous chercherons des alliances et partenariats fondés sur des relations d’égalité et de respect mutuel bannissant les rapports de domination, pour la paix et pour les conditions d’une sécurité collective, par le désarmement et le règlement politique des conflits. Nous contribuerons activement à la mise en œuvre au niveau de l’ONU du traité international sur le commerce des armes, l’élimination des trafics illicites, l’interdiction de production de toute arme apparentée aux mines anti-personnel. Dans un premier temps, la France instituera un contrôle parlementaire sur ses propres exportations d’armes dans le cadre de l’objectif de démilitarisation des rapports internationaux. Enfin, la coopération militaire ne pourra être envisagée qu’avec des démocraties et non pour maintenir au pouvoir des dictateurs prédateurs.

4. Quelles doivent être les priorités de la politique de l’Union européenne en Afrique ? Cette politique est-elle aujourd’hui suffisamment définie ?

La politique de l’Union Européenne en Afrique est mal définie afin de mieux en laisser la responsabilité par accord tacite sur les épaules de la France. Cette situation n’est pas tolérable et sa négociation fera partie de la renégociation globale que nous envisageons. Une réorientation vers la francophonie étant une sorte de plan B possible. Les priorités pourraient être des prises de position fermes sur les processus électoraux en Afrique, des conditionnalités fortes quant aux aides apportées et un partage du fardeau de la sécurité en Afrique.

5. Que proposez-vous de faire concernant l’agriculture, l’environnement et le climat en Afrique ?

Soutenir le développement d’une agriculture paysanne auto-centrée : La première condition porte sur le développement agricole qui joue un rôle primordial pour le développement de l’Afrique en lui assurant notamment l’auto-suffisance alimentaire. La question posée est celle de techniques qui concilierait augmentation de la productivité et respect des équilibres biologiques. Ces techniques existent. Elles ne sont pas issues de la recherche sur les modifications génétiques comme tenteraient de le faire croire les lobbies semenciers, mais commencent à se développer dans le domaine de ce qu’on appelle l’agro-écologie. L’Afrique doit pouvoir mettre en place une révolution agricole adaptée à ses besoins. La France l’aidera à lutter contre sa dépendance aux technologies du Nord, à sa dette et sa perte d’autonomie, et sera à ces côtés pour une révolution agricole permettant un développement économique et social de sa paysannerie, permettant au continent d’assurer la sécurité alimentaire de sa population grâce à des politiques de souveraineté alimentaire, tout en respectant ses équilibres naturels et en apportant des solutions à la crise écologique des écosystèmes cultivés. Respecter la souveraineté agricole des pays africains : Pour une révolution agricole de l’Afrique, il faut également que les pays puissent garantir leur souveraineté et leur autosuffisance alimentaire. Quand les paysans maliens ou burkinabés ne peuvent plus vendre leurs productions sur les marchés locaux car elles sont concurrencées par des produits moins chers importés, notamment du fait qu’ils sont souvent fortement subventionnés (PAC etc..) par leurs pays d’origine, c’est non seulement un drame pour les paysans, drame qui les plonge dans la misère, mais c’est également une menace pour l’indépendance du pays. Le libre échange dans le domaine agricole a renforcé partout l’exode rural et le développement du chômage, il plonge dans la pauvreté des millions de paysans, et il ne garantit pas la satisfaction des besoins alimentaires des populations. L’Afrique pourra compter sur la France pour mettre fin aux politiques de dumping dans l’Union Européenne. Les Etats doivent pouvoir protéger leurs paysans, leur garantir l’accès à la terre et à des prix garantis, investir dans les circuits locaux de distribution et de transformation, et organiser les conditions de leur autosuffisance alimentaire. La souveraineté alimentaire ne s’oppose pas aux échanges mais à la priorité donnée aux exportations : Il faut donner à ces échanges un nouveau cadre qui : -donne la priorité à la production locale, régionale avant l’exportation – autorise les Etats/Unions de décider du niveau de protection qu’ils souhaitent mettre en place. pour se protéger des importations à trop bas prix – autorise des soutiens publics aux paysans, à condition qu’ils ne servent pas directement ou indirectement à exporter à bas prix – garantisse une stabilité des prix agricoles et alimentaires au niveau international par des accords internationaux de régulation des marchés, au moyen de stocks régulateurs. La négociation avec l’Union européenne des Accords de Partenariat Economiques Lomé/Cotonou doit être dénoncée : l’ouverture totale des frontières africaines aux produits agricoles terminerait de ruiner la petite paysannerie et risquerait d’éloigner à jamais la possibilité d’une souveraineté alimentaire. Agir contre la prédation des terres : Environ 10M d’ha ont été vendues ou octroyées à des entreprises multinationales, fonds financiers et capitalistes locaux et des projets d’accaparement des terres cultivables d’environ 20M ha sont à l’ordre du jour ; cela prive les paysans de leurs terres et les paupérise. Un phénomène nouveau largement dû à l’essor des agro-carburants. Alors que ces agro-carburants ne sont pas vraiment bénéfiques à l’environnement (émissions de gaz à effets de serre dans le processus de production, destruction des forêts primaires), ce sont les multinationales de l’agro-alimentaire, du pétrole, de l’automobile, et les banques , qui investissent, non pour trouver une solution écologique au tout pétrole, mais pour faire de cette nouvelle opportunité une nouvelle source de profits Les grandes puissances les encouragent, et la Commission Européenne en premier, qui a décidé de développer les agro-carburants jusqu’à 10 % du total des carburants produits. Mais les quantités nécessaires ne peuvent être cultivés en Europe faute de surface agricole disponible, aussi les industriels et multinationales se sont lancé dans la conquête des terres agricoles des pays du sud, d’abord en Asie et Amérique Latine, aujourd’hui en Afrique. La ruée vers cet « or vert » se fait au détriment des forêts et des terres agricoles à usage alimentaire. Avec comme conséquence la dépossession et la paupérisation de millions de paysans dans le monde, la hausse des prix alimentaires, l’aggravation de la crise alimentaire. Cet accaparement est aussi dû à la volonté de contrôler les ressources agricoles par certains pays déficitaires : une grande partie de ces terres sont alors dévolues à des productions non-destinées au marché local, dans le cadre de grandes exploitations utilisant peu de travail et l’exploitant à outrance, et les populations locales sont mises à l’écart et dépossédées.

6. Comment concevez-vous le développement en Afrique ? Quelle doit être la place de l’Aide publique française et européenne ? Quelle est votre position sur les Accords de partenariat économique (APE) ?

Redéfinir une coopération à l’écoute : La coopération avec les pays africains sera redéfinie en fonction de la volonté manifestée en commun de sortir du modèle productiviste d’exploitation et du déséquilibre des échanges. Les droits humains et la co-construction des projets de coopération avec les pays concernés seront au cœur de la nouvelle politique de coopération au développement. Une loi de programmation et d’orientation pluriannuelle sera adoptée par le Parlement pour marquer cet engagement. Un équilibre entre coopération centralisée et coopération décentralisée sera recherché dans un souci d’efficacité et de pérennité des projets tout en respectant les formes d’organisation des pays concernés. Cette coopération sera basée sur un dialogue notamment avec les ONG et une recherche constante de solutions équilibrées qui s’inscriront dans un cadre global de coordination de la coopération pour un pays donné. Elle sera toujours respectueuse des autorités locales et s’intégrera dans les plans de développement nationaux. Revoir les conditions de l’aide publique au développement (APD) : Face à la course à l’accaparement des terres et des ressources en Afrique Subsaharienne, la France Insoumise appelle à une remise à plat des objectifs, des modes d’attributions et de gestion de l’Aide Publique au Développement (APD). Depuis sa création, l’APD a été un instrument d’influence au service des entreprises internationales, des intérêts économiques et géostratégiques des Etats donateurs au nom de leur politique extérieure. Son efficacité pouvant être mise en cause, l’APD nécessite d’être repensée mais surtout réappropriée par les peuples concernés, en faveur de la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales. La reconnaissance des droits humains, associés aux droits économiques, sociaux et culturels doit être au cœur de la mise en œuvre même des politiques de coopération. Pour être efficace, l’APD ne peut plus être définie sur un modèle unique d’aide, mais doit bel et bien prendre en considération la réalité des dynamiques, économiques, sociales et culturelles, écologiques et politiques nationales. Le processus participatif au service du dialogue social et du partage des pouvoirs politiques doit être au cœur de la coopération internationale. Les parlements, les organisations non-gouvernementales et les associations civiles doivent avoir voix au chapitre quant à la définition et à la mise en œuvre de l’APD. La maximisation des effets locaux des actions publiques aura lieu quand les collectivités territoriales et les organisations non gouvernementales seront associées directement. Il est par ailleurs urgent d’instaurer un contrôle public, seul à même de permettre une visibilité et un véritable pouvoir d’intervention sur le vote des budgets et des programmes. L’Aide Publique Française se caractérise en effet par une organisation centrale éclatée et un réseau de mise en œuvre dispersé. Le ministère chargé de l’économie a toujours eu un rôle important, étant donné le poids de la coopération monétaire et financière avec l’Afrique. L’opacité et l’absence de stratégies et d’évaluations ne permettent pas de contrôler l’efficacité réelle des allocations de l’aide sur le terrain. La France a fait ouvertement le choix de confier sa politique de coopération et de développement à un établissement bancaire «l’Agence Française de développement » (AFD), inscrivant l’aide publique française dans une logique de rentabilité et de marchandisation. L’Afrique subsaharienne n’est plus assez rentable pour la France, en 2011 45% seulement des prêts lui étaient attribués. La lutte contre la pauvreté et les inégalités se fait au service de la rentabilité. La France Insoumise demande à ce que l’agence française devienne une agence publique placée sous le contrôle direct de l’Etat. La reconsidération des objectifs et leurs conditions de mise en œuvre est plus que jamais nécessaire. L’aide publique au développement doit être pilotée par une instance politique intégrant un cadre de dialogue participatif, dans lequel chacun aura voix au chapitre. Un bilan politique de l’aide intégrant l’évaluation au cœur de son processus permettra que demain celle-ci soit enfin au service d’un développement durable et efficace. Une déclaration d’APD sincère et non pas artificiellement gonflée, est le préalable à une réelle volonté de progression de l’aide dont la logique de répartition pourra être définie en fonction des changements espérés et des objectifs de réduction de la pauvreté. Il conviendra de mettre l’APD française en cohérence avec les objectifs du Millénaire pour le développement visant la solidarité internationale, la lutte contre la pauvreté pour atteindre l’objectif fixé par l’ONU de 0,7% du PIB national. Une taxe sur les transactions financières sera mise en place au taux de 0,05% dédiés à la solidarité internationale. Il sera mis un terme aux accords bilatéraux qui conditionnent l’aide au développement à la lutte contre l’immigration. APE : La France Insoumise dénonce les Accords de Partenariat Economique en cours de ratification par les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe ; ces accords léonins prévoient la suppression des droits de douane sur les trois quarts des exportations de l’Union Européenne tandis que celle-ci continuera à importer d’Afrique la totalité de ses produits qui sont déjà en franchise de droits. Malgré la résistance de la société civile à Cotonou, à Dakar, à Ouagadougou, les Présidents aux ordres vont céder aux pressions de l’Union Européenne et soumettre leurs peuples. Ces accords sont nocifs pour les peuples d’Afrique car ils vont priver les pays africains de recettes douanières considérables nécessaires à des budgets déjà bien insuffisants pour répondre aux besoins de santé et d’éducation. Ils sont nocifs car il ne peut y avoir de décollage économique des secteurs productifs qui ne disposent pas de véritables avantages compétitifs (notamment l’agriculture et les industries légères de transformation des productions locales) sans des politiques publiques de soutien et de protection contre la concurrence en provenance du reste du monde. Ces accords sont pervers car ils prévoient non seulement la suppression des droits de douane pour les trois-quarts des produits européens mais aussi l’impossibilité de les rétablir par la suite, si la politique des pays ouest-africains devait changer. Ces accords sont porteurs de misère et de famine car ils permettront à l’Europe de déverser certains de ses produits agricoles subventionnés sur les marchés africains et aggraveront la crise de l’agriculture paysanne poussant ainsi les jeunes à émigrer vers les villes ou à l’étranger. De plus, le renoncement à des politiques portant l’accent sur l’autosuffisance alimentaire met potentiellement en péril la sécurité alimentaire des peuples à la moindre flambée des prix. Ces accords vont induire des distorsions au profit de l’Europe dans les flux d’investissement vers l’Afrique dans une période pendant laquelle les investissements internationaux ne manqueront pas. Enfin, ces accords mettent en danger le processus d’intégration régionale des pays africains, seule façon pour eux de développer un marché de taille suffisante et ils inciteront d’autres sous-ensembles économiques à demander des avantages semblables à ceux que l’Union Européenne s’octroie. Le manque à gagner est estimé à 2,3 milliards d’euros cumulés sur quinze ans en Afrique de l’Ouest. Ces accords sont tout aussi nocifs pour les peuples européens, pour le devenir de leurs paysans et pour l’environnement au nord comme au sud ; ils rejoignent d’autres accords de libre-échange comme le TAFTA qui, négociés dans le dos des peuples, ne profiteront qu’à quelques multinationales prédatrices. Nous dénonçons les complices de cet effondrement programmé de l’Afrique : la Commission européenne et le gouvernement français en premier mais aussi les institutions sous-régionales comme la CEDEAO. Nous lançons un appel à soutenir la campagne contre les APE et encourageons les ONG africaines à poursuivre leurs luttes pour éviter la ratification des APE devant les parlements de leurs pays. Nous appuierons toute démarche visant à bloquer la signature de ces accords au Parlement européen et à promouvoir des Accords de Coopération et de Solidarité (ACS) qui ne soient pas basés, comme le sont les APE sur un « libre-échange » qui menace l’émancipation humaine.

7 Que proposez-vous en matière de Responsabilité sociale des entreprises (RSE), de transparence des contrats, de respect des droits humains par les entreprises, de commerce équitable ?

Favoriser l’appropriation collective des biens communs africains par les Africain-e-s : Le sous-sol et le sol africains sont riches : minerais, pétrole, gaz… et de son sol. Mais combien de pays et de gouvernements ont pu transformer cette richesse en facteur de développement pour leurs populations ? Dans combien d’autres cette richesse s’est-elle finalement révélée un grand malheur, encourageant la corruption des gouvernements, les liant aux intérêts des entreprises multinationales, ravageant leur biodiversité, les rendant incapables d’imaginer un processus de développement autonome et endogène ? La question de l’appropriation collective des biens fondamentaux comme l’eau et ses accès maritimes, les forêts, les sols et les richesses du sous sol doivent pouvoir être au cœur d’un projet commun. Nous soutiendrons, y compris au sein des instances internationales, le développement de vrais services publics doté de moyens nécessaires afin de protéger les biens publics des privatisations accomplies depuis plus de vingt ans au bénéfice d’intérêts économiques des pays occidentaux. De même que nous agirons pour l’extension des services publics en France, nous agirons pour que ces services publics français coopèrent au renforcement des services publics dans les pays africains. Co-inventer un nouveau modèle de développement avec les peuples africains : Le modèle de développement des pays industrialisés repose sur l’exploitation à bas prix des richesses, humaines et naturelles, des autres pays. Il n’est donc pas généralisable à l’ensemble de la planète et ne peut servir de modèle. L’entrée de nouveaux pays dans le grand marché mondial engendrent des tensions fortes sur les prix des matières premières et énergétiques, et risquent de dégénérer rapidement en conflits armés. La planète est à bout de souffle car le capitalisme est incapable d’organiser la gestion collective des ressources naturelles et que le partage des richesses s’organise dans les rapports de force mondiaux. Dans les conditions actuelles, l’Afrique se retrouve dans l’incapacité de peser et de s’insérer dans ce commerce mondial. Si rien n’est fait, ses ressources continueront d’être pillées. L’Afrique est capable d’inventer son propre modèle de développement, qui tienne compte de l’important secteur informel et qui s’appuie sur ses richesses naturelles et humaines pour satisfaire d’abord les besoins de ses populations. Les peuples africains doivent avoir les possibilités de garantir l’autosuffisance alimentaire et énergétique, développer une industrie de transformation adaptée à leurs besoins, s’appuyer sur ses talents commerciaux pour développer un commerce régional qui garantisse leur autonomie. L’Afrique réussira ainsi à parler en égal dans les négociations internationales. Nous pouvons pour notre part aider pour l’élaboration d’instruments de mesure et de décompte fiables, notamment dans le domaine foncier, et de statistiques démographiques et d’activités, dans un objectif de développement agricole et technique. Exiger et contrôler la transparence des pratiques des grandes entreprises françaises en Afrique : Parmi les exigences à formuler, outre celles concernant la responsabilité sociale et environnementale, figure celle de publier les contrats des industries extractives et des industries d’exploitation des ressources naturelles de façon à permettre aux peuples de connaître et donc de pouvoir maîtriser l’utilisation de leurs ressources. Pour en finir avec le scandale des paradis fiscaux et judiciaires qui permettent, par le biais de grands contrats, militaires ou industriels, l’évasion de sommes colossales, (« commissions » de toutes sortes, « biens mal acquis » …) , la France agira avec détermination au niveau européen et international pour :- établir la traçabilité des transactions financières et la transparence des mouvements de fonds et des patrimoines.- Lutter contre l’impunité en renforçant la coopération judiciaire et fiscale entre Etats, en favorisant un espace judiciaire européen doté d’un pôle financier ayant accès au secret bancaire. L’autre exigence consistera à imposer à toute entreprise détentrice d’un contrat sur projet, de susciter la naissance d’entreprises africaines pérennes et de créer en particulier un réseau de petites et moyennes entreprises travaillant en collaboration avec leurs homologues françaises de façon à créer un véritable tissu industriel. Une attention particulière sera portée à l’émergence ou au renforcement de syndicats forts en lien avec leurs homologues français en commençant par les industries extractives et les services publics délégués. Les tribunaux français seront aussi compétents pour juger les entreprises françaises et leurs filiales qui ne respecteraient pas la législation internationale du travail (en particulier concernant le travail des enfants) et les réglementations environnementales. Interdiction sera faite aux entreprises françaises d’exporter leurs déchets –tout particulièrement les déchets nucléaires et chimiques- dans les pays africains et les entreprises qui ont eu recours à de telles pratiques devront être poursuivies et contraintes à réparer les dégâts humains et écologiques provoqués.

8 Quelles propositions faites-vous pour favoriser la souveraineté monétaire en Afrique ?

La révolution citoyenne et souveraine présuppose que chaque peuple soit responsable de sa politique monétaire, ce qui n’interdit pas l’idée de monnaie commune mais à la condition que ce ne soient pas des experts auto-désignés qui s’en saisissent pour mettre les peuples au service de l’économie. La dette qui étrangle beaucoup de pays devra être auditée et réexaminée de façon à isoler ce qui doit effectivement être remboursé de ce qui relève de la notion de dette odieuse. Les cessions d’actifs publics seront systématiquement remis en question afin de vérifier que le prix payé par les acheteurs correspond bien à la valeur de ces actifs, faute de quoi ils seront transférés à des sociétés anonymes dans lesquelles l’Etat sera actionnaire à hauteur de la différence entre la valeur réelle et la valeur payée par ces acheteurs qu’ils soient locaux ou étrangers. Le crédit doit être replacé sous le contrôle de la Banque Centrale de chaque pays : les facilités extravagantes accordées aux monopoles doivent être supprimées au bénéfice de l’expansion de crédits aux entreprises petites ou moyennes existante ou à créer. Le Franc CFA qui fut d’abord « Franc des Colonies Françaises d’Afrique » avant de devenir « Franc de la Communauté financière africaine », même s’il présente l’intérêt d’être une monnaie commune régionale, présente le grave défaut de lier les choix financiers de cette partie de l’Afrique à la BCE et à l’Europe et empêche les pays concernés d’entrer dans la construction d’une Banque centrale africaine. Il est urgent de rendre aux banques centrales la gestion de la politique monétaire qui serait alors adaptée au cycle de leurs économies. Ceci s’accompagnerait d‘un abandon par la France de son droit de vote et de veto dans toutes les instances de ces banques, de l’abandon de l’obligation de déposer 50% des avoirs des pays CFA à la Banque de France, ainsi que l’abandon du pouvoir du conseil des ministres français de décider des parités et dévaluations du CFA. Cette réforme majeure, qui peut préfigurer d’autres évolutions en lien ou non avec la proposition de l’Union Africaine de créer une monnaie commune à toute l’Afrique, devrait permettre de mettre fin à la deuxième extraversion des économies africaines (la première étant les filières de rente) et autoriserait ces banques de jouer pleinement leur rôle dans le financement du développement. Nous devrions défendre le droit des gouvernements des pays africains, s’ils veulent bénéficier d’un minimum de moyen pour orienter les investissements publics, de prendre des mesures de prise de contrôle des filiales des banques privées, essentiellement françaises, qui constituent souvent le seul réseau bancaire existant. La France Insoumise veut que la France rende aux pays africains de la zone CFA l’autonomie de gestion de leur monnaie, et leur rendre le choix de créer d’autres monnaies communes sur leur continent s’ils le souhaitent, en suscitant les conditions économiques et politiques d’une évolution du Franc CFA sans que cela ne mette en péril les économies concernées ou ne renforce un autre type de prédation. Nous devons donc créer une instance de réflexion commune pour faire des propositions concrètes de sortie du système actuel tout en étant réalistes sur les conditions d’un succès d’une autonomisation qui ne doit en aucun cas nuire aux conditions de vie des populations concernées.

9 Quelle politique migratoire française et européenne proposez-vous ? Quel doit être le lien entre cette politique et l’ensemble de la politique française et européenne en Afrique ?

Nous ne parlerons pas dans ce chapitre des réfugiés politiques pour lesquels les lois de l’hospitalité Nous récusons les discours et les politiques racistes et xénophobes qui utilisent comme des boucs-émissaires celles et ceux des migrant-e-s des pays d’Afrique notamment, qui sont trop souvent contraints d’émigrer en Europe parce que les conditions économiques dans leurs pays sont insupportables et/ou parce que les dictatures en place maintiennent leurs populations dans la misère et qui le font fréquemment au péril de leur vie. C’est pourquoi, nous mettrons un terme à la stigmatisation et à la criminalisation de l’immigration, nous abrogerons les loi anti-immigration mis en place au cours des dernières années, et nous procéderons à une refonte du Code de l’entrée et du séjour des étrangers sur la base du respect le plus strict des droits des migrant-e-s et de la personne humaine et une régularisation des travailleurs sans-papiers. Car la première question à se poser est : pourquoi les africains quittent leur pays ? Certainement pas par plaisir mais à cause du manque de démocratie, de l’instabilité de régimes qui ont d’autres priorités que l’emploi et le développement économique, de l’inadéquation des formations aux besoins etc… : il est de fait difficile de dissocier motivations économiques et motivations politiques. La procédure d’obtention des visas, procédure actuellement difficile et d’un coût élevé avec parfois une externalisation de certains services, sera revue. Le visa « Balladur » sera supprimé aux Comores. Enfin, la décristallisation totale des pensions des anciens combattants sera mise en œuvre. La politique de l’ « immigration choisie », en organisant la fuite des « cerveaux » africains (médecins et infirmières, ingénieurs et cadres, professeurs) prive l’Afrique d’un facteur de développement essentiel. Nous devons favoriser la coopération scientifique et universitaire entre l’Afrique et l’Europe en accordant les autorisations de séjour aux étudiants et chercheurs africains pour renforcer des systèmes d’éducation africains qui ont été parmi les secteurs les plus attaqués par les plans d’ajustement structurels. Il n’y aura donc surtout pas de quotas ou de critères de sélection des migrants africains en fonction de « nos besoins économiques » et aux dépends des pays du Sud. Mais la France n’est pas qu’un territoire c’est aussi un système économique et social ; il nous faut donc trouver un équilibre entre la libre installation entrainant la remise en cause de notre modèle et la fermeture totale de ce droit entrainant l’augmentation des migrations clandestines. Rappelons qu’il y a 9 millions de pauvres en France et 15% de chômage réel. Des solutions (quotas par pays, conditionnalités touchant à la démocratisation des pays africains…) devront donc être négociées. La création de secteurs d’activité dans les pays africains sera promue et accompagnée ; la formation aux métiers manuels de base sera développée afin de rendre autonomes des entreprises petites et moyennes dans l’artisanat et la petite industrie. Nous participerons aussi à créer les conditions de réinstallation au pays dans des conditions correctes et dans le cadre de projets de développement structurés, de cadres installés en France par nécessité. Ceci suppose de laisser ouverte une possibilité de fluidité des migrations (allers-retours, possibilités de retour sans crainte de perdre son droit à revenir en France …). De plus, les dispositifs publics de soutien aux initiatives des migrants d’origine africaine établis en France, en faveur du développement de leur pays d’origine seront élargis et renforcés, dans une véritable logique de co-développement et d’inclusion sociale des populations migrantes en France. Les commissions bancaires imposées aux migrants pour les transferts d’argent destinés au développement de leur région – dont le volume actuel est plus de 3 fois supérieur à l’Aide Publique française au Développement – seront contrôlées, via la mise en place de structures publiques pour le co-développement. Beaucoup d’associations villageoises contribuent au développement local et prennent souvent le relais de l’État (construction d’écoles, de lieux de soins), et ne le font que grâce aux transferts des émigrés qui contribuent beaucoup au développement de leur pays d’origine.

10 Comment voyez-vous le rôle de la francophonie ? Quelle place accordez-vous aux échanges interculturels entre France et Afrique ?

Francophonie : La langue française était certes la langue du colonisateur mais elle est devenue une langue au pluriel et en particulier une langue africaine, une langue qui s’enrichit constamment de façon baroque en rencontrant les langues parlées ; elle doit nettement se situer du côté de l’en-commun qui présuppose une co-appartenance basée sur le partage entre de multiples singularités et non pas du côté de l’universel qui implique un rapport d’inclusion à une entité déjà constituée en l’occurrence ici une culture française qui continuerait à se prétendre au centre du monde. La langue française doit aussi redevenir une langue d’émancipation non plus dans sa totale identification avec la République française mais comme la langue qui replace l’autre au cœur de l’humanisme. La langue française doit donc devenir une langue de résistance à celle des anglo-saxons dans la mesure où elle véhicule un modèle de société de coopération et non de compétition, une société d’hospitalité et non de ségrégation communautaire. C’est à ces seules conditions que nous soutenons la francophonie, une langue n’étant pas seulement un outil de communication, mais aussi le creuset de l’identité d’un individu, d’un peuple ou, comme dans ce cas précis, d’une communauté de peuples unis par une histoire commune et tournés vers un avenir partagé. Hélas ! La francophonie qui nous est proposée ne correspond en rien à ce dessein. L’institution dénommée Organisation Internationale de la Francophonie est devenue un instrument politique au service de la France qui profite du poids de ses pays membres pour rayonner à l’extérieur. Une institution qui promeut la langue française universelle au détriment des langues locales, qui sert à asseoir et à pérenniser des dictatures, qui se soucie peu des jeunes, qui admet en son sein des pays d’Europe de l’Est ou mieux encore de l’Asie du Sud-Ouest, du Moyen-Orient dont on ignorait qu’ils parlassent français (seuls 32 pays ont le français comme langue officielle ou partagée sur les 80 ! pays membres). Alors qu’il s’agirait de réorienter l’OIF vers une communauté de cultures, de l’approfondir plutôt que de l’élargir, de renforcer son budget d’éducation au profit des peuples, c’est l’inverse qui est proposé comme feuille de route à Michaëlle Jean. On citera dans cette feuille de route premièrement : la promotion d’une nouvelle stratégie économique, certainement en vue de mettre en œuvre les APE dévastateurs des économies africaines et pour protéger de l’expansionnisme chinois les intérêts économiques français et canadiens en Afrique, deuxièmement : la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes, prétexte très en vogue pour faciliter la (re)militarisation du continent. Le tout avec un budget en baisse. L’Afrique Insoumise dénonce les orientations de ce club affairiste au service des puissants qu’est devenu l’OIF et invite les peuples francophones à ne pas être dupes des tentatives de manipulation dont ils sont une fois de plus les victimes. Vive une nouvelle francophonie de partage, de solidarité et de progrès ! Loin des « sommets de la francophonie » qui ont servi longtemps à maintenir des liens de domination entre la France et ses anciennes colonies, la promotion et le partage de la langue française peuvent être utilisée comme une passerelle entre les cultures. Un projet important de valorisation des relations culturelles ainsi que de l’histoire des immigrations africaines successives qui ont participé à l’histoire de France, sera mis en œuvre afin de lui reconnaître la place qui lui revient. Sur le plan économique, la création d’une Banque de développement francophone permettrait une meilleure concertation et un meilleur usage des fonds mutualisés destinés au développement et à l’émancipation des peuples africains. Sur le plan politique, plutôt que des sommets France-Afrique dignes héritiers d’un passé colonial et post-colonial, promouvons des sommets francophones autour d’objectifs de progrès et d’émancipation partagés entre partenaires internationaux. Regarder en face notre histoire commune : Des commissions d’enquête parlementaire devront faire la lumière sur les responsabilités de la France dans les atrocités commises durant la colonisation (par exemple Cameroun et Madagascar). Elles enquêteront sur les implications de la France dans le génocide des Tutsis (Rwanda), coups d’Etat et renversements militaires (Côte d’Ivoire, assassinat de Thomas Sankara, Mauritanie…) en Afrique et obtiendront la dé-classification des documents secrets nécessaires à leur enquête. Tous responsables de génocide, crime de guerre, crimes contre l’humanité, actes contraires aux Conventions de Genève, vivant en France seront poursuivis et jugés. Il ne s’agit pas de verser dans la repentance systématique, toutes les conquêtes apportant aussi leur lot d’échanges et d’apports ne se limitant pas à la sphère économique. Il ne s’agit pas non plus de verser dans les compensations financières sauf cas particulier. Mais seule la vérité du discours permettra, grâce à un soutien accru au travail des historiens et des scientifiques, de dépasser les problèmes récurrents qui empêchent un développement concerté entre les pays africains et la France mais aussi de réduire la fracture coloniale et de renforcer le vivre ensemble et l’intégration dans la République française des descendants des immigrations successives.

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Actualités internationalesThu, 23 Mar 2017 09:25:48 +0000
Pourquoi Trump a gagné ; pourquoi Clinton a perdu?http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/849-trump-clinton http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/849-trump-clintonPourquoi Trump a gagné ; pourquoi Clinton a perdu?

La cuisante défaite de Hillary Clinton reflète une grossière erreur de jugement du Parti démocrate sur la profondeur de la colère populiste contre des élites égoïstes qui ont traité avec dédain la plus grande partie du pays.

À la fin, Hillary Clinton est devenue le visage d’un establishment corrompu, arrogant et déconnecté des réalités, tandis que Donald Trump émergeait comme un réceptacle juste ce qu’il y a d’imparfait pour recueillir une fureur populaire qui avait bouillonné sous la surface de l’Amérique.

Il y a vraiment beaucoup à craindre d’une présidence Trump, en particulier jointe à la poursuite du contrôle républicain sur le Congrès. Trump et de nombreux Républicains ont nié la réalité du changement climatique ; ils favorisent une augmentation des réductions d’impôts pour les riches ; ils veulent déréguler Wall Street et d’autres industries puissantes – toutes ces politiques qui ont contribué à créer le désordre actuel dans lequel sont plongés aujourd’hui les États-Unis et une grande partie du monde.

En outre, la personnalité de Trump est pour le moins problématique. Il manque des connaissances et du tempérament qu’on voudrait voir chez un président – ou même chez un responsable public moins puissant. Il a fait appel au racisme, à la misogynie, à la suprématie blanche, à l’intolérance à l’égard des immigrants et aux préjugés à l’égard des musulmans. Il est favorable à la torture et veut qu’un mur géant soit construit le long de la frontière sud de l’Amérique.

Mais les électeurs américains l’ont choisi en partie parce qu’ils estimaient avoir besoin d’un instrument contondant pour frapper l’establishment qui a gouverné et mal dirigé leur pays depuis au moins plusieurs décennies. C’est un establishment qui s’est non seulement emparé à son profit de presque toute la nouvelle richesse produite par le pays, mais a négligemment envoyé l’armée étasunienne mener des «guerres de choix»,comme si les vies des soldats de la classe ouvrière valaient peu de chose.

En matière de politique étrangère, l’establishment a fait passer le pouvoir décisionnel aux néoconservateurs et à leurs acolytes interventionnistes libéraux, qui ont souvent subordonné les intérêts américains à ceux d’Israël et de l’Arabie saoudite, pour un avantage politique ou financier.

Les choix guerriers de la coalition des néocons et des faucons libéraux ont été désastreux – de l’Irak à l’Afghanistan, à la Libye, à la Syrie, à l’Ukraine – pourtant cette collection de je-sais-tout n’assume jamais ses responsabilités. Les mêmes gens, y compris les guerriers en fauteuil des médias et les «chercheurs» des think tanks, rebondissent d’une catastrophe à l’autre sans conséquences pour leurs «pensée de groupe» fallacieuse. Tout dernièrement, ils ont concocté une nouvelle Guerre froide avec la Russie, coûteuse et dangereuse.

Malgré toutes ses défauts, Trump était l’une des rares personnalités publiques importantes ayant osé contester la «pensée de groupe» sur les points chauds actuels que sont la Syrie et la Russie. En réponse, Clinton et de nombreux Démocrates ont choisi de se livrer à un maccarthysme brutal, Clinton provoquant même Trump en le traitant de «marionnette» de Vladimir Poutine lors du débat présidentiel final.

Il est assez remarquable que ces tactiques aient échoué, que Trump ait parlé de coopération avec la Russie plutôt que de confrontation, et ait gagné. La victoire de Trump pourrait signifier que plutôt que de pousser la Nouvelle Guerre froide à l’escalade avec la Russie, il existe une possibilité de réduire les tensions.

Désavouer les néocons.

Ainsi, la victoire de Trump marque un désaveu de l’agressive orthodoxie néocon/libérale, parce que la nouvelle guerre froide a été largement mitonnée dans ces groupes de réflexion néocons / libéraux et mis en application par des responsables partageant le même état d’esprit au Département d’État américain et alimentée par la propagande à travers les médias occidentaux dominants.

C’est l’Occident, pas la Russie, qui a provoqué la confrontation sur l’Ukraine en aidant à installer un régime farouchement anti-russe aux frontières de la Russie. Je sais que les médias occidentaux dominants ont formulé l’histoire comme une «agression russe», mais cela a toujours été une grande déformation des faits.

Il y avait des moyens pacifiques de régler les conflits internes en Ukraine sans violer le processus démocratique, mais les néocons étasuniens, comme la Secrétaire d’État adjointe Victoria Nuland, et de riches néolibéraux comme le spéculateur financier George Soros, ont poussé à un coup d’État qui a renversé le président élu Victor Ianoukovitch en février 2014.

La réponse de Poutine, y compris son acceptation du référendum écrasant en faveur du retour de la Crimée à la Russie et son soutien aux rebelles russes ethniques en Ukraine de l’est qui s’opposent au régime issu du coup d’État à Kiev, était une réaction aux agissements déstabilisants et violents de l’Occident. Poutine n’était pas l’instigateur des troubles.

De même, en Syrie, la stratégie occidentale de «changement de régime», qui date des plans néocons du milieu des années 1990, et impliquait une collaboration avec al-Qaïda et d’autres djihadistes islamiques pour supprimer le gouvernement laïque de Bachar al-Assad. Là de nouveau, le Washington officiel et les médias dominants ont décrit le conflit comme étant de la faute d’Assad, mais cela ne correspondait pas à l’image complète.

Dès le début du conflit syrien en 2011, les «alliés» des États-Unis, incluant l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et Israël, ont soutenu la rébellion, la Turquie et les États du golfe faisant passer de l’argent et des armes au Front Nusra d’al-Qaïda et même au dérivé d’al-Qaïda, État islamique.

Bien que le président Barack Obama ait traîné les pieds devant une intervention directe préconisée par celle qui était alors secrétaire d’État, Hillary Clinton, il a finalement fait la moitié du chemin, cédant aux pression politiques en acceptant de former et d’armer les prétendus «modérés» qui ont fini par combattre aux côtés du Front Nusra d’al-Qaïda et d’autres djihadistes dans Ahrar al-Sham.

Trump a été peu loquace et imprécis en décrivant la politique qu’il suivrait en Syrie, tout en suggérant qu’il coopérerait avec les Russes pour détruire État islamique. Mais Trump ne semblait pas comprendre le rôle d’al-Qaïda dans le contrôle d’Alep Est et d’autres territoires syriens.
Un territoire inconnu.

Donc les électeurs américains ont plongé les États-Unis et le monde en territoire inconnu derrière un président élu qui manque de connaissance approfondie sur un large éventail de questions. Qui guidera un Trump président devient le problème le plus urgent aujourd’hui.

Comptera-t-il sur les Républicains traditionnels qui ont tant fait pour ficher en l’air le pays et le monde ou trouvera-t-il quelques réalistes aux idées fraîches qui réaligneront la politique avec les intérêts et les valeurs américaines fondamentales.

Le Parti démocrate mérite une bonne partie du blâme pour ce moment dangereux et incertain. Malgré les signes attestant que 2016 serait une année propice à un candidat anti-establishment – éventuellement quelqu’un comme la sénatrice Elizabeth Warren ou le sénateur Bernie Sanders – la direction des Démocrates a décidé que «c’était le tour de Hillary».

Des alternatives comme Warren ont été dissuadées de concourir, ainsi il pourrait y avoir un «couronnement»Clinton. Cela a fait du socialiste de 74 ans du Vermont le seul obstacle à la nomination de Clinton et il s’est avéré que Sanders était un rival redoutable. Mais sa candidature a été finalement bloquée par des huiles démocrates, y compris les «super-délégués» non élus, qui ont donné à Clinton une avance précoce et apparemment insurmontable.

Avec des œillères solidement en place, les Démocrates se sont attelés eux-mêmes au carrosse doré de Clinton et ont essayé de la tirer sur tout le chemin jusqu’à la Maison Blanche. Mais ils ont ignoré le fait que beaucoup d’Américains en étaient venus à voir Clinton comme la personnification de tout ce qui ne va pas avec le monde insulaire et corrompu du Washington officiel. Et cela nous a donné le président élu Trump.

                                                                                                                                                                                                                                                                                   Robert Parry

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Actualités internationalesFri, 25 Nov 2016 08:21:48 +0000
« Aujourd’hui, le panafricanisme est devenu un fourre-tout »http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/830-panafricanisme-devenu-fourre-tout http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/830-panafricanisme-devenu-fourre-tout« Aujourd’hui, le panafricanisme est devenu un fourre-tout »

Après Kwame  Nkrumah père du panafricanisme, le lecteur va découvrir la pensée panafricaine de Ama Mazama : Ama Mazama est universitaire et infatigable combattante de la cause panafricaine. Enracinée dans ses valeurs culturelles, elle est prêtresse vaudou. Dans cette interview accordée à « Le Journal de l'Afrique » de Investig'Action, Ama Mazama revient sur les enjeux et les défis de l’Afrocentricité.

Le Journal de l’Afrique : Qu´est-ce que l´afrocentricité ?

Ama Mazama : L´organisation ou bien la philosophie ?

La philosophie.

-C ´est une philosophie ou un paradigme qui postule que les africains doivent penser et agir en se prenant comme point de référence. Alors cela signifie quoi ? Que, par exemple, si vous avez un chien qui miaule, vous allez penser qu´il y a un problème en lui et vous irez chez le psychiatre pour chiens pour voir ce qui ne va pas avec la tête du chien. De la même façon, si vous êtes Africain, vous devrez vivre en tant qu´africain, à partir de la vision du monde, de la culture, des réalités historiques, culturelles biologiques etc. qui sont les vôtres. Concrètement cela veut dire que si on est dans un restaurant, on s´attend, si on est en Afrique, à ce que les motifs de décorations soient africains parce que le propriétaire est africain et donc son esthétique, sa sensibilité, ses préférences culturelles doivent s´exprimer… Or on constate que ce n´est pas souvent le cas. Nous avons peur de nous assumer comme africains. Nous prenons toujours l´Europe pour référence. Cela s´explique par notre socialisation, en particulier l´école, les medias, la religion, qui fait que nous sommes décentrés par rapport à nous-mêmes. Donc l´afrocentricité, c´est comment nous remettre au centre de nous-mêmes pour ne plus avoir à nous excuser d´être africains, de ne plus avoir peur d´être africains, honte d´être africains.

Ainsi définie, qu´entend-on par Afrocentricité en tant qu´organisation ?

-C´est une organisation panafricaine et afrocentrique. L´afrocentricité est un principe directeur, c’est-à-dire notre idéologie. Cette organisation œuvre dans quatre domaines principaux : spirituel, éducatif, politique et économique. En ce qui concerne le domaine spirituel, pour faciliter le processus de recentrage des Africains (sur le plan spirituel), nous avons beaucoup de rituels qui ont comme but de retrouver un chemin de nous-mêmes, de nous connecter avec nos ancêtres, notre sève ancestrale, de rentrer chez nous dans un sens métaphorique. Chez nous c´est d´abord à l´intérieur, pour retrouver le moi africain.. Retrouver ce moi africain et l´assumer. Cette organisation est née en 2011 sous le modèle de Marcus Garvey. La maison mère est pour le moment à Philadelphie, aux USA, parce que ceux qui l’ont créée s´y trouvent. Si un jour on se déplace, le quartier général nous suivra. Nous avons des divisions dans le monde noir, pas mal déjà en Afrique. Nous sommes présents dans une dizaine de pays. Sans être exhaustive, je dirais que nous sommes en Afrique du Sud, au Zimbabwe où nous avons fait l´année dernière une conférence, au Congo et au Cameroun. On espère plusieurs divisions en RCA, en Côte d´Ivoire nous avons deux divisions. Nous sommes en Haïti, au Brésil avec deux divisions, en Colombie, Guadeloupe et Martinique. Nous sommes en train de mettre une division au Mexique parce qu´il y a beaucoup de Noirs dans ce pays, nous sommes aussi en Europe parce qu´il y a beaucoup d´Africains qui s´y sont exilés. L´idée c´est de créer ce réseau de consciences afrocentriques pour qu´ensemble nous puissions faire beaucoup de choses.

Kwame Nkrumah disait : « cherchez le pouvoir politique et tout vous sera donné de surcroît ». Afrocentricity International a-t-il des visées politiques?

-Absolument. Le projet c´est d´avoir des partis et d´être présents sur la scène politique dans toutes les communautés. Cela peut commencer à un niveau très bas. Je vous donne un exemple. En Guadeloupe, j´habite dans une petite ville qui s´appelle Port Louis. J´ai construit ma maison là. Cette cité n´avait pas de noms de rues et je savais qu´ils sont très sensibles à la question du nom. Je suis allée à la Mairie pour leur faire part de mes préoccupations. Quand ils m´ont proposé de faire partie de cette commission d´adressage, j´ai accepté. Et c´est ainsi que je me suis retrouvée à habiter la résidence Marcus Garvey et la rue Thomas Sankara. Ce sont des initiatives. Tous nos membres sont encouragés à prendre des initiatives. On a désormais, dans ma ville, des rues du Roi Béhanzin. Il y a une rue Kwamé Nkrumah. Il y a une rue Patrice Lumumba. On y est allé fort ! Vous voyez, on débaptise des rues qui portaient des noms de blancs pour donner des noms d´Africains comme Myriam Makeba. Au niveau politique c´est quelque chose d’important parce que les gens se mettent à demander : Qui était Marcus Garvey ? Qui était Thomas Sankara ? Ce qui nous intéresse le plus c´est ce qu´on appelle en anglais grassroot, c´est-à-dire prendre les choses par le bas. On investit l´espace, on est dans son quartier, on se demande ce qu´on peut faire. On ne rêve pas. Le système qu´on a en face de nous est très fort, très organisé. Quelque part, il faut faire baisser son sous-bassement et rentrer. C´est pas forcement briguer la présidence d´un pays. Encore que cela ne nous dérangerait pas. Mais avant même d´en arriver là, il y a un travail à faire par en bas, pour justement préparer les gens à savoir, sur le plan politique, qui était Marcus Garvey. Parce que c´est très important, pour moi c´est une grosse victoire.

On avait commencé un travail de recensement des rues des capitales africaines. On commence à se demander pourquoi il y a des rues qui portent les noms de gouverneurs blancs, toujours de présidents blancs, de gens racistes, la rue du général Leclerc, De Gaulle, machin, pourquoi ?
Quel peut être le rapport entre l’afrocentricité et la mondialisation qui est aujourd´hui un terme galvaudé partout ?

-La mondialisation n´est qu´un euphémisme pour la domination raciale blanche. Ne vous faites pas d´illusions. Ils changent les mots, mais la réalité demeure la même, à savoir que les Blancs doivent dominer le monde à tout prix. Donc notre position est très simple, nous sommes absolument contre cela, parce que la mondialisation veut dire imposition de l´Europe sous couvert d´universalité. Nous combattons cette mondialisation. C´est clair, puisque c´est une domination de plus.

Comment situez-vous l´afrocentricité par rapport à la négritude et au panafricanisme ?

-L´afrocentricité n´aurait pas existé sans négritude. La négritude est un état. Je suis nègre, je suis Africaine et l´afrocentricité c´est surtout et avant tout un état de conscience. Elle n´aurait pas existé sans la négritude, parce que la négritude c´est l´affirmation d´une spécificité, d´une ontologie africaine. Nous disons qu´il y a différentes façons d´être au monde ; que nous ayons des cultures différentes, cela paraît clair. Nous sommes Africains. Et qu´est-ce que cela veut dire être Africain ? On en tire toutes les conséquences, on peut être Africain sans être afrocentrique. C´est pour cela qu´on a besoin d´afrocentricité pour que notre réalité coïncide avec nos pensées. Car c´est cela l´afrocentricité. Elle est forcément panafricaine, puisque nous considérons que les Africains sont dans le monde entier, et que nous devons nous unir. Le Motto de notre organisation c´est : L´unité est notre but, la victoire est notre destinée. Nous recherchons avant tout sur le plan politique les Etats-Unis d´Afrique. Nous croyons au panafricanisme, mais pas n’importe quel panafricanisme, parce que le panafricanisme est une coquille vide dans laquelle on peut mettre n’importe quoi. Et le panafricanisme, à mon avis, est en état de choc. Si l´on considère que le mouvement panafricain a commencé à la fin du 19e siècle et qu´on regarde où on en est aujourd´hui, 120 ans plus tard, on doit dire que le panafricanisme n´a pas réussi à remplir son objectif d´unité de l´Afrique. L´Afrique n´a jamais été aussi morcelée qu´aujourd´hui. Donc Il faut vraiment qu´on mette cela en question en se demandant ce qui a fait défaut. Pour nous, ce qui a fait défaut, c´est une ligne idéologique claire. Et c´est là que l´afrocentricité intervient. Je pose toujours la question à mes amis qui sont panafricains : Imaginons un instant qu´on arrive miraculeusement à faire l´unité de l´Afrique maintenant, elle se fera sur quelle base ? Sur une base chrétienne, musulmane, marxiste, communiste, socialiste, capitaliste, féministe ? Vous voyez ? Qu´est-ce qu´on va faire ? Et nous, notre position est claire : l´unité de l´Afrique doit se faire sur des bases culturelles africaines qui remontent à Kemet. On peut vraiment bâtir une Afrique forte.

Maintenant, si on parle de l´unité africaine et que l´afrocentricité regroupe tous les Noirs, quelle serait la position des Noirs d´Amérique latine vis à vis de cette Afrique unie ?

-Je pense que cela serait magnifique, parce que vous savez, il y a une chose pour nous qui sommes dans la diaspora, une chose dont nous sommes particulièrement conscients, à savoir que nous sommes maltraités dans le monde, parce que l´Afrique est faible. On ne nous respecte pas. On peut nous tuer, on peut nous faire n’importe quoi parce qu´il n´y a aucune entité en Afrique qui pourra demander des comptes en notre nom. Pourquoi on tue les Noirs comme cela aux Etats- Unis? Tous les deux jours on voit qu´il y a un nouvel homme Noir qui a été abattu comme un chien et rien n´est fait. C´est parce que l´Afrique est faible. Vous voyez, donc la position c´est qu´on n´est pas obligé de revenir vivre seulement en Afrique. Le fait qu´il y ait une Afrique unie et forte nous arrangerait où que nous soyons.

Alors, comment faire pour que le discours afrocentrique pénètre au sein des masses populaires?

-Justement c´est toujours ce travail par en bas qu´il faut faire. L’une de nos stratégies consiste à faire des publications. Nous essayons de faire que ces livres soient le moins cher possible ; on a commencé à faire les livres sur place, justement pour baisser les coûts de production, à faire des émissions télé, radio, des conférences, des actions sur le terrain.

Comment les dirigeants africains et l´intelligentsia africaine appréhendent le discours afrocentrique ? N’y-a-t-il pas de résistance des Noirs?

-Très sincèrement, il y a des Noirs qui ont été programmés, qui sont décentrés, qui sont disloqués. Pour ce qui est de l´intelligentsia, c´est notre discours que nous soignons. Ceux qui s´y reconnaissent se joignent à nous. Ceux qui ne s´y reconnaissent pas restent dans leurs histoires.
Les présidents ? Ils ne disent pas qu´ils sont contre. On a eu certes des bons contacts avec l´ancien président du Sénégal. Avec celui du Nigeria un moment aussi. Ils ne disent jamais qu´ils sont contre, mais on ne compte pas sur eux. Tabo Mbeki, à une époque, a été un fervent partisan de l´afrocentricité. Pour nous la transformation doit se faire par le bas. Pour qu´il y ait une vraie transformation. Pour que les africains, lorsque leur président arrive avec ses défaillances, refusent.

Comment faites-vous pour distinguer ceux qui viennent pour le positionnement et ceux qui viennent pour agir?

-On a vu cela plusieurs fois effectivement. Il y en a qui viennent parce qu´ils pensent qu´il y a de l´argent. Ils entendent que c´est une organisation qui est basée aux Etats-Unis ; tout de suite ils s´imaginent qu´on a des millions et des millions de dollars. Ce qui n´est pas vrai. Nous sommes une organisation qui est soutenue par ses membres et qui s´autofinance. Nous sommes des nationalistes Noirs. Notre indépendance est extrêmement importante. On n´accepte l´argent d´aucun gouvernement ou organisation. Et nous n´accepterons jamais parce que nous voulons préserver notre indépendance. Vous voyez par exemple quand nous organisons nos conventions, on pourrait les faire dans les universités. Mais nous préférons louer un espace. Comme cela, nous pouvons dire ce que nous voulons.
Pour ce qui est de la moralité de ceux qui viennent vers nous, le temps permet de faire la part des choses. Ceux qui viennent comme des vautours, et qui après quelques mois voient qu´il n´y a rien, s´en vont. Autre mécanisme que nous avons mis en place : Lorsque vous êtes membre d´Afrocentricity International, vous devez prêter serment. Le serment est très important dans la culture africaine. Nous avons un serment spécial qui dit que vous acceptez de mourir si vous trahissez l´organisation. Si vous volez, si vous faites du mal à l´organisation, vous avez le droit de sortir, il y a un serment de sortie. Et quand vous entrez, vous vous engagez à avoir un certain comportement. Si vous savez être de mauvaise intention, en général, avant même d´en arriver à prêter serment, vous disparaissez.

Donc le serment c´est quand on devient membre ?

-On ne devient pas membre automatiquement, il y a une période d´observation. Nous ne cherchons pas à avoir une organisation de masse. Nous cherchons la qualité. Nous préférons avoir une division formée par dix ou quinze personnes solides. C’est le cas par exemple au Cameroun. Cela a pris du temps. Mais ils ont une équipe soudée. Ils sont sûrs. Ils se font confiance. Ils ont eu à travailler ensemble. Voilà, cela prend un peu de temps, mais c´est normal.

Source : Journal de l’Afrique NO.23, Investig’Action
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Actualités internationalesSat, 01 Oct 2016 13:58:16 +0000
Aminata Traoré : « On a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris »http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/829-aminata-traore-mondialise-injustice http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/829-aminata-traore-mondialise-injusticeAminata Traoré : « On a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris »

Aminata Traoré au micro de Investig'Action

Aminata Traoré est une essayiste malienne qui lutte pour l’autonomisation des pays et des peuples d’Afrique, toujours dominés et pillés par les puissances occidentales. Ministre de la Culture et du Tourisme au Mali entre 1997 et 2000, l’infatigable militante choisira de poursuivre son combat contre le libéralisme sur le terrain et sera à l’origine de nombreux projets de proximité avec les femmes et les jeunes à Bamako. Sa candidature récente au poste de secrétaire générale de l’ONU est une bonne nouvelle pour tous les partisans de la paix.

Cette interview a été réalisée par Investig'Action dans son Journal de l'Afrique No 22 du 07 juin 2016

Comment analysez-vous le phénomène terroriste qui sévit en Afrique et partout dans le Monde ?

Il faut d’abord en analyser rigoureusement les causes : Pourquoi maintenant ? Pourquoi partout ? Précisément parce que l’on a mondialisé l’injustice, le désespoir et le mépris. Dans les années 90, face aux conséquences des politiques d’ajustement structurel, on a tiré la sonnette d’alarme en disant : « Chaque année dans la plupart de nos pays, il y a 100 000 à 200 000 jeunes diplômés qui viennent sur le marché du travail et le modèle économique ne crée pas d’emplois. » Au contraire, il en supprime. Que reste-t-il à faire ? Les jeunes n’ont souvent le choix qu’entre l’exil ou le fusil. Ces deux phénomènes contemporains et concomitants sont intrinsèquement liés à l’échec lamentable d’un modèle de développement économique que l’Occident ne veut pas remettre en question.

Pour beaucoup de médias et d’analystes, le djihadisme émanerait directement et principalement de la religion. Trouvez-vous cette explication suffisante ?

S’il en était ainsi, pourquoi cette pensée du radicalisme religieux n’est pas survenue plus tôt ? C’est à partir des décennies 80 et 90 que de nombreux laissés pour compte des politiques néolibérales sont allés chercher dans les mosquées et le Coran des réponses au chômage et à l’exclusion. S’il n’y avait pas eu l’Irak, des généraux de Saddam Hussein n’auraient pas rencontré, à Abu Ghraib, des islamistes pour jeter les bases de DAESH. Comment arrivent-ils à pénétrer les banlieues et les milieux pauvres ? Pourquoi fascinent-ils aussi la « classe moyenne » ? Il y a un vide idéologique abyssal que l’on refuse d’admettre.

Si l’on reconnaît aujourd’hui que davantage de justice, davantage d’emplois, de respect des peuples, peuvent garantir la paix et la sécurité, cela implique que les dominants doivent renoncer à une partie de leurs avantages et privilèges. Ils ne le peuvent pas. C’est se faire Hara-Kiri que de dire : « on s’est trompé de modèle, on n’a pas créé d’emplois et notre modèle ne répond pas à la demande sociale ». A qui profite le crime de cette croissance, si ce n’est aux transnationales? Ce sont elles qui se tirent également une balle dans le pied quand elles ne peuvent plus aller là où elles exploitent les ressources naturelles. Les djihadistes qui ont conscience de cet enjeu visent eux aussi les même ressources, notamment, le pétrole.

A force de faire la sourde oreille et de mettre en place des oppositions qui ne sont pas de véritables contre-pouvoirs capables et désireuses de prendre en charge les vraies questions, on se retrouve enlisé partout dans des questions institutionnelles et politiciennes de remplacement des acteurs sans changement de paradigme. Or pour avoir la paix aujourd’hui, une véritable paix durable et la sécurité humaine, que je ne confonds pas avec la sécurisation, il faut inscrire les enjeux miniers, pétroliers et autres dans le débat. Garantir la sécurité humaine aux individus, à travers l’emploi, la santé, l’éducation, et d’autres services sociaux de base considérés comme des dépenses improductives.

Quel est le rôle de l’Union Africaine et quels sont ses principaux défis ?

L’Afrique a cruellement besoin de l’Union Africaine (UA), cette organisation qui est née en 2002 des cendres de l’OUA créée il y a 53 ans. Tout comme l’Union Européenne (UE) qui lui sert de modèle, elle suscite bien des interrogations auprès des peuples qui ne la voient pas là où ils l’attendent, c’est-à-dire auprès d’eux. Ce qui fait dire à ses détracteurs qu’elle n’est qu’un club des Chefs d’Etats. Le constat est accablant et préoccupant lorsqu’on sait que la décolonisation dont ses pères fondateurs ont voulu en faire l’instrument n’est pas finie et que le continent est même en voie de « recolonisation » dans le cadre de la mondialisation capitaliste. Les défis sont à la dimension de la violence multiforme de ce système.
Pour jouer pleinement son rôle dans la défense des intérêts des peuples d’Afrique, il faudrait que l’Union Africaine (UA) appréhende la nature de la mondialisation et celle des rapports de force. Or, elle souffre des tares originelles de la division, de l’extraversion et de la dépendance. Nous avons souvent tendance à oublier que l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) dont elle est issue est née dans la douleur du déchirement entre deux groupes qui avaient une approche et une vision opposées de l’avenir du continent.
Il a fallu de nombreuses rencontres et de longues négociations pour que le 25 mai 1963, 32 États nouvellement indépendants créent l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à Addis-Abeba en Éthiopie, sur la base d’un Accord minima. La rédaction de sa charte a été confiée au président malien Modibo Keita l’un des leaders du groupe des progressistes de Casablanca et au président togolais Sylvius Olympio du camp des « anti- fédérationistes »). C’est la vision du groupe de Monrovia qui a pris le dessus sur celle des progressistes du groupe de Casablanca.

Quel bilan peut-on tirer de ses activités ?

Mise à part la gestion de la décolonisation, aucun projet ni aucune stratégie de développement autonome et émancipatrice n’a été initiée et menée à bien par l’Organisation panafricaine. Les deux décennies 80 et 90 ont été marquées par des orientations tracées par Elliot Berg que la Banque mondiale a substituées aux perspectives africaines de développement du plan d’action de Lagos (PAL), patiemment élaboré par les Etats africains, et adopté en 1980 dans la capitale nigériane. Ces orientations ont aggravé les difficultés du continent : blocage des salaires, coupes dans les budgets des services sociaux de base: éducation, santé, approvisionnement en eau potable et assainissement.
Conscient du coût social et politique élevé des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), des dirigeants africains ont proposé différentes orientations : le Président Thabo Mbeki, le Plan d’Action du Millénaire (PAM), conjointement élaboré par le Président sud-africain, le Président Obasanjo et le Président Bouteflika ainsi que le Plan Omega d’Abdoulaye Wade. Leur fusion a donné lieu à la « Nouvelle initiative africaine (NIA) » devenue le Nouveau Partenariat pour le Développement en Afrique (NEPAD) ainsi que le Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs en 2003 : le Parlement Panafricain PP institué le 18 mars 2004 avec son siège à Midrand, en Afrique du Sud.
L’Union Africaine (UA) se félicite des politiques et stratégies macro-économiques « saines » qui ont permis à de nombreux pays membres de l’Organisation d’enregistrer une croissance sans précédent ainsi que la réduction significative des conflits, le renforcement de la paix et de la stabilité, ainsi que les progrès en matière de gouvernance démocratique. Elle table pour le XXIème siècle sur l’émergence d’une classe moyenne croissante et d’un changement dans l’architecture financière internationale, avec la montée des BRICS et l’amélioration des flux des investissements directs.

Cette augmentation significative de la croissance va-t-elle de pair avec une amélioration des conditions de vie des populations ?

Des réalisations matérielles palpables mais très peu d’amélioration des conditions de vie des populations. Plus on avance et plus il y a du chômage. C’est dans ce contexte là que ce que l’Europe appelle « crise migratoire » a surgi. Cela ne date pas de 2015. La notion de « migrant économique », à distinguer de celle de « réfugié », signifie qu’ « il y a du travail dans les pays d’origine où il suffirait selon les technocrates d’investir davantage et de lutter contre la corruption ». Mais il n’y a pas de travail, et la corruption est inhérente au système.

Selon vous, le processus de démocratisation resterait superficiel ?

J’ai du mal à me retrouver dans un paysage politique marqué par 150 à 250 partis. L’Europe sait parfaitement qu’il ne s’agit pas de démocratie avec un tel émiettement du champ électoral sans contenu idéologique véritable. Comment sortir de cette « démocratie », téléguidée, financée et supervisée de près selon les pays et les enjeux par Bruxelles, Paris et Washington ?

A ce propos justement, la Chine supplante progressivement l’Occident dans l’économie africaine. Faut-il accueillir les Chinois comme les nouveaux « Imposteurs » pour reprendre le titre de l’un de vos derniers livres?

Historiquement l’Afrique n’est pas dans les mêmes types de rapports avec la Chine qu’avec l’Occident. La Chine n’est pas arrogante. Dans l’imaginaire des Africains, c’est un moindre mal parce que l’on sait qu’ils sont là parce qu’ils ont d’énormes besoin de matières premières à satisfaire. Cette relation n’en est pas moins un piège si nos Etats se maintiennent dans la logique de régions exportatrices de matières premières au lieu d’en profiter pour jeter les bases de l’industrialisation du continent. En d’autres termes, s’ils ne développent pas leur propre secteur privé, les Etats africains ne seront pas en mesure de s’émanciper de cette relation de dépendance.

C’est la notion même d’émergence qui est problématique. Elle se traduit par une croissance qui ne profite pas aux peuples. Dans les pays dits « émergents », le panier de la ménagère n’enregistre aucune amélioration. La Chine émergente a servi de source d’inspiration aux pays africains qui ne se disent pas qu’un continent émietté et divisé est une proie facile dans le cadre actuel de l’ensauvagement du monde. La Chine n’a pas libéralisé à tout-va. Elle a progressé à son rythme et en fonction de ses intérêts.

Quels sont à votre avis les défis de la société civile et des intellectuels africains du 21ème siècle ?

Il faut aller plus loin dans le travail de déconstruction des idées reçues et de dépollution des esprits sur la croissance, l’émergence, et autres histoires à dormir debout. Si le système marchait si bien, pourquoi l’Europe se retrouverait dans cette crise existentielle qui est en train de la bouleverser ? Selon moi, les solutions d’emprunt ont révélé leurs limites à la lumière de nos expériences, de nos vécus, de nos aspirations. Malheureusement une grande partie de ce que l’on appelle la « société civile » n’ose pas soulever les questions qui fâchent les « donateurs ». Localement elles ne peuvent rien faire sans l’aide de la « communauté internationale ».

Pourtant l’Afrique a connu des grands penseurs intellectuels comme Julius Nyerere et ses idées motrices en faveur du droit au développement. Pouvons-nous « compter sur nos propres forces » ?

Bien sûr, l’Afrique n’a pas eu que des corrompus et des dictateurs comme ses détracteurs le laissent entendre. De nombreux hommes qui auraient pu et voulu faire des choses en ont été empêchés. L’assassinat de Patrice Lumumba a été l’acte fondateur du chaos politique congolais. Les assassinats politiques tout le long des années 60-70 ont traumatisé et dissuadé bien des dirigeants qui voulaient faire corps avec leurs peuples. Plus récemment, il y eu le cas de Laurent Gbagbo qui passe aujourd’hui devant la CPI et dont le tort est d’avoir touché à des questions qui fâchent. Ce qui est vrai pour les dirigeants, l’est dans une large mesure pour la société civile.
Aujourd’hui, quand on parle de la société civile, celle qui est sollicitée est souvent formatée, prudente, et même frileuse. Actuellement, un sentiment de révolte intérieure et une forme d’humiliation apparaissent face à la seconde recolonisation du continent qui ne laisse pas les Africains indifférents. Les efforts de remise en question doivent être capitalisés pour développer notre capacité de proposition, d’anticipation et d’actions transformatrices de nos économies et de nos sociétés dans le sens de l’intérêt commun.

Source : Journal de l’Afrique n°22, Investig’Action

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Actualités internationalesMon, 26 Sep 2016 21:28:05 +0000
Gabon : Lutte politique et chicanes entre les héritiers du patriarche Omar Bongo Ondimbahttp://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/826-gabon-lutte-plitique-chicanes-entre-heritiers-patriarche-bongo http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/826-gabon-lutte-plitique-chicanes-entre-heritiers-patriarche-bongoMM Jean PING et Ali BONGO

L’Afrique des conflits et des guerres, l’Afrique immature, non prête pour la démocratie, a resurgi dans les médias au lendemain de la proclamation des résultats provisoires de l’élection présidentielle au Gabon, le 31 août 2016.  Le journal « Le Monde » va jusqu’à demander s’il faut encore organiser des élections présidentielles en Afrique[1]. Selon les résultats de la Commission Electorale Nationale Autonome  et Permanente (CENAP), le Président sortant Ali Bongo avait gagné l’élection avec 49,85%     contre 48,23%  pour son principal adversaire politique, Jean Ping. De façon quasi-immédiate, des partisans supposés  de l’opposant se sont livrés à une vague de violences inouïes. Le Gabon, pays qui jusqu’au 31 août 2016 pouvait être considéré comme un havre de paix dans une sous-région très troublée, va-t-il aussi basculer dans une guerre civile ?

Qui sont les principaux acteurs ?

Ali Bongo Ondimba est comme son patronyme l’indique le fils du 2ème président du Gabon, Omar Bongo Ondimba qui a régné sur ce pays de 1967 à 2009, soit pendant 42 ans. L’appui de la France de De Gaulle à Sarkozy, en passant par François Mitterrand a été constant et déterminant. A sa mort, il a laissé un pays en friche, malgré des décennies d’exploitation du pétrole, du bois et de nombreux minerais dont l’uranium et le manganèse. Ali Bongo a été brièvement son ministre des affaires étrangères  puis de la défense nationale pendant 10 ans.

Quant à Jean Ping, il est de mère gabonaise et de père chinois, et a occupé des postes de haute responsabilité sous le règne de Bongo-père : représentant du Gabon à l’Unesco, Directeur de cabinet du président de la république, puis  a successivement  occupé six postes ministériels dont celui des affaires étrangères, avant d’être propulsé président de la Commission de l’Union Africaine. Sur le plan familial, Jean Ping a eu comme compagne Pascaline Bongo, véritable princesse de la famille, et ils ont eu deux enfants.

En réalité, Ali Bongo et Jean Ping appartiennent tous les deux  à la famille Bongo et sont issus de la même famille politique le PDG, Parti Démocratique Gabonais, fondé par Bongo-père en 1968.

Qu’est-ce qui les oppose ?

Le conflit de génération 

Ali est quinquagénaire et s’est entouré de jeunes loups décidés à tourner la page des « caciques » du PDG, entendez par là, les camarades de première heure de Bongo-père. Jean Ping est un septuagénaire qui s’est entouré des ex « apparatchiks » du PDG presque tous des septuagénaires voire octogénaires, qui pour certains ont tourné casaque à la mort de Bongo-père et pour d’autres ont attendu la veille de la dernière élection présidentielle pour décider de quitter le navire qu’ils jugeaient déjà tanguant. Ils sont des anciens barons  du PDG qui est au pouvoir depuis 48 ans : un ex vice-président, deux ex premiers ministres, deux ex présidents de l’assemblée nationale, et de nombreux ex ministres, etc.

Une vision politique différente 

Bien que fils du président-patriarche, Ali Bongo a une vision relativement moderne de l’Etat. Depuis sa prise de pouvoir il y a 7 ans,  il a fait des efforts (encore insuffisants) dans la mise en place des infrastructures économiques et sociales : routes, barrages hydroélectriques, hôpitaux, usines de traitement d’eau, etc. L’assurance-maladie universelle bien qu’imparfaite est une réalité pour la majorité des Gabonais. Certes la corruption et les détournements des deniers publics sont loin d’avoir disparu mais se font plus discrètement. Il faut rappeler qu’il a hérité d’un pays en friche, et où les ministres géraient le budget de leurs portes-feuilles à leur guise.

Il a également initié une diversification de l’économie gabonaise et un début d’industrialisation du Gabon. Le bois exporté à l’état brut depuis plus d’un siècle, doit désormais  subir au moins une 1ère transformation avant toute exportation. Et à l’horizon 2025, tous les minerais devront subir au moins une première transformation avant d’être exportés. Ceci a fait et fait toujours grincer des dents dans  certains milieux d’hommes d’affaires, surtout français.

L’un des projets phares dont s’enorgueillit le président sortant est le projet GRAINE, dont l’objectif déclaré est de sortir le pays de sa dépendance alimentaire. Les critiques d’Ali font néanmoins remarquer qu’aussi bien au niveau agricole qu’industriel, Ali ne fait pas appel à des capitaux nationaux et ne favorise pas une agriculture vivrière, mais s’en remet uniquement à des multinationales qui viennent se faire de l’argent, en laissant croire, par la main d’oeuvre qu’elles exploitent, qu’elles ont participé au développement du pays. Ainsi, Ali et son entourage ne seraient qu’une bourgeoisie compradore, une bourgeoise–relais qui cherche à donner le change.

Sur le plan international, Ali Bongo a pris une relative indépendance par rapport à l’ex tutelle. Aussi a-t-il diversifié la coopération internationale, la Chine devenant même le premier partenaire économique du Gabon.

Mais tout est loin d’être rose, le Gabonais moyen a de la peine pour joindre les bouts de mois : le transport, le logement, la scolarité des enfants, le panier de la ménagère grèvent lourdement le budget des familles.

Jean Ping semble adulé par les partisans de la Françafrique. Pierre Péan, Robert Bourgi seraient ses principales boîtes à idées. Il serait  soutenu par le Congo-Brazzaville et la Côte d’Ivoire, deux régimes très liés aux intérêts français.

Conflit interpersonnel

Le conflit remonterait aux années 90 avec la mort de l’opposant Rendjambe, apparenté à Ping. Des soupçons se seraient à l’époque dirigés vers Ali Bongo.

Mais la véritable source de leur inimitié serait la défaite de Jean Ping face à  madame Dlamini Zuma au poste de président de la Commission  de l’Union Africaine[2]. Ping aurait reproché à Ali Bongo de ne l’avoir pas soutenu. Il aurait alors déclaré qu’il lui ferait perdre la présidence du Gabon, comme il lui avait fait perdre la présidence de la Commission de l’Union Africaine. Quand en 2014 il entre dans l’opposition, J. Ping déclare devant le courant radical de l’Union Nationale dit des Souverainistes : « Après ma défaite, je suis rentré au Gabon avec l’intention de m’installer tranquillement dans mon village, sans gêner personne. Je ne voulais pas faire de politique…. On a tout fait pour que je ne travaille pas avec le Gabon. On a même suggéré à mes enfants de s’exiler.  Je leur dit dans des termes très clairs, puisque vous m’avez emmerdé, je vais vous emmerder[3] [4]».

Comment est-on arrivé à l’actuelle crise électorale ?

 Une  précampagne et une campagne  électorales axées sur l’émotion nationaliste[5].

 La précampagne débute véritablement en fin octobre 2014, après la sortie du livre de Pierre Péan, intitulé : Nouvelles Affaires africaines. Mensonges et pillages au Gabon, chez Fayard, en octobre 2014. Dans le livre l’auteur affirme que M. Ali Bongo ne serait pas un Gabonais d’origine. L’opposition gabonaise saisit la balle au bond et exige tout simplement la démission du président. La constitution gabonaise exigeant que le président de la République soit Gabonais de naissance. Le Président est aussi accusé de s’entourer « d’une légion étrangère », ce terme visant des Gabonais naturalisés ou des étrangers qui seraient dans le cabinet présidentiel. Le plus controversé est son directeur de cabinet, M. Maixent Acrombessi qui est gabonais naturalisé mais d’origine béninoise. Cette campagne culmina avec l’incendie criminel des locaux de l’ambassade du Bénin au Gabon en avril 2015, après la mort d’un militant de l’opposition lors d’une manifestation.

La campagne électorale s’enchaîna dans la droite ligne de la précampagne. L’opposition tabla d’abord sur l’invalidation de la candidature du président sortant pour ses origines qui ne seraient pas gabonaises. Se rendant compte que la CENAP ne rejettera pas la candidature d’Ali Bongo, l’opposition parviendra à se coaliser contre ce dernier. Outre ses  origines étrangères alléguées, il est accusé de privilégier les étrangers et de perpétuer une oligarchie. Pourtant la quasi-totalité des opposants sont de véritables oligarques du système Bongo. Jean Ping  est lui-même un véritable archétype des barons du régime Bongo-père.  Le discours semble pourtant séduire : la  population  semble lassée de ce qui est vu comme une dynastie Bongo. Dans la rue, certains reconnaissent que le président actuel a du mérite par ses réalisations, mais qu’ils en ont assez des Bongo ! La campagne électorale de l’opposition semble se résumer en trois mots : Tout sauf Ali.

Le président sortant, se dépense pour défendre son bilan, et  promettre d’améliorer les choses dans le prochain mandat. Il promet notamment de s’occuper plus particulièrement de l’éducation reléguée au second plan pendant son premier mandat et de promouvoir «  l’égalité des chances », un de ses derniers slogans de campagne.

L’élection et les résultats.

Le déroulement de l’élection se passe  globalement dans le calme. Les observateurs internationaux sont satisfaits. Mais dès le surlendemain du scrutin, M. Jean Ping proclame sa propre victoire. Avec un brin d’humour, il demande même que M. Ali Bongo lui adresse des félicitations. Ses partisans jubilent tandis que dans le camp en face c’est l’inquiétude. Mais seuls les résultats de la CENAP ont une valeur juridique. L’opinion nationale attend avec impatience pendant quatre longs jours pour un électorat d’un peu plus de six cent mille personnes. Le 31 août 2016, le ministre de l’intérieur déclare Ali Bongo vainqueur sur la base des résultats transmis par la CENAP. La province natale d’Ali Bongo aurait fait la différence avec une participation proche de 100% ; et des votes pour leur congénère de 95%.  Cela est inacceptable pour le camp de M. Ping.  Il s’ensuivit une explosion de violence: barricades, pillages des commerces, incendies des véhicules, et même des immeubles dont celui de l’Assemblée Nationale. Pendant quatre jours, dès le début de l’après-midi jusque tard la nuit, des jeunes affrontent la police, saccagent et pillent. Les médias aussi bien proches du pouvoir que de l’opposant Jean Ping ont été détruits.  Ce qui semble indiquer que la violence n’a pas été du seul côté de l’opposition.

  Les forces de sécurité ont quant à elles attaqué le quartier général de Monsieur Ping. Des arrestations sont opérées, on enregistra aussi des blessés et des morts dont le nombre varie de trois à plusieurs dizaines de victimes selon que la source est gouvernementale ou de l’opposition

 Les réactions.

Pendant quatre jours, les Gabonais habitués à un climat de paix sont terrés chez eux. Le service public est paralysé, les hôpitaux fonctionnent à minima. Même les patients ont du mal à rejoindre les structures sanitaires, faute de moyens de transport. Les  boulangeries encore en fonction sont pris d’assaut par la population à la recherche du pain devenu denrée rare.  Le cinquième jour une relative accalmie revint et le 1er Ministre lance un appel à la reprise du travail. Les activités ont progressivement repris depuis lundi le 05 septembre ; mais de nombreux agents de l’Etat restent absents de leurs postes, probablement par peur ou à cause de la colère pour certains partisans de Jean PING. Ce dernier exigea le recomptage, bureau de vote par bureau de vote,  des voix dans le Haut-Ogooué, province natale de son rival.  Il demanda par ailleurs aux Gabonais de rester à la maison.

L’Occident semble prendre fait et causes pour Jean PING. Robert BOURGI, héritier spirituel de Jacques Foccart et  connu pour avoir été très proche de Bongo-père est désormais le pourfendeur de Bongo-fils. Les médias français semblent convaincus de la tricherie de la CENAP au profit du président Ali Bongo. L’Union Européenne, les USA et la France exigent un recomptage des voix. Le Secrétaire Général des Nations Unies qui a une bonne mémoire n’a pas osé demander un recomptage des voix qu’elle avait refusé en Côte d’Ivoire lors de la crise de 2010. Mais il a demandé le respect de la légalité et de la transparence.

L’opinion africaine est globalement mesurée, elle est contre toute « monarchisation » de la République, contre toute « dynastie  républicaine » comme cela semble le cas au Gabon et au Togo. Les africains tiennent aussi à une élection transparente et au respect du choix du peuple. Mais ils sont aussi méfiants vis-à-vis de PING. Sa campagne électorale teintée d’une bonne dose de xénophobie inquiète. Et tout le monde se rappelle que, Président de la Commission de l’Union Africaine, il avait refusé le recomptage des voix en Côte d’Ivoire que réclamait le Président Laurent  Gbagbo en 2010. Le soutien que lui apportent les grands activistes de la « Françafrique » rend de nombreux africains presque hostiles à Mr Jean PING.

En attente de l’épilogue.

Après avoir déclaré qu’il n’adressera pas de recours à la Cour Constitutionnelle, M. Jean PING s’y est finalement résolu à la limite  du délai légal. Il exige toujours le recomptage des voix dans le Haut-Ogooué où les soupçons de tripatouillage sont plus pesants. Les Gabonais et l’opinion publique africaine et internationale sont suspendus à la décision de la Cour Constitutionnelle. Mais le doute règne quant à l’impartialité de celle-ci.  Si elle est présidée par une ex compagne de Bongo-père,   une nièce de M. Jean PING figurerait parmi les membres de la Cour et trois des sages ont été nommés par Mr Guy NZOUBA NDAMA, ex président de l’Assemblée Nationale désormais dans le camp de PING.

Tout le monde craint une crise majeure au cas où l’opposition n’aurait pas gain de cause pour sa principale revendication, à savoir le recomptage des voix dans le Haut-Ogooué. Une nouvelle explosion de violence est à craindre, certains vont jusqu’à prédire une possible guerre civile. Ce qui serait un grand dommage pour ce pays peuplé seulement de 1.8 million d’habitants dont 300 mille étrangers. Le Gabon cesserait d’être l’exception en Afrique Centrale, sous-région marquée par de nombreux conflits armés.

Conclusion 

Le conflit entre le Président sortant et son challenger ne semble pas uniquement politique. M. PING a su mobiliser une bonne partie de l’électorat lassé par près de 50 ans de règne des Bongo. Les Gabonais ne sont pas dupes, ils savent que PING fait partie de l’oligarchie qui règne sur le pays depuis un demi-siècle. Mais ils sont conscients aussi que seul un membre de la famille dirigeante pouvait aussi créer des  fissures dans  l’édifice. M. Jean PING  s’était engagé à ne faire qu’un seul mandat, ce qui semble convenir à un bon nombre de Gabonais qui le considèrent comme un président de transition.

Les dirigeants africains qui disent vouloir mener leurs pays vers l’émergence se lancent dans la mise en place des infrastructures tous azimuts. Au vu de ce qui précède, ils devraient savoir concilier les besoins quotidiens des populations et la construction de ces infrastructures. Et tout homme politique africain doit savoir aussi tenir compte des besoins immatériels des populations tels  la soif de l’alternance.

Il est aussi fondamental que le choix du peuple soit respecté. Personne n’a le droit de décider à sa place ; si ce peuple se rend compte qu’il s’est trompé, il aura l’occasion d’opérer un meilleur choix aux prochaines échéances électorales. Cela contribuera du reste,  à la maturité politique des citoyens.

Enfin, quel que soit celui qui sera déclaré vainqueur par la Cour Constitutionnelle, il devra faire preuve de modestie. Il aura obtenu moins de 50% des suffrages des 53% du corps électoral qui ont daigné aller déposer leurs bulletins dans les urnes. Il aura le devoir de concilier et rassembler les Gabonais en œuvrant courageusement pour le dialogue et le pardon.


[4]https://www.youtube.com/watch?v=2XFzBqHvGyY

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frantz.buntu@yahoo.fr (Frantz Buntu)Actualités internationalesFri, 23 Sep 2016 05:18:20 +0000
Kwame Nkrumah : le champion de la cause africainehttp://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/824-nkrumah-champion-cause-africaine http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/824-nkrumah-champion-cause-africaineKwame Nkrumah : le champion de la cause africaine

Chers internautes, dans les discussions et échanges auxquels nous participons sur les réseaux sociaux, nous avons constaté que la plupart des citoyennes et citoyens burundais ont des notions vagues du sens et de l'importance du panafricanisme, une telle confusion sème la confusion dans le combat difficile de libération totale de l'Afrique en particulier sur le plan économique, tout en sachant que la libérité politique ne signifie rien sans liberté économique. Pour combler cette grave lacune, nous allons publier une série d'articles ,d'analyses et d'interview sur le panacrifanisme sur notre site web. Fort heureusement aujourd'hui, des penseurs panafricanistes surtout féminins sont de plus en nombreux, je citerai entre autres, Madame Ama, Madame Aminata Traoré, le Professeur Théophile Obenga, Jean Paul Pougala...Ils sont tous sur les traces de leurs précursseurs : Padmore, Franz Fanon, Kwame Nkrumah, Sankara, Nyerere, Nasser… Des organisations panafricanistes explosent sur le continent et dans la diaspora africaine. Ce sont des signes annociateurs de l'émancipation totale de l'Afrique.
D'emblée, commençons par celui qui est considéré de nos jours comme le père du panafricanisme contemporain, Kwame Nkrumah.
L’histoire de Kwame Nkrumah est indissocia­blement liée à celle de la libération et de l’unité africaine. Premier leader africain à conduire son pays, le Ghana, à l’indépendance, partisan infa­tigable du panafricanisme et premier soutien des mouvements de libération, Nkrumah appar­tient néanmoins aux figures tragiques de l’histoire du continent. Alors que les militants panafricains qui reprennent son œuvre sont souvent présentés comme des utopistes, force est de constater que l’Afrique n’a pas connu depuis de projet plus concret et de personnage plus visionnaire que Kwame Nkrumah, le cham­pion de la cause africaine.

Nkrumah déclenche l’ouragan africain

Le projet d’unir l’Afrique a valu à Nkrumah d’être accusé de mégalomanie par ses détrac­teurs. Pourtant, l’homme est issu d’un milieu modeste dans une Gold Coast où, dès les années 1900, une petite bourgeoisie libérale anime le dé­bat politique. Après une première carrière dans l’enseignement, Nkrumah, qui anime déjà des clubs de réflexion politique, décide en 1935 de partir étudier aux États-Unis. Dans son Autobio­graphie, Nkrumah note que « ces années passées en Amérique et en Angleterre ont été des années tristes et solitaires, des années de misère et de rude labeur. »Enchaînant les diplômes et les petits jobs entre Philadelphie et New York, Nkrumah est nommé en 1943 à un poste d’assistant en histoire afro-américaine. Menant des recherches sur la communauté noire, il parcourt de nombreux ouvrages d’histoire et de sciences politiques tout en fréquentant les différents milieux démo­crates, républicains, libéraux, socialistes et mar­xistes. Lorsqu’il quitte les États-Unis pour l’Angleterre en 1945, il laisse en héritage l’Asso­ciation des étudiants africains des États-Unis et du Canada (ASAAC).
Introduit dans les milieux militants africains et caribéens par George Padmore, son futur conseiller aux affaires africaines, Nkrumah orga­nise le congrès panafricain de Manchester en octobre 1945. Sur la forme, ce congrès – le cin­quième de l’histoire panafricaine – est marqué par la présence d’une nouvelle génération de leaders africains, majoritaires dans un mouve­ment qui était jusqu’à présent porté par la dia­spora. Sur le fond, les textes sont beaucoup plus revendicatifs, matures et circonstanciés.

L’appel à l’autodétermination précise les objectifs indépendantistes et nationalistes, selon des stratégies allant de la négociation à la lutte armée en passant par la mobilisation des mou­vements sociaux. Alors que le nouveau système international et onusien se met en place, Nkrumah suit avec intérêt la situation en Asie, où Sukarno (Indonésie), Nehru (Inde) et Hô Chi Minh (Viêt-Nam) engagent leur pays respectif vers l’indé­pendance, tandis que la Chine de Mao lance sa révolution.
Lorsqu’il revient à Accra en janvier 1948 pour reprendre le parti conservateur de la Convention de la Gold Coast Unie (UGCC), Nkrumah, prend exemple sur l’Inde et lance une campagne de boycott et de désobéissance civile qui effraye les autorités et la bourgeoisie locale. C’est depuis la prison, étape classique du parcours de nom­breux nationalistes africains, qu’il remporte les élections de 1951 avec son nouveau mouvement, le Parti de la convention du peuple (CPP). À ce moment, les travailleurs, les femmes, les jeunes, les enseignants, les paysans, tous sont derrière le nouveau chef du gouvernement. Passant du discours de l’indépendance immédiate à celui de la transition nécessaire, Nkrumah pointe l’exem­ple de la Guyana où les Britanniques utilisent la menace de la « contagion communiste » pour annuler des élections remportées par un parti marxiste et indépendantiste.

Alors qu’il gagne une stature internationale en participant à la conférence afro-asiatique de Bandung en avril 1955, Nkrumah bride l’avant-garde du CPP pour mieux amadouer la vieille élite politique locale, inquiète de voir un « jeune aventurier » la doubler à la tête du pays. Le 6 mars 1957, le Ghana, du nom du premier empire ouest-africain, accède à l’indépendance. Pour Nkrumah, l’heure est venue pour un « nouvel Africain » de se tenir « prêt à mener ses propres luttes, et à montrer au monde qu’après tout, l’homme noir est capable de gérer ses propres affaires ». Au Premier ministre anglais Harold MacMillan, qui annonce peu après un « vent du changement en Afrique », Nkrumah répond qu’il s’agit d’un « ouragan africain ».
Angola, Sénégal, Congo, Cameroun, Kenya, Afrique du Sud… La nouvelle qu’un pays d’Afrique est enfin dirigé par des Africains se répand dans tout le continent. Dans les Amé­riques, le drapeau ghanéen vert-or-rouge frappé de l’étoile noire de Marcus Garvey séduit la diaspora. Le Ghana rayonne dans le monde. Sur place, Nkrumah sait pourtant que le colonia­lisme a eu le temps de fixer des structures économiques, des pratiques sociales et des habitudes culturelles réactionnaires.

Appartenant avec Frantz Fanon et Amilcar Cabral au cercle des pourfendeurs du néocolo­nialisme, Nkrumah, sans prendre le temps de savourer sa victoire sur les Britanniques, décide d’accélérer la cadence : l’indépendance du Ghana n’est rien sans la libération et l’unification totale du continent africain. Faisant du panafricanisme sa doctrine de politique étrangère, Nkrumah est convaincu que seule l’union des États africains, dès leur accession à l’indépendance, leur permettra de parachever leur libération.
Nkrumah ne se contente pas de parler, il agit sans ménager ses efforts. Ainsi, en avril 1958, la Conférence d’Accra qui réunit les huit États indépendants1 de l’époque, est la première ren­contre internationale entre des gouvernements africains. Ces derniers, sans s’être concertés au préalable, se découvrent des affinités et des revendications similaires, alors qu’ils appar­tiennent à des régions ou des histoires très différentes. Si des divergences apparaissent néanmoins avec l’Égypte de Nasser autour de la condamnation du sionisme, une solidarité afri­caine est née.

En décembre, à l’invitation du CPP et sous la supervision de Padmore, la conférence pan­africaine des peuples réunit à Accra plus d’une soixantaine de délégations de partis politiques, de mouvements de libération et d’organisations syndicales. Entouré par Frantz Fanon, Félix Moumié ou Patrice Lumumba, Nkrumah valide une feuille de route pour expulser le colonia­lisme et l’apartheid. Chacun doit retourner libé­rer son pays respectif et s’engager, comme le Ghana l’a fait dans sa constitution, à renoncer à la souveraineté individuelle pour former un ensemble politique continental.

Entre temps, Nkrumah applique cette théorie en réalisant en septembre 1958 une union avec la Guinée de Sékou Touré, au grand dam de la France, qui tient à décoloniser sans perdre le contrôle. Entre 1958 et 1962, la guerre d’Algérie et la crise du Congo conduisent les États accé­dant à l’indépendance à se diviser entre un camp « modéré », qui regroupe la quasi-totalité des pays francophones (groupes de Brazzaville puis de Monrovia), et un camp minoritaire « radical » (groupe de Casablanca) mené par le Ghana. Faisant fi des difficultés, la diplomatie ghanéenne, endeuillée par la mort prématurée de George Padmore en 1959, tourne à plein régime. Syndicats, étudiants, femmes, paysans, médias, transports, entrepreneurs, scientifiques, toutes les catégories sociales du continent et de la diaspora se retrouvent à Accra lors de con­férences fondatrices de structures panafricaines.

Penser Nkrumah aujourd’hui :les leçons de l’histoire

Dénigré après sa chute, Nkrumah a été pro­gressivement réhabilité. Certes, près de cinquante ans après sa disparition, on pourrait croire que l’aura politique de Nkrumah a sérieusement décliné dans une Afrique qui n’a plus jamais connu un dirigeant aussi engagé que lui dans la construction de l’unité africaine. Pourtant, l’his­toire ne cesse de donner raison à celui dont le nom et le portrait ne cessent d’être brandis par des millions d’Africains. Des artistes déclinent sa pensée sous de multiples formats : musique, peinture, films documentaires… Rarement un personnage n’aura autant incarné l’image d’une Afrique tendue vers l’indépendance et l’unité. Si sa figure de martyr est moins marquée que celle d’un Lumumba ou d’un Sankara, Nkrumah est probablement le premier chef d’État inscrit au panthéon africain.
Dans une lecture postcoloniale qui tend à ré­duire l’unité des Africains à la seule existence d’un ennemi commun – le colonialisme –, la décolo­nisation marquerait ainsi la fin du rêve d’unité africaine, chacun reprenant son chemin bordé d’antagonismes. Or, Nkrumah ne fonde pas son projet des États-Unis d’Afrique sur la renaissance d’une hypothétique unité africaine précoloniale, mais sur une anticipation. Le néocolonialisme a les moyens de recycler les allégeances coloniales en construisant une unité africaine contre-nature.

Ce que Nkrumah déplorerait aujourd’hui est la capacité des États africains à s’unir au sein d’organisations extra-continentales (Francophonie, Commonwealth) qui entérinent la division du continent, à partager une même monnaie sans en avoir le contrôle (franc CFA), ou à participer à des coalitions mili­taires occidentales, tout en refusant de s’unir entre eux.
Le projet de Nkrumah voulait que chaque pays, comprenant qu’il ne peut être indépendant seul, renonce à sa souveraineté par souci d’unité. Ce renoncement était la voie directe pour dé­manteler les frontières héritées de la colonisation et pour rendre caducs les différents accords et pactes signés avec les anciennes puissances colo­niales. C’est bien en ayant peur de ne pas quitter Addis-Abeba avec le titre de président que les pairs de Nkrumah firent échouer le projet des États-Unis d’Afrique. Certes, l’Union africaine qui a remplacé l’OUA en 2002 a validé la perti­nence de l’intégration continentale, mais l’UA, invisible, injoignable et inaudible, constitue un anti-modèle du panafricanisme.

Nkrumah n’a pas inventé le panafricanisme, mais il est le premier et le seul à avoir pu envisager et tenter toutes les formules de construction de l’unité africaine. Il est raisonnable de penser qu’à force de persévérer, son projet aurait fini par s’enraciner durablement. En effet, son panafrica­nisme convoque la diplomatie, le droit, l’économie, la force et la culture. Nkrumah tenta de faire l’unité aussi bien au sommet avec les autres chefs d’État, que parmi le petit peuple, en passant par toutes les catégories socioprofessionnelles qu’il invitait à se fédérer à l’échelle panafricaine. Enfin, Nkrumah garde à l’esprit le rôle historique de la diaspora.
C’est parce que le projet de Nkrumah est in­achevé qu’il fait débat et stimule l’intelligence et les espoirs africains. Loin d’être un « vieux rêve », le panafricanisme prôné par Nkrumah est essen­tiel pour aider les Africains du continent et de la diaspora à développer une véritable vision du monde. En effet, alors que les anciennes puis­sances coloniales et leurs multinationales sont toujours autant déterminées à défendre leurs intérêts en Afrique, la carte des rapports de force internationaux évolue. Les frontières de la vieille Europe ont bougé avec la chute du bloc com­muniste, celles de l’Union européenne s’agran­dissent, et intègrent un ensemble atlantiste plus large. Derrière le Commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM), les États-Unis se déploient et se replient en fonction de leurs intérêts géostratégiques et des rivalités avec la Russie et la Chine.

L’Afrique, impuissante, ferme les yeux sur l’in­justice et les violences dont sont victimes ses populations ressortissantes ou descendantes en Asie, en Europe, ou encore aux États-Unis. Cette Afrique dont Nkrumah voulait l’unité « du Cap à Tanger ou au Caire, de Cape Guardafui aux îles du Cap-Vert », ressemble aujourd’hui à une cinquantaine de brouillons inachevés. Elle doit comprendre que la résolution définitive de la question de sa souveraineté ne pourra se faire sans réintégrer l’histoire riche et mouvementée du panafricanisme.

Ce texte est un extrait de l’introduction de Amzat Boukari-Yabara au livre sur la figure de Kwane Nkrumah publié par les éditions du CETIM (série “Pensées d’hier pour demain”). Si cet article vous a intéressé, nous vous proposons de découvrir l’ouvrage entier dans la boutique du CETIM.
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Actualités internationalesFri, 16 Sep 2016 17:41:06 +0000
Fidel : le leader et son peuplehttp://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/822-fidel-leader-son-peuple http://cndd-burundi.com/actualites/actualites-internationales/822-fidel-leader-son-peupleFidel : le leader et son peuple

Ce 13 août 2016, Fidel célébrait 90 ans d’une vie qu’il a assumée comme peu d’hommes sur cette planète. Sa stature de champion du développement humain et de la solidarité internationale a fait de Cuba un acteur significatif sur la scène mondiale. Sa longévité en a fait le dirigeant le plus expérimenté de la planète, un combattant infatigable pour toutes ces causes qui ont valeur universelle (pour l’éducation, la santé, la paix, la solidarité, la justice, l’environnement; contre l’hégémonisme, le pillage, le néolibéralisme). Fidel compte assurément parmi les hommes d’exception. Cet anniversaire nous invite à explorer certains aspects de son œuvre et de sa personnalité.

D’entrée de jeu j’avoue ma très grande admiration pour Fidel. Je le considère comme un être d’exception. Pour vous éviter de déconsidérer d’emblée mon propos comme s’il émanait d’un porteur de valise, je vous dirai que mon jugement se fonde sur une longue pratique et observation de l’histoire cubaine ainsi que de l’histoire des autres pays d’Amérique latine. Mon exposé devrait vous permettre de comprendre pourquoi je porte ce jugement riche en superlatifs.

Je n’ignore pas que Fidel Castro comme tous les grands hommes a ses détracteurs. Cela est encore plus vrai pour les révolutionnaires. Une révolution fait toujours des perdants, à commencer par ceux qui sont déplacés par le nouveau pouvoir, puis ceux qui, pour diverses raisons, parmi les vainqueurs du moment, retournent leur veste et passent dans l’opposition. Fidel a aussi contre lui d’avoir occupé l’avant-scène pendant plus d’un demi-siècle, le temps d’accumuler nombre de réussites, mais aussi de commettre quelques erreurs. Mais il a surtout contre lui d’avoir dirigé une révolution en dépit de l’hostilité des États-Unis, à la barbe de la superpuissance, dans le Bassin des Caraïbes, dans ce qu’elle considère sa quatrième frontière, son glacis en somme. Cuba, sous la direction de Fidel, a tenu tête à neuf ou dix administrations. Fidel a été une obsession pour les États-Unis et les anticastristes, un symbole flagrant et humiliant de leur échec, un douloureux rappel de leur impuissance à imposer leur loi et leurs valeurs à 150 km de leurs côtes. Aussi ont-ils diabolisé Fidel Castro. La Maison Blanche et la CIA ont longtemps cru qu’il suffirait d’éliminer Fidel pour que le « régime » s’écroule. Sans doute aucun dirigeant dans le monde n’aura été la cible d’autant de projets d’assassinats, plus de 600, dont plusieurs furent des tentatives déjouées par les appareils de sécurité cubains alors que la majorité furent des projets avortés. L’influence colossale des États-Unis, de ses médias, de ses chercheurs a pesé évidement sur l’image que l’on s’est faite à l’étranger de Cuba et de Fidel.

Mais l’influence ne fut jamais que négative. La résistance héroïque de ce petit pays face au géant voisin a aussi coloré la représentation que l’on s’en faisait, surtout en Amérique latine, mais également dans les autres pays en butte à l’impérialisme états-unien. Fidel et Cuba sont apparus comme David affrontant Goliath.
Mon introduction a dessiné un contexte. Venons-en au vrai Fidel et non à la caricature que l’on a voulu nous servir. J’ai construit mon exposé autour de trois idées-forces.

  1. La première idée-force est que la puissance effective de Fidel résulte de la relation dialectique qui s’est créée entre Cuba et Fidel. En termes simples, cela revient à dire que Cuba a fait Fidel et que Fidel a fait Cuba.
  2. La seconde idée-force est qu’une autre relation dialectique s’est établie très tôt dans la Révolution entre Fidel et le peuple cubain. Fidel a pensé un programme, a soulevé des espoirs, a fixé des buts. Le peuple a projeté ses aspirations de changement en Fidel parce qu’il reconnaissait en lui le leader capable de les réaliser.
  3. La troisième idée-force est que ce statut de leader suprême, Fidel le doit à des qualités exceptionnelles qui fondent son charisme, soit sa capacité à susciter la foi en lui et à entraîner les autres à le suivre.

Cuba a fait Fidel et Fidel a fait Cuba

Fidel est le produit d’une société pétrie par une histoire combative. En moins de trois quarts de siècle, Cuba a connu trois statuts. Dernière colonie d’Espagne en Amérique (avec Porto Rico), elle devint à partir de 1898, au terme d’une guerre d’indépendance et d’une intervention des États-Unis, le principal satellite de Washington, avant d’ériger le seul État socialiste dans l’hémisphère. Peu de pays ont connu une histoire aussi comprimée.

La Révolution cubaine couronne une histoire de luttes unifiées par deux thèmes: justice sociale et dignité nationale. Au nom de la justice sociale, des générations de Cubains et Cubaines ont combattu l’esclavage, la discrimination raciale, l’exclusion et la pauvreté. Elles y ont participé à titre de travailleurs, de paysans, d’étudiants, de femmes, de gens de couleur. Elles ont formé des syndicats, des partis, organisé des manifestations, des grèves, occupé les lieux de travail, pris les armes, affronté la police et l’armée, et plusieurs milliers ont payé de leur vie. Au nom de la dignité nationale, ces générations ont combattu le colonialisme espagnol, à coup de séditions et à l’occasion de deux guerres. L’influence des États-Unis devint ensuite la cible de leurs protestations, de leurs inquiétudes. À plusieurs reprises, l’intervention du grand voisin fut décisive pour bloquer des réformes, comme en 1933. Les révolutionnaires, Fidel en tête, se voyaient comme les héritiers d’une tradition de luttes, poursuivant l’œuvre des héros tombés au panthéon: Martí, Maceo, Mella, Guiteras. Cuba a une histoire héroïque.

Fidel a une passion pour l’histoire, laquelle transparaît dans presque toutes les entrevues qu’il a données. Elle existait avant 1959, elle s’est consolidée après 1959. À Frei Betto, il confie: «j’ai été un grand admirateur de l’histoire de notre pays ». Si l’histoire est d’abord répertoire d’exemples et source de leçons morales, Fidel s’intéresse aussi au processus. Car, pour lui, lecteur des classiques marxistes, formé comme autodidacte au marxisme-léninisme, l’histoire est gouvernée par des lois. De tous les chefs d’État dont je connais la pensée, Fidel Castro est celui qui me paraît posséder le plus grand sens de l’histoire en tant que savoir stratégique, un savoir mis au service de l’action politique.

Fidel s’est nourri de cette histoire qui, si elle est le patrimoine commun des Cubains, a trouvé en lui la personne qui pouvait le mieux en apprécier la prégnance et en tirer les leçons pour l’action. Elle lui a servi de référence constante pour sa propre gouverne et comme vivier où puiser des exemples de conduites pour ses concitoyens. La référence au passé est omniprésente dans les discours de Fidel. Les symboles et les slogans sont cubains et historiques. Ils ne sont pas que des accessoires. Ils ont une charge affective. Ils sont mobilisateurs. Le maître mot sera la «lutte». La légitimité repose sur un rappel constant des luttes passées. La Révolution couronne un «siècle de luttes». Une continuité existe entre les différentes générations de combattants — celles de 1868, de 1895, de 1933 — et la génération de 1959, qui a pour mission de compléter le travail commencé par ses devancières. L’histoire est source de modèles à imiter. Elle inculque le sens du combat, de l’abnégation, du sacrifice. Les discours du 26 juillet sont remarquables à cet égard. Prenons par exemple celui de 1978 qui illustre à merveille cette identification des vivants avec les héros du passé, par delà les générations et l’espace. Fidel déclare: «Le sang des héros de 68, de 95, de 53, de Céspedes, Martí, Maceo, Abel Santamaría, Frank País, Camilo, et du Che, des héros de Yara, de Baire, de la Moncada, du Granma, de la Sierra, de Girón, de la Crise d’octobre et des héros internationalistes de l’Espagne antifasciste, d’Angola, d’Éthiopie coule dans nos veines.». En 1991, quand Cuba affronte la « période spéciale » avec la chute de l’URSS et l’instauration d’un « double blocus », Fidel invite les Cubains à imiter Maceo et à refuser de se rendre: Cuba doit être un «éternel Baraguá» en référence au refus de Maceo de déposer les armes en 1878.

Fidel s’est inspiré de ses devanciers cubains. Chacun a contribué à forger sa personnalité : Antonio Maceo, le meneur d’hommes au combat; Máximo Gomez, le stratège militaire; Julio Antonio Mella, le leader étudiant; Antonio Guiteras, l’audace dans l’action; Eduardo Chibás, l’orateur et l’éthique de l’homme public. Mais c’est José Martí qui fut le plus grand. En 1953, lors du procès que lui fit la dictature de Batista, après l’échec de l’attaque contre la Moncada, Fidel Castro déclarait dans son plaidoyer que José Martí était l’« auteur intellectuel » de cette attaque. Fidel appartenait à cette génération dit du « centenaire », celui de la naissance de l’«Apôtre» en 1853. Fidel et ses amis se réunissaient pour étudier les écrits et la pensée de José Martí. De ces réunions et de ces études Fidel allait tirer l’inspiration pour lancer le programme insurrectionnel dont le premier acte était l’attaque contre la caserne Moncada. Dans son discours à ses camarades, avant l’attaque, il les interpelle : « Jeunes du Centenaire de l’Apôtre! » Comme en 68 et en 95, ici en Orient nous lançons le premier cri de LIBERTÉ OU MORT! ».

Raul Castro rappellera en 1998 comment Fidel a su reprendre pour la Cuba révolutionnaire les rôles qu’avaient tenus les devanciers : «Fidel est comme le Martí d’aujourd’hui, le Maceo d’aujourd’hui, le Mella d’aujourd’hui. Je ne me réfère pas aux personnalités qui sont toujours uniques et irreproductibles, si bien que les comparaisons n’ont pas de sens; je parle du rôle qu’il lui a été donné de remplir dans les 50 dernières années. Il a su apprendre de notre histoire et agir avec autant de talent politique et de capacité organisationnelle que l’artisan du Parti Révolutionnaire Cubain et de la Guerre Nécessaire; récupérer pour ces temps, également difficiles, dangereux et complexes, l’intransigeance de Baraguá et le génie militaire du Titan de Bronze; appliquer aux circonstances actuelles les idées avancées et le dynamisme du fondateur de la FEU et du premier parti marxiste-léniniste. »

Le nationalisme cubain a été l’arme principale qu’a utilisée Fidel pour créer une cohésion sociale autour de la Révolution. Avec Fidel, Nation et Révolution ne formaient qu’un. Trahir la Révolution, c’était trahir la patrie. Fidel a proposé une lecture téléologique des grands moments qui ont scandé l’histoire de Cuba. Cette lecture consiste à considérer chaque moment révolutionnaire (1868, 1898, 1933, 1959) à lumière des autres, non seulement comme dépositaire d’expériences, mais comme destin national et humanitaire. La leçon majeure que tirera Fidel de sa lecture de l’histoire cubaine est qu’il faut construire et maintenir l’unité du peuple cubain. Les divisions ont toujours fait le jeu du colonialisme espagnol comme de l’impérialisme états-unien. Diviser pour régner a été de tout temps l’arme des empires.

Des qualités exceptionnelles qui fondent le charisme de Fidel

Le charisme est « la qualité d’une personne qui séduit, influence, voire fascine, les autres par ses discours, ses attitudes, son tempérament, ses actions ». Pour le sociologue Max Weber, le charisme est « la croyance en la qualité extraordinaire […] d’un personnage, qui est, pour ainsi dire, doué de forces ou de caractères surnaturels ou surhumains ou tout au moins en dehors de la vie quotidienne, inaccessible au commun des mortels ; ou encore qui est considéré comme envoyé par Dieu ou comme un exemple, et en conséquence considéré comme un ‘chef’. » En quelques mots, le charisme désigne « l’autorité, l’ascendant naturel, le magnétisme qu’exerce une personnalité sur autrui ».
Quelque soient les définitions qu’on adopte, il ne fait aucun doute que Fidel possède un charisme extraordinaire qui fonde son statut de leader suprême. Ce charisme découle d’un ensemble de qualités qu’on lui reconnaît. Je vais en énumérer quelques-unes.

La première qualité de Fidel est la confiance inébranlable qui l’anime. Il ne doute pas de ses capacités à vaincre les obstacles. Cette confiance qu’il a en lui, il réussit à la faire partager. Il faut se rappeler comment il sut communiquer sa détermination aux 135 camarades qui l’accompagnèrent dans l’attaque contre la Moncada, une opération dont il n’avait pas caché le caractère risqué. Il en fut de même pour les 82 combattants qui partirent sur le Granma, un bateau inadapté pour ce transport, mais le seul qui était disponible. Aux 8 survivants qui se regroupent après un débarquement désastreux suivi d’affrontements avec l’armée de Batista, Fidel s’exclame : « Maintenant oui nous allons gagner la guerre ! ». Il a une volonté capable de déplacer les montagnes. Motivateur hors pair, il donne l’impulsion initiale pour que l’on se mette en mouvement derrière lui et qu’on le suive.

La formation du Mouvement 26 juillet devait être le noyau de la lutte révolutionnaire. Fidel sut assurer une prééminence du M-26-7, tout en collaborant avec les autres formations qui ne partageaient pas les mêmes tactiques, tel le Directoire Révolutionnaire. La lutte contre Batista profita de son talent à rassembler des organisations qui voulaient en finir avec la dictature, mais qu’opposaient des idéologies diverses. Ainsi réussit-il à conclure le pacte de Caracas avec la bourgeoisie en 1958. Ce front allait se disloquer avec le triomphe de la Révolution. Fidel n’a jamais renoncé à convaincre ses adversaires de la justesse de son point de vue. Au plan international, il a su construire des amitiés et des alliances avec des partenaires qui ne partageaient pas toutes ses vues. Je pense ici à Pierre Eliott Trudeau ou à Michael Manley.
Fidel est un communicateur doué et efficace devant la caméra, devant une foule, devant des interlocuteurs. Comme le constatait Gabriel García Márquez, il possède les ressorts de l’art oratoire par le geste, le regard, l’intonation. Il peut parler des heures durant sans notes en captivant son auditoire. Comme un excellent pédagogue, il sait décomposer les problèmes complexes pour en tirer des vérités simples, à la portée de son public, dans des exposés lumineux, quelque soient les domaines qu’il aborde.

Lecteur vorace doté d’une curiosité universelle, pratiquant à la fois les sciences, les biographies et la littérature, il a cette facilité à assimiler les informations en vue de répondre à des problèmes précis, à des questions qu’il veut traduire en actions, en projets. Sa mémoire fabuleuse lui fait retenir les faits, les noms et les statistiques. Ses discours et ses entrevues révèlent avec quel art et spontanéité il peut organiser cette matière brute pour soutenir une argumentation convaincante.

Fidel a toujours eu une vision prospective, tournée vers l’avenir. En 1960, il déclarait: « L’avenir de notre patrie doit nécessairement être un avenir d’hommes de science, d’hommes de pensée ». Dès le début de la Révolution, il a voulu développé le potentiel scientifique, d’abord pour répondre aux défis de Cuba dans le domaine agricole (sucre, élevage), mais bientôt il a pensé la science pour l’humanité. En 30 ans, Cuba a formé près de 10 000 docteurs en sciences. Le développement des biotechnologies est son principal héritage. Non seulement a-t-il formé des médecins pour Cuba, il a ouvert une École latino-américaine de médecine (ELAM) pour y accueillir des candidats étrangers qui s’engagent à œuvrer auprès des secteurs les plus pauvres de leur pays d’origine. Cuba a ainsi formé à ses frais plus de 25 000 médecins étrangers. Plus de 50 000 médecins et techniciens de la santé travaillent dans une centaine de pays. La brigade Henry Reeve répond aux urgences à la suite de désastres naturels. L’Opération Miracle a redonné la vue à des millions de gens souffrant de cataractes. Puissance sportive, Cuba a ouvert une faculté pour la formation d’éducateurs et entraîneurs sportifs venant du Tiers Monde. Cuba a mis au point une méthode d’alphabétisation – Yo sí puedo – qui a appris à lire à plus de 2 millions d’analphabètes de par le monde. L’éducation a été au cœur de la pensée de Fidel. Cuba n’a cessé d’être une école pour tous, jeunes et adultes. Tous les citoyens sont invités à apprendre et à se perfectionner.

Les circonstances ont fait de Fidel un stratège militaire à la fois audacieux et calculateur. Il a conçu les opérations entre 1956 et 1959, depuis la Sierra Maestra, afin de défaire l’armée de Batista, malgré un énorme déséquilibre au niveau des ressources et des effectifs. Il a cherché à user, à disperser, à démoraliser l’adversaire, se montrant généreux avec les captifs. Pour ménager des vies, il a engagé le dialogue avec des officiers pour les convaincre de se joindre à l’armée rebelle. Lors de l’agression de Playa Girón en avril 1961, il s’est déplacé pour diriger sur le terrain la résistance face aux envahisseurs, négociant par la suite l’échange des prisonniers contre des tracteurs et des médicaments. Pendant la guerre en Angola, il devint le commandant à distance, depuis La Havane, coordonnant les opérations à partir d’une carte d’état-major. Tous les aspects d’une bataille et d’une campagne l’intéressaient, depuis la stratégie jusqu’à la tactique.

Mais c’est en politique que ses qualités de stratège ont trouvé son théâtre de prédilection. Ayant compris que la Révolution se ferait contre la volonté des États-Unis, il a évité de se compromettre trop tôt sur la nature « socialiste » de la Révolution, s’assurant au préalable que le peuple reconnaîtrait que cette Révolution était la sienne et qu’il serait ainsi disposé à la défendre, ce qu’il fit en 1961, à l’encontre des prévisions de la CIA. Chaque fois qu’il s’est retrouvé dans une position embarrassante, il a su retourner la situation. Accusé après l’échec de la Moncada, il devient accusateur lors de son procès. En 1980, face à une crise provoquée par la gestion des visas par les États-Unis, il ouvre les vannes de l’émigration et se débarrasse de 125 000 mécontents et asociaux. En 1994, il met fin à une manifestation massive sur le Malecón, non pas en envoyant la police, mais en se présentant devant les manifestants. En avril 2002, il manœuvre habilement pour faire libérer Chávez, grâce à des appels téléphoniques ciblés et décisifs auprès de militaires vénézuéliens. C’est sa capacité d’anticipation qui lui a permis de déjouer les pièges sur sa route. Capable de s’arrêter aux moindres détails, il ne perd jamais de vue l’ensemble.

Les observateurs se sont souvent opposés : certains ont voulu voir en Fidel l’idéologue, d’autres en ont fait un pragmatique. Au fond, Fidel a transcendé cette dichotomie bipolaire. Homme de principes, il a su se montrer pragmatique sans sacrifier ses principes. Il a démontré une flexibilité qui a assuré sa survie et celle de la Révolution. On lui a reproché son aventurisme quand il soutenait des mouvements de libération dans les années 60 : Cuba n’avait alors rien à perdre puisqu’elle avait été exclue de l’OÉA et n’avait des relations en Amérique qu’avec le Mexique et le Canada. Le débat sur les stimulants moraux était également sensé dans la mesure où l’embargo privait Cuba de biens qui auraient pu servir à offrir des stimulants matériels. Antidogmatique, Fidel a accepté les innovations quand il le fallait : ainsi en 1993, quand on autorisa la possession de dollars, puis quand on autorisa les marchés de denrées agricoles et le travail autonome. Mais ces ouvertures à l’économie de marché s’accompagnaient de garde-fous afin de limiter la croissance des inégalités.

Avec Fidel, l’éthique fait partie de la raison d’État. Il n’a jamais accepté des compromissions qui auraient entaché la réputation de Cuba, d’où le procès du général Ochoa, un héros de la guerre d’Angola, accusé d’avoir trempé dans des trafics et des collaborations avec les cartels de drogue. Il pratique la vérité, la franchise, informant le peuple, disant ce qu’il pense, préférant se taire au lieu de mentir, s’il faut préserver des secrets d’État. De même a-t-il refusé la haine au profit de la rééducation des prisonniers. Il a toujours proclamé que l’ennemi de Cuba n’était pas le peuple états-unien, mais l’impérialisme. Des adversaires jugés pour trahison (Huber Matos) ont été condamnés à de lourdes peines, mais d’autres, coupables d’écarts ont été limogés ou autorisés à partir en exil. On ne lui connaît pas de fortune et de biens, contrairement à ce que la revue Forbes a affirmé, en en faisant, contre tout bon sens, un des hommes les plus riches de la planète. Il se signale au contraire par sa frugalité. Depuis qu’il a quitté ses fonctions, on ne le voit plus que vêtu d’une chemise à carreaux ou d’un survêtement Adidas. Prêchant par l’exemple, il a même cessé de fumer il y a plus de 30 ans.

On connaît d’autres qualités de Fidel. Cette capacité de travail extraordinaire qui épuise ses assistants; ses rendez-vous nocturnes pour accorder des entrevues, quelques heures de sommeil lui suffisant pour récupérer des longues journées passées à multiplier les activités et les déplacements. Ce dévouement intégral à la chose publique aux dépens de sa vie personnelle et familiale.

La relation dialectique entre Fidel et le peuple cubain

Une des sources précoces du charisme de Fidel résulte d’un incident survenu durant son premier discours au camp Columbia le 8 janvier 1959, au terme de son périple triomphal qui l’avait mené de Santiago à La Havane. On libère des colombes : l’une vient se poser sur l’épaule de Fidel. Les Cubains familiers de la santería, un culte afrocubain, y voient un signe : Fidel est l’homme d’une mission. Il reçoit l’onction d’Obbatalá, créateur de la terre et des hommes, dieu de la pureté et de la justice.

Dès 1959, une relation dialectique s’est créée entre Fidel et le peuple. Fidel a soulevé les espoirs par ses discours. Le peuple mobilisé veut des réformes rapidement. Il attendait un leader : il le trouve en Fidel. Il projette ses aspirations de changement dans la personne qu’il croit dotée de grands pouvoirs. Au début, Fidel n’est que le commandant de l’armée rebelle. Bientôt, devant l’inertie et l’obstruction des dirigeants bourgeois, Fidel devient, grâce à l’appui du peuple, le premier ministre, l’homme par qui le changement arrive. Il propose des buts; le peuple réclame des actes. Ainsi le gouvernement révolutionnaire promulgue 1500 décrets-lois en neuf mois : ceux-ci concernent le gel des loyers, la réduction du coût des services publics, la réforme agraire, etc.

Fidel ne perdra jamais ce contact avec le peuple cubain. Il a pratiqué l’art de la rencontre, se présentant sur les lieux de travail, prenant la parole lors de grands rassemblements, se présentant à la télévision. Ses longs discours étaient sa façon d’informer le peuple, de lui expliquer les problèmes, de le mettre dans le coup, en toute franchise. Il fallait qu’il se sente en sécurité pour aller devant le peuple et faire l’analyse de ce qu’avait été l’échec de la zafra des 10 millions, un enjeu majeur en 1970. Dans les grands moments, quand l’exaltation était à son comble, il n’a pas cherché à cacher les difficultés à venir. Dans son discours à Santiago le 1er janvier 1959, il déclare : « La Révolution commence maintenant, la Révolution ne sera pas une tâche facile, la Révolution sera une entreprise dure et pleine de périls, surtout à cette étape initiale… ». Fidel n’a jamais oublié que si les sociétés forgent les leaders, il est une obligation pour les leaders de guider les sociétés en étant en interaction constante avec le peuple.

Fidel a été un rebelle toute sa vie (enfant, étudiant, militant, chef d’État) : contre son père, contre l’autorité injuste, contre l’oppression sous toutes ses formes, contre l’injustice, contre le racisme, contre l’impérialisme. Résister a toujours été son mot d’ordre. Patria o Muerte! Venceremos! Résister est devenue une valeur collective chez le peuple cubain. L’hostilité des États-Unis n’a fait qu’amplifier ce sentiment de résistance. Les dirigeants disposent d’une légitimité parce qu’ils ont su interpréter, canaliser, accentuer cette volonté populaire de défendre la souveraineté nationale. Les sanctions imposées par Washington, loin d’affaiblir cette détermination, l’ont fouettée. C’est David contre Goliath. Que de fois où l’on a pronostiqué la fin prochaine de Fidel Castro et de la Révolution cubaine.

Dans une entrevue en 1986, parlant des qualités des grands leaders, Fidel disait: «Chaque époque, chaque société, chaque moment historique réclame certaines qualités. [...] Pour qu’un leader apparaisse, la seule chose dont on a besoin c’est le besoin d’un leader. » Et de citer nombre d’exemples à travers l’histoire et l’espace (en France, en Inde, en Amérique latine), ce qui atteste qu’il a réfléchi à la question. À une autre occasion, il expliquait qu’il faut du temps pour former un leader et défendait l’idée qu’on doit lui laisser du temps. Il s’est toujours opposé au culte de la personnalité. À Cuba, seuls les héros morts ont droit à des honneurs.
Aujourd’hui, depuis 2006 en fait, Fidel n’est plus aux commandes. Tout indique que la majorité des Cubains ont une affection particulière et spontanée pour Fidel à qui ils s’identifient collectivement sinon individuellement. Il jouit d’une adhésion populaire qu’on voue à un leader historique. On en comprend mieux les raisons en lisant l’ouvrage qui rassemble les entretiens de Fidel avec Ignacio Ramonet (2007).

Conclusion

On a fait de la Révolution cubaine la révolution de Fidel. C’est excessif. La priorité de Fidel a toujours été la réalisation de la Révolution, son approfondissement, son perfectionnement et sa défense. La Révolution est l’œuvre de millions de Cubains et de Cubaines de plusieurs générations qui ont construit une société originale par leurs efforts, leurs sacrifices, en solidarité entre eux et avec le monde. Fidel aura été leur Commandant en chef.

En tant qu’historien travaillant sur l’Amérique latine, j’ai croisé dans mes lectures plusieurs grands personnages. Je pense à Simón Bolívar, à José Martí. Des hommes tout dévoués à une cause. De grands esprits, de formidables patriotes, des hommes d’action. Plus près de nous, Hugo Chávez est immensément grand, d’autant plus grand quand on considère ses modestes origines. Hors de l’Amérique latine, mes voyages m’ont incité à lire sur Mustapha Kemal Atatürk, Ho Chi Minh, Mahatma Gandhi, Nelson Mandela.
Mais je persiste à croire que Fidel Castro est le plus grand de tous. Ses qualités personnelles qui en font un homme exceptionnel, il les a mises au service de Cuba, du peuple cubain. Mais aussi au service des peuples de la terre, tant les combats qu’il a menés, les causes qu’il a défendues à l’échelle de la planète s’inscrivent dans les enjeux qui concernent le développement de l’humanité. Je pense à sa promotion de l’éducation et de l’accès aux soins pour tous, à sa défense de la paix et pour le désarmement nucléaire, à sa pratique de la solidarité internationale, à son plaidoyer pour le respect de l’environnement, à sa dénonciation du pillage, à son combat contre le capitalisme et l’hégémonisme.

J’espère que le portrait que j’ai tracé ici de Fidel vous aura convaincus qu’il est un homme exceptionnel, une figure titanesque. Il est à mes yeux, comme historien, eu égard à tous les défis qu’il a su affronter, à l’influence qu’il a exercée à Cuba et sur la scène internationale, le plus grand chef d’État du XXe siècle. Pour résumer mon exposé, je reprendrais les propos du journaliste mexicain Luis Suárez en 1985: « Le président cubain Fidel Castro est un conducteur de l’histoire, et surtout un homme d’État qui a géré la politique et la diplomatie sans jamais s’isoler de la sagesse populaire. Mon appréciation de Fidel Castro a grandi au fur et à mesure qu’avançait son leadership. Fidel est un des grands conducteurs de l’histoire depuis les temps classiques. »

Claude Morin

Montréal, 12 août 2016


Claude Morin. L’auteur a enseigné l’histoire de l’Amérique latine à l’Université de Montréal de 1973 à 2006. Tout en continuant à commenter l’actualité régionale, il est guide-accompagnateur pour des voyages en Amérique latine.

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